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Blanqui se distingue du tout au tout des démocrates bourgeois, qui ont commencé par une hostilité déclarée envers les croyances traditionnelles et fini par se concilier avec l'Eglise. La réaction politique et sociale a, à toutes les époques, comme corollaire, la réaction intellectuelle. On le voit également de nos jours, où les classes de la conservation sociale soutiennent de toutes leurs forces une « nouvelle » philosophie (James et Bergson) qui prétend détrôner la raison et « la science au profit de l'intuition » et de la foi, la clarté et la logique au profit des impénétrables suggestions mystiques. La nuit est favorable aux voleurs. La nuit intellectuelle l’est non moins aux grands expropriateurs SOCIaux.
XVIII, — Blanqui patriote.
Blanqui fut patriote dans le noble sens révolutionnaire de 1703 et de 1848. En défendant la France, il défendait la patrie de la Révolution. Ce n'était pas le patriotisme louche et mensonger des capitalistes de nos jours, qui sont capables de faire massacrer une partie de la France pour s'enrichir. Blanqui aimait la France passionnément, comme tout socialiste et tout révolutionnaire doit l’aimer pour ses qualités humaines et révolutionnaires. Mais, dans son ardeur patriotique, sous les coups des malheurs de la guerre, il sacrifa, lui aussi, un moment, au confusionnisme en mettant sa confiance en un gouvernement bourgeois et en maudissant « la race germanique ». Il ignorait la protestation de Karl Max, Bebel, Liebknecht et leurs amis, « Germains » révolutionnaires.
En présence de l'ennemi, écrit-il en tête de son journal La Patrie en danger, plus de partis ni de nuances.
Avec un pouvoir qui trahissait la nation, le concours était impossible.
Le Gouvernement sorti du grand mouvement du 4 Septembre repré-
sente la pensée républicaine et la défense nationale, Cela suffit,
Toute opposition, toute contradiction doit disparaître devant le salut commun.
Il n'existe plus qu’un ennemi, le Prussien, et son complice, le partisan de la dynastie déchue qui voudrait faire de l’ordre dans Paris avec des baïonnettes prussiennes.
Maudit soit celui qui, à l'heure suprème où nous touchons, pourrait conserver une préoccupation personnelle, une arrière-pensée, quelle qu’elle fût. |
Les soussignés, mettant de côté toute opinion particulière, viennent offrir au Gouvernement provisoire leur concours le plus énergique et le pius absolu, sans aucune réserve ni condition, si ce n’est qu’il maintiendra quand même la République et s’ensevelira avec nous sous les ruines de Paris, plutôt que de signer le déshonneur et le démembrement de la France.
Balsenq, Blanqui, Casimir Bouis, Breuillé, Brideau, Caria, Eudes, Flotte, E. Gois, Granger, Lacambre, Ed. Levraud, Léonce Levraud, Pilhes, Regnard, Sourd, Tridon, Henri Verlet, Emile Villeneuve,
Henri Villeneuve. (BraNour. — La Patrie en danger, p. XXX-XXXI).
XIX. — Contre une accusation infâme, ou l'Affaire Taschereau.
Les démocrates bénéficiaires de la Révolution décidèrent de se débarrasser de Blanqui, qui, seul, voyait clair dans leur jeu et était de taille à leur créer des embarras sérieux. Ne pouvant l’assassiner physiquement, ils entreprirent de le tuer moralement. Et ils osèrent le dénoncer comme agent délateur, comme traître. Et c'était Barbès, le noble démocrate, qui couvrit de son autorité cette infamie dont l’odieux n'égalait que le ridicule. La Revue rétrospective du 30 mai 1848 publia un soi-disant document, fabriqué probablement par un mouchard quelconque, que l'on attribua à Blanqui. Ce papier, non signé, d'une écriture inconnue, contenait des prétendues révélations contre les membres des sociétés secrètes. Blanqui dut se défendre contre cette calomnie grotesque. Et sa défense fut une attaque contre ses agresseurs inattendus.