VI. — Explication idéologique de la Révolution
Pour l’idéologue qui fait surgir les événements des idées
. et des opinions, des qualités morales ou immorales des indi-
vidus, la Révolution est le produit d'une nature dépravée,
d'un mauvais vouloir, d’un instinct indompté. Socrate croyait
que les révolutions provenaient de ce que rien ici bas n’est
durable, et que, à certaines époques, naissent des hommes
vicieux et radicalement incorrigibles. Aristote, qui le cite,
ajoute : « Cela est vrai, parce qu'il y a des hommes natu-
rellement incapables de devenir vertueux et de recevoir de l'éducation; mais pourquoi, demande-t-il, ces révolutions arrivent-elles sous un gouvernement parfait? »
Mais où est le « gouvernement parfait » qui ne se baserait que sur les intérêts et les désirs mis en harmonie, sur les
intérêts généraux de tous et de chacun? Jusqu'ici toutes les sociétés humaines contiennent des éléments antagoniques,
en lutte les uns contre les autres pour l'appropriation des
moyens d'existence et de jouissance. Le même Aristote attri-
bue ailleurs les révolutions aux inégalités sociales et écono-
miques existantes. Il est donc tour à tour idéaliste et réaliste,
ainsi que Saint-Simon, Charles Fourier, Proudhon et tant d’autres. Ce fait prouve combien il est difficile de penser d'une façon méthodique, en appliquant partout le même principe reconnu juste, ainsi que l’a fait Karl Marx avec une nflexibilité admirable,
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