‹ La révolution socialeChapitre 156 sur 172 · ALES · texte numérisé non relu

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certains socialistes comme le point de départ par excellence de l’organisation socialiste. La Commune organiserait la production et la distribution, en commençant dès maintenant par la régie directe, la conquête graduelle des services publics. Telle fut la doctrine de Paul Brousse en France, empruntant bien des idées à Cesar de Paepe. Les partisans du socialisme municipal (Ed. Milhaud, Albert Thomas et leurs amis) suivent la même voie, avec des restrictions nécessitées par l’évolution politique de nos jours.

Jules Guesde à brillamment réfuté cette théorie qui saute, pour ainsi dire, par-dessus l’évolution capitaliste. Car la Commune existait avant le régime capitaliste, et la théorie de services publics peut aussi bien s'appliquer à la Commune précapitaliste qu'à la nôtre.

Fondée par l’antagonisme des classes sur la subordination économique et politique d’une majorité de non-propriétaires, à une minorité de possédants, la société actuelle ne laisse place à aucun service véritablement public, c'est-à-dire profitable également à tous ! Publics pour les frais qu'ils entraînent et qui portent sur tous, — Îe plus souvent en raison inverse des ressources de chacun, — ces services sont tout ce qu'il y a de plus privés, ne servant, en réalité, qu’à la classe privilégiée ou capitaliste. Témoin l'instruction dite publique qui coûte annuellement aux contribuables de toutes classes cent et quelques millions, et sous la forme lycées, facultés (de médecine et de droit), Ecoles supérieures (normale, polytechnique, des Chartes, etc.) . n’est accessible qu'aux fils de la bourgeoisie. Témoin encore le service militaire qui, sous prétexte de défense nationale ou collective imposée à toute la nation, sans distinction de non-propriétaires et de propriétaires, n’aboutit qu'à une armée défensive de la propriété de quelques-uns. Témoin enfin et surtout la Dette publique qui fait servir par ceux qui ne possèdent pas — au taux de cent vingt francs

par famille et par an — une liste civile de plus d’un milliard à ceux qui possèdent et dont l’argent, converti en rentes, acquiert la valeur reproductive sans qu’il ait pour cela — selon l’observation de Marx

— à « subir les risques et les troubles inséparables de son emploi « industriel ou même de l’usure privée ».

Seule une société ayant absorbé ou fondu toutes les classes en une seule, également propriétaire et également productrice, peut

donner lieu à des services réellement publics. C'est-à-dire que l'instauration de ces derniers est subordonnée à la socialisation des moyens de production et d'échange, subordonnée elle-même à la prise du pouvoir politique par le prolétariat et à l’expropriation de la classe capitaliste, — ce qui est affaire de révolution. … (J. GUESDE. Service public et socialisme. 1907.)

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