IV. — Buonarroti et Robespierre
Parmi les hommes, écrit Buonarotti, qui brillèrent dans l'arène révolutionnaire, 1l en est qui, dès le commencement, se prononcèrent pour l’affranchissemeent réel du peuple français. Marat, Maximilien Robespierre et Saint-Just figurent glorieusement avec quelques autres dans la liste honorable des défenseurs de l'égalité. Marat et Robespierre attaquèrent de front le système antipopulaire qui prévalut dans l’Assemblée constituante, dirigèrent, avant et après le 10 août, les démarches des patriotes ; arrivés à la Convention, ils y furent en butte à la haine et aux calomnies du parti de l’égoisme qu'ils confondirent, s'élevèrent, dans le jugement du roi, à la plus haute philosophie, et eurent une grande part aux événements du 31 mai et jours suivants, dont les faux amis de l'égalité détruisirent enfin l’heureuse influence.
(Autant les amis de l'égalité avaient désiré, avant le 9 thermidor, que le gouvernement révolutionnaire füt maintenu dans toute sa pureté, autant en souhaitèrent-ils, depuis, la chute, afin qu'il fût remplacé par la constitution de 1703, es laquelle étaient dirigées les manœuvres de l’aristocra-
: désespérant du triomphe de l'égalité, ils désiraient meto au moins le peuple en possession de ses droits politiques.
Tel fut le motif du mouvement du 12 germinal de l’an III, et de l'insurrection parisienne du 1* prairial. Le mauvais succès de ces journées redoubla la fureur des ennemis de la liberté, et augmenta de beaucoup le nombre des bons citoyens, entassés dans les prisons où égorgés sur toute la surface de la République.
V, — Conspiration de Babeuf,
Dès que Babeuf fut privé de la liberté, sa première pensée fut d’avouer la conspiration et d'en soutenir la légitimité. Elle résulte de ses réponses au ministre de la police qui lui demandait s’il avait eu le dessein de renverser le gouvernement et s’il était associé à quelques personnes pour y parvenir. Les voici : « Intimement convaincu que le gouvernement actuel est oppresseur, j'aurais fait tout ce qui était en mon pouvoir pour le renverser. Je m'étais associé avec tous les démocrates de la République; 1l n'est pas de mon devoir d'en nommer aucun ».
Interpellé par le même ministre sur les moyens qu'il comptait employer, il répondit: « Tous les moyens légitimes contre les tyrans » ; et, peu après : «Je n'ai pas à donner les détails des moyens qui eussent été employés. Au surplus, ils ne dépendaient pas seulement de moi; je n'avais que ma voix dans le Conseil des tyrannicides ».
Interrogé quelques jours après, par le directeur du jury, il répondit ainsi à l’imputation d’être l’auteur de la conspiration: « J'atteste qu'on me fait trop d'honneur en me décorant du titre de chef de la conspiration; je déclare que je n'y avais même qu'une part secondaire et bornée à ce que je vais dire: je l’approuvais, cette conspiration, parce que je la croyais légitime, parce que je croyais et que je crois encore que le gouvernement actuel est souverainement criminel, usurpateur de l'autorité, violateur de tous les droïts du peuple qu’il a réduit au plus chétif dénuement, au plus déplorable esclavage, criminel enfin de lèse-nation au premier chef; et que je croyais et que je crois encore à la sainteté du principe, que c’est un devoir de conspirer contre un tel gouvernement
= 104 re
alors je consentis volontiers à aider de tous mes moyens Îles ___ chefs et les meneurs d’une conspiration qui se forma contre | lui ». Et après avoir établi le rôle qu’il avait joué dans la conspiration, il ajouta : « Voilà des détails qui détruiront sans doute la supposition absurde que j'étais le chef de la conspiration; et cela fondé sur la seule circonstance que je me trouvais, au moment de mon arrestation, à côté d'une partie des papiers des conspirateurs. Je le répète, ce n'est point que je veuille par là atténuer ma culpabilité; je ne veux qu'être de bonne foi et ne point paraître avec un rôle plus æ brillant que je ne mérite, avec un rôle qui n’est point le mien. | Je consens après cela à porter cependant la plus forte peine du crime de tramer contre des oppresseurs, car j'avoue encore que, quant à l'intention, personne n'a pu conspirer contre eux plus fortement que moi: j'ai la conviction que c'est un crime commun à tous les Français, du moins à toute la partie vertueuse, à tout ce qui ne veut pas de l'affreux système du bonheur d’un très petit nombre, fondé sur l’opprobre et l'extrème misère de la masse ; je me déclare complètement atteint et convaincu de forfait, et je déclare que c'était celui de tous les conspirateurs que je servais. » — (7b., p. 147-148.)
VI, — Babeuf à sa femme.
Après la déclaration du jury, Babeuf avait écrit à sa femme et à ses enfants cette lettre touchante: ; ; « Bonsoir, mes amis. Je suis prêt à m'envelopper Das la nuit éternelle. J'exprime mieux à l’ami auquel j'adresse les deux lettres que vous aurez vues, je lui exprime mieux ma situation pour vous que je ne peux le faire à vous-mêmes. Il me semble que je ne sens rien pour trop sentir. Je remets votre sort dans ses mains. Hélas ! je ne sais si vous le trouverez en position de pouvoir faire ce que je demande de
rte
lui; je ne sais comment vous pourrez arriver jusqu'à lui Votre amour pour moi vous a conduits ici à travers tous les obstacles de notre misère ; vous vous y êtes soutenus au milieu des peines et des privations ; votre constante sensibilité vous y a fait suivre tous les instants de cette longue et cruelle procédure, dont vous avez, comme moi, bu le calice amer: mais j'ignore comment vous allez faire pour rejoindre le lieu d'où vous êtes partis; j'ignore comment ma mémoire sera appréciée, quoique je crois m'être conduit de la mamière la plus irréprochable; j'ignore enfin ce que vont devenir tous les républicains, leurs familles, et jusqu’à leurs enfants à la mamelle, au milieu des fureurs royales, que la contre-révolution va amener; Ô mes amis, que ces réflexions sont déchirantes dans mes derniers instants !. Mourir pour la patrie, quitter une famille, des enfants, une épouse chérie, seraient plus.supportables, si je ne voyais pas au bout la liberté perdue, et tout ce qui appartient aux sincères républicains enveloppés dans la plus horrible proscription. Ah ! mes tendres enfants, que deviendrez-vous ? Je ne puis ici me défendre de la plus vive sensibilité... Ne croyez pas que j'éprouve du regret de m'être sacrifié pour la plus belle des causes: quand même tous mes efforts seraient inutiles pour elle, j'ai rempli ma tâche...
S1, contre mon attente, vous pouviez survivre à l'orage terrible qui gronde maintenant sur la République et sur tout ce qui lui fut attaché; si vous pouviez vous retrouver dans une
situation tranquille, et trouver quelques amis qui vous aidas-
sent à triompher de votre mauvaise fortune, je vous recommanderais de vivre bien unis ensemble; je recommanderais à ma femme de tâcher de conduire ses enfants avec beaucoup de douceur, et je recommanderais à mes enfants de mériter
les bontés de leur mère, en la respectant et en lui étant tou-
jours soumis. Il appartient à la famille d’un martyr de la hberté de donner l'exemple de toutes les vertus, pour attirer
l'estime et l'attachement de tons les gens de hien. Je dési-
rerais que ma femme fit tout ce qui lui serait possible pour donner de l'éducation à ses enfants, en engageant tous ses amis à l'aider dans tout ce qui leur serait également possible pour cet ôbjet. J'invite Emile à se prêter à ce vœu d'un père, que.je crois bien aimé, et dont il fut tant aimé; je l'invite à s'y prêter sans perdre de temps et le plus tôt qu'il pourra.
« Mes amis, j'espère que vous vous souviendrez de moi et que vous en parlerez souvent. J'espère que vous croirez que je vous ai tous beaucoup aimés. Je ne concevais pas d’autre manière de vous rendre heureux que par le bonheur com-
mun. J'ai échoué; je me suis sacrifié; c’est aussi pour vous
que je meurs.
« Parlez beaucoup de moi à Camille; dites-lui mille et mulle fois que je le portais tendrement dans mon cœur:
« Dites-en autant à Caïus, quand il sera capable de l’entendre. +
« Lebois a annoncé qu'il imprimerait à part nos défenses ;
il faut donner à la mienne le plus de publicité possible. Je recommande à ma femme, à ma bonne amie, de ne remettre à Baudouin, n1 à Lebois, ni à d’autres, aucune copie de ma défense, sans en avoir une autre bien correcte par devers elle, afin d’être assurée que cette défense ne soit jamais perdue. Tu sauras, ma chère amie, que cette défense est précieuse, qu'elle sera toujours chère aux cœurs vertueux et aux amis de leur pays.
« Le seul bien qui te restera de moi sera ma réputation. Ft je suis sûr que toi et tes enfants, vous vous consolerez beaucoup en en jouissant. Vous aimerez à entendre tous les cœurs sensibles et droits dire, en parlant de votre époux, de votre père:
€ Il fut parfaitement vertueux.
« Adieu. Je ne tiens plus à la terre que par un fil, que le jour de demain rompra. Cela est sûr, je le vois trop. Il faut en faire le sacrifice. Les méchants sont les plus forts, je leur cède. Il est au moins doux de mourir avec une conscience
s tar] VON - E FAUr 2, et RU hé i piL- x + a TE : TRS ? .
$ + CI PERS f Te FLE vi y : 4
os Ex ,
ue : mienne; tout < ce qu” 7e ya de crtiel, de déchi- La
. .. un en Revez à ma mère et à mes sœurs. Un | . voyez-leur, par diligence ou autrement, ma défense, dès qu'elle où nn - Dites- leur comment je suis mort, Fa tâchez
es D aorence) de d'être déshonorée...
HART Adieu donc, encore une fois, mes bien chers, mes tens amis. Adieu, pour jamais. Je m'enveloppe dans le sein | in sommeil vertueux.» "
ONE To PRE