‹ La révolution socialeChapitre 129 sur 172 · VIII. — La concentration industrielle · texte numérisé non relu

VIII. — La concentration industrielle

Pour le pays de l’Europe le plus avancé, sous le rapport de l’évolution capitaliste, c'est-à-dire l'Angleterre, une statistique générale de l’industrie fait défaut. Cette statistique n'existe que pour certaines branches de production soumises aux lois sur les fabriques, ainsi que pour quelques localités. En ce qui concerne les fabriques et usines soumises aux lois en question, elles occupaient en 1806, suivant le rapport des inspecteurs des fabriques, 4,308,083 personnes, ce qui ne fait pas encore la moitié des individus employés dans l'industrie d’après le recensement de 1801. Ce recensement donne 0,025,092 individus, sans compter ceux occupés dans les diverses branches de transport. Sur l'excédent de 4,626,919 personnes, on peut compter un quart ou un tiers employées dans le commerce des productions respectives, et dans quelques industries moyennes et grandes non soumises aux lois -sur les fabriques. Restent, en chiffres ronds, trois millions d'employés et de petits patrons dans les industries minuscules. Les quatre millions d'ouvriers soumis aux lois sur les fabriques se répartissent sur un ensemble de 160,948 fabriques et ateliers, ce qui donne une moyenne de 27 à 28 ouvriers par entreprise. En séparant fabriques et ateliers, nous comptons 76,279 fabriques avec 3,743,418 et 81,669 ateliers avec 655,505 ouvriers, soit une moyenne de 49 ouvriers par. fabrique et 8 par atelier enregistré. Ce chiffre moyen de 49 ouvriers par fabrique indique déjà ce qu'une vérification plus minutieuse du rapport confirme : que deux tiers pour le

moins se rie qualifiées (@s fabriques » tombent sous

la rubrique des entreprises moyennes avec 6 à 50 ouvriers, de

sorte qu’il reste tout au plus 20,000 à 25,000 entreprises avec 50 ouvriers et plus, représentant ensemble environ trois millions d'ouvriers. Des 1,171,990 personnes employées dans les diverses branches de transport, trois quarts tout au plus peuvent être considérés comme appartenant aux grandes entreprises. En joignant ceux-ci aux catégories précédentes, nous arrivons, quant au personnel ouvrier et auxiliaire des grandes entreprises, à un total variant entre 3 1/2 et 4 millions d’individus contre 5 1/2 millions occupés dans les entreprises moyennes et petites. « L'atelier universel », on le voit, est loin encore d’être tombé entièrement entre les mains de la grande industrie. Les entreprises industrielles, au contraire,

: font montre, en Angleterre, comme ailleurs, de la plus grande

variété et aucune classe n’en a encore disparu. (/bid. p. 94-06.)

IX, — En Allemagne, en France, en Suisse,

En Allemagne, en 1805, la grande industrie occupait dans

. la production, une place proportionnellement identique à celle de l'Angleterre en 1801. En Prusse, en 1895, 38 0/0 des ouvriers industriels appartenaient à la grande industrie. Le développement grand-industriel s'est effectué, là comme dans tout le reste de l’ “Allemagne, avec une rapidité inouïe. Si telles branches de l’industrie (et parmi celles-ci, l’industrie textile) sont encore, sous ce rapport, en arrière de l'Angleterre, les autres (l'industrie des machines et des engins) ont atteint la moyenne anglaise, et quelques-unes (l’industrie chimique, l’industrie verrière, certaines branches des professions graphiques, et, probablement, l’électrotechnique) l'ont dépassée. La grande masse cependant des personnes occupées dans l'industrie appartiennent encore, en Allemagne, aux moyennes et petites entreprises. De 10 1/4 millions d'ouvriers industriels

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occupés en 1805, un peu plus de 3 millions appartenaient à la grande industrie, 2 1/2 millions à la moyenne (de 6 à 50 ouvriers) et 4 3/4 millions à la petite industrie. Il n'y avait que 1 1/4 million de petits patrons manuels. Dans cinq industries leur nombre avait augmenté d’une facon absolue et relative (en proportion de l'accroissement total de la population), dans neuf d’une facon absolue seulement, et dans onze, il avait diminué absolument et relativement. : :

En France, l’industrie est encore inférieure, quantitativement à l’agriculture. Elle ne représentait, d'après le recensement du 17 avril 1894, que 25,9 0/0 de la population, contre le double presque, 47,3 0/0, que l’agriculture occupe. Des proportions semblables sont présentées par l'Autriche, où l'agriculture occupe 55,0 0/0 et l'industrie 25,8 0/0 de la population. En France, il y a dans l’industrie 1 million de patrons des divers degrés. — contre 3,3 millions de salariés. En Autriche, il y a 600,000 d’indépendants contre 2 1/4 millions de salariés et d'hommes de peine. Ici, aussi, les proportions sont à peu près égales. Les deux pays comptent une série d'industries extrêmement développées (industries textile et minière, fonderies, etc.) qui, par rapport à la dimension des entreprises, vont de pair avec celles des pays les plus avancés, mais qui dans l’économie nationale ne sont encore que des phénomènes partiels. | | | La Suisse compte, dans l’industrie, 127,000 patrons et ouvriers isolés contre 400,000 salariés. Les Etats-Unis d'Amérique, dont le sus-mentionné collaborateur à la Nexw-Y'orker- Volkseitung dit qu'ils sont le pays capitalistement le plus avancé du monde, avaient aussi, il est vrai, — d'après Île recensement de 1800, une moyenne relativement élevée d’ouvriers par entreprise, à savoir 3 1/2 millions d'ouvriers répartis sur 355,415 entreprises industrielles, c'est-à-dire 10 : 7. Mais ici, comme en Angleterre, les industries domestiques et minuscules n'entrent pas en ligne de compte. En prenant les chiffres de la statistique industrielle de la Prusse, de haut

Vs 35T —

en bas, on arrive à une moyenne presque exactement égale à celle que produit le rencensement américain. Et lorsqu'on regarde de plus près, le Statistical Abstract, le tableau des industries comprises dans le recensement, on y rencontre une quantité énorme d'industries avec, par entreprise, une moyenne de cinq ouvriers et moins. Aïnsi, à la toute première page déjà, après 910 fabriques de machines agricoles, avec 30,723, 35 fabriques de munitions avec 1,993, et 251 fabriques de fleurs et plumes artificielles, avec 3,628 ouvriers, nous voyons 59 fabriques de membres artificiels (bras, jambes, etc.) avec 154, et 581 fabriques de voiles et de tentes avez 2,873 ouvriers.

Si l’incessant progrès de la technique et de la centralisation industrielle dans un nombre toujours grandissant d'industries est un fait dont, de nos jours, la signification n'est plus passée sous silence que par d’impénitents réactionnaires, il n'en est pas moins vrai que dans toute une série d'industries, à côté des grandes entreprises, d’autres, moyennes et petites, font preuve d’une incontestable vitalité. Dans l'industrie, pas plus qu'ailleurs, l’évolution ne s'effectue de façon identique pour toutes les entreprises. Des entreprises conduites de façon routinière continuent à être l'apanage de la petite et de la moyenne industrie, tandis que certaines branches des métiers d'art, que l’on croyait définitivement appartenir à la petite industrie, finissent par échoir à la grande. Pendant une assez longue période, la « Hausweberei » (industrie du tissage exercée à domicile) dans l’industrie de la soie, périclitait dans le canton de Zurich. Mais de 1891 à 1807, le nombre des tisserands à domicile a augmenté de 24,708 à 27,800, tandis que le nombre des ouvriers et employés aux métiers

mécaniques ne s'est accru que de 11,840 à 14,550.

Reste à savoir si cette augmentation du nombre des tisserands à domicile est un symptôme économique réjouissant.

Pour l'instant, il ne s'agit que de la constatation d'un fait.

— ({bid., p. 97-100.)

X, — La concentration dans le commerce,

Il en est dans le commerce comme dans l’industrie. En dépit des grands magasins, le moyen comme le petit commerce se maintiennent. Naturellement, il ne s'agit pas ici de nier l'élément parasitaire dans le commerce, ce qu'on appelle commerce intermédiaire. Mais, sous ce rapport aussi, il y a beaucoup d’exagération. La grande production et le commerce international jettent sur le marché des masses de denrées toujours plus considérables qui, de quelque façon qu'il soit, doivent êtres mises sous la main du consommateur. Que cela pourrait se faire avec une dépense moindre de travail et de frais que par l'intervention du commerce intermédiaire, personne ne le niera. Mais tant que cela ne se fait pas, ce commerce se maintiendra. Et il est aussi utopique d'attendre des grands magasins capitalistes une absorption tant soit peu considérable des petits et moyens boutiquers, qu'il est illusoire de croire à une absorption à peu près complète, dans un laps de temps calculable, de la petite et moyenne industrie par la grande. Les grands magasins font du tort à certains commerces et troublent par ci par là, et pendant quelque temps, le petit commerce tout entier. Mais peu à peu celui-ci trouve le moyen de faire concurrence au grand commerce et à tirer parti de tous les avantages que les conditions locales lui offrent. De nouvelles spécialisations et de nouvelles combinaisons de commerce se présentent et des formes et des méthodes nouvelles de commerce. Le grand magasin capitaliste est, jusqu'ici, beaucoup plus le produit de l'accroissement énorme de la masse des denrées que l'instrument d'anéantissement du petit commerce parasitaire. Et sa tendance a été plutôt de faire sortir le petit commerce de l’ornière de la routine et de le désaccoutumer de certaines habitudes monopolistiques que de le détruire. Le nombre des petites boutiques va toujours en

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ca ipinentant. En Angleterre, il a augmenté, entre 1875 et 1886,

de 295,000 à 366,000.

Et le nombre des personnes employées dans le commerce

s'est accru dans des proportions plus considérables encore.

Comme la statistique anglaise de 1891 a été. établie, sous ce

rapport, d'après des principes différentes de ceux de 1S8I,

nous donnons ici les chiffres de la statistique prussienne. En Prusse, le nombre des personnes occupées dans le com-

merce et le trafic (sans compter les employés des chemins de

fer et de la poste) était

- Dans les entreprises avec

166e | 1895 Augmentation 2 auxiliaires au moins. . . .. 411.509 467.656 13,6 0/0 CRT Pr PRENONS COEUR 176.867 342.112 03,4 — A D td no ne 1597320 303.078 92,6 — MODÉRER es à ue 25.619 62.056 142,2 —

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