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Parce que, à les entendre, les temps seraient changés; parce que si la Révolution a été et a dû être l'instrument de itcut progrès dans le passé, l'introduction du suffrage universel, la substitution des voix qui se comptent aux bras qui se heurtent, permet de la reléguer, comme une arme inutile, au musée des Antiques entre la Durandal de Roland et l’arquebuse à rouet de Catherine de Médicis; parce qu'enfin et surtout nous sommes en République.
La Révolution destituée de sa fonction historique par la République! Le fusil inutiiisé par le bulletin de vote! Mais où nos honorables contradicteurs ont-ils pu — en dehors de leurs désirs, qui sont les nôtres — puiser une pareïlle assertion, en contradiction flagrante avec tous les faits connus ?
Que l’on regarde plutôt vers les Etats-Unis et vers la Suisse.
Si le suffrage universel a été quelque part à même de donner ce
« progrès pacifique » dont l’heure serait enfin venue, c’est assurément dans ces deux pays, où il fonctionne de longue date, dans les meilleures conditions de liberté, et qui sont de vraies Républiques. Eh bien! est-ce pacifiquement, à coups de scrutin, que la Suisse, en 1846, a pu avoir raison du « Cléricalisme qui est l'ennemi ? » Est-ce pacifiquement, à coups de scrutin, que les Etats-Unis, en 1863, ont pu je ne dis pas abokr, mais seulement enrayer l'esclavage noir, l’empêcher de remonter vers le Nord? N'est-ce pas au contraire par la force mise au service du droit, révolutionnairement, à coups de canon, dans le sang, que Îles nègres ont dû, dans l'Amérique du Nord, être arrachés à deur état de bétail et rendus à la qualité d'hommes, et les blancs des cantons helvétiques sauvés de l’ensoutanement catholique romain?
Nous comprenons qu’on le déplore — Je déplorant nous-même plus que personne, — mais, qu'il s'agisse d'organisme social ou d’organisme individuel, qui dit enfantement dit déchirement. Pas de vie nouvelle sans effusion de sang.
Ce qui du reste, dans le cas actuel, est fait pour nous réconcilier avec cette nécessité, si douloureuse soit-elle, c’est que jamais Révolution n'aura été plus rationnelle et plus légitime.
Des capitaux, en effet, qu’il s’agit de reprendre à quelques-uns pour les restituer à tous — y compris ces quelques-uns, — les uns,
comme da terre, ne sont pas de création humaine, sont antérieurs
à l’homme pour lequel iis sont une condition sine qua non d’existence. Ils ne sauraient par suite appartenir aux uns à l'exclusion
des autres, sans que ces autres soient volés. Et faire rendre gorge
à des voleurs, les obliger à restituer, a toujours et partout été
considéré, je ne dis pas comme un droit, mais comme un devoir, le
plus sacré des devoirs. Les autres capitaux (machines, hauts-four- IV 3
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neaux, etc.), qui sont d’origine humaine, sont le résultat des efforts accumulés de la longue série des honimes qui nous ont précédés, et constituent en conséquence l'héritage commun de notre espèce, sur lequel nous avons tous les mêmes droits, et qui n'a pu être: accaparé par quelques-uns que par la violence ou par la fraude, deux moyens d'acquérir qui sont condamnés et proscrits, même par la légalité bourgeoise d'aujourd'hui.
(Jules Guesde. Collectivisme et Révolution. 1780, nouv. édit. 1800.)
111, — La théorie catastrophique et les sciences naturelles.
Aux yeux des hommes peu informés où malavisés, Îles révolutions apparaissent comme « des catastrophes » tombant du ciel. Les évolutionnistes opposent aux révolutionnaires les méthodes des sciences naturelles qui mieraient selon eux, les « catastrophes ». Or, les sciences modernes font, ainsi que le remarque Karl Kautsky, uné place de plus en plus grande aux soi-disant catastrophes. |
[ se produit, écrit-il, une espèce de synthèse des anciennes théories catastrophiques et des nouvelles théories évolutionnistes semblab'es à celle que le marxisme a déjà effectuée sur elles. Le marxisme distingue entre la lente évolution économique et le bouleversement subit de superstructure politique et économique. De même beaucoup de théories modernes, tant biologiques que géologiques, reconnaissent, outre l'accumulation des modifications parfois infimes, des changements de forme soudains, profonds, des catastrophes qui ont leur origine dans l’évolution plus lente.
Un exemple remarquable nous «est fourni par les observations communiquées par De Vries au dernier Congrès des Sciences naturelles, tenu à Hambourg. Il à trouvé que les espèces végétales et animales restent longtemps sans subir de modifications; les unes disparaissent finalement quand elles sont devenues vieilles et ne sont plus adaptées aux conditions d'existence, qui ont changé. D’autres espèces sont plus heureuses: elles « explosent » tout à coup, comme il le dit lui-même, pour donner naissance à nombre de formes nouvelles, dont les unes se maintiennent. et se multiplient et dont les autres disparaissent parce qu’elles ne sont pas adaptées aux conditions d'existence, |
Je n'ai nullement l'intention de tirer de ces observations une
conclusion en faveur de la révolution. Ce serait tomber dans Ia
même erreur que si je déduisais de la théorie de l’évolution l’impossibilité de la révolution. Mais les observations que nous avons rapportées prouvent du moins que les naturalistes eux-mêmes ne sont pas d'accord sur le rôle des catastrophes dans l’évolution géologique ou organique. Pour cette seule raison, il serait déjà dangereux de déduire d’une quelconque de leurs hypothèses le rôle que doit jouer la révolution dans l’évolution sociale.
Tient-on absolument à Île faire, nous répondrons par un exemple très vulgaire et qui est connu de chacun; nous montrerons d’une facon palpable que la nature, elle aussi, fait des sauts. Je veux parler de la naissance, de laccouchement, T1 y a'là un saut. D'ün seul coup, un fœtus, qui constitue une partie de l'organisme de Ja inère, qui partage sa circulation, qui reçoit d’elle sa nourriture, qui ne respire pas, devient un être humain indépendant, doué d’une circulation propre, qui respire et crie, prend sa nourriture propre et l'évacue par l'intestin.
Révolution et naissance procèdent donc par sauts, par bonds. Maïs l’'analogie de ces deux phénomènes ne s'arrête pas là. Examinons-les d'un peu plus près. Nous nous convaincrons alors que, dans la naissance, cette transformation soudaine est limitée aux fonctions. Les organes ne se développent que lentement. Il faut que leur développement ait atteint un certain degré: alors est possible le bond qui dégage leurs nouvelles fonctions. Si cet événement se produit avant que ce développement n'ait été atteint, le résultat n'est pas que les nouvelles fonctions des organes commencent, elles s’arrètent au contraire et le nouvel être meurt. D’autre part, si le lent développement des organes dans le sein de la mère pouvait se poursuivre encore, il leur était impossible de commencer leurs nouvelles fonctions avant l’acte révolutionnaire de la naissance. Celle-ci devient inévitable dès que les organes ont atteint un certain degré de développement.
(Karl Kautsky. La Révolution sociale.)