X. — Contre l’agiotage
La situation politique était résumée par Babeuf dans son :
numéro 20, daté du 1° au 19 nivôse an III (21 décembre 1794 au 8 janvier 1705), où apparaît une conscience très nette de la forme moderne de l’antagonisme des classes qui, gêné avant Thermidor, allait maintenant se développer sans entraves. Dans la Convention, écrivait-il, « je distingue deux partis diamétralement opposés. Je crois assez que tous deux
veulent la République; mais chacun la veut à sa manière.
L'un la désire bourgeoise et aristocratique; l’autre entend l'avoir faite et qu’elle demeure toute populaire et démocratique. le premier parti veut dans la République le patriciat et la plèbe. le second parti veut pour tous non seulement l’égalité dans les livres, mais encore l’honnèête aisance, la suffisance légalement garantie de tous les besoins physiques, de tous les avantages sociaux, en rétribution juste et indispensable de la part de travail que chacun vient fournir à la tâche commune ». |
Babeuf publiait à la même époque que son numéro 20, sous le titre Du système de dépopulation ou la vie et les crimes de Carrier, une très violente attaque contre le système de la T'erreur, l'effusion du sang, la dictature révolutionnaire. Faisant preuve d’une pitié louable et d'une crédulité fâcheuse, il
blâmait, avec quelque excès et beaucoup d'illusions, tout ce
qui avait été fait avant le 9 thermidor, en Vendée.
El 2. Pt
Mais, ce qui est plus intéressant, on troüve dans cette bro- chure une longue note où, de même que dans le numéro 29 du Tribun du Peuple, le « socialisme » surgit pour la première fois sans qu'il puisse y avoir doute. « Le sol d’un Etat, disait Babeuf (p. 32 et 33), doit assurer l'existence à tous les membres de cet Etat... Quand, dans un Etat, la minorité des sociétaires est parvenue à accaparer dans ses mains les richesses foncières et industrielles et qu'avec ce moyen elle tient sous sa verge, et use du pouvoir qu'elle a de faire languir dans le besoin la majorité, on doit reconnaître que cet envahissement n'a pu se faire qu'à l'abri des mauvaises institutions du gouvernement » ; et alors, il faut arriver « par des institutions qu'il soit impossible d'enfreindre, à poser des bornes sûres à la cupidité et à l'ambition, à affecter tous les bras au travail, mais à garantir, moyennant ce travail, le nécessaire à tous, l'éducation égale et l'indépendance de tout citoyen d’un autre; à garantir de même le nécessaire, sans travail, à l'enfance, à la faiblesse, à l’infirmité et à la vieillesse ». Dans le numéro 29 de son journal, conscient de l'importance fondamentale de la question économique, après avoir demandé les mêmes choses, il conclut: « Au fond, voilà où se réduit en principe toute la politique, c'est de garantir à tous les gouvernés la suffisance de leurs besoins ».