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sera même beaucoup plus radicale que Tchernov. Car la bourgeoisie sait mieux que nous combien Tchernov a fait de petites concessions, rien que du 6 mai au 2 juillet, en différant et en rognant les revendications paysannes, et la peine que les socialistes-révolutionnaires de droite (car Tchernoy représente le « centre » de ce parti !) ont dû se donner au congrès paysan, ainsi qu'au Comité exécutif du Soviet nanrusse des députés paysans pour « calmer » les paysans et les nourrir de promesses.
La bourgeoisie se distingue de la petite bourgeoïsie en ce que son expérience économique et politique lui a appris à comprendre les conditions nécessaires au maintien de F « ordre » (c’est-à-dire de l’asservissement des masses) en régime capitaliste. Les bourgeois sont des gens pratiques, des gens d’affaires accoutumés à traiter les questions politiques comme des affaires, à se méfier des mots et à prendre le taureau par les cornes. | - L’Assemblée constituante donnera, dans la Russie. actuelle, la majorité à des paysans plus radicaux que les socialistes-révolutionnaires. La bourgeoisie le sait. Le sachant, elle ne peut manquer de s'opposer résolument. à la convocation prochaine de l’Assemblée constituante. L'Assemblée constituante réunie, il deviendra, sinon impossible, du moins extrêmement difficile de continuer la guerre impérialiste en exécution des traités secrets conclus par Nicolas IT, de défendre la grande propriété foncière ou le principe du rachat. La guerre n'attend pas. La lutte de classes non plus. Le court intervalle qui s’est écoulé entre le 28 février et le 21 avril l’a bien fait ressortir.
On a vu, dès le début de la révolution, s’ébaucher deux opinions sur l’Assemblée constituante. Les socialistes-révo-
Jutionnaiïres et les menchéviks, profondément imbus des
illusions constitutionnelles, considéraient les choses avec Ia confiance du petit bourgeois qui ne veut pas entendre parler : de lutte de classes: du moment que l'Assemblée constituante est annoncée ! L'Assemblée constituante se réunira, voila tout ! Mal inspiré qui veut davantage ! Les bolchéviks, eux, disaient : la réunion de l’Assemblée constituante et les résultats de ses travaux ne dépendent que du pouvoir et de l’affermissement des Soviets. Les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires reportaient le centre de gravité sur l’acte juridique par lequel FAssemblée constituante était annoncée, promise, proclamée. Les bolchéviks, au contraire,
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voyaient le centre de gravité dans la lutte de classes : si les = Sôviets triomphent, disaient-ils, la réunion de l’Assemblée = constituante sera assurée; sinon, elle ne le sera pas. | Cest ce qui s’est produit. La bourgeoisie a sans cesse a combattu, tantôt ouvertement, tantôt sous le manteau, mais inflexiblement, la convocation de l’Assemblée constituante. Cette lutte se manifesta par son désir de faire différer la convocation de la Constituante jusqu’à la fin de la guerre. Cette lutte s’exprima par les atermoiements apportés à la convocation de la Constituante. Et lorsque, enfin, après le Æ .18 juin, plus d’un mois après la formation d’un ministère de ee coalition, le gouvernement eut fixé la date de la réunion de = la Constituante, un journal bourgeois de Moscou déclara que cela avait été fait sous l'influence de l’agitation bolchévik. La Pravda publia un extrait exact de ce journal.
Après le 4 juillet, lorsque la servilité et la couardise des socialistes-révolutionnaires et des menchéviks eurent donné la « victoire » à la contre-révolution, la Retch usa par mégarde d’une expression concise, mais au plus haut point remarquable: convocation « aussi rapide que possible >» de l'Assemblée constituante ! ! Et, le 16 juillet, la Volia Naroda et la Rouskaïa Volia publient une note disant que les cadets réclament le renvoi de la convocation de la Constituante à une date ultérieure, sous prétexte qu’il est « impossible » de convoquer cette assemblée en un laps de temps aussi « court » ; et le menchévik Tsérétéli, dans sa servilité devant la contre-révolution, accepte déjà, d’après cette note, de renvoyer la convocation de l’Assemblée constituante au 20 novembre !
Il est évident que cette note n’a pu se glisser dans la presse que contre la volonté de la bourgeoisie. Les « révélations » de cette espèce ne lui sont pas avantageuses. Mais il n’y a pas de fumée sans feu. La contre-révolution, devenue : impudente depuis le 4 juillet, dit plus qu’elle ne voudrait + dire. La première prise du pouvoir par la bourgeoisie contre- # révolutionnaire après le 4 juillet fut aussitôt suivie d’un acte | (et d’un acte très sérieux) dirigé contre la convocation de | l’Assemblée constituante. “+ . .
- C’est un fait. Et ce fait révèle toute l’inanité des illu- e sions constitutionnelles. Sans une nouvelle révolution en Russie, sans le renversement du pouvoir de la bourgeoisie contre-révolutionnaire (et des cadets en premier lieu), si le peuple ne refuse pas sa confiance aux Partis socialiste-révo-
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lutionnaire et menchévik, partis de l’entente avec la bourgeoisie, l’Assemblée constituante ne sera pas convoquée ou sera une « parlotte de Francfort », c’est-à-dire une assemblée impuissante et vaine de petits bourgeois épouvantés par la guerre et par la perspective du « boycottage du pouvoir » par la bourgeoisie, partagés dans leur agitation impuissante entre les velléités de gouverner sans la bourgeoisie et la crainte de se passer de celle-ci.
La question de l’Assemblée constituante est subordonnée à la marche et à l'issue de la lutte de classes entre la
bourgeoïsie et le prolétariat. Il me souvient que la Rabot-
ch&ia Gazéta a laissé échapper un jour que l’Assemblée constituante serait une Convention. C’est là un des exemples de la vaine fanfaronnade, méprisable et piteuse, qui caractérise nos larbins menchéviks de la bourgeoïsie contre-révolutionnaiïire. Pour que notre future Assemblée constituante ne soit ni une « parlotte de Francfort » ni une première Douma, pour être une Convention, il faut oser, pouvoir et Savoir porter des coups impitoyables à la contre-révolution, au lieu d'entrer en composition avec elle. Il faut pour cela que le pouvoir soit exercé par la classe la plus avancée, la plus résolue, la plus révolutionnaire de notre époque. Il faut pour cela que cette classe soit soutenue par toutes les masses des pauvres des villes et des campagnes (semi-prolétaires). Il faut avant tout réprimer implacablement l'activité de la bourgeoïsie contre-révolutionnaire, c’est-à-dire les cadets et le haut commandement de l’armée. Telles sont les conditions réelles, matérielles, sociales, de la réunion d’une Convention. Il suffit de les énumérer avec précision et clarté pour se rendre compte du ridicule des fanfaronnades de la Rabotchaia Gazéta et de la sottise infinie des illusions constitutionnelles que les socialistes-révolutionnaires et les menchéviks nourrissent sur l’Assemblée constituante dans la Russie d’aujourd’hui.
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Marx, flagellant les « social-démocrates » petits-bourgSeois de 1848, flétrissait surtout durement leur penchant irrésistible à faire des phrases sur le « peuple 5 et la majorité du peuple en général. Il convient de s’en souvenir au moment d'étudier, dans lanalyse des illusions constitutionnelles concernant la « majorité », la deuxième opinion.
Des conditions déterminées doïvent réellement exister pour que la majorité décide vraiment des affaires du pays.
Il faut d’abord que dans le pays soit établi un régime poli- + tique, un pouvoir qui rende possible la décision des affaires F publiques par la majorité et assure la transformation de . cette possibilité en réalité. Il est d’autre part nécessaire que
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cette majorité soit susceptible, de par sa composition sociale, de par les rapports existant en son sein (ou en dehors d'elle) entre les diverses classes, de conduire avec cohésion et succès le char de l’Etat. Tout marxiste se rend aisément compte que ces deux conditions réelles sont d’une importance décisive dans la question de la majorité populaire et de la direction des affaires de lEtat conformément à la volonté de cette majorité. Or, toute la littérature politique des socialistes-révolutionnaires et des menchéviks et, plus encore, toute leur conduite politique dénotent cependant uñe | incompréhension totale de ces conditions.
Si le pouvoir politique est exercé dans l'Etat par une classe dont les intérêts coincident avec ceux de la majorité, la direction des affaires publiques conformément à la volonté de la majorité est effectivement possible. - Mais si le pouvoir politique est exercé par une classe dont les intérêts s’opposent à ceux de la majorité, la direction des affaires publiques en conformité avec la volonté de la majorité devient inévitablement une duperie, ou aboutit à loppression de cette majorité. Toute République bourgeoise nous fournit des centaines et des milliers d'exemples de ce genre. En Russie, la bourgeoisie exerce une domination tant politique qu'économique. Ses intérêts, surtout au cours d’une guerre impérialiste, s'opposent de la façon la plus nette à ceux de la majorité. Voilà pourquoi le nœud de la question, lorsqu’on pose celle-ci d’un point de vue marxiste, matérialiste, et non point formel et juridique, consiste à démasquer cette opposition d'intérêts et à lutter contre toute
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duperie des masses par la bourgeoisie. Re Nos socialistes-révolutionnaires et nos menchéviks ont, È par contre, pleinement montré et démontré leur véritable ae
rôle d'instruments de la duperie des masses (de la « majorité >) par la bourgeoisie, leur rôle véritable d’auxiliaires et d'agents de cette duperie. Quelle que soit la sincérité de certains socialistes-révolutionnaires et menchéviks, leurs conceptions politiques fondamentales — d’après lesquelles on peut sortir de la guerre impérialiste pour aboutir à une
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« paix Sans annexions ni contributions », sans instituer la dictature du prolétariat et sans faire triompher le socialisme; d’après lesquelles on peut de même exproprier sans indemnité la propriété foncière au profit du peuple et établir le « contrôle » de la production, toujours au profit du peuple, sans dictature du prolétariat — les conceptions politiques (et, bien entendu, économiques) fondamentales des socialistes-révolutionnaires et des menchéviks représentent, à les considérer objectivement, un leurre petit-bourgeoïis, ou, ce qui revient au même, une duperie des masses (de Ia « majorité ») par la bourgeoisie.
Tel est le premier et le principal « amendement » que nous croyons devoir apporter à la facon dont les démocrates petits-bourgeois, les socialistes du type Louis Blanc, les socialistes-révolutionnaires et les menchéviks posent la question de la majorité. Que vaut en réalité la « majorité » | quand elle n’est en elle-même qu’un facteur formel et se ee compose matériellement, dans le domaine des réalités, de partis qui aident la bourgeoisie à duper Ia majorité ?
Cette duperie ne peut, bien entendu — et nous abordons ici le second « amendement », la seconde des deux conditions essentielles mentionnées plus haut — être bien comprise que si l’on se rend compte de ses racines sociales, de sa portée dans les rapports entre les classes. Il ne s’agit 2 pas d’une duperie individuelle, d’une « filouterie » (pour = parler brutalement); il s’agit d’une conception trorpeuse LE née de la situation économique d’une classe. La situation économique du petit bourgeois est telle, ses conditions d'existence sont telles, qu’il ne peut manquer de se tromper, qu'il penche nécessairement, involontairement, tantôt vers la bourgeoisie, tantôt vers le prolétariat. Sa condition économique ne permet pas au petit bourgeoïs de suivre une « ligne » à lui.
Le passé le porte vers la bourgeoisie, lavenir le porte vers le prolétariat. La raison le porte vers ce dernier, les préjugés (selon l'expression connue de Marx) vers la bourgeoisie. Une certaine condition sociale doit être réalisée pour que la majorité du peuple puisse réellement devenir une majorité gouvernant l'Etat, servir réellement les intérêts de la majorité, défendre réellement ses droits, etc. Cette condition, la voici : la majorité de la petite bourgeoisie doit se joindre, tout au moins au moment et au point décisifs, au prolétariat révolutionnaire.
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