‹ La révolution socialeChapitre 158 sur 172 · TA EURE FES AO LCR 2 Ê B · texte numérisé non relu

TA EURE FES AO LCR 2 Ê B

mot. Le Parlement est le centre de la vie politique. Et le prolétariat y doit marquer sa place.

Formant un parti d'opposition au régime capitaliste, la classe ouvrière prolonge au centre politique de la bourgeoisie sa lutte. lle y forme une opposition irréductible. Elle profite de tout conflit social pour porter sa protestation. Elle observe le fonctionnement des rouages du régime et souligne, par son intervention énergique, l'usage intéressé que font les classes dominantes des forces et des deniers publics.

En refusant de voter le budget de l'Etat bourgeois, la classe ouvrière refuse non seulement les moyens de son oppression et de prolongation du régime, mais elle manifeste, en même temps, avec une énergie croissante, sa volonté d'en finir avec le régime de privilège et de vol. Le refus du budget est un acte nécessaire. On ne signe pas son propre esclavage. On ne livre pas volontairement sa propre liberté, sa vie, ses ressources, à ses ennemis. Refuser le budget est aussi un moyen de propagande et d’agitation, une constatation éclatante de la séparation des classes, un appel à la lutte, un memento mori au régime exécré.

Le Parlement est une usine aux lois qui sont de trois ordres : 1° Lois oppressives, le prolétariat les combat ; 2° Lois assurant les droits et les libertés acquis, elles sont rares mais elles sont possibles. Le prolétariat les soutient en cherchant à les élargir ; 3° Lois de réforme; elles sont forcées, timides, toujours insuffisantes. Les représentants du prolétariat les critiquent et les amendent. C’est un parlementarisme de combat et d'opposition.

Le Parlement est une foire aux vanités, un bureau de placement, une pétaudière aux intrigues de couloirs. Vis-àvis de ce Parlement, notre attitude est franchement et nettement hostile. Le prolétariat ne demande ni faveurs, n1 portefeuilles. Mais rien de ce qui s'y passe ne lui est étranger. 11 cherche à tout savoir, à tout comprendre pour tout utiliser dans son intérêt de classe. | IV | 32

Re

Le Parlement est un lieu d'étude. Toutes les questions s'y débattent, doivent y être tournées et retournées. Il faut y aller pour travailler, pour connaître tous les rouages du régime, toutes les roueries, les échappatoires, toutes les ruses et les fourberies des classes dominantes, pour mieux les combattre. La force d’une classe se mesure à la hauteur de son savoir, à l'exactitude et la variété de ses informations. Savoir est souvent pouvoir.

L'évolution politique pousse les classes dominantes vers la réaction, vers l'impuissance. Le parlementarisme s’en ressent. Les Parlements s'agitent de plus en plus dans le vide. Le parlementarisme traverse une crise. Pour que le socialisme ne soit pas rendu responsable de la stérilité du Parlement bourgeois, il faut que son action soit nettement distinguée de celle des partis bourgeois. Tout bloc, toute collaboration systématique avec les partis bourgeois est une grave erreur de tactique. Même en ayant l'air de faire la même chose au Parlement, en votant les mêmes réformes, nous restons toujours séparés par l’abime qui nous sépare comme classe opposée. Nous avons d’autres motifs, unautre intérêt, un autre critère, une autre appréciation du geste législatif à accomplir.

C’est K. Kautsky qui expose le mieux notre attitude au Parlement, dans le livre déjà cité. |

Quantité de politiciens prétendent que seule la domination despotique d’une classe rend la révolution nécessaire, la démocratie la rend superflue. Et dans toutes les nations civilisées nous jouissons d’une dose de démocratie suffisante pour que l’évolution pacifique soit possible, pour qu’elle se produise sans révolution. Nous avons partout la faculté de fonder des sociétés de consommation; étendues, elles pratiquent elles-mêmes la production pour leur propre compte, et, lentement, mais sûrement, changent le caractère de la production capitaliste. Nous avons partout la faculté d'organiser dés syndicats: ils limitent de plus en plus le pouvoir qu'exerce le capitaliste dans sa propre exploitation, remplacent dans la fabrique l’absolutisme par le constitutionnalisme et préparent ainsi lentement le passage

de celle-ci à la forme républicaine. Presque partout la démocratie socialiste a la faculté de pénétrer dans les conseils communaux, de faire entrer en ligne de compte, dans les travaux publics, les intérêts de la classe ouvrière, d'agrandir toujours la tâche des municipalités et de restreindre la production privée en élargissant constamment le domaine de la production communale. Enfin, la démocratie socialiste entre au Parlement, y conquiert une influence grandissante, fait aboutir une réforme après l’autre, limite le pouvoir des capitalistes par une législation protectrice du travail, étend toujours davantage la sphère de la production d'Etat en poussant à la transformation des grands monopoles en services publics. Aïnsi, par le simple usage des droits démocratiques et tout en restant sur le terrain déjà acquis aujourd’hui, la société capitaliste se développe en société socialiste, la conquête révolutionnaire du pouvoir public par le prolétariat devient inutile, la favoriser est tout simplement nuisible; elle ne peut avoir d'autre effet que de troubler le cours de ce progrès lent, mais sûr,

(C’est ainsi que s'expriment les ennemis de la méthode Me naire.

Sans doute le no bhre des lois de protection ouvrière grandit tous les ans. Maïs si on les examine, on s'aperçoit qu’elles ne sont qu'une extension à d’autres sphères des prescriptions existantes; on Îles applique maintenant aux employés de commerce, garçons marchands de vins, enfants travaillant au dehors des fabriques, industriels à domicile, matelots, etc. Les mesures sont timides, le résultat problématique, et l’on se garde bien de les renforcer là où elles existent déjà. Si l’on considère avec quelle rapidité peu commune le mode de production capitaliste étend sa sphère d'action, avec quelle promptitude il s'attaque successivement à toutes les professions, à tous les pays, on s'apercevra que la protection ouvrière ne se développe que lentement, que jamais ses progrès ne dépassent ceux du capitalisme boiteuse, elle ne suit le capital qu'avec peine. L/extension de celui-ci se poursuit suivant une allure de plus en plus rapide. La protection du travail tend de plus en plus à rester stationnaire.

Si le progrès de celle-ci est déjà insuffisant en largeur, 1l est presque nul en profondeur. En 1847, en Angleterre, sous la pression du mouvement chartiste et de la misère croissante des ouvriers de l'industrie textile, on avait obtenu la journée de dix heures pour les femmes et les enfants.

En.1848, en France, la deuxième République avait fixé la journée. pour tous les ouvriers à Paris à dix heures, dans le reste de Ia France à onze heures. Quand dernièrement Millerand fit adopter (sur

le papier, avec de nombreuses restrictions) par la Chambre la jout- :

née de dix heures pour les industries où les femmes et enfants travaillent avec des hommes (pour certaines industries seulement), on vit dans cette mesure une œuvre digne de toute admiration et dont seul était capable un ministre socialiste, Et cependant, Millerard était moins généreux que la législation bourgeoise anglaise qui datait d'un demi-siècle. Il permit, en effet, que la journée de dix heures s’appliquât aux enfants dont le temps de travail en Angleterre, et dès 1844, était limité à six heures et demie ! Déjà en 1866, le Congrès de Genève de « l’Internationale » réclamait la journée de huit heures et y voyait la condition préliminaire de toute réforme sociale féconde. Et, trente-six ans plus tard, au

récent Congrès socialiste français de Tours, un délégué pouvait

s'opposer à ce que la journée de huit heures füt rangée au nombre de nos premières revendications. Il n’entendait demander que des mesures préparatoires. On ne rit pas au nez de cet individu, bien mieux, 1l put être candidat à Paris aux dernières élections. — (La Révolution Sociale.)

L'action parlementaire est liée naturellement à l’action

électorale qui, bien conduite, est une admirable occasion de propagande socialiste. Toute victoire, toute augmentation

du nombre des voix socialistes, marque un progrès, une étape

socialiste dans la région — si les voix sont réellement socialistes. Le Socialisme s’est imposé au pouvoir et aux classes dominantes, à cessé d'être traité comme un crime politique grâce à nos succès électoraux éclatants, grâce à la croissance de notre nombre.

Les élections -sont aussi un moyen de nous compter, de mesurer nos forces, nos progrès périodiques, de prendre l'habitude de nous mesurer avec nos adversaires.

Mais le but principal de l'action politique est la conquête

du pouvoir politique.

Comment conquerrons-nous le pouvoir politique? On ne peut rien dire sur cette manière avec certitude, mais quel-

ques suppositions sont permises. *12ER

La Révolution sortira de la situation où se trouve engagée notre société. Deux faits de premier ordre frappent ; EN

tout observateur : les organisations capitalistes et patronales, sous forme de frusts et la menace de la guerre européenne foujours suspendue sur nos têtes. KExaminons ces deux faits. |

VI, — Les trusts comme facteur de la Révolution sociale.

Notre regretté Paul Lafargue a tracé un tableau de développement des trusts qui ne laisse rien à désirer. L'intérêt de premier ordre qui s'attache à ce phénomène et le grand talent d'écrivain feront excuser notre longue citation, qui est un élément nécessaire d’information socialiste.

John Moody, qui publie à New-York l'annuaire des sociétés par

actions et obligations — Moody Mannal of Corporation Securities —

donne dans une petite brochure portant le titre suggestif de The Morganisation of Indusiry, la liste des Zndustrial Consolidation ou trusts formée du 1°” janvier 1809 au 1°” septembre 1002, d’une capitalisation d’au moins de 10 millions de dollars, soit de 51,500,000 fr. Elle mentionne entre autres: Deux trusts de cuivre, l’un de 800 millions et l’autre de 257,000,000; un trust des vitres et fenêtres de 87 millions; un de la laine de 250 millions; du papier à écrire de 200 millions; du lait condensé de 125 millions; de la levure en poudre de 100 millions; des tabacs à priser, de 105 millions; du sucre raffiné de 103 millions ; des ressorts d’acier pour wagons de 100 mi!lions ; de produits caoutchoutés de 135 millions ; des fruits de 80 mil-

lions; des produits de maïs de 400 millions; des peaux et cuirs de

170 millions, de l'acier de 7 milliards, etc., etc. Il s’est formé des trusts dans toutes les branches de la production agricole et industrielle.

Les 82 trusts cités dans la brochure de Moody ont une capitalisation de 22 milliards 250 millions, mais cette liste est incomplète, puisqu'elle ne mentionne que Îles trusts constitués pendant ces trois dernières années et d’une capitalisation d'au moins 50 millions.

J. Moody sait qu’une liste qui ne tiendrait compte ni de la grandeur du capital, ni de la date de formation, comprendrait probablement 800 trusts dont la capitalisation serait d’environ 46 milliards, et si

PR

on y ajoutait les compagnies de chemins de fer on arriverait à une capitalisation dépassant 76 milliards.

Les chiffres donnés par J. Moody sont au-dessous de la réalité. Le représentant de l'Etat du Maine, Littleñeld, reproduisant les statistiques officielles contenues dans un rapport au Congrès, qui vient d’être publié, donne une liste de trusts existant le 1° janvier 1903, laquelle est considérée le document le plus complet sur la matière.

‘Le 1°” janvier 1903, il existait 703 trusts classés en 453 « trusts industriels » et 340 « monopoles locaux et naturels » qui comprennent les Compagnies d'eaux, de gaz, de lumière électrique, de railways urbains, de télégraphe et de téléphone.

Les trusts industriels avaient une capitalisation de 47.539 mil. | Les monopoles locaux et naturels une capitalisation de 22.242 mul.

Page 1