LES
la monarchie bourgeoise sur une aristocratie de fonctionnaires
t en aucun temps aussi profonde que dans la
Ca :
ruption ne fu
nôtre. Elle était arrivée à un tel degré qu'elle n'avait plus
conscience d'elle-même : le sens moral était atrophié, la tyran-
nie du capital érigée en dogme, le vol légalisé et pratiqué
impudemment au grand jour par tout ce qu'on appelait alors le pays légal, depuis le notaire, l'agent de change et le banquier, s’enrichissant de la ruine des familles et spéculant sur la disette des grains, jusqu'au petit marchand fraudant sur le poids et la qualité de sa marchandise et falsifiant les ali-
ments du Peuple avec des drogues vénéneuses ; les lois de la nature elle-même viciées et perverties, le mariage transfor- mé en un marché de prostitution, le foyer conjugal en un bagne, la famille en un troupeau d'héritiers s’abattant comme
des corbeaux sur un cadavre. :
La corruption avait passé des mœurs dans la politique. La Chambre des députés, devenue une armée disciplinée et salariée de fonctionnaires, ne servait plus qu'à couvrir d’une apparence de légalité la honteuse politique du pouvoir exécutif. À l'extérieur, cette politique rayait la France du rang des nations indépendantes pour en faire l'instrument servile
de tous les gouvernements absolus ; à l’intérieur, elle étouf- fait toutes les libertés politiques, organisait la vénalité des
charges d’un côté, celle des consciences de l’autre, et appuyait
et de financiers. — Louis MÉNARD. Prologue d'une Révolution.) ;