‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 85 sur 252 · WA · texte numérisé non relu

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Il est aujourd’hui de la plus haute importance que les ouvriers conscients sachent considérer avec sang-froid le

problème capital de la révolution: qui détient en ce moment

le pouvoir? Réfléchissez à ses manifestations matérielles, ne prenez pas les phrases pour des actes, et il vous sera facile de trouver la réponse.

L'Etat est formé, avant tout, de détachements armés pourvus d'accessoires tels que les prisons, écrivait Friedrich Engels. Ce sont aujourd’hui les junkers et les cosaques réactionnaires spécialement amenés à Pétrograd. Ce sont ceux qui tiennent en prison Kaménev el les autres, ceux qui ont fermé la Pravda, désarmé les ouvriers et une catégorie déterminée de soldats ; ceux qui fusillent une catégorie non moins déterminée de soldats ; ceux qui fusillent une catégorie non moins déterminée des troupes au front. Ces bourreaux constituent le pouvoir réel. Les Tsérétéli et les Tehernov sont des ministres sans pouvoir, des ministresmarionnettes, les chefs des partis qui soutiennent les bourreaux. Cest un fait. Ni Tsérétéli, ni Tehernov n° « approuvent >» sans doute, personnellement, les hauts faits des bourreaux que leurs journaux désavouent timidement, mais le fait n’en est pas modifié. Ce changement d’oripeaux ne change rien au fond des choses.

La suspension de l'organe de 150.000 électeurs de Pétrograd et l’assassinat par les junkers de louvrier Voinov (6 juillet) parce qu’il emportait de l’imprimerie le Listok Pravda, ne sont-ce pas des hauts faits de bourreaux? N’estce pas l’œuvre d’un Cavaignac ? Ni le gouvernement, n!1 les Soviets, nous dira-t-on, n’en sont « coupables ».

Tant pis pour le gouvernement et pour les Soviets! répondrons-nous, car c’est qu’ils sont nuls; c’est qu'ils Sont des marionnettes et que le pouvoir réel ne leur appartient pas. : | |

Le peuple doit savoir avant tout et par-dessus tout la vérité, savoir en quelles maïns se trouve réellement le pouvoir. Il faut lui dire toute la vérité: le pouvoir est aux mains de la clique militaire des Cavaignac (Kérenski, certains généraux, les officiers, etc.) ; celle-ci est soutenue par la

- bourgeoisie en tant que classe, le Parti cadet en tête, et par

tous les monarchistes qui agissent au moyen des journaux ultra-réactionnaires tels que la Novoié Vrémia, le Jivoié Slovo, etc. —

Ce pouvoir doit être rénversé. Faute de quoi toutes les

phrases sur la lutte avec la contre-révolution resteront vides et ne serviront qu’à « se leurrer soi-même et leurrer le peuple ».

Ce pouvoir est actuellement soutenu par les ministres Tsérétéli et Tchernov et par leurs partis; il faut expliquer au peuple leur rôle de bourreaux, ainsi que l’inévitabilité de cet « aboutissement » pour ces partis, après leurs « erreurs » du 21 avril, du 5 mai, du 9 juin, du 4 juillet, après qu'ils ont approuvé la politique de l’offensive, politique qui assurait poùr les neuf dixièmes la victoire des Cavaignac en juillet. |

Toute l'agitation parmi le peuple doit être modifiée de facon à tenir compte de l’expérience concrète de la présente révolution et plus particulièrement des journées de Juillet, de facon, en d’autres termes, à montrer clairemént les véri-

tables ennemis du peuple, la clique militaire, les cadets, les

Cent-Noirs, et à démasquer nettement les partis petitsbourgeois, socialiste-révolutionnaire et menchévik, qui ont joué et jouent encore un rôle d’auxiliaire des bourreaux. Toute notre agitation parmi le peuple doit être modifiée de facon à montrer l’impossibilité complète pour les paysans d'obtenir la terre tant que le pouvoir de la clique militaire n’aura pas été renversé, tant que n'auront pas été

démasqués et privés de la confiance du peuple les Partis

socialiste-révolutionnaire et menchévik. Ce processus serait

très long et très malaisé dans les conditions « normales » de développement du capitalisme, mais la guerre et:le délabrement économique hâteront puissamment le cours des choses. Ce sont là des « accélérateurs » capables d’égaler les mois et même les semaines aux années.

Sans doute élèvera-t-on contre ce qui vient d’être dit deux objections: 1° parler maïntenant de luttes décisives équivaut à encourager des actions isolées qui ne pourraient profiter qu’à la contre-révolution; 2° le renversement de cette dernière signifie, quoi qu’on dise, le passage du pouvoir aux Soviets.

A la première objection, nous répondrons: les ouvriers de Russie sont déjà assez conscients pour ne pas céder à Ia provocation à un moment qui leur est manifestement défavorable. L'action et la résistance de leur part, en ce moment, serviraient la contre-révolution, c’est indéniable. Il est aussi indéniable que la lutte décisive n’est possible qu'avec un nouvel essor révolutionnaire des masses les plus

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