‹ La révolution socialeChapitre 42 sur 172 · AT AT EL · texte numérisé non relu

AT AT EL

San ce tou ri n

« Qu'en conséquence, lorsque le peuple entier a perdu .

tous ses moyens de garantie contre le despotisme, c'est aux

vertus les plus courageuses, les plus intrépides, à prendre «

l'initiative de la résurrection, et à diriger l'affranchissement de la masse:

Considérant que les droits de l’homme reconnus à la même époque, 93, tracent au peuple entier, ou à chacune de ses portions, comme le plus sacré des droits, et le plus indispensable des devoirs, celui de s’insurger contre le gouvernement qui viole ses droits; et qu'ils prescrivent à chaque homme libre de mettre à l'instant à mort ceux qui usurpent la souveraineté; :

Considérant qu'une fraction conspiratrice a usurpeé la

souveraineté, en substituant sa volonté particulière à la volonté générale librement et légalement exprimée dans les Assemblées primaires de 1703, en imposant au peuple français, sous les auspices des persécutions et de l’assassinat de tous les amis de la liberté, un code exécrable, appelé Constitution de 95, à la place du pacte démocratique de 1793, su avait été accepté avec tant d'enthousiasme ;

« Considérant que le code tyrannique de 95 viole le plus précieux des droits, en ce qu'il établit des distinctions entre les citoyens, leur interdit la faculté de sanctionner les lois, de changer la Constitution et de s’assembler, limite leur liberté dans le choix des agents publics, et ne leur laisse aucune garantie contre l'usurpation des gouvernements ;

« Considérant que les auteurs de cet affreux code se sont maintenus en état de rébellion permanente contre le peuple, lorsqu'ils se sont arrogé, au mépris de sa volonté suprême, l'autorité que la nation seule pouvait leur confier; qu’ils se sont créés, soit eux-mêmes, soit à l’aide d’une poignée de factieux et d’ennemis du peuple, les uns, rois sous un nom déguisé, les autres, législateurs indépendants ;

« Considérant que ces oppresseurs, après avoit tout fait pour démoraliser le peuple; après avoir outragé, avili et fait disparaitre les attributs et les institutions de la liberté et de la démocratie ; après avoir fait égorger les meilleurs amis de la République, rappelé et protégé ses plus atroces ennemis,

Lu 110 —

pillé et épuisé le trésor public, pompé toutes les ressources …

nationales, totalement discrédité la monnaie républicaine,

effectué la plus infâme banqueroute, livré à l’avidité des riches

jusqu'aux derniers lambeaux du malheureux qui, depuis près de deux ans, meurt chaque jour, affamé; non contents de tant de crimes, viennent, par un raffinement de tyrannie, de ravir au peuple jusqu’au droit de se plaindre;

« Considérant qu’ils ont ourdi et favorisé des complots pour entretenir la guerre civile dans les départements de l'Ouest, en trompant la nation par une pacification plâtrée, dont les articles secrets stipulaient des conditions contraires à la volonté, à la dignité, à la sûreté et aux intérêts du peuple français ;

« Considérant que, tout récemment encore, ils ont appelé à eux une foule d'étrangers, et que tous les principaux cons-

pirateurs de l'Europe sont en ce moment à Paris pour con- :

sommer le dernier acte de la contre-révolution ;

« Considérant qu'ils viennent de licencier et de traiter indi1gnement ceux des bataïllons qui ont eu la vertu de se refuser à les seconder dans leurs atroces desseins contre le peuple; qu'ils ont osé mettre en jugement ceux des braves soldats qui ont déployé le plus d'énergie contre l'oppression et qu'ils

ont joint à cette infamie, celle de qualifier d'inspiration roya-.

liste leur généreuse résistance à la volonté des tyrans;

« Considérant qu'il serait difficile et trop long de suivre et de retracer complètement la marche populicide de ce gouvernement criminel, dont chaque pensée, chaque acte est un délit national; que les preuves de tous ces forfaits sont tracées en caractères de sang dans toute la République; que de tous les départements les cris qui appellent sa répression sont unanimes ; qu'il appartient à la portion des citoyens la plus voisine des oppresseurs d'attaquer l’oppression ; que cette portion est comptable du dépôt de la liberté envers l’état enter, et qu’un trop long silence la rendrait complice de 1a tyrannie ;

4 L s + “ î j 1 : En + PA. ve + hi 4 LL” LE Let

Se

« Considérant enfin que tous les défenseurs de la liberté

sont prêts;

« Après s'être constitués en Comité insurrecteur de salut * public, prennent sur leurs têtes la responsabilité et l’initiative de l'insurrection et arrêtent ce qui suit

&« ARTICLE PREMIER. — Le peuple est en insurrection contre la tyrannie.

« ART. 2. — Le but de l'insurrection est le rétablissement de la Constitution de 1793, de la liberté, de l'égalité et du bonheur de tous.

ART. 3. — Aujourd’hui, dès l’heure même, les citoyens et les citoyennes partiront de tous les points, en désordre et sans attendre le mouvement des quartiers voisins, qu'ils feront marcher avec eux. Ils se rallieront au son du tocsin et des trompettes, sous la conduite des patriotes auxquels le

Comité insurrecteur aura confié des guidons portant l'ins-

cription suivante

CONSTITUTION DE 1793 Egalité. Liberté. BONHEUR COMMUN

« D'autres guidons porteront ces mots

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des de- VOITS ;

Ceux qui usurpent la souveraineté doivent être mis à mort par les hommes libres. »

« Les généraux du peuple seront distingués par des rubans tricolores flottant très visiblement autour de leurs chapeaux.

« ART. 4. — Tous les citoyens se rendront avec leurs armes, ou à défaut d'armes, avec tous autres instruments

offensifs, sous la seule direction des patriotes ci-dessus, aux chefs-lieux de leurs arrondissements respectifs.

« ART. 5. — Les armes de toute espèce seront enlevées par les insurgés partout où elles se trouvent.

« AÏRT. 6. — Les barrières et le cours de la rivière seront . soigneusement gardés ; nul ne pourra sortir de Paris sans un ordre formel et spécial du Comité insurrecteur ; il n’entrera que les courriers, les porteurs et conducteurs de comestibles, auxquels il sera donné protection et sûreté. |

« ART. 7. — Le peuple s'emparera de la trésorerie nationale, de la poste aux lettres, des maisons des ministres, et de tout magasin public ou privé contenant des vivres et des munitions de guerre.

« ART. 8. — Le Comité insurrecteur de salut public donne aux légions sacrées des camps environnant Paris, qui ont juré de mourir pour l'égalité, l’ordre de soutenir partout les efforts du peuple.

« ART. O0. -— Les patriotes des départements réfugiés à Paris, et les braves officiers destitués sont appelés à se distinguer dans cette lutte sacrée. ;

« ART. 10. —.Les deux Conseils et lé Directoire tusmpe teurs de l'autorité populaire, seront dissous. Tous les membres qui les composent seront immédiatement jugés par le peuple.

€ ART. 11. — Tout pouvoir cessant devant celui du peuple, nul prétendu député, membre de l'autorité usurpatrice, directeur, administrateur, juge, officier, sous-officier de garde nationale, ou quelque fonctionnaire public que ce soit, ne pourront exercer aucun acte d'autorité, ni donner aricun ordre; ceux qui y contreviendront seront à l'instant mis à mort.

«€ Tout membre du prétendu corps législatif, où directeur,

CLICHÉ GANDON Les Otages sont conduits du secteur au mur pour être fusillés.

- trouvé dans les rues, sera arrêté, et conduit sur le champ à son poste ordinaire.

«& ART. 12. — Toute opposition sera vaincue sur le champ par la force. Les opposants seront exterminés. |

« Seront également mis à mort :

« Ceux qui battront ou feront battre la générale;

« Les étrangers de quelque nation qu'ils soient, qui seront trouvés dans les rues ;

« Tous les présidents, secrétaires et commandants de la conspiration royale de vendémiaire qui oseraient aussi se mettre en évidence.

« ART: 13. — Il est ordonné à tous les envoyés des puissances étrangères de rester dans leurs domiciles durant l’insurrection ; ils sont sous la sauvegarde du peuple.

« ART. 14. — Des vivres de toute espèce seront portés au peuple sur les places publiques.

€ ART, 15. — Tous les boulangers seront en réquisition pour faire continuellement du pain, qui sera distribué gratis au peuple ; 1ls seront payés sur leur déclaration.

I& ART. 16. — Le peuple ne prendra de repos qu'après la destruction du gouvernement tyrannique.

« ART, 17. — Tous les biens des émigrés, des conspirateurs et de tous les ennemis du peuple, seront distribués sans délai aux défenseurs de la patrie et aux malheureux.

« Les malheureux de toute la République seront immédiatement logés et meublés dans les maisons des conspirateurs.

« Les effets appartenant au peuple, déposés au Mont-de- Piété, seront sur le champ gratuitement rendus.

« Le peuple français adopte les épouses et les enfants des braves qui auront succombé dans cette sainte entreprise; 1 les nourrira et entretiendra ; 1l en sera de même à l'égard de leurs pères et mères, frères et sœurs, à l'existence desquels ils étaient nécessaires.

« Les patriotes proscrits et errants dans toute la République recevront tous les secours et moyens convenables pour

rentrer dans le sein de leurs familles. Ils seront indemnisés des pertes qu'ils auront soufferts.

« La guerre contre la tyrannie intérieure étant celle qui.

s'oppose le plus à la paix générale, ceux des braves défenseurs de la liberté qui prouveront avoir concouru à la terminer, seront libres de retourner avec armes et bagages dans leurs foyers; ils y jouiront, en outre immédiatement, des récompenses depuis si longtemps promises.

« Ceux d’entre eux qui voudront continuer de servir la République, seront aussi sur le champ récompensés d'une manière digne de la générosité d'une grande nation libre.

G ART. 18. — Les propriétés publiques et particulières sont mises sous la sauvegarde du peuple.

& ART, 19. — Le soin de terminer la Révolution et de donner à la République la liberté, l'égalité et la constitution de 1703, sera confié à une Assemblée nationale composée d'un démocrate par département, nommé par le peuple insurgé sur la présentation du Comité insurrecteur.

« ART. 20. — Le Comité insurrecteur de salut public restera en permanence jusqu'à l’accomplissement total de l'insurrection. »

Par la promesse de distribution, le Directoire fixait l’attention et entretenait l'espérance de la classe laborieuse, sans indisposer ceux qui, tout en haïssant la nouvelle aristocratie, n'aimait pas pour cela l'égalité de fait. « Distribuer les biens ne signifiait pas morceler la propriété territoriale : car les véritables biens ne sont pas les terres, mais les fruits qu'elles produisent ; or, en distribuant les fruits, la promesse eût été complètement exécutée, et c’est là ce que le Directoire secret se proposait de faire, ainsi qu’on va le voir » — (Jd., p. 100-101.)

Il. — Le décret d'égalité, de liberté et de bonheur.

A l'effet d'obtenir du peuple victorieux un décret conforme à ses véritables intérêts, le Directoire comptait soumettre à ses suffrages les noms des démocrates qu'il jugeait les plus dignes d’une si haute confiance. Cette nouvelle Assemblée serait venue contracter à la face du ciel l'engagement de se dévouer pour le salut de tous, et jurer d'exécuter fidèlement les ordres qu'on se proposait de lui faire prescrire par le décret suivant

GHPApeupiende Paris. apres avoir terrassé la tyrannie, usant des droits qu'il a reçus de la nature, reconnait et déclare au peuple français |

« Que l’inégale distribution des biens et des travaux est la source intarissable de l'esclavage et des malheurs publics ;

« Que le travail de tous est une condition essentielle du pacte social ;

« Que la propriété de tous les biens de la France réside essentiellement dans le peuple français qui peut seul en déterminer ou.en changer la répartition ;

« Ordonne à l’Assemblée Nationale qu'il vient de créer dans l'intérêt et au nom de tous les Français, d'améliorer la Constitution de 1703, d'en préparer la prompte exécution et d'assurer, par de sages institutions, fondées sur les vérités cidessus reconnues, à la République française, une inaltérable égalité, la Hberté et le bonheur ;

« Enjoint à ladite Assemblée de rendre compte, dans un an au plus tard, à la nation, de l'exécution du présent décret ;

« Et s'engage enfin à faire respecter les décrets de cette Assemblée conformes aux ordres ci-dessus, et à punir de la peine des traîtres ceux de ses membres qui s’écarteront des devoirs qu'il vient de leur prescrire. » — (/bid., p. 101- 102.)

On voit ainsi, dans les documents décisifs de la conspiration de Babeuf, les traits dominants de ce qu'on appellera ultérieurement la « méthode blanquiste » des sociétés secrètes. Les inspirateurs de ces sociétés s'imaginèrent qu'on pouvait décréter la révolution, mettre en paragraphes bien alignés les événements à venir. Tout fut réglé d'avance. Il ne manquait qu'une chose : le succès final. Car les projets de révolution ne tenaient pas compte des conditions matérielles nécessaires à leur réussite. La révolution ne se décrète nipar limtiative d'enhaut m1 par celle d'entbas-

Page 1