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torien trace le tableau que voici de l’état d'esprit de Louis Blanc à la période de son activité gouvernementale : «Cependant l'imagination de M. Louis Blanc, un moment éblouie par la pensée des grands débats parlementaires qui, du Luxembourg, allaient retentir dans toute l’Europe, se calmait singulièrement, en voyant dans la réalité, d'une part, des difficultés extrêmes à la moindre amélioration, de l’autre, d'infiniment petits détails auxquels, du sommet de ses théories, il lui fallait descendre dans le domaine de la pratique. Son début en matière de gouvernement n'avait pas, été heureux. Son premier décret du 2 mars n'était que très imparfaitement exécuté et jetait déjà le trouble dans l'industrie. Son second décret, qui portait création dans les douze mairies de Paris de douze bureaux de renseignements, chargés de dresser des tableaux statistiques de l'offre et de la demande du travail et de faciliter ainsi les rapports entre les chefs d'industrie et les ouvriers, ne reçut pas même un commencement d'exécution. C’étaient là des échecs sensibles et qui tempéraient beaucoup sa première ardeur. Des conciliations, après d’interminables débats, entre les entrepreneurs et les conducteurs d’omnibus et de cabriolets de place, entre les maitres et les ouvriers couvreurs, boulangers, paveurs, etc., quoique d’une utilité réelle, ne pouvaient suffire à une ambition qui rêvait de changer le monde. On voit dans les réunions de publicistes et d’économistes qu'il provoque à plusieurs reprises au Luxembourg, et où se rendent MM. Considérant, Vidal, Pecqueur, Dupont-White, Duveyrier, Dupoty, Wolowski, Toussenel, combien ses espérances de réfor- mateur sont déjà réduites, car il n’expose aucun plan général de réforme industrielle et il se borne à proposer des palliatifs momentanés à la misère des ouvriers, tels que la création de cités ouvrières et la suppression du travail dans les prisons. Le langage de M. Louis Blanc aux ouvriers se ressent aussi de ce découragement intérieur. Il insiste de jour en jour davantage sur le danger de la précipitation; sur la nécessité
de méditer profondément les problèmes ; sur la pañence et la prudence qu’il convient d'apporter dans les délibérations ; sur l'impossibilité d'aucune réalisation immédiate ; 1l reporte constamment la pensée de ses auditeurs sur la prochaine convocation de l’Assemblée nationale et, pour remplir les heures de séance, il use amplement des moyens oratoires que M. de Lamartine employait à l'Hôtel de Ville, en recommencant à tout propos le récit épique de la révolution et le tableau des grandes choses accomplies par le peuple. (Daniel STERN).»
Mais l’œuvre de la Commission du Luxembourg ne fut pas complètement vaine. Marx, qui n’est pas suspect de faiblesse pour le « socialisme » réformiste de Louis Blanc, l’a établi dans son brillant exposé (1).
Le témoignage d’un des meilleurs historiens de l’époque — j'ai nommé Daniel Stern, le pseudonyme de la comtesse d'Agoût — confirme ce jugement. Le mouvement socialiste et prolétarien, qui a l'avenir pour lui, profite même des erreurs que les circonstances lui imposent. L,//école du prolétariat ne se tient pas entre les quatre murs du cabinet de travail d'un savant, mais dans les larges avenues de la vie, de l’action et de la lutte. Si la science veut mériter son nom et justifier sa renommée qui ne sera jamais trop grande, c'est dans cette grande école qu’elle doit chercher les matériaux pour ses Synthèses, pour ses lois nécessaires, utiles et bienfaisantes, car celles-ci, venant de la vie, lui apportent de Îa lumière et de l’enseignement.