Voir mon li\Te L'Affaire marocaine
aux deux agents civils. C'est, en pratique, le contrôle européen que Ton installe sur les finances macédoniennes et même sur les douanes de l'empire, puisque Ton va surveiller la surtaxe douanière. Grand résultat, dont le mérite revient surtout à lord Lansdovs^ne, mais dont Guillaume II rend Paris responsable et dont la querelle marocaine va longtemps retarder les heureuses conséquences. Si l'Europe pouvait appliquer à fond cette réforme des finances, les traitements assurés à tous les fonctionnaires permettraient de brider les mangeries et de recruter une gendarmerie honnête et forte contre les bandes. L'anarchie continue:
Belgrade, le 19 avril 1905.
Les correspondances de Macédoine signalent de nouveaux conflits entre Serbes et Bulgares. Deux bandes bulgares, fortes d'environ 75 hommes, qui se proposaient d'attaquer la ville de Poretch, habitée en grande partie par des Serbes, se sont rencontrées près du village de Papratischte avec une bande serbe et ont été repoussées. En se retirant, elles sont tombées dans une embuscade de l'armée ottomane et ont été anéanties. Les Turcs ont dispersé ensuite la bande serbe, après un violent combat, où il y a eu de part et d'autre de nombreux tués et blessés. Au village de Pesca, à quatre heures de Vélès, une lutte sanglante entre deux bandes serbe et bulgare a duré plusieurs heures et a été arrêtée par l'arrivée des troupes. On signale de nombreux actes de violence commis sur les Serbes par les comitadjù. A Sablanitza, le prêtre serbe Marco Stavritch a été blessé mortellement. De leur côté, les bandes grecques se livrent à de graves excès contre les villages bulgares. Une de ces bandes a attaqué le village de Zogovitchan, caza de Kastoria, l'a incendié et a massacré le prêtre et le maître d'école, ainsi que 60 personnes, dont 6 femmes. Une autre bande grecque a été surprise dans le
caza de Kastoria par les troupes turques, qui lui ont tué 30 hommes.
La Porte et Tambassade anglaise dénoncent la complicité du gouvernement hellénique. Note turque :
Paris, le 25 avril 1905.
300 Cretois sous la conduite de Manos, parent de l'agitateur Cretois du même nom, viennent de s'embarquer au Pirée pour renforcer en Macédoine les bandes grecques qui s'y livrent à toutes sortes de méfaits. Ce fait prouve à n'en plus douter que c'est le gouvernement hellénique luimême qui provoque ouvertement l'agitation, soit en Crète, soit dans les provinces européennes de l'Empire.
Tous les compétiteurs à la succession macédonienne rivalisent d'efforts; mais les Grecs surtout sont exaspérés par les défections de nombreux villages valaques à r « Idée » roumaine. La légation de Roumanie et la Porte sont en négociations au sujet des écoles et des églises valaques. Note du gouvernement roumain en mars 1905 :
L'élément roumain en Turquie a toujours été un élément d'ordre et a toujours fait preuve d'un entier loyalisme envers l'Empire ottoman. Jamais les Roumains de Macédoine n'ont fait cause commune avec les pei'turbateurs. Tandis que les autres éléments usent de violence pour arracher au gouvernement impérial des lambeaux d'avantages, les Roumains ne demandent, et le gouvernement royal ne demande, avec et pour eux, que la conservation de leur individualité ethnique et le droit de prier ou d'instruire les enfants dans la langue maternelle.
Cette attitude si correcte a déterminé la Russie, l'Italie l'Allemagne, à soutenir leur cause auprès de la Sublime Porte. La Roumanie fait également appel à la générosité traditionnelle de la France.
Les Macédoniens d'origine roumaine, dits Koutzo-Vala-
ques, se sont vu, se voient encore contester leur origine ethnique. Victimes d'une véritable terreur, il leur est arrivé jadis de chercher quelque appui tantôt auprès des éléments bulgares, tantôt auprès des éléments grecs; leur véritable nationalité réapparaît dès que cessent les vio- , lences. Actuellement encore le patriarcat et les évêques grecs usent de menaces dans toutes les églises contre les populations roumaines et contre les prêtres qui osent officier en langue roumaine. Quand les bandes de révolutionnaires grecs ou bulgares ne peuvent se combattre entre elles, c'est contre les Roumains, paisibles et sans armes, qu'elles vont porter le massacre et le pillage. A l'apparition des troupes ottomanes, les bandes se dispersent, mais il se trouve toujours quelques prêtres grecs pour accuser les notables roumains à des révolutionnaires bulgares... Les Grecs, non contents de chercher à dénationaliser les Valaques avec le concours de leur clergé, les signalent calomnieusement aux injustes répressions des troupes.
Les puissances conseillent d'accorder à la propagande roumaine les mêmes droits qu'aux autres propagandes :
Péra, le 25 mai 1905.
Un iradé reconnaît, à l'égal des autres nations chrétiennes de la Turquie d'Europe, la nationalité des Valaques, lesquels auront le droit d'employer leur langue dans l'église et dans l'école, de nommer des moukhtars dans leurs communautés et d'être représentés dans les conseils de vilayet.
C'est le coup le plus rude que l'on ait porté à l'hellénisme depuis le schisme bulgare : aussi le nombre des bandes grecques est augmenté, et le nombre des autres suit la même progression. Néanmoins, si la Porte voulait sincèrement le rétablissement de l'ordre, elle en aurait les moyens. La réforme finan-
cière, à peine esquissée depuis deux mois, donne déjà des résultais matériels et moraux, que le contrôle européen finirait d'établir :
S&lonique, le 6 mai 1905.
Depuis quelque temps les habitants de cette partie de la Macédoine sont relativement calmes; il faut attribuer cet état de choses en grande partie à la confiance que la nouvelle réforme financière inspire aussi bien aux musulmans qu'aux chrétiens, qui tous souffrent également et sont avides de sécurité et de justice. Mais l'expérience du passé est là pour leur rappeler qu'ils ne pourraient compter ni sur l'une ni sur l'autre si les fonctionnaires n'étaient pas régulièrement payés.
Uskub, le 26 mai 1905.
Le règlement financier sur le mode d'encaissement et de payement des recettes et des dépenses dans les trois vilayets de Macédoine, arrêté entre le gouvernement turc et la Banque ottomane, est depuis plus de deux mois appliqué dans ce vilayet et, dès à présent, on peut commencer à se rendre compte des avantages que présente le système nouveau. Les trois premiers appointements mensuels ont été payés à tous les fonctionnaires; les créances arrivées à échéances ont été soldées. Pour comprendre à quel point cette régularité prend les proportions d'un événement, il faut savoir qu'à la fin de l'année financière, le gouverneur du vilayet et son defterdar (trésorierpayeur), après avoir épuisé toutes les ressources, étaient obligés de supplier les fournisseurs militaires d'accorder un nouveau crédit et devaient paisser par des conditions extravagantes pour donner pendant quelques jours du pain aux soldats ; les officiers et les fonctionnaires, à l'exception de ceux qui retiennent directement leurs traitements sur leur service (postes, finances, instruction publique) n'étaient plus payés; leurs arriérés s'élevaient de trois à six mois; beaucoup, surtout peu-mi les agents subalternes,
criaient misère; les agents supérieurs étaient eux-mêmes dans la gêne.
Déjà le budget des vilayets macédoniens présenterait un excédent de recettes, si le pouvoir central liquidait aux fournisseurs militaires leurs arriérés et si, la police contre les bandes étant vigoureusement faite par la gendarmerie, on retirait ensuite de la Macédoine des dizaines de milliers de soldats devenus inutiles :
Uskub, le 26 mai.
Beaucoup de fournisseurs militaires ont cherché par avance une compensation en se portant adjudicataires des dîmes ; ils sont de ce chef débiteurs en même temps que créanciers du gouvernement ottoman; il se voient aujourd'hui réclamer le payement de leurs dettes et signifier le refus de leurs créances. Tous, ils sont Albanais, presque tous chefs de tribus ou gros notables; ils jouissent d'une grande influence dans les régions à demi insoumises de ce vilayet et ils pourraient, s'ils étaient poussés à bout, susciter un mouvement insurrectionnel.
Quarante d'entre eux, établis cà Uskub, ont répondu, il y a trois semaines, par un refus formel, à une sommation de verser le montant de leurs dettes; l'ordre arriva alors de la Porte de les jeter en prison ; ils se retranchèrent dans leurs maisons avec leurs serviteurs et, fusil au poing, ils attendirent. Les autorités d'Uskub n'ont pas osé pousser plus loin; les récalcitrants se promènent aujourd'hui dans les rues; il n'est plus question de leur rien réclamer.
Il ne m'appartient pas de chercher par quelles combinaisons : participation plus large du trésor central, emprunt spécial gagé sur les revenus des vilayets, etc., les revenus pourraient être accrus. Deux points seulement me paraissent à signaler :
1° La population, misérable, est déjà écrasée de charges; il serait dangereux et probablement nuisible de la frapper d'impôts nouveaux.
2' Les dépenses militaires pourraient être fortement iuites sans que la force de la Turquie dans ces provinces s'en trouvât atteinte. Les fournisseurs militaires réalisent des bénéfices scandaleux; il y a pléthore de généraux de division, membres de hautes commissions militaires, inspecteurs des frontières, inspecteurs des réserves, etc. les troupes changent souvent sans cause de résidences et une parfaite incohérence préside à des déplacements inutiles et onéreux.
Et dès ce mois de mai 1905, M. Choublier, notre consul à Uskub, — à lire ces Livres Jaunes et Bleus, on apprécie Tintelligence et la droiture de nos agents, — signale la réforme essentielle qu'ont oubliée les faiseurs de programmes : police, finances et justice sont utiles; les routes sont nécessaires :
Aucun frais d'entretien de routes n'est inscrit au budget; il n'existe pas un surveillant de voie, pas un cantonnier. La construction de routes, la création de voies de communications devraient cependant être mises en bonne place dans un programme de réformes. La question macédonienne est, avant d'être une question politique, une question économique; il faut, pour la résoudre, augmenter les ressources du pays, arracher ses habitants à la misère. On n'y parviendra vraiment que loreque la facilité des transports rendra possible l'exploitation agricole et minière des trois vilayets. Aux services des mines et forêts n'ont été affectés que des crédits dérisoires; il n'existe même point au budget un chapitre de l'agriculture.
Mais la Porte, encouragée par la révolution polonaise et le conflit marocain, refuse toute extension du programme de Mûrzsteg. tout contrôle. Une crise européenne a suivi le discours de Tanger : M. Delcassé n'est plus là (11 juin) pour servir de courtier entre les propositions anglaises et la résistance
austro-russe. La défaite de la flotte russe en Extrême- Orient et les mutineries de marins dans la mer Noire (3-27 juin) achèvent de rendre courage à la Vieille Turquie. Berlin semble avoir reconquis son hégémonie sur l'Europe, et Abd-ul-Hamid est assuré des ' bonnes dispositions de « son ami ». Deux notes austrorusses du 8 mai et du 24 juin restent sans réponse. Quand le conflit franco-allemand s'est un peu apaisé par notre acceptation de la Conférence (8juillet) et quand la paix russo-japonaise semble décidée, les ambassadeurs redeviennent plus pressants : c'est par un refus que le Sultan répond (10 juillet). Il allègue ses droits souverains et l'indépendance de son gouvernement, que le contrôle mettrait en tutelle (ce sont les mêmes droits et la même indépendance que Berlin réclame pour le sultan de Fez); et l'attentat du 21 juillet (une voiture de dynamite éclate au sélamlik) lui sert d'argument contre les révolutionnaires. Mais les ambassadeurs décident de passer outre et d'envoyer, chacun, un délégué financier à Salonique (16 août) : l'Europe est anxieuse de pacifier la Macédoine avant que la Conférence marocaine mette aux prises Paris et Berlin; notre nouveau chargé d'afl'aires à Constantinople (M. Constans, qui s'est débarrassé du trop honnête M. Bapst, n'a rien gagné au change), M. Boppe, continue d'avertir son gouvernement :
Thérapia, le 10 août 1905.
Les rapports de Macédoine sont unanimes : la situation du pays est loin de s'améliorer. L'antagonisme entre les différentes races chrétiennes s'envenime tous les jours- La bande de Sandansky, dont la devise est « la Macédoine aux Macédoniens », opère dans la région de Périm et
EiNTENTE AUSTRO-nUSSE i2o
se renforce tous les jours. Son chef a organisé des tirs à la cible pour les villages environnants. Dans une circulaire aux paysans, Sandansky constate que les troupes turques commençant à s'habituer à la montagne et devenant plus hardies, il convient de prendre plus de précautions : les villages devront installer des postes destinés à surveiller l'arrivée des soldats et à en avertir les bandes; ceux qui ne se conformeraient pas à ces prescriptions seraient sévèrement punis. Les bandes d'Andon et de StoïanofF, envoyées par le comité pour détruire celle de Sandansky, s'unissent à leur adversaire contre les troupes qui n'arrivent même pas à les inquiéter sérieusement.
Les bandes serbes, qui n'avaient guère fait parler d'elles depuis quelque temps, ont pénétré en Albanie à la fin du mois de juin. Enfin, les comitadjis grecs redoublent d'audace. On m'a communiqué une lettre adressée aux villages de la région de Salonique par un chef de bande grec, qui leur ordonne sous peine de mort de se convertir au patriarcat et de se faire porter comme Grecs sur les feuilles du recensement. Dans le vilayet de Monaslir, on constate une augmentation inquiétante des meurtres commis par les bandes grecques. Les autorités sont désarmées. Les soldats, qui arrivent toujours trop tard, ajoutent leurs x:actions à celles des brigands.
La population paisible de Macédoine est donc livrée sans défense à des bandes de brigands professionnels, dirigées par des agitateurs politiques qui n'ont qu'un but : augmenter le désordre et l'insécurité pour provoquer l'intervention de l'Europe et un morcellement du pays conforme à leur programme national. Les villages musulmans eux-mêmes, que les troupes parvenaient jusqu'à présent à protéger, ne sont plus à l'abri des attentats des comiladjis ; certains prennent le parti de se défendre, ce qui augmente encore l'anarchie.
1 Pour exciter rémulation des « héros », la Porte annonce qu'un recensement ethnographique sera fait
LA HÊVOLUTION TLBOUE. 15
en Macédoine et permettra, suivant Farticle III du programme de Mûrzsteg, la répartition du pays en « sphères nationales » :
Thérapia, le 23 août 1903.
Lorsque le projet de recensement ethnographique de la Macédoine avait été mis en avant, l'ambassadeur d'Autriche- Hongrie avait représenté cà la Porte les dangers que présenterait l'exécution d'une pareille mesure, au moment où la Macédoine était déchirée par les querelles de races. Mais la Sublime Porte a oublié les sages avis du baron Calice. On signale, de plusieurs côtés, et notamment en Épire, des troubles qui sont les premières conséquences d'une mesure qui ne peut qu'exacerber la rivalité des races.
En même temps une fâcheuse tendance se manifeste en ce qui concerne la gendarmerie. Lors de la visite du général Degiorgis à Conslantinople, la répartition des postes et l'effectif proposé pour chacun d'eux par le général avaient été approuvés par iradé, et la nouvelle organisation avait commencé à donner les meilleurs résultats. Aujourd'hui le Palais réduit considérablement les efTectifs des postes; sous couleur d'économie, les ressources qu'on avait mises à la disposition du général Degiorgis viennent d'être affectées en partie à la police des trois vilayets, et l'on a décidé de mettre à la charge des populations les frais de construction des casernes destinées aux gendarmes. Les paysans, déjà grevés d'impôts, ont été très irrités par cette nouvelle charge. Le but de cet ensemble de mesures paraît être d'entraver l'action de la gendarmerie et de la rendre impopulaire auprès des populations.
Le débat franco-allemand se rouvre (septembre) à Paris dans les conférences entre MM. Revoil etj Rosen, qui discutent le programme de la future con-' férence. Aussi jusqu'à l'accord franco-allemand du 30 septembre 1905, toutes les notes de l'Europe con-
certée restent vaines; le 30 septembre, la Porte demande même aux puissances de renoncer à leur projet :
Le gouvernement impérial n'a jamais méconnu l'imporaice des réformes financières dans les vilayets de Kossovo, Salonique et Monaslir. Le règlement, qu'il a élaboré avec la Banque ottomane, assure le fonctionnement régulier des services financiers. S'il s'oppose à l'adjonction de délégués étrangers, c'est parce qu'elle constitue une ingérence directe dans les affaires intérieures du pays et porte la plus grave atteinte à son indépendance et à ses droits souverains, que les puissances elles-mêmes se sont à maintes reprises engagées solennellement à respecter...
Nouvelle note des ambassadeurs (7 octobre). Nouveau refus de la Porte (14 octobre). Mais Londres et Rome restent fermes en leurs desseins ; à la veille de la Conférence d'Algésiras, Paris tient à ne pas mécontenter les deux puissances occidentales, et M. Rouvier, — l'homme de la Dette ottomane et de l'amitié allemande en février 1905 — reprend la politique de M. Delcassé :
Paris, le 21 octobre 19(^.
Fermement résolus à maintenir l'union des puissances, nous sommes toujours disposés à rechercher les moyens de concilier les diverses opinions, ^ous ne pouvons pas croire, d'ailleurs, que le Sultan soit assez aveugle à ses propres intérêts pour persister dans son refus de mesures financières qui ont en somme pour but d'assurer la paix et la prospérité dans une des principales provinces de son Empire. Le contrôle financier en Macédoine ne peut qu'être avantageux à la Turquie, puisque, en contribuant à ramener l'ordre et la sécurité, il assurera l'augmentation des revenus et la diminution des dépenses militaires.
Bouvier.
Pétersbourg, au lendemain de la paix russo-japonaise, durant les grèves, mutineries, fusillades et guerres civiles qui ensanglantent tout Tempire, veut reconquérir un peu de son prestige sur sa clientèle balkanique, éviter aussi qu'une insurrection de la Macédoine réveille par contre-coup une insurrection de TArménie turque, alors que l'Arménie russe est en pleine révolution : l'esprit libéral semble, d'ailleurs, l'emporter dans les conseils de Nicolas II et l'incliner de plus en plus vers l'Angleterre.
Les six ambassadeurs demandent au Sultan une audience collective afin d' « exposer à S. M. l'absolue nécessité d'accepter la commission financière et lui faire entendre qu'une résistance ultérieure provoquerait des mesures imposées par les circonstances » (25 octobre). La Sublime Porte, « à qui seule il incombe de traiter cette question », réplique que « les droits de souveraineté et l'indépendance du gouvernement impérial, que les puissances ont toujours déclaré vouloir préserver de toute atteinte, ne lui permettent pas d'adhérer à une institution qui serait une ingérence dans l'administration du pays ».
Les commissaires financiers, qu'ont nommés les ambassadeurs, commencent néanmoins leurs travaux. La commission s'est constituée à Uskub, le 13 octobre. Elle a consacré six séances à un projet de règlement. L'inspecteur général rentrant le 23 octobre à Salonique, les délégués de l'Europe s'y transportent.
Guillaume II prononce alors son discours de Dresde, exhortant son armée à tenir son sabre aiguisé et sa poudre sèche (26 octobre). Mais, décidées à aboutir avant la réunion de la Conférence d'Algésiras,
TAutriche et la Russie proposent une démonstration navale pour venir à bout des refus de la Porte (28 octobre). Les Cabinets se mettent d'accord. Le manifeste libéral du Tsar (30 octobre) commence le rapprochement anglo-russe. Le 14 novembre, les représentants des six puissances décident « d'inviter » une dernière fois la Sublime Porte par une note collective à accepter la commission financière; en outre, afin d'éviter dans quelques mois le retour de nouvelles difficultés au sujet du renouvellement des contrats de la gendarmerie, la Porte devra dès à présent prolonger pour une période de deux ans les pouvoirs de l'inspecteur général et des officiers. La Porte refuse; une démonstration est organisé»i. Une flotte internationale, dont l'Autriche a accepté le commandement, mais dont l'Allemagne s'est échappée, se réunit au Pirée. La Porte, toujours confiante dans l'amitié de Berlin, oppose un nouveau refus (22 novembre). La flotte internationale s'avance dans les eaux turques :
Péra, le 27 novembre 1905.
La flotte internationale est arrivée hier devant Mételin : on a procédé sans incident à l'occupation de la douane et des postes et télégraphes. Le ministre ottoman des Affaires étrangères a fait depuis deux jours des visites à plusieurs ambassadeurs en vue de leur indiquer que le gouvernement impérial pourrait adtiérer aux demandes des puissances moyennant certaines conditions, par exemple si les délégués étaient appelés conseillers financiers, s'ils étaient payés par la Turquie, si les inspecteurs étaient nommés par le gouvernement ottoman, etc. Il a été répondu à Tewfik Pacha que nous ne pourrions délibérer utilement que sur des propositions écrites.
BOPPE.
Une semaine encore, la Porte s'entête. Mais comme la flotte internationale se rapproché des Dardanelles et qu'en son discours du trône (28 novembre) Guillaume Il ne donne ni un encourag-ement à la Turquie ni le moindre avertissement aux puissances, Abdul-Hamid commence de céder :
Péra, le o décembre 190.").
La flotte internationale est partie hier pour aller occuper l'île de Lemnos. Un détachement a (*té laissé h Mételin avec le Charlemagnc. La Sublime Porte a fait parvenir cette nuit à l'ambassade d'Autriche-Hongrie une note annonçant son adhésion à l'institution d'une commission fmancière, et renvoyant le règlement qu'elle a modifié et qu'elle désigne sous le nom d'instruction.
Les ambassadeurs acceptent quelques modifications, mais — grande conquête — maintiennent le nom de règlement au lieu d'instruction (8 décembre). Abd-ul-Hamid accepte avec des « variantes » que les ambassadeurs rejettent (16 décembre). Enfin on gratte, on change quelques mots et la Porte déclare « accepter le règlement de la commission financière et la prolongation pour deux ans de l'inspecteur général et des officiers étrangers ».
Péra, le 19 décembre 1905.
L'escadre internationale a quitté Lemnos avant-hier et Mételin hier après-midi.
Péra, le 23 décembre 1905.
Confornlément aux insti'uctions qu'il a reçues du gouvernement ottcfuian, l'inspecteur général de Macédoine est entré en relations avec les membres de la commission financièi'e internationale qui va reprendre ses travaux.
De cette concession qu'elle fait aux demandes anglaises, la Porte voudrait du moins retirer l'augmentation des douanes qu'elle réclame depuis neuf ou dix mois avec des arguments très plausibles. Le budget de la Macédoine est en déficit; le budget de l'empire doit avancer quelque 25 ou 30 millions de francs; puisque l'Europe veut des réformes macédoniennes, il est équitable qu'elle en facilite les moyens, et la surtaxe douanière est le seul moyen de trouver de l'argent. Une note turque du 30 septembre 1905 a prévenu les ambassadeurs que cette surtaxe serait appliquée le 1" janvier 1906. Les puissances occidentales maintiennent leurs conditions :
Paris, le 10 Dovembre 1905.
Depuis la note du 9 octobre dernier, le chargé d'affaires de Turquie a insisté à plusieurs reprises pour obtenir notre consentement à la mise en vigueur, à partir du l"" janvier prochain, d'une majoration de 3 p. 100 des droits de douane. Il lui a été répondu que cette question doit être traitée à Constantinople en même temps que les autres questions concernant la Macédoine. Nous avons indiqué dans une note adressée le 23 mars les conditions auxquelles serait éventuellement subordonnée notre adhésion : 1° la mise en pratique en Macédoine d'un règlement financier accepté par les puissances; 2*^ l'affectation de la surtaxe douanière aux besoins de la Macédoine, et 3** la révision des règlements douaniers et miniers.
A la fin de décembre, les ambassadeurs, en recevant l'adhésion de la Porte au contrôle financier, promettent d'en référer à leurs gouvernements sur
« la solution à donner à cette question douanière qui touche à des intérêts complexes ».
De janvier 1906 à mai 1907, cette question douanière va mettre aux prises la Porte et les ambassadeurs, TAngleterre et le syndicat austro-russe. Les « intérêts complexes » sont du côté de TAngleterre surtout : le commerce anglais sera frappé et gêné par la surtaxe; la politique anglaise sera combattue peut-être par cet argent qui, loin de servir à la Macédoine, permettra aux Allemands de pousser leur Bagdad vers le golfe Persique, au Sultan d'activer ses entreprises contre TÉgypte, l'Arabie et la Perse. En cette année 1906, les incidents de Tabah-Akabah ', la campagne des Turcs contre TYémen, les prédications panislamiques et les échauffourées en Egypte concordent avec la Conférence d'Algésiras et avec les encouragements que donne l'Allemagne à l'islam marocain; dans tout le monde musulman, Berlin et Stamboul machinent des surprises à l'Entente cordiale. Le gouvernement anglais se trouve ainsi partagé entre le désir d'accomplir les réformes en Macédoine et la crainte, en en fournissant les moyens, de fournir des armes à l'ennemi. Il consentirait à la surtaxe durant une année, mais sous les conditions suivantes, qu'enregistrerait une convention entre la Porte et les puissances (20 février 1906) :
1° des clauses relatives aux douanes et aux mines;
2" ua engagement explicite et des garanties que les produits de la surtaxe doivent être appliqués aux besoins du budget macédonien ;
3° la limitation de la perception de la surtaxe à la durée du mandat de la Commission financière;