IV. — L'action communale ou la théorie des services publics
Ce que l’on appelle le socialisme municipal trouve également sa limite dans l’ordre établi, politique et social, là même où le suffrage universel gouverne la commune. Celle-ci reste toujours soumise aux conditions générales, politiques et économiques, elle ne peut s’y soustraire par ses propres forces. Dans certaines localités industrielles, les prolétaires peuvent arriver à prendre en mains l'administration communale avant qu'ils ne soient assez forts pour conquérir le pouvoir public. Ils peuvent ainsi atténuer ce qu’elle contient de plus particulièrement hostile et y introduire quelques améliorations que l’on ne peut attendre d’un régime bourgeois. Mais l’activité de ces municipalités se heurte bientôt à une limite infranchissable, l’obstacle est moins le pouvoir central que l’impuissance économique. Les communes conquises les premières par la démocratie socialiste sont la plupart du temps pauvres, habitées presque exclusivement par des prolétaires. Où pourraient-elles trouver les moyens de réaliser de grandes réformes ? D'une manière générale, la législation limite l'imposition des habitants de la commune ; et, quand il n’en est pas, ainsi, on ne peut taxer les riches au delà d’un certain point sans faire émigrer ceux-là seuls que l’on peut utilement frapper. Toute réforme profonde exige de nouveaux impôts et ils déplaisent non seulement aux hautes classes, mais encore à des fractions importantes de la population. La question des impôts a fait perdre aux socialistes ou à des réformistes qui les touchent de près de nombreuses communes qu'ils avaient conquises. Il importe peu que leur administration ait été admirable. Ce fut le cas une fois à Londres et dernièrement à Roubaix. — (Karl KAUïSKv.)
La Commune, comme le Syndicat, comme la Coopérative, comme l'Etat bourgeois lui-même, a été considérée par