‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 74 sur 252 · L'ATTITUDE ENVERS LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE · texte numérisé non relu

L'ATTITUDE ENVERS LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE

la guerre actuelle, parce qu’une guerre se définit par la classe qui la fait et non par ce qui est écrit sur des chiffons de papier. On peut écrire n’importe quoi sur des chiffons de papier. Mais tant que la classe capitaliste est représentée au gouvernement par une majorité, quoi que vous écriviez, quelle que soit votre éloquence, quelques ministres quasi-socialistes que vous ayez, la guerre restera impérialiste. Chacun le sait, chacun le voit. C’est ce que les exemples de l’Albanie, de la Grèce, de la Perse ont montré avec tant de clarté et de relief, que je m’étonne de voir tout le monde attaquer notre déclaration écrite concernant l'offensive, tandis que personne ne dit mot des exemples concrets. Il est facile de promettre des projets; quant aux mesures concrètes, on les remet sans cesse à plus tard. Il est facile de rédiger une déclaration sur la paix sans annexions, mais les événements d’Albanie, de Grèce et de Perse sont postérieurs à la formation du cabinet de coalition. Car enfin, le Diélo Naroda, qui n’est pas l’organe de notre Parti, mais un organe gouvernemental, celui des ministres, a écrit que la démocratie russe est cruellement bafouée et que lon étrangle la Grèce. Et ce même Milioukov que vous représentez comme un monstre et qui n’est dans son parti qu'un membre comme un autre — Térechtchenko n'en diffère en rien — a lui-même écrit que la diplomatie alliée a exercé une pression sur la Grèce. La guerre demeure impérialiste et, quel que soit votre désir de paix, aussi sincère que SOI votre sympathie envers les travailleurs, aussi sincère que soit votre désir de paix — je suis entièrement convaincu que ce désir ne peut pas ne pas être sincère dans Ja masse — vous êtes impuissants parce qu’on ne peut finir la guerre autrement qu’en poussant plus à fond la révolution:

Avec le conimencement de la révolution en Russie, commence également, par en bas, la lutte révolutionnaire pour la paix. Si vous aviez pris le pouvoir, si le pouvoir était passé aux organisations révolutionnaires pour la lutte contre les capitalistes russes, les travailleurs des autres pays vous auraient crus et vous auriez pu proposer la paix. Notre paix eût été assurée de deux côtés tout au moins, du côté de deux peuples qui perdent leur sang et dont la cause est perdue, du côté de l’Allemagne et de la France. Et si les circonstances nous avaient alors imposé la guerre révolutionnaire — personne ne sait ce qui peut advenir

et nous ne repoussons pas cette éventualité — nous eussions dit : « Nous ne sommes pas des pacifistes, nous ne nous refusons pas à nous battre si la classe révolutionnaire est au pouvoir, si elle a vraiment écarté les capitalistes de toute influence dans les affaires, si elle les empêche d’accroître la débâcle économique en s’enrichissant -par centaines de millions. » Le pouvoir révolutionnaire eût expliqué et déclaré à tous les peuples sans exception qu'ils doïvent être libres, que le peuple allemand ne doit pas faire la guerre pour garder l’Alsace et la Lorraine, de même que le peuple français ne le doit pas pour garder ses colonies. Car si la France se bat pour ses colonies, la Russie a Khiva et Boukhara qui sont aussi des espèces de colonies. Et comment les partager, d’après quelle norme ? Par la force ? Mais la force s’est modifiée, là situation des capitalistes est telle qu’il n’y a pas d’issue en dehors de la guerre. Quand vous aurez le pouvoir révolutionnaire, un chemin révolutionnaire vers la paix s’ouvrira devant vous : vous aurez à adresser aux peuples un appel révolutionnaire et à leur expliquer en vous servant de votre exemple quelle doit être leur tactique. Alors s’ouvrira devant vous le chemin menant à la conquête révolutionnaire de la paix et vous sauverez très probablement de la mort des centaines de milliers d'hommes. Vous aurez alors la certitude que les peuples allemand et français se prononceront en votre faveur. Quant aux capitalistes anglais, américains et japonais, si même ils voulaient la guerre contre la classe ouvrière révolutionnaire — dont les forces décupleront, lorsque les capitalistes, matés, auront été écartés et lorsque le contrôle aura passé aux prolétaires — les capitalistes américains, anglais et japonais, si même ils voulaient la guerre, auraient 99 chances sur 100 de ne pouvoir la faire. Il vous suffira de déclarer que vous n’êtes point pacifistes et que vous défendrez votre République, votre démocratie ouvrière, prolétarienne, contre les capitalistes allemands, français et autres, pour que la paix soit assurée. | =

C'est pourquoi nous avons prêté à notre déclaration ke sur l’offensive une importance si capitale. Nous sommes au tournant de l’histoire de la Révolution russe. La Révolution russe a commencé par recevoir l’aide de la bourgeoisie impérialiste anglaise, qui considérait la Russie un peu comme la Chine ou l’Inde. Mais on a vu surgir, résultat imprévu,

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