XV. — L'état de Paris après le 18 Mars
Le peuple, si l'on exempte une infime minorité de déclassés corrompue par la misère et par l'exemple venant d'en haut, est généreux, souvent même par trop généreux, aux époques révolutionnaires. Sachant qu’il combat pour une cause juste, pour une cause générale, il garde jalousement la dignité de sa cause sacrée.
Mais jamais révolution ne fut si bon one que celle du 18 Mars.
Paris, si bon, écrit Lissagaray, si eo ne frémit pas de cette lutte entre Français. L'idée couvre les bataillons de ses larges ailes. Ils marchent le front levé, les yeux brillants, la bouche fière. Si le bourgeois refuse de se battre et dit «J'ai de la famille », le travailleur dit: «Mob eme bar pour mes enfants ». |
Pour la troisième fois depuis le 18 Mars, la ville n'a qu'un souffle. Les dépêches officielles, les journalistes de louage attablés à Versailles, dépeignaient Paris comme le pandémonium de tous les coquins de l'Europe. Les honnêtes femmes n'osaient plus s'aventurer dans Îes rues; quinze cent mille personnes opprimées par vingt mille scélérats faisaient des vœux ardents pour Versailles. Le voyageur qui s’aventurait dans Paris trouvait les rues, les boulevards tranquilles, vivant de leur vie ordinaire. Ces pillards n'avaient pillé que la guillotine solennellement brülée devant la mairie du XI. De tous les quartiers le même murmure d'exécration partait contre les assassinats des prisonniers, les scènes ignobles de
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Versailles. Et tel, venu indigné contre Paris, voyant ce calme, cette union des cœurs, ces blessés criant : Vive la Com- mune ! ces bataillons enthousiastes, là-bas, le Mont-Valérien crachant la mort, ici les hommes vivant en frères, sentait ses yeux humides, un frisson parcourir sa peau, prenait en quelques heures la maladie parisienne.
C'était une fièvre de foi, de dévouement, d'espoir surtout. Quelle rébellion fut armée de la sorte ? Il ne s’agit plus, comme en juin 48, de désespérés derrière des pavés, réduits à charger leurs fusils de lingots ou de pierres. La Commune de 71, bien autrement armée que celle de 1793, possède plus de soixante mille hommes aguerris, des centaines de mille de fusils, douze cents canons, cinq forts, une enceinte couverte
par Montmartre, Belleville, le Panthéon, des munitions pour
des années, des milliards si elle veut. Que lui faut-1l pour vaincre ? te peu d’instinct révolutionnaire. Il n'est PRG a bAotelide Ville qui se vante d'en avoir.