‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 98 sur 252 · FAT MS · texte numérisé non relu

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Sans cela, la majorité est une fiction qui peut se maintenir pendant un certain temps, briller, scintiller, faire du bruit, cueillir des lauriers, mais qui n’en est pas moins infailliblement vouée à la faillite. Telle est, entre autres, la faillite de la majorité dont disposaient les socialistes-révolutionnaires et les menchéviks, faillite qui s’est révélée dans la Révolution russe en juillet 1917.

Continuons. La révolution se distingue précisément de la « situation normale » de l'Etat en ce que les questions litigieuses de la vie publique sont tranchées directement par la lutte des classes et par une lutte des masses qui va jusqu’à la lutte armée. Il ne peut en être autrement, puisque les masses sont libres et armées. Il résulte de ce fait essentiel qu'en période révolutionnaire la manifestation de la « volonté de Ia majorité » est loin de suffire, qu’il faut surtout être le plus fort, au moment décisif et à l’endroit décisif, qu'il faut vaincre. Tous les grands mouvements, toutes les grandes époques révolutionnaires, à commencer par la « guerre des paysans » allemands à la fin du moyen âge pour finir par les révolutions de 1848, de 1871 et même de 1905, nous attestent par d'innombrables exemples que des minorités mieux organisées, plus conscientes, mieux armées, imposent leur volonté à des majorités vaincues.

Friedrich Engels soulignait surtout la leçon d’une expérience qui embrasse jusqu’à un certain point le soulèvement des paysans allemands au xvi° siècle et la révolution allemande de 1848, à savoir que la dispersion des efforts et le défaut de centralisation se rattachent chez les masses opprimées à leur condition petite-bourgeoise. Abordant la question de ce point de vue, nous arrivons à la même conclusion : la simple majorité des masses petites-bourgeoises ne décide encore rien et ne saurait rien décider, car ce n’est que lorsqu'elles sont dirigées soit par la bourgeoisie, soit par le prolétariat, que les millions de petits cultivateurs éparpillés peuvent s'organiser, centraliser leur mouvement (ce qui est, pour vaincre, une nécessité), rendre leur action politiquement consciente.

En fin de compte, les questions de la vie sociale sont tranchées, comme on sait, par la lutte de classes sous sa forme la plus âpre, la plus aiguë, c’est-à-dire sous celle de la guerre civile. Et, dans cette guerre, comme du reste dans toute guerre, c’est le facteur économique qui décide — vérité bien connue, que personne ne conteste en principe. |

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