‹ La révolution socialeChapitre 116 sur 172 · AY · texte numérisé non relu

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socialistes, trace le heu que voici d la première révolution ouvrière :

Il n’est rien de malaisé comme de juger un mouvement avorté. Les vaincus ont toujours tort même pour qui les aime, pour qui fraternise avec eux. Celui-là qui eut le plus souhaité leur victoire est tenté bien souvent de se montrer le plus sévère. C’est pourquoi, sans doute, la Commune a obtenu et obtient encore si peu d’indulgence de la part des intellectueïs, même sympathisants, qui ont bien voulu s'occuper d'elle. La Commune n’a trouvé grâce, en somme, adhésion franche et entière, qu'auprès du prolétariat qui, négligeant le détail et l’accidentel, par conséquent les faiblesses, les incapacités et les tares individuelles, ne s'est souvenu que de la barricade dont ïl projette l’image sur Técran du passé comme celle de l’épisode Îe plus notoire de sa lutte séculaire contre les détenteurs du capital et du pouvoir. Vision simplifiée, peut-être, et qui ne tient compte, ni des oppositions, ni des nuances! Maïs, à tout prendre, ne serait-ce cependant pas la plus juste et même la seule juste?

C’est vrai, on l’a dit, nous l'avons dit aussi et essayé de le montrer, la Commune fut un mouvement étrangement mêlé et confus à ses origines et traversé dans son orageuse carrière de courants multiples et divergents. C’est vrai, des patriotes, et nombreux, s’y égarent au début et, comme Rossel, crurent que par elle, avec elie, on pouvait galvaniser la France exsangue et nroribonde et la jeter sur le Prussien. Rêve extravagant, imagination folle, mais qui hanta, il est certain, bien des cervelles. C’est vrai aussi: les républicains, tous les républicains de la capitale se rallièrent un instant expressément ou tacitement au gouvernement insurrectionnel, parce qu'ils discernaient en lui une garantie à l'égard des complots ourdis à l’Assembiée nationale et dans le pays par les revenants de la réaction contre le régime issu de la Révolution du 4 septembre. Oui, et l’on peut même prétendre qu’en tant que mouvement républicain, la Ccmmune n’a pas échoué compiètement, que sous sa pression, Thiers, pour contenir les grandes villes de province frémissantes, dut promettre la République maintenue et ne put ensuite ou ne voulut défaire ce qu’il avait fait sous le coup de la nécessité, Il est permis de dire encore que la Commune fut un mouvement communaliste, qu’elle se proposa des fins de décentralisation, de large autonomie administrative et politique, et plusieurs même ont été jusqu'à avancer cette opinion, légèrement hasardeuse, que ce fut 1à sa pensée maîtresse, son idée directrice et comme son legs testamentaire.

Oui, toutes ces affirmations comportent une part, souvent une

Peu Te à large part de vérité. C’est qu'aussi bien la Commune, pas plus du reste qu'aucune autre Révolution, ne se développa selon un schéma doctrinaire préconçu, sur une sorte de plan idéal, dans le vide de l’abstraction. Heurtée, chaotique, mouvante, comme la vie elle-même, et comme les circonstances extraordinaires où elle avait trouvé naissance, elle s'offre au spectateur avec les caractéristiques les plus diverses et parfois les plus disparates. Patriote, républicaine, communaliste, certainement elle fut ces choses et d’autres encore. Mais avant tout, surtout, par dessus tout, elle fut prolétaire, partant socialiste, car le prolétariat en mouvement ne peut agir et combattre que pour un but socialiste. Hlle fut — et c'est ce que la conscience populaire a bien vu et senti et a seule vu et senti — une insurrection ouvrière qui mit debout exploités contre exploiteurs, d’abord pour la garde de leurs armes qu’on leur voulait arracher, pour leur émancipation ensuite. Fille fut dans son essence, elle fut dans son fond la première grande bataille rangée du Travail contre le Capital. Et c'est mème parce qu'elle fut cela avant tout, d’un républicanisme qui n’était qu'un socialisme s’ignorant et qui allait jusqu'à menacer les bases mêmes du vieil ordre social et à évoquer un ordre nouveau, qu’elle fut vaincue et que vaincue elle fut égorgée. (L. DUBREUILH. La Commune. Histoire Socialiste, sous la direction de J. Jaurès.

T. XI, p. 494-405.)

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