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XV, — Blanqui idéaliste.
Blanqui fut un idéaliste. La série de ses articles remarquables dans Le Candide le fait ressortir avec une clarté suffisante,
La morale est de toute évidence le fondement des sociétés. Mais qu'est-ce que la Morale ? Une révélation divine ou un instinct humain ? La politique et l'ignorance l’ont fait descendre d’en haut, l'une par tromperie, l’autre par crédulité. Egarement funeste ! elle a ses racines dans notre cœur. Les déplacer, c’est les détruire.
Guerre au surnaturel ! C’est l'ennemi. Il veut être l’exagération du bien, il n’en est que la grimace et la ruine. Sa tactique est le guetapens. D'un geste séraphique il indique le ciel, et quand l’homme, en détournant ses regards du sol vers les nues, trébuche et tombe, Tartuffe se jette sur lui, l’égorge et le dépouiile.
Exagérer l'idéal au delà des forces humaines, c’est ouvrir la porte à l'hypocrisie, mère des crimes, et déchaîner les calamités sur Îa terre. Ainsi. ont procédé les religions, le monothéisme surtout. Le précepte chrétien: « Aime ton prochain comme toi-même » est resté à l'état de chimère, et sa sanction « pour l'amour de Dieu », n’est l'idéal que du sarcasme. « Faire une chose pour l’amour de Dieu » est devenu le proverbe du mépris et de la dérision. On est victime de l'hypocrisie, mais pas toujours dupe, et le dégoût public sait parfois lui inscrire au front ‘un sanglant stigmate., (Candide, n° 1, page 1, colonnes 2 et 3.)
Mais l'idéalisme de Blanqui est un idéalisme &sain et
robuste, un idéalisme d'action et de lutte, qui rejette loin
de lui toute phraséologie grandiloquente et hypocrite, toute obscurité mystique et métaphysique: ce vêtement transparent des intérêts terrestres des classes dominantes, qui maintient leurs privilèges à la faveur de l’ignorance et des ténèbres.
XVI, — La Morale et l'Histoire.
Comme la loi n’est qu'une revendication de la justice, elle doit garder fortement l'empreinte du précepte qui représente la justice, sous peine de n'être plus une sanction, mais une représaille. Or, les
représailles sont da loi de la guerre, c’est-à-dire du mal. Donc, l'expiation ne doit jamais égaler la faute. On le voit, la morale, c’est la réciprocité.
Cette doctrine, purement humaine, sera notre flambeau dans toute recherche, notre guide dans toute appréciation, Faire de la philosophie, c'est étudier la pensée et la conscience. Faire de l'histoire, c’est raconter le rôle de la conscience et de la pensée dans la vie des peuples. Tout ce qui entrave, tout ce qui pervertit ces deux éléments essentiels de l’humanité est justiciable de la loi morale. À ce titre, le surnaturel et le despotisme lui doivent des comptes sévères. Car ils en ont été la violation perpétuelle. (Candide, Tbid., page 2, colonne 1.)
Le célèbre philosophe révolutionnaire russe Pierre Lavroff (Voir le premier volume de l’Encyclopédie.), l’éminent théoricien des blanquistes russes, est arrivé à la même conclusion que Blanqui. Lui aussi considérait l'Histoire comme un processus du développement « de la conscience et de la pensée ».