VII. — H, Taine et la Révolution
Le célèbre auteur des Origines de la France contemporaine est le représentant-type de la doctrine contre-révolutionnaire. J1 a la haine de la Révolution. Et il accurule contre elle des
monceaux d'actes de violence, pour la compromettre, pour la
déshonotér. Il oublie que ce sont les fils de l'Ancien Régime, ies hommes qui ont grandi, qui ont été élevés dans cet ancien régime, qui ont commis des violences sour-ent injt tifiées et, par conséquent, criminelles. Rien n'est aussi contraire au véritable révolutionnaire, à l'homime nouveau, partisan de la justice politique et sociale, c'est-à-dire d’une forme politique et sociale supérieure, que la violence brutale. Le révolutionnaire a le culte de l’homme, le culte de la vie, de la dignité humaine. S'il emploie la violence, c’est à son corps défendant et forcé par la violence contre-révolutionnaire, qui, elle, ne cesse jamais, puisqu'elle est chronique, de tous les jours, de tous les instants, toujours là, guettant le novateur pour l'abattre impitoyablement.
Taine, en véritable idéologue conservateur, identifie l’esptit révolutionnaire avec l'esprit dogmatique, géométrique, produit de l'éducation classique et verbale. Toujours l’Idée et la Nature humaines appelées à tout expliquer !
Un autre philosophe, Charles Renouvier, plus libéral que Taine a fait une excellente réponse aux sophismes contre-révolutionnaires de Taine. La voici |
Il s'irrite contre les événements, au delà même de ce que ferait un historien qui ne les croirait point nécessaires, et s’attribueraîit le droit de traiter avec sévérité les hommes qui ont mal usé de leurs talents et de leur autorité. Dans son premier volume, qui traite de l'Ancien Régime, il démontre avec autant de vigueur que d'éloquence que les institutions de la France n'étaient plus viables; que la Révolution était fatale. Puis il incrimine; comme la cause
principale d'un bouleversement qui arracha la nation à ses habitudes
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séculaires, quoi? l « esprit classique ». Les progrès de cet esprit, depuis la Renaissance, ont été cependant inséparables de ceux de l'esprit scientifique, auquel il applaudit: ils sont l’un et l’autre ceux de Ia raison. Il voudrait que la méthode empirique eût été seule en faveur auprès du public et des hommes d'Etat, et qu’on n’eût jamais entrepris de conformer les institutions à la raison; mais en cela il se met en opposition, lui, philosophe déterministe, avec une évolution séculaire de l'esprit humain, dont lui-même accepte beaucoup d'effets nécessaires. Quand il passe, dans son second et dans son troisième volumiée, à l’histoire de la Révolution, il s’indigne violemment, et s’exaspère contre des événements dont il a si bien reconnu les caüses. Il eh présente, avec des procédés de rhéteur, avec de savants effets d’accumulation et de concentration des faits, le même tableau qu’en pourrait peindre un auteur qui ne voudrait qu'exciter les passions haineuses des amis du passé et servir des intérêts de parti. Comment n’a-t-il pas senti que la froideur de Stendhal, un de ses maïtres, était la vraie méthode esthétique à appliquer par un psychologue empiriste et nécessitarien à Îa narration des événements; que, si lui-même en suivait une autre, profondément différente, c'est qu’il puisait ses jugements passionnés dans la secrète conscience, la possibilité d’un cours de l’histoire, où les résolutions des hommes auraient pris d’autres directions que celles dont il a dépendu?
(Philosopme analytique de l'Histoire, par Ch. Renouvier, p. 533- 534. (1897, Tome IV).
C'est encoté Taine, l'historien consciencieux et bien informé, qui réfute le mieux T'aine le philosophe, le critique acerbe de la Révolution et le conservateur social apeuré. On na qu'à lire les pages chargées de faits où il décrit la disette effrayante et les mille misères du peuple à la veille de la prise de la Bastille. La Révolution se justifie par de longs siècles de misère populaire, d’oppréssion nobiliaire.
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