‹ La révolution socialeChapitre 83 sur 172 · ELA · texte numérisé non relu

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Martin Bernard, qui ont voulu intervenir, le rejoignent. Puis d'autres, qui se sont agités, qui ont crié, sont saisis à leur tour par les geôliers, sabre au poing, ils sont ferrés, boulonnés, vissés, le sang jaïllit parfois, précipités au plus profond des souterrains, ou enchaînés dans leur cellule. Toute la nuit, les cris et les gémissements sortent de la pierre, avec les cliquetis de la ferraille, La responsabilité n’existe plus, l'autorité de quelques maniaques s’exalte jusqu’à la bestialité, se complique de grossière ironie. Les oiseaux, les poules, les pigeons des prisonniers sont tués. Des rires bruyants éclatent tout près des visages pâles, aux dents serrées. Ce fut le temps le plus atroce de la détention. La maladie sévit, la folie se montre et se propage.

Juin, juillet, août se passent encore dans les loges. Blanqui sera parmi les derniers qui seront reconduits en cellule, le 23 août, après cent vingt-sept jours. Pendant les mois d'été, de supplice a changé. Ce n’est plus le vent, c’est le soleil qui est le bourreau. Les rayons implacables font flamber les cahutes s1 haut juchées vers le ciel. Les regards ne peuvent errer par les grèves, resplendissantes et hostiles. IT faut fuir, aveuglé, loin de la lucarne, chercher anxieusement, dans les angles de la chambre minuscule, ‘une ïllusion de fraicheur et d'ombre. Le prisonnier cuit et rissole dans la puanteur de ces fours suspendus. Il n'a de répit et de repos que pendant la sortie d’une heure qui lui est concédée. Avide de se mouvoir, il va, à son tour, sous la conduite d’un gardien, marcher par les escaliers, par les plate-formes, devant le porche de l’église, sous les arcades du cloître. I s’arrète au parapet du saut Gauthier où se précipita autrefois un détenu affolé de réclusion, cherchant et trouvant la liberté dans cet abime de mort, sur ce roc où se brisa son corps. Toutefois, la pente est praticable. Les mains accrochées à une corde, en s’aidant des pieds contre la muraille, une évasion par ce saut Gauthier aurait des chances... Et partout, tout autour de l’église, tout autour du cloître, c'est l’espace, c’est la promesse, la ligne des côtes, les avancées des promontoires d’où peuvent partir des barques, la pleine mer sous le plein ciel,

Vil. — Blanqui candidat. — Blanqui élu à Bordeaux. Blanqui libéré, S1 les républicains, même les plus bourgeois de l'époque : de 1878-1880 avaient eu le sentiment vraiment républicain, ils

auraient considéré comme une dette d'honneur de faire cesser le martyre de Blanqui, l'éternel Enfermé dans les geoles de

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tous les régimes monarchiques et républicains. Mais la peur de ce républicain ardent, qui avait le grand tort de prendre le régime républicain au sérieux et d'en déduire, malgré et contre la bourgeoisie, toutes les conséquences pour la cause du peuple, étouffait la voix de la conscience des républicains.

Blanqui a vu se dresser contre sa candidature libératrice de prétendus républicains.

Le 27 janvier 1878, l'Égalité de Paris, dirigé par Jules Guesde, Deville et Paul Lafargue, émit pour la première fois l’idée d'imposer au gouvernement la mise en liberté de Blanqui en créant sur son nom une agitation électorale. Conformément à cette idée, sa candidature fut posée, le mois suivant, dans la deuxième circonscription de Marseille, où elle réunissait, le 3 mars, 601 voix; le 7 juillet dans Île VIe arrondissement de Paris, elle obtenait 618 suffrages. En janvier 1870, une campagne était entreprise dans la Révolution française en faveur de Blanqui; le 29 était de nouveau lancée l’idée de sa candidature qui fut, bientôt après, posée d'abord dans la première circonscription de Roanne, puis dans la première circonscription de Bordeaux.

Le 6 avril, Blanqui recueillait 1.485 voix à Roanne et 3.700 à Bordeaux. Maïs dans ce dernier scrutin, 1l y avait ballottage et Blanqui était deuxième sur quatre concurrents. Son succès probable lui valut certains concours qui, jusque-là, lui avaient malheureusement fait défaut, et, le 20 avril, il était élu député de la première circonscription de Bordeaux par 6.801 suffrages contre 5.330 donnés à M. Lavertujon.

La Chambre invalidait cette élection par 354 voix contre 33. Une loi ayant accordé les bénéfices de l’amnistie aux condamnés politiques, qui seraient graciés du 5 mars au 5 juin 1870, c'est le 10 juin que fut signée la grâce de Blanqui. Le lendemain, il était à Paris. Dès la fin du mois, il allait à Bordeaux remercier ses électeurs et se représentait en août. Le 31, il venait en tête, avec 3,929 suffrages ; mais au second tour, le 14 septembre, M. Achard l'emportait de 158 voix.

I1 alla alors passer quelques semaines dans le Sud-Est et parla notamment à Marseille, Nice, Saint-Etienne et Lyon (1).

L'année suivante, sa candidature était posée dans la première circonscription de cette ville. Si, le 23 mai, il arrivait premier avec 5,956 voix, il était battu le 6 juin, au ballottage, avec 5.947 voix contre 8.280 à M. Ballue.

Le 3 novembre 1880, il était à Milan, à l'inauguration du monument élevé en l’honneur des Italiens tombés à Mentana. Le 20 il faisait paraître à Paris le journal Ni Dieu ni Maître qui, le 14 décembre, devenait hebdomadaire. A cette époque aussi il a publié l'Armée esclave et opprimée.

VIII, — La mort d’Auguste Blanqui.

Blanqui mourut comme il vécut : en combattant. Jusqu'à son dernier souffle, il luttait pour l'émancipation intellectuelle et sociale de la classe ouvrière. Etranger à la conception moderne du socialisme, produit de l’évolution capitaliste, il attachait l'idéal socialiste à la glorieuse tradition philoso-

(x) De tous les hommages touchants qui affluèrent de tous les côtés au martyr de

la Révolution nous ne voulons produire qu’une lettre d’une petite Niçoise que nous -

trouvons dans ses papiers conservés à la Bibliothèque Nationale (Papiers Blanqui, liasse V) en gardant son orthographe enfantine. Nice, le 25 septembre 1870.

Cher Monsieur Blanqui,

Je vous offre ces fleurs à l’occasion de votre retour dans votre pays. Les Niçois sont heureux de vous voir et vous aiment beaucoup.

Ils vous saluent comme leur père et moi je me dis, cher Monsieur

Blanqui, votre servante bien dévouée.

COLOMBE EUPHRAIE, Une petite Niçoise.

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phique et révolutionnaire du xvrri‘ siècle. Il est resté toute sa vie conspirateur. Mais il conspirait pour la Révolution sociale, dont il fut la plus pure gloire. Le but final de la Révolution sociale lui paraissait lointain. Et son but immédiat fut la République démocratique et laïque.

Le 27 décembre 1880, il présida, rue Lecourbe, une réunion où il gloriñia le drapeau rouge. Frappé dans la nuit même d'une attaque d'apoplexie, il mourut le 1°" janvier, à O heures du soir, dans une petite chambre du cinquième étage, au numéro 25 du boulevard d’italie qui porte actuellement son nom.

Une foule immense, drapeaux rouges déployés, assista, le 5 janvier, à ses obsèques. Il fut inhumé au Père-Lachaise, où le chef-d'œuvre émouvant de Dalou, la statue en bronze de Blanqui, couché mort sous le linceul, a été inauguré le 9 août 1885.

Ses articles de la Patrie en danger ont été publiés à part sous ce titre en 1871. En 1885, par les soins d’un de ses amis, d'un de ses disciples, Granger, a paru « tout ce qui, dans les manuscrits de Blanqui, avait trait à l’économie politique et sociale ». Enfin, le Cri du Peuple des 1°, 2 et 3 octobre 1885, a publié une longue lettre politique inédite dont nous citons plus loin les passages essentiels (1).

Les idées de toute sa vie peuvent, selon G. Deville qui les a excellemment résumées, se formuler ainsi: le communisme comme but final; la guerre entre les deux camps adverses, entre les deux classes, prolétariat et bourgeoisie, comme but immédiat afin d'enlever le pouvoir à la bourgeoisie par un coup de force; ce pouvoir révolutionnairement conquis, l'établissement de la dictature parisienne ayant aussitôt à appliquer dans l’ordre économique et politique un certain

(1) Il reste aux Manuscrits de la Bibliothèque Nationale des liasses de papiers de Blanqui (N. À. Fr. 0578-98) malheureusement non classées. Nous en extrayons quelques documents.

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