‹ La révolution sicilienne et l'expédition de GaribaldiChapitre 14 sur 18 · C.oino · texte numérisé non relu

C.oino

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Turin. . . .

Bologne . . .

Ferrarc . . . .

Forli ....

Modène . . .

Parme . . .

Piacenaa . . .

Rfggio . . .

Total général.

main du départ de Lanza, entre le 20 et le 25 juin. — En homme qui connaît le prix du temps, Garibaldi Taisait aussitôt partir les nouvelles troupes, avec une partie des chasseurs des Alpes, dans la direction de Messine, afin de compléter sans retard l'affranchissement de l'île et de pouvoir passer ensuite à d'autres événements. — La conduite de ces colonnes était confiée d'abord au brave Ttlrr, créé général de brigade ; mais une indisposition grave, suite de ses anciennes blessures, forçait ce dévoué lieutenant de Garibaldi à revenir à Palerme. Le colonel Médici, promu également général, prenait sa place et ouvrait la campagne par cette proclamation :

• Siciliens,

« La cause de la liberté et de l'indépendaoce, cause commune à tous, tous réunit. Vous les premiers et les seuls avez commencé la lotte contre l'oppresseur; vous avex vaillamment combattu, vous avez vaincu. Vos armes sont bénies. Nous, volontaires des combats qui ont illustré les champs de la Lombard ie, nous accourons au milieu de vous, appelés par notre devoir. Nous avons déjà combattu ensemble, nous combattrons encore et nous vaincrons encore, parce quo nous sommes unis. Valeureux Jeunes gens, faites-vous volontaires pour la défense de la patrie et de la liberté, comme nous le sommes. Garibaldi, notre chef suprême, m'appelle parmi tous; son nom seul est notre programme, et il est la garantie de tous. Quelques-uns de mes officiers sont, de concert avec vos autorités municipales, chargés de vous enrôler. Nous serons tous soldats Jusqu'à la Bu de lu guerre. Accourez en grand nombre, venez grossir les rangs de mon armée, je serai lier de vous commander. Nous rendrons entièrement libre cette antique et glorieuse terre qui vous a vus naître. Animés d'un seul principe, nou< consacrerons aujourd'hui le pacte de solidarité au pied de l'Etna, nous le renouvellerons au pied du lion de Saint-Marc pour briser les fers de l'étranger qui l'enchaînent, et nous verrons flotter sur la cap iule le glorieux drapeau tricolore.

. Général Mtmci. »

Trois semaines après son départ de Païenne, l'armée expéditionnaire se trouvait aux prises avec les Napolitains. — Garibaldi courait la rejoindre, et alors avaient lieu les splend ides jour nées de Melazzo, la prise de celle forteresse, et l'entrée des troupes nationales dans Messine, enfin délivrée. — Sur toute cette seconde partie de la campagne de Sicile, je crois ne pouvoir mieux faire que de laisser la parole à un témoin oculaire, au plus merveilleux conteur des temps modernes, à notre maître à tous, mon illustre ami Alexandre Dumas :

Ultre de M. Alexandre Dumat au général Carini, commandant la cavalerie en Sicile.

« Melazto, samedi 21 juillet au soir.

« Mon cher Carini,

« Grand combat! grande victoire! — 7,000 iY«potitains ont fui devant 2,500 Italiens !

« J'ai pensé que cette bonne nouvelle serait un baume pour votre blessure, et je vous écris sous le canon môme du château, qui fait feu fort maladroitement, rendons- lui cette justice, sur la Ville- (^Edimbourg et sur votre très humble servante VEmma.

« Pendant que Bosco brûle sa poudre, nous avons le temps de causer. — Causons.

« J'étais à Catane, quand j'ai appris vaguement qu'une colonne napolitaine était partie de Messine et allait au devant de Medici. J'ai envoyé à l'instant un messager au consul français de Messine, lequel m'a répondu que la nouvelle était exacte.

« Nous avons levé l'ancre à l'instant même, espérant arriver à Melazzo pour voir le combat.

» Le surlendemain, en effet, au moment où nous entrions dans le golfe Oriental, le combat venait de commencer.

« Voici ce qui se passait. Vous pouvez croire à l'exactitude des faits, puisque les faits s'accomplissaient sous nos yeux.

« Le général Garibaldi, parti le 18 de Palerme, était arrivé le 19 au camp de Miri ; depuis deux jours déjà des combats partiels avaient eu lieu.

« A peine arrivé, il avait passé en revue les troupes de Medici, qui l'avaient accueilli avec enthousiasme.

• Le lendemain, à l'aube du jour, toutes les troupes étaient en mouvement pour attaquer les Napolitains sortis du fort et du village de Melazzo qu'ils occupaient.

« Malenchini commandait l'extrême gauche, le général Medici et Cosentz le centre; la droite, composée simplement de quelques compagnies, n'avait pour but que de couvrir le centre et l'aile gauche d'une surprise.

« Le général Garibaldi se plaça au centre, c'està-dire à l'endroit où il jugeait que l'action serait la plus vive. Le feu commença sur la gauche, à moitié chemin de Miri à Melazzo.

i On rencontrait les avant-postes napolitains cachés dans les roseaux.

« Après un quart d'heure de fusillade sur la gauche, le centre à son tour s'est trouvé en face de la ligne napolitaine, et l'a attaquée et délogée de sa première position.

« La droite, pendant ce temps, chassait les Napolitains des maisons qu'ils occupaient.

• Mais les difficultés du terrain empêchaient les renforts d'arriver. Bosco poussa une masse de 0,000 hommes contre les cinq ou six. cents assaillants qui l'avaient forcé de reculer, et qui, accablés par le • nombre, avaient été forcés de reculer à leur tour.

« Le général envoya aussitôt prendre des renforts. Les renforts arrivés, on attaqua de nouveau l'ennemi caché dans les roseaux et abrité derrière des figuiers d'Inde.

« C'était un grand désavantage pour les Italiens, qui ne pouvaient attaquer à la baïonnette.

« Medici, eu marchant a la tête de ses hommes, avait eu son cheval tué sous lui. Cosentz avait reçu une balle morte dans le cou et était tombé ; on le croyait blessé mortellement, lorsqu'il se releva en

criant : Vive f Italie ! La blessure n'était que légère.

« Le général Garibaldi se mit alors à la téte des carabiniers génois avec quelques guides et Misori. Son intention était de déborder les Napolitains et de les attaquer de flanc, en coupant ainsi la retraite à une partie d'entre eux ; mais on trouva sur la route une batterie de canon qui s'opposa à cette manœuvre.

■ Misori et le capitaine Statella poussèrent alors sur la route avec une cinquantaine d'hommes; le général Garibaldi se mit à leur tête et dirigea la charge. A vingt pas, le canon, chargé à mitraille, fit feu.

• L'effet fut terrible ; cinq ou six hommes seulement restèrent debout. Le général Garibaldi eut la semelle de sa botte et son étrier emportés; son cheval, blessé, devint indomptable, et il fut forcé de l'abandonner en y laissant son revolver. Le major Breda et son trompette étaient tués à ses côtés; Misori tombait sous son cheval, frappé par un biscaïen; Statella restait debout au milieu d'un ouragan de mitraille; tous les autres étaient morts ou blessés.

< Ici les détails disparaissent dans l'ensemble; tout le monde se bat, et se bat bien.

« Le général voyant alors l'impossibilité de prendre le canon qui avait fait tout ce ravage de front,

envoie prendre quelques compagnies au colonel Donon, se jette avec elles à travers les roseaux, en recommandant à Misori et à Statella, les roseaux franchis, de sauter par dessus le mur qu'ils devaient trouver devant eux, et comme, le mur franchi, ils devaient se trouver à peu de distance de la pièce de canon, de s'élancer sur elle.

« Le mouvement fut exécuté par les deux officiers et par une cinquantaine d'hommes qui les suivaient avec beaucoup d'ensemble et d'élan ; mais lorsqu'ils arrivèrent sur la route, la première personne qu'ils y trouvèrent était le général Garibaldi, à pied et le sabre à la main.

« En ce moment, le canon fait feu, tue quelques hommes; les autres s'élancent sur la pièce, s'en emparent et l'entraînent du côté des Italiens.

Alors l'infanterie napolitaine s'ouvre et donne passage à une charge de cavalerie qui s'élance pour reprendre la pièce. Les hommes du colonel Donon, peu habitués au feu, se jettent des deux côtés de la route au lieu de soutenir la charge à la baïonnette ; mais, à gauche, ils sont retenus par les figuiers d'Inde, à droite par un mur. La cavalerie passe comme un tourbillon. Des deux côtés alors, les Siciliens font feu ; leur terreur d'un instant a disparu.

c Fusillé à droite et à gauche, l'officier napolitain s'arrête et veut retourner en arrière; mais alors, au milieu de la route, il trouve, lui barrant le passage,

le général Garibaldi, Misori, Statella et cinq ou six hommes. Le général saute à la bride du cheval de l'officier, en lui criant : Rendez-vous ! l'officier, pour toute réponse, lui porte avec son sabre un coup d'élite; le général Garibaldi le pare, et d'un coup de revers lui ouvre la joue ; l'officier tombe ; trois ou quatre sabres sont levés sur le général, qui blesse un de ses assaillants d'un coup de pointe ; Misori en tue deux autres et le cheval d'un troisième de trois coups de revolver ; Statella frappe de son côté, et un homme tombe ; un soldat démonté saute à la gorge de Misori, qui lui casse à bout portant la tête d'un quatrième coup de revolver. Pendant cette lutte de géants, le général Garibaldi a rallié les hommes éparpillés. Il charge avec eux, et, tandis qu'on extermine ou qu'on fait prisonniers les cinquante cavaliers, depuis le premier jusqu'au dernier, il joint enfin, secondé par le reste du centre, les Napolitains, les Bavarois, les Suisses, à la baïonnette. Les Napolitains fuient, les Suisses et les Bavarois tiennent un instant, mais fuient à leur tour : la journée est décidée ; la victoire n'est pas encore, mais sera aux héros d'Italie.

« Toute l'armée napolitaine se met en retraite surMelazzo. On arrive en la poursuivant jusqu'aux premières maisons ; là, les canons du fort se mêlent au combat.

f Vous connaissez la situation de Melazzo, bâti à

cheval sur une presqu'île. Le combat, qui avait commencé dans le golfe Oriental, avait peu à peu tourné au golfe Occidental ; dans le golfe était la frégate le Tukéri, l'ancien Véloce. Le général Garibaldi se souvient qu'il a commencé par être marin : il s'élance sur le pont du Tukér i, monte dans les vergues, et de là domine le combat.

« Une troupe de cavalerie et d'infanterie napolitaine sortait du fort pour porter secours aux royaux ; il fait pointer une pièce de soixante sur cette troupe, et, à quart de portée, lui crache une grèle de mitraille; les Napolitains n'attendent pas un second coup et fuient.

• Alors une lutte s'engage entre le fort et le bâtiment. Quand le général Garibaldi voit qu'il est parvenu à attirer sur lui le feu du fort, il saute dans une chaloupe avec une vingtaine d'hommes, se fait débarquer et se jette dans la fusillade de Melazzo.

t La fusillade dure une heure encore, après quoi les Napolitains, repoussés de maisons en maisons, rentrent au château.

« J'avais assisté à tout le combat du pont de la goélette. J'avais hâte d'aller embrasser le vainqueur. La nuit venait, je me fais débarquer à mon tour, et au milieu des derniers coups de fusil nous entrons à Melazzo.

« Il est difficile de se faire une idée du désordre et de la terreur qui régnent dans la ville. Les

blessés et les morts étaient couchés dans les rues. La maison du consul français était encombrée de mourants; le général Cosentz y était au milieu des autres blessés.

t Nul ne pouvait me dire où étaient Medici et Garibaldi. Àu milieu d'un groupe d'officiers je reconnus le major Cenni, qui se chargea de me conduire au général. Nous drrivàmes au bord de la mer, suivîmes la marine et trouvâmes le général sous le porche de l'église, avec son état-major couché autour de lui.

« Il était étendu sur la dalle, la tête appuyée sur sa selle, écrasé de fatigue. 11 dormait.

« Près de lui était son souper : un morceau de pain, une cruche d'eau.

i Mon cher Carini, je venais de vieillir de 2,500 ans; j'étais en face de Gincinnatus.

« Dieu vous le garde, mes cbers Siciliens. Si vous le perdiez, le monde entier ne vous en donnerait pas un autre.

« J'ai encore bien des choses à vous dire, mais je vous les dirai de vive voix. Le général vient de rouvrir les yeux : il m'a reconnu et me garde demain toute la journée.

t A vous de cœur.

« Alexandre Dumas. *

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