‹ La révolution socialeChapitre 115 sur 172 · X. — Le Dix-Huit Mars dans l'Histoire · texte numérisé non relu

X. — Le Dix-Huit Mars dans l'Histoire

Le 18 Mars fut un épisode, un incident imprévu, commencé en bagarre et achevé en révolution, provoqué par la fuite du gouvernement existant, mais la Révolution était faite le jour où la garde nationale se fédérant, formait une armée, devenait maîtresse de la ville et de l'autorité.

Le manifeste aux Parisiens, pour leur ordonner de rester tranquilles pendant les heures de l'occupation prussienne, fut la proclamation du nouveau règne. Le 18 Mars fut la conséquence logique et inévitable du pronunciamento républicain du 28 février, où l’armée parisienne notifiait son avènement à la France entière. Le Comité central existait donc. Il se révélait, 1l prenait la parole, il donnait des ordres, il était écouté, il était obéi ; il tenait Paris, mais la France devait lui échapper. | : |

‘Le 28 février 1871 est la date que devrait porter la grande insurrection parisienne. Il y eut ce jour-là un pouvoir nouveau, accepté, respecté, aux lieu et place de "Thiers, de

Vinoy, pouvoirs déchus, méprisés et remplacés à cette date.

Le Comité central, dont les pouvoirs furent seulement votés et notifés le /3 mars, au Waux-Hall, dès le jour de l'entrée des Prussiens dans Paris, faisait son entrée dans l'Histoire. (Ed. LÉPELLÉTIER. /bid. p. 249-250.)

XI. — Les causes de la défaite de la Commune, Sa portée historique,

Ces causes sont aussi claires, aussi simples, on peut dire aussi obligatoires que celles de la défaite de la Révolution de 1848 : la Commune fut une révolution d’une petite minorité en face d’une nation indifférente ou hostile. Paris était isolé de la province. Quelques villes seulement ont répondu — et très partiellement — à son appel. La Commune était trop avancée pour une Révolution purement bourgeoise et trop confuse pour une révolution exclusivement prolétarienne. Les conditions matérielles de sa victoire firent défaut. I] ne s’agit pas de la condamner. Elle fit plus qu’elle ne pouvait faire humainement. Elle eut l’héroïsme d’exister comme un îlot au milieu d'un océan hostile dont les vagues menaçaient de

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l'emporter. Sous le regard narquois d’un vainqueur brutal et

impitoyable, prêt à se jeter sur elle pour l’étrangler, entourée des ennemis, cernée par la soldatesque de Thiers, sans com- munion d'idées avec la France entière, la Commune eut

l’idéalisme d'espérer contre toute espérance. Cette sorte d’idéalisme n’est accessible qu'aux classes héroïques qui prennent

ainsi, on peut dire, un acompte sur l’avenir qui leur appar--

tient.

Ca Commune a démontré aussi que la classe ouvrière est capable de lutter et de mourir pour une grande cause en défiant le destin lui-même. Elle a également démontré aux classes corrompues et égoistes qu’on peut tenir le pouvoir sans s’en servir pour des appétits et des ambitions.

C'était enfin le premier gouvernement honnête dont les ministres se considéraient comme « les délégués » du peuple et vivaient comme des ouvriers. La femme du ministre des Finances Jourde, allait au lavoir laver son linge. Le « mi-

nistre » Protot quitta « le pouvoir » pauvre et honnête comme

il y était entré. Il continue de vivre dans l'obscurité, travailleur acharné, incorrigible idéaliste, en chevalier de la Révolte.. Vaillant, « ministre » lui aussi, ne cessa pas depuis sa condamnation à mort, de donner tout son vaste et profond savoir à [a cause ouvrière, ne vivant et ne respirant que pour elle. Le ministre « métèque », le juif hongrois Léo Frankel, continua la lutte en ouvrier modeste et probe. Et ceux qui sont morts ! Quelles admirables figures que celles de Mihière, Delescluze, Varlin, Ferré et tant d’autres. Et qui pourra dire les mérites des dizaines de mille de héros anonymes morts sur les barricades par devoir et pour défendre une cause momentanément “perdue?

Nul n’a rendu une justice aussi éclatante à la Commune que Karl Marx. Son hommage, il l’a lui-même résumé en deux mots : « Paris, toute vérité, Versailles tout mensonge ! » Lorsque quelques années après la Commune, Auguste Bebel en fit l'apologie, tout frémissant d'enthousiasme et d’indignation, en plein Reichstag, Bismarck comprit « le danger socialiste ». Il décréta la loi scélérate contre les socialistes qui n’a pas empêché la social-démocratie de devenir si puissante. Toute l’Internationale fête la Commune. Et c’est au nom de l’Internationale que Marx lui avait adressé le suprême adieu.

{Louis Dubreuilh, dans son excellent livre sur la Commune, que nous voudrions voir dans les mains de tous les

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