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LETTRES SUR LA TACTIQUE oi,
révolution bourgeoise, comme on la posait autrefois, sacrifie le marxisme vivant à la lettre morte. | L'ancienne formule était: à la domination bourgeoise peut et doit succéder la domination du prolétariat et de la paysannerie, leur dictature.
Nous avons déjà tout autre chose dans la vie réelle: un enchevétrement extrêmement original, nouveau, tel qu'on n'en avait encore jamais vu, de l’une et de l’autre. Nous avons côte à. côte, ensemble, simultanément, et la domination de la bourgeoisie (gouvernement Lvov-Goutchkov) et la dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie, cédant de leur plein gré le pouvoir à la bourgeoisie, devenant de leur plein gré un appendice de celle-ci.
| Car il ne faut pas oublier que le pouvoir réel, à Pétrograd, est entre les mains des ouvriers et des soldats : le nouveau gouvernement n’exerce et ne peut exercer à leur égard aucune contrainte, puisqu'il n’existe ni police, ni armée distincte du peuple, ni bureaucratie toute-puissante : placée au-dessus du peuple. C’est un fait. C’est là précisément un fait qui caractérise un Etat du type de la Commune de Paris. Ce fait ne cadre pas avec les vieux schémas. Il faut savoir adapter les schémas à la vie et non répéter des mots aujourd’hui dénués de sens sur la « dictature du prolétariat et de la paysannerie » en général. | __Abordons la question d’un autre côté, pour mieux l’éclairer.
Le marxiste ne doit pas abandonner le terrain de lanalyse précise des rapports entre les classes. La bourgeoïsie est au pouvoir. Et la masse des paysans n'est-elle pas aussi une bourgeoisie d’une autre catégorie, d’un autre gere, d'une autre sorte? D'où s’ensuit-il que cette catégorie sociale ne peut arriver au pouvoir, « achevant » ainsi la révolution démocratique bourgeoise? Pourquoi serait-ce impossible ?
Ainsi raisonnent souvent les vieux bolchéviks.
Je réponds que cela est tout à fait possible. Mais un marxiste doït, pour juger une situation, procéder non du possible, mais du réel.
Or la réalité nous montre ce fait que des députés paysans et soldats librement élus font librement partie d’un second gouvernement, accessoire, le complètent, le développent, le perfectionnent librement. Et non moins libre-
ment ils remettent le pouvoir à la bourgeoisie, ce qui ne porte nulle « atteinte » à la théorie marxiste, car nous avons toujours su et maintes fois répété que la bourgeoisie ne Se maintient pas seulement par la violence, mais aussi par l’inconscience, la routine, l’abattement et l’inorganisation. des masses.
Et devant cette réalité actuelle, il est vraiment ridicule de fermer les veux sur les faits et de parler de « possibilités ».
I} est possible que la paysannerie prenne toutes les terres et tout le pouvoir. Loin d’oublier cette possibilité et de borner mon horizon au jour présent, je définis avec netteté et précision le programme agraire, en tenant compte du fait nouveau qu'est la division profonde entre ouvriers agricoles et paysans pauvres d’une part et d’autre part les paysans propriétaires.
Mais une autre possibilité est donnée: il est possible que les paysans prêtent loreille au parti petit-bourgeois des socialistes-révolutionnaires, soumis à l’influence de la bourgeoisie, passé aux positions de la défense nationale et qui leur recommande d’attendre jusqu'à l’Assemblée constituante, bien que la date de sa convocation ne soit même pas encore fixée {.
est possible que les paysans maintiennent, continuent
le compromis non seulement formel, mais aussi réel, qu’ils viennent de conclure avec la bourgeoisie par l'intermédiaire des Soviets des députés ouvriers et soldats.
Diverses hypothèses sont possibles. L'erreur serait profonde d'oublier le mouvement agraire et le programme agraire, Mais il serait aussi erroné d’oublier la réalité qui nous montre le fuit d’un accord ou, pour employer une expression plus exacte, moins juridique et plus économique, d’un caractère de classe plus prononcé, d’une collaboration de classes entre la bourgeoisie et la paysannerie.
i. Je le dirai tout de suite, par anticipation, afin que mes paroles ne soient pas interprétées à faux: je suis sans réserve d’avis que les Soviets d'ouvriers agricoles et de paysans doivent s'emparer sur l’heure de foutes les terres, maïs en observant strictement eux-mêmes l'ordre et la discipline, sans tolérer la moindre détérioration des machines, des constructions, du bétaïl, et, loin de désorganiser l’exploitation et la production du blé, l'intensifier, car la ration de pain des soldats doit être doublée et la population ne doit pas souffrir de la faim. {N.L.)