INSTRUCTIONS
pour Jtf... chargé d'affaires du gouvernement provisoire de Sicile,
La Sicile, ea secouant le joug de l'occupation militaire bourbonnienne qu'elle souffrait depuis onze ans, retourne a cette pleine souveraineté d'elle-même où la constituait la révolution de 1848, alors qu'après avoir proclamé la déchéance de la dynastie des Bombons, elle appelait un nouveau princo sur le trône, et que ses commissaires étaient reçus par les
(1) Voir la collection de l'Opinion*, de la Gazzttta di Tor/no, dans ces deux mois, et le Constitutionnel du 18 août, correspondance de Turin. — Si l'e»uourage de Gartbaldi n'est pas chassé des affaires, si M. de Cavour ne devient pas maître absolu de la situation, l'Italie est perdue, et « avant deux mois les Autrichiens régneront de Messine a Turin. •
gouvernement de France, d'Angleterre et de Sardaigne, et son drapeau salué par les deux plus puissantes marines de la Méditerranée.
La violence des arme» ramenait dans l'Ile ce gouvernement bourbonnlen, illégitime en droit, condamné par la constitution du pays, et qui, en fait, n'était qu'une monstrueuse tyrannie, un véritable anachronisme, au milieu do la civilisation actuelle, i tel point qu'il en était devenu proverbial en Europe.
Ce droit et ce pouvoir de régler ses propres destinées, que la violence seule lui avait enlevés, notre pays les reprend donc aujourd'hui, par une légitime revendication.
En janvier 1868, la Sicile entrait de son propre et généreux élan dans le mouvement italien, commencé déjà depuis deux ans à Rome, en Toscane, en Piémont, et dont l'avait tenue écartée Jusqu'alors la politique autrichienne et despotique de Ferdinand II de Bourbon.
A cette époque, en Italie, les idées n'allaient pas au delà d'un système de réformes et d'améliorations locales pour les différents États italiens, et ne dépassaient pas le projet d'une ligue ou confédération de ces États indépendamment et librement constitués.
La Révolution sicilienne s'appuyait donc alors sur les principes suivants :
1* Restauration de la Constitution de 1812, que les Bourbons avaient juiée d'abord, en la violant ensuite, ce qui les avait fut juridiquement déchoir du trône.
2* Autonomie sicilienne et séparation de l'Ile de la couronne deNaplea» 3* Le vœu solennellement exprimé de faire partie, elle aussi, de la
ligne ou confédération italienne, comme État indépendant sous son
propre roi.
Depuis cette époque les événements et les opinions ont considérablement marché en Italie. La nation, en aspirant k reprendre sa place et son importance propre en Europe, s'arPôtait d'abord à l'idée d'une confédération d'États, comme seul moyen qui pût en ce moment la conduire à son but, comme phase intermédiaire, et qui devait la préparer à obtenir, dans un avenir éloigné, son unification complète. — Aujourd'hui, elle a entrevu l'espérance d'arriver bien plus vite à ce suprême objet de" ses vœux.
D'ailleurs, ce projet de confédération ou alliance qui, Il y a douze ans, souriait au tentimeut public et le satisfaisait, ce projet est aujourd'hui une. impossibilité matérielle et morale, après la rupture si décisive des coups de Rome eo de Naplea avec la cause et avec toute idée nationale, après la disparition des petits États qui formaient le centre de la Péninsule italique.
Il est clair que l'Italie, désirant et voulant une' existence libre et iodépendante au milieu des nations- modernes, n'a 4 désormais qu'une seule voie de salut : se grouper autour de cette glorieuse monarchie de Savoie qui a personnifié en plie la vie, la force ot la dignité nationales. En dehors île cette vote unique on ne trouverait que la domination renaissante
de PAatricbe', la barbarie d'aveugles et crue!» gouvernements, la discorde et la faiblesse de petits peuples abandonnés à leurs discordes intérieures, aux menées et à l'influence de l'étranger.
Le même sentiment qui a poussé la Lombardie à saluer avec joie le triomphe des armées alliées, qaiî l'a jetée dans les bras du roi Viclor- Emmunucl, qui a entraîné la Toscane les Légations et les Duchés à voter spontanément leur union sou» le sceptre de ce prince magnanime, ce sentiment qui enflamme aujourd'hui les cœurs de tout un grand peuple, depuis les Alpes jusqu'au Lylibte, c'est le même qui anime la Sicile. La Sicile, maîtresse aujourd'hui d'elle -môme, entend et veut comme toujours être italienne, et c'est pourquoi, écartant toute idée de séparation politique individuelle qui serait en désaccord avec la nouvelle époque et les nouveaux betoins, elle entend faire partie de cette glorieuse monarchie nationale que l'Europe civilisée voit s'élever aujourd'hui, et qu'elle salue avec joie, comme un nouveau fondement d« l'ordre, de l'équilibre, du repos ci du progrètdu monde.
La Sicile, replacée par la violence sous le joug du gouvernement napolitain, ne pourrait êtio dans l'avenir (comme par le passé), qu'un danger permanent pour la paix de l'Italie et de l'Europe.
Et si, antérieurement, la barrière qui séparait moralement l'Ile des Bourbons de Naples paraissait d^ja infranchissable, comment croire à une léconciliation possible, après les derniers événements, après les horreurs de la guerre actuelle, lorsque le gouvernement napolitain vient de laisser le pays nageant dans le sang, saccagé et détruit n moitié.
La Sicile, isolément constituée, serait un contre-sens criant, par le mouvraient d'agglomération et d'assimilation qui entraîne tout le reste de l'Italie. Elle serait trop faible pour résister par elle-même à l'attaque de n'importe quel grand Etat, et elle se trouverait exposée a devenir la proie de dominateurs étrangers. En outre, le choix d'un roi qui U gouvernerait séparément serait une source de difficultés et de complications infinies, attendu la haine populaire invincible contre l'actuelle maison régnante de Naples, ainsi que h-s jalousies et les méfiances que le choix d'un prince d'une autre race créerait entra les grandes puissances européennes.
Avec le vote national, aujourd'hui si hautement exprimé par les populations de l'Ile, se trouvent donc d'accord toutes les considérations auxquelles la diplomatie a coutume d'avoir «gard, afin que satisfaction foit donnée a la Sicile, par la prompte reconnaissance de l'annexion qu'elle a proclamée aux autres parties d'Italie, réunies sous la maison do Savoie.
Co vote, qui fut le premier cri de la révolution éclatée à Païenne, le à avril, a été aussi le cri de guerre des bandes siciliennes qui ont résisté, pendant deux mois, aux troupes royales dans les montagnes de l'ilc ; il a retenti pendant ces quatre jours où les bombes, la mi trai. le et l'incendie écrasaient et dévoraient Païenne ; il est l'unique conclusion des continuelles, uniformes et chaleureuses adresses qui arrivent a Païenne de
tons les points de l'Ile. La concorde règne en Sicile, comme en 1848; elle est dans toutes les communes, dans toutes les classes du peuple, sans aucune exception ni différence.
Le secours fraternel et tout naturel que les Italien 1 ; des provinces con» tinentalt-s sous les ordres du général Garibaldi, et au nom de la patrie commune, ont apporté à l'insurrection de l'Ile, ce secours n'a Tait qu'assurer le triomphe du grand principe d'unité au nom duquel s'était soulevée la Scile, pour lequel elle a combattu tout entière. Lss volontaires du continent , qui sont venus verser leur sang dans l'Ile, ont dû être étonnés cui-mùmcs d'y trouver si vif et si pui sant le sentiment national unitaire.
Il est probable qu'une assemblée de représentants devra se réunir a Palermc pour exprimer, dans une forme I -gale, ce que veut, ce que désire la Sicile. Probablement aussi le peuple sera convoqué dans ses corn ces afin de s'y prononcer par le suffrage universel, ainsi qu'on l'a pratiqué dans la Toscane et dans l'Émilie. Dans l'un et l'autre cas, le résultat ne laissera plus le moindre doute.
Tel est le but, tel est le caractère réel de la présente révolution sicilienne, que vous devrez, comme envoyé spécial à col effet du gouvernement provisoire de Sicile, bien expliquer et faire connaître au gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité, en y ajoutant tous les motifs et tous les éclaircissements que saura trouver votre haut patriotisme.
Le gouvernement napolitain ne manquera pas de faire tous ses efforts pour dénaturer les faits et accumuler calomnies sur calomnies contre la Sicile. Vous veillerez attentivement à les démentir, & présenter la vérité sous son vrai jour, ainsi qu'à déjouer les menées secrètes que saura mettre en œuvre un Rouvernement essentiellement corrompu et déloyal.
Avec ces instructions, vous recevrez les numéros du Journal oflUitt, » contenant les actes de la dictature du général Garibaldi dè* son arrivée dans l'Ile. Vous ferez, au besoin, rassortir les nécessités extrêmes qui accompagnent une révolution sanglante dans un pays livré pendant bien des années A une tyrannie brutale et corruptrice, dans un pays où tout le vied édifice vient de se rompre et de s'écrouler tout à coup ; cl en face de ces nécessités, vous ferez remarquer l'urgence de prompts et énergiques remèdes.
Voilà cependant un langage assez catégorique pour qu'on ne puisse mettre en doute les sentiments et les tendances des hommes qui l'ont tenu et qui le confirment tous les jours par de nouveaux actes. — Depuis que l'illustre Depretis, cet honneur de l' Italie parlementaire, ce modèle d'un caractère
pur et dévoué, est venu suppléer Garibaldi dans le gouvernement civil de la Sicile, une série de mesures décisives n'a cessé de tendre à unifier complètement l'Ile aux autres États de Victor-Emmanuel — D'accord avec M. Crispi, demeuré l'aine du ministère, le pro-dictateur travaille avec toute l'activité et l'énergie dont la vie de tous deux a déjà offert tant de preuves, à organiser la Sicile, à la mettre sous tous les rapports au rang des provinces du continent
Qu'on lise les documents ci-joints, arrivés hier môme de Palcrmc, et l'on y verra, mieux que dans toutes les apologies possibles, la preuve de la loyauté, et de la décision du cabinet actuel de Palcrme.
Proclamation du statut de Chartes- Albert en Sicile,
« Siciliens,
• L'illustre soldat , l'honneur de l'Italie , que tous avex acclamé comme votre libérateur, veut joindre à la gloire des armes la splendeur drs réformes civiles.
« Le statut du royaume Italien, le pacte Inviolable et inviolé qui unit l'Italie et Victor-Emmanuel, sera proclamé en Sicile.
« Les autres lois suivront cet acte suprême. L'intérêt de la patrie commune réclame que de nouveaux règlements, conformes, autant que possible, & ceux dont jouit le royaume de Victor-Emmanuel, soient publiés dans l'il?. fiasses sur les principes de liberté, les nouvelles institutions effaceront les vestiges de la funeste domination qui vous affligea tant d'années.
a Siciliens I
• Vous avex accompli une glorieuse révolution. Vous devex vivre maintenant en plein ordre et en pleine sécurité, comme il convient à un peuple libre et résolu à aider efficacement et avec toutes ses for* ces la grande œuvro de l'unité nationale.
« Que, dans ce bot sacré, tous les boas citoyens aident le gouvernement, réunissent leurs forces et qu'il n'y ait d'autre rivalité entre eux que l'abnégation et le patriotisme*
• Pslerme, 4 août 1860.
« Le pro-dictateur, Le secrétaire éFÉiat,
« Dipbjîtis. F. Caïaw. »
ItalUêt Victor Emmanuel.
• Le pro-dictateur, en vertu de l'autorité à lui déléguée ; ■ Après avoir pris l'avis des secrétaires d'État
« Considérant que le vœu exprès des Siciliens dan» la glorieuse révolution du 4 avril, concordant avec le cri unanime de l'insurrection auquel répondit unanimement celui de toute la population de l'Ile, avec le drapeau qu'ils levèrent en combattant, avec les adresses de toutes les communes, fut l'annexion au royaume italien et constitutionnel de l'auguste Victor-Emmanuel, roi d'Italie.
« Considérant que ce vœu est conforme an droit national, supérieur et éternel, qui appartient aux peuples d'une même nation.de constituer son unité, et qu'il a été scellé par le «ang des insurgés et des braves qui, guidés par le général Garibaldi, portèrent victorieuse et couvrirent de nouveaux lauriers la bannière tricolore sur laquelle est imprimée la croix de Savoie;
• Que les autres provinces italiennes et toutes les nations civilisées ont accueilli avec applaudissements le programme : Italie et Victor-Emmanuel, et la marche de la révolution sicilienne ;
« Considérant que si les pouvoirs extraordinaires de la dictature, destinés à consolider l'ordre nouveau et à mener à fln la révolution, ne permettent pas pour le moment l'application immédiate de la loi fondamentale de la monarchie italienne, il est nécessaire, toutefois, d'en hâter la promulgation, parce que cette loi renferme le principe du toutes les autre», ainsi que celui de» diverses autorités et juridictions qui sont ou qui doivent entrer en vigueur.
• Décrets :
« Art. Le statut constitutionnel du & mars 1848, en «igeeur dam le royaume d'Italie, est la loi fondamentale de la Sicile.
• Art. 2. Elle entrera en vigueur dans ses diverses partie» à l'époque qui sera désignée par décret dictatorial.
«Art. 3. Sera publié ledit statut avec le présent décret, dans toutes les communes et dans le Journal officiel de Sicile.
« Art. 6- Tous les secrétaires d'État sont chargés de l'exécution do prèseut décret.
• Païenne, 3 août 1840.
« La pro-dictateur, Dirams. • (Suit la signature de tous les ministres. J
Discours prononcé par le pro-dictateur Depretis, lors de l'installation de la nouvelle magistrature, le 9 août.
« Messieurs,
• Je sens le deroir de tous adresser, dans cette salle même et avant de congédier cette réunion de l'élite de la société, quelques paroles bien précises.
« Cette fête solennelle d'aujourd'hui a on but, et je désire tous le faire counallre.
« La cérémonie à laquelle nous venons d'assister signifie que la révolution accomplie dans cette belle partie de l'Italie ne peut et ne saurait être une œuvre de destruction et de désordre ; au contraire, elle est une œuvre de justice réparatrice.
m C'est pour cela, Messieurs, que je suis fier de la confiance que le Dictateur a placée en moi, en mo procurant la vive satisfaction de rouvrir les tribunaux de cette ville illustre et de déclarer par cet acte, au nom du gouvernement de la Sicile, qu'ici comme dans les pays les plus libres et les plus civilisés, les magistrats exerceront avec indépendance complète l^urs nobles fonctions : — Ici, la loi e$t égale pour tous!
» Administrateur « de la justice au nom de Victor-Emmanuel, au nom de ce prince qui, roi, citoyen et soldat, n'a jimais fait défaut à son devoir envers cette nation qui, do tant de façons diverses, l'a désigné pour son chef (Applaudissement» prolongés), je peux me faire garant que vous remplirez votre devoir loyalement et scrupuleusement.
« L'Italie et l'Europe ont les yeux fixés sur nous. Dans l'administration civile, nous devons travailler avec la fermeté et le infime dévouement sans bornes qui excite les enfants de l'Italie i courir au devant des dangers sur les champs de bataille.
• Messieurs, que nos actes portent toujours le cachet de la sagesse civile et de l'amour de la patrie. En opérant ainsi, nous verrons croître chaque jour la sympathie des peuples civilisés pour notre sainte cause, nous verrons s'accomplir le vœu de tant de générations, nous verrons enfin réaliser l'unité nationale, l7/a<i'« de* Italiens! [Applaudissements unanimes.) »
Formule du serment sicilien.
Au nom de Victob-Emhandbl, aoi d'Italie.
« L'an 1860, le 9 août, a Palerme,
• Devant nous, Augustin Depretis, pro-dictateur, assisté du secrétaire d'Etat de la justice, s'est présenté M.
■ Nommé...
• Par décret da
• Lequel, devant prêter serment de fidélité au roi Victor-Emmanuel et au statut, l'a fait dans les termes suivant», la main droite placée sur l'Evangile :
« Je jure d'être Adèle à Sa Majesté le roi Victor-Emmanuel, d'observer « loyalement le statut et les lois de l'Etat, et d'exercer mes fonctioos • dans le seul but du bim Inséparable du roi et de la patrie. »
« Cet acte accompli, il en a été dressé procès-verbal signé par nous et par le secrétaire d'Etat de la justice, le jour, le mois et l'année cidessus indiqués, ■
Le mouvement unitaire triomphera de tous les obstacles et de tous les hommes. — Dieu protégera l'Italie t