‹ La révolution socialeChapitre 52 sur 172 · X. — L'état d'esprit ouvrier · texte numérisé non relu

X. — L'état d'esprit ouvrier

Les prolétaires, que le sentiment de leurs droits rendait persévérants, continuaient de se réunir, apprenant ainsi à se connaître, ‘à se considérer en corps et comme une force collective. Peu enclins à s’absorber dans l'examen des théories, ils commençaient à s’entretenir des avantages pratiques de l'association; ils discutaient ses divers modes, se communiquaient des projets de société, des plans de règlements disciplinaires, se confirmaient insensiblement Îles uns

(1) Voir le volume Un peu d'Histoire, de l'Encyclopédie.

les autres dans cette salutaire pensée due c'était en eux-mêmes et

par eux-mêmes, en substituant à l’ancienne association partielle, in- .

complète et égoïste du compagnonnage une solidarité générale des corporations ouvrières, qu'ils devaient chercher la réalisation de leurs vœux. La sagacité de M. Louis Blanc comprit toute l’impor-

tance de cette nouvelle direction des esprits; il se flatta de res-

saisir par cette voie l’ascendant qu’il compromettait par ses harangues trop multipliées et trop vagues. Il encouragea les désirs manifestés par les ouvriers tailleurs, qui forment la corporation la plus nombreuse, la plus intelligente et la plus souffrante de Paris, de former une association; il des aida à rédiger des statuts, leur fit ouvrir, le 28 mars, l’ancienne prison des détenus pour dettes à Clichy, «et obtint pour eux, du ministère de l’intérieur et de la ville de Paris, une commande considérable d’habillements pour la garde nationale sédentaire et pour la garde mobile. M. Louis Blanc contribua aussi à fonder une association de selliers et une association de fileurs. (Daniel STERN.)

Ainsi tous les efforts de régénération sociale aboutissent à un résultat pratique à la portée des masses de cette époque : à l'organisation ouvrière. La révolution ouvrière finit par où elle doit normalement commencer : par l’organisation de la classe sans laquelle toute révolution prolétarienne ne peut qu'avorter.

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