‹ La Révolution TurqueChapitre 24 sur 29 · Documents diplomatiques de Roumanie · texte numérisé non relu

Documents diplomatiques de Roumanie

brigandages isolés, échappe à l'action des troupes et ne peut être efficacement combattue que par la police et la gendarmerie. Or cette agitation présente depuis quelques semaines une recrudescence violente; les luttes entre races s'exaspèrent; les meurtres augmentent et les populations terrorisées aspirent à un changement de régime... Le gouvernement, complètement aveuglé sur les conséquences possibles de l'agitation actuelle, considère avec plaisir ces luttes entre chrétiens et ne prend aucune mesure pour les faire cesser. On connaît les chefs de plusieurs des organisations occultes qui désolent le pays; mais on préfère laisser libre carrière à ces malfaiteurs, en qui l'on voit des auxiliaires de la cause islamique, et, quand l'éclat pi'oduit par quelque crime est trop fort, on frappe des comparses ou même des innocents.

L'hiver n'arrêtant pas, comme les années précédentes, ces échanges de tueries, les deux puissances « les plus autorisées » et M. Gonstans luimême reconnaissent qu' « aucune amélioration n'a été apportée à l'état anarchique du pays », malgré une première note austro-russe du 20 octobre. Et le Sultan, maintenant assuré de la Macédoine par la guerre religieuse, songe à reprendre ses tentatives de guerre turco-bulgare : l'accord du 8 avril 1904 n'est pas respecté ; les réfugiés ne sont pas réinstallés dans le vilayet d'Andrinople et l'on distribue leurs maisons et leurs terres à des musulmans.

Sofia, le 3 octobre 1904.

La situation en Macédoine est toujours aussi troublée. Sans parler des luttes entre Grecs et Bulgares, entre patriarchistes et exarchistes, entre Grecs et Koutzovalaques, la réconciliation entre Turcs et Bulgares qu'on semblait espérer après l'accord du 8 avril est bien loin de se produire. On incarcère de nouveau les Bulgares amnistiés.

On oblige les prêtres et les maîtres d'école revenus en Macédoine à résider dans les villages oîi ils sont nés, ce qui fait que leurs églises et leurs écoles demeurent fermées; 4 000 réfugiés n'ont pu regagner le vilayet d'Andrinople, et la Porte oppose des obstacles à leur rapatriement. Des bandes turques rançonnent les villages chrétiens.

Les ambassadeurs font des remontrances; c'est alors sur les Grecs que la Porte rejette la faute. Note turque du 5 novembre 1904 :

.... Les bandes formées en Grèce commettent toutes sortes de méfaits. Le cabinet d'Athènes représente ces incursions comme représailles aux méfaits commis par les Bulgares : à l'origine il donnait à la Sublime Porte l'assurance formelle qu'il empêcherait la formation de comités et de bandes' et prendrait des dispositions propres à prévenir toute incursion; il se montre aujourd'hui impuissant à réprimer ces actes; les comités fondés en Grèce lancent ouvertement des proclamations révolutionnaires et de nouvelles bandes sont formées. Tout dernièrement, un officier hellène, Paul Mêlas, qui commandait une de ces bandes, ayant trouvé la mort, une grande effervescence s'est manifestée en Grèce, et les journaux d'Athènes ont reproduit son portrait en costume de brigand. Une pareille situation est contraire aux stipulations des préliminaires de paix signés avec les plénipotentiaires des puissances et à V article iA du traité de paix conclu avec la Grèce. Le gouvernement impérial ayant tout fait pour remédier à cet état de choses, la responsabilité des événements qui pourraient en résulter ne saurait retomber que sur le gouvernement hellénique.

La Porte semble donc remettre en question le traité gréco-turc de 1897 qu'a imposé la médiation de l'Europe, et, à défaut d'une guerre turco-bulgare, préparer une nouvelle campagne de Thessalie. La

situation internationale lui permettrait toutes les audaces. Les revers des Russes en Mandchourie, leur retraite sur Moukden après les défaites de Liao- Yang et du Cha-ho (septembre-octobre), la détresse de Port-Arthur, l'incident de Hull et les aigres discussions entre journaux russes et anglais assureraient à la Porte la tolérance de Pétersbourg, qui a besoin de Tautorisation turque pour le passage de ses vaisseaux aux Dardanelles. L'Allemagne aussi serait consentante : la section Koniah-Eregli, qui vient d'être ouverte (septembre), amène le Bagdad allemand aux portes du Taurus; Berlin ne demande que l'argent de sa garantie kilométrique pour aller plus loin.

Mais Vienne, tenant toujours au statu qiio, ne veut à aucun prix d'une guerre, dont le vainqueur, turc ou chrétien, disposerait de la Macédoine. Vienne veut la paix. Une seconde note austro-russe est remise le 8 décembre :

Les autorités ottomanes restent inférieures à leur tâche pour la répression des crimes commis par les bandes ; sous l'œil indifférent de la plupart des autorités locales, des formations nouvelles, en partie serbes et principalement grecques, surgissent, appelant une recrudescence de désordres et de violences.

Le 26 novembre, une bande grecque de plus de 60 tiommes a cerné le village de Zélénitchi, caza de Florina, pendant qu'une partie faisait irruption dans la maison du bulgare Stoyan Gateff, où se célébrait une noce, tuant 13 personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants, et en blessant 5. Le détachement de troupes et le poste de gendarmerie de Neveska, situés à portée d'ouïe de la fusillade et d'ailleurs prévenus de l'agression, ne se sont rendus sur les lieux que dans la journée du lende-

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main. Le caïmacan n'est venu que le surlendemain. Le 7/20 novembre, un groupe de musulmans de Vélès s'est emparé du télégraphe pour faire parvenir à la capitale ses doléances au sujet de l'insécurité qui règne dans le pays : se jugeant insuffisamment protégés par le pouvoir, ces musulmans profltèrent de leur rassemblement pour s'en prendre à des passants chrétiens, dont l'un fut tué et un autre grièvement blessé. Une bande bulgare d'une trentaine d'individus, pour venger la tuerie de Zélénitchi, a assassiné dans la matinée du i" décembre huit Grecs inoffensifs sur la route de Sorovitchi à Exchi-Sou. L'incendie de l'année dernière risque d'être rallumé de différents côtés.

Les deux ambassadeurs, pénétrés de la gravité de la situation et des intentions bienveillantes de leurs gouvernements, adjurent itérativement la Sublime Porte de veiller à ce que l'ordre soit maintenu d'une main ferme et impartiale.

La Porte garde le silence :

La situation s'est, au cours de ce mois, — écrit à la fin de décembre M. Constans, — sensiblement aggravée en Macédoine, L'extrême lenteur avec laquelle se fait la réorganisation de la gendarmerie, dont les populations chréiennes avaient tout d'abord attendu des résultats effi- :aces, et la mauvaise volonté de plus en plus évidente lont les autorités témoignent à cet égard accroissent lin- {uiétude dans tous les milieux. L'opinion, en Macédoine, ^emble se répandi'e de plus en plus qu'il n'y a plus à ;orapter sur les réformes, et les Bulgares, se prétendant ïn butte à l'hostilité systématique du gouvernement, semîlent de plus en plus décidés à recourir à l'insurrection.

Le colonel Vérand ne trouve plus chez les fonctionnaires e bon vouloir qui, dans les premiers mois de sa mission, ui avait facilité la tâche; il est à craindre que les procédés Tintimidation, dont les gendarmes chrétiens sont l'objet, le rendent difficile le recrutement de la gendarmerie, en lehors des musulmans.

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Vienne et Pétersbourg recourent aux trois puissances — TAUemagne restant à l'écart — pour la remise d'une nouvelle note qui exige l'augmentation des officiers de gendarmerie (19 décembre). Une fois encore, Londres profite de cet appel et réclame « des mesures ultérieures de reformes » (20 décembre).

Pour la troisième fois, Londres prend en main la cause de la Macédoine, sans distinction de races ni de religions. Lord Lansdowne veut qu'on s'attaque aux Quatre Mangeries : il exige la réforme financière tout de suite; il prévoit la réforme judiciaire dans un avenir prochain. Note anglaise :

La régularité financière est le premier élément d'un bon gouvernement, et c'est d'elle que dépendront les améliorations dans les systèmes administratif et judiciaire. Le gouvernement de Sa Majesté ne peut s'empêcher d'éprouver quelque désappointement de ce que durant les treize mois qui se sont écoulés depuis que le programme des réformes a été mis en avant par les deux puissances, nul projet à mettre en discussion n'a été préparé. Il a la confiance que présentement, en tout état de cause, cette question fera l'objet de l'attention immédiate des deux gouvernements et qu'ils insisteront à ce sujet auprès de la l'orte. Cette réforme est une de celles que le gouverne^ ment turc, s'il était avisé, devrait être désireux de réaliser. Une rigoureuse administration des finances provinciales est essentielle si, en outre des dépenses pour les services locaux, les vilayets doivent contribuer propor tionnellement aux dépenses de l'Empire.

Il semble d'urgente nécessité qu'il soit fait une lentativ* en vue d'améliorer l'administration de la justice. La nécos site de traitements réguliers et convenables est aussi

manifeste et impérieuse dans radministralion judiciaire que dans Taimée et la police. Dans le vilayet de Salonique, les juges n'ont reçu que la moitié des traitements qui leur sont dus celle année. Il leur est impossible de vivre sans augmenter leurs émoluments par des moyens inavouables. Si, en outre de traitements régulièrement payés et convenables, ils étaient convaincus que leurs services seront récompensés et que le travail assidu et honnête sera suivi d'un avancement, il en résulterait une économie réelle pour l'État, grâce à la substitution d'un nombre moindre de juges compétents au nombre actuellement plus grand de juges qui tirent leurs émoluments des deniers publics. La nomination d'inspecteurs judiciaires, devant recommander le renvoi des fonctionnaires incompétents et malhonnêtes, ferait beaucoup pour remédier aux vices du système.

Dès cette époque, malgré la guerre russo-japonaise, les relations de Londres et de Pétersbourg sont devenues meilleures; l'influence du nouvel ambassadeur anglais, sir Ch. Hardinge, est manifeste; les événements du Caucase, la crainte d'une nouvelle insurrection en Macédoine ou en Arménie et la reddition de Port-Arthur achèvent de convertir le Tsar aux solutions que Londres et Paris lui conseillent; afin d'éviter tous les risques de guerre au Levant, Paris et Londres se mettent d'accord sur la nécessité de réformes profondes; Londres et Vienne se concertent pareillement; Paris insiste à Pétersbourg, Une nouvelle note des cinq ambassadeurs exige et obtient enfin que vingt-trois officiers européens seront envoyés en Macédoine (13 janvier 1903) et, pressé par les cabinets occidentaux, le syndicat austro-russe étudie la réforme fiscale, afin d'éviter la double réforme des finances et de la justice que réclame lord Lansdowne.

Le « programme de Vienne » et le « programme de Miirzsteg » avaient promis d'assurer le « fonctionnement des institutions dans les trois vilayets » :

1° Au commencement de l'année, un budget des revenus et des dépenses sera dressé dans chaque vilayet.

2° Le produit des impôts pourvoira d'abord aux besoins de l'administration locale.

3° On améliorera le système d'affermage et de perception des dîmes.

4° Tous les revenus du vilayet doivent être versés à la caisse du vilayet, tenue à l'agence de la Banque impériale ottomane au chef-lieu du vilayet.

5° Le payement des sommes affectées par le budget aux dépenses du vilayet se fera en conformité d'un règlement spécial qui aura également pour objet d'assurer la régularité de rempkù de ces sommes.

Vienne et Pétersbourg demandent simplement que, sous la surveillance de l'inspecteur général et des deux agents civils, ce système de Mûrzsteg soit appliqué par six inspecteurs « qui devront être sujets ottomans ». Lord Lansdowne ne se contente plus de cette organisation sans force. Il insiste auprès du cabinet de Paris pour une intervention de toutes les puissances et non plus du seul syndicat. Par malheur, un changement de ministère en France amène à la présidence du conseil M. Rouvier, qui vient de travailler à l'unification de la Dette ottomane et aux combinaisons du Bagdad allemand; la politique de Paris, sans être modifiée, ne sera plus aussi nette. Berlin, qui avait espéré peut-être la chute de M. Delcassé, va donner son premier avertissement marocain par la bouche de son chargé d'affaires à Tanger (4 février 1905). Londres insiste donc vainement :

Londres, le 24 janvier 1905.

Lors de sa dernière audience, lord Lansdowne est revenu sur les affaires de Macédoine et m'a demandé ce que Votre Excellence pensait de ses propositions. Je lui ai répondu que vous vous étiez réservé de pressentir le gouvernement russe et que l'ouverture de la crise ministérielle en France avait nécessairement retardé cet échange de vues. Lord Lansdowne m'a prié d'insister auprès de vous pour arriver à l'adoption d'une ligne de conduite identique. Il a des inquiétudes pour le printemps, et il voudrait, calmer les populations des Balkans par une intervention de toutes les puissances.

Paul Cambon.

Mais à Pélersbourg, harassé par les défaites de Mandchourie, secoué des premières émeutes de la révolution (dimanche rouge, 22 janvier), on tient plus que jamais au monopole austro-russe et aux garanties de statu quo. Notre ambassadeur en Russie écrit le 1*' février :

Le comte Lamsdorff me charge de vous faire connaître sa manière de voir, que partage le cabinet autrichien, au sujet des réformes en Macédoine. Il croit que tout projet d'extension du programme de Mûrzsteg serait en ce moment inopportun. Les deux puissances viennent d'entreprendre la réforme financière, dont dépendent les autres améliorations. Rien ne serait plus dangereux que de donner à espérer à la Turquie que toutes les puissances ne sont pas d'accord ou de lui donner à craindre que l'acceptation des réformes financières ne soit le prélude de nouvelles exigences.

Vienne et Pétersbourg — c'est leur mode habituel - commencent par des remontrances aux États balkaniques, auxquels on défend « soit de favoriser la

formation de bandes, soit de leur venir en aide sous une forme quelconque » ; on les invite à « observer une attitude correcte et loyale afin de permettre aux puissances réformatrices de travailler d'accord avec la Porte au rétablissement de Tordre en Macédoine ». C'est le prologue habituel de toute intervention austro-russe. Paris, sentant les dangers qui entourent la Double Alliance, n ose insister pour l'acceptation des propositions anglaises. Londres continue défaire ses réserves : « L'Autriche et la Russie, — dit lord Lansdowne, — paraissent s'attribuer un contrôle financier en qualité de puissances intéressées; toutes les puissances garantes de l'indépendance de k Turquie peuvent revendiquer cette qualité et i importe qu'elles soient appelées à donner leur avis sur l'organisation financière ».

Néanmoins le gouvernement anglais, après en avoi délibéré, décide de « laisser le champ libre aux Gabi nets russe et austro-hongrois pour faire accepter pa le Sultan leur projet de réforme financière; mais il S' réserve de discuter si, par la suite, appel est fait à soi concours pour amener le Sultan à cette acceptation >>

Notre chargé d'affaires à Gonstantinople, — c'es l'honnête et clairvoyant M. Bapst, — signale 1 nécessité d'une prompte décision (17 février) :

La situation de la Macédoine ne s'est nullement amt liorée. Les divers partis n'y observent môme plus la trê\ habituelle de l'hiver; bien que des chutes de neige, telk qu'on ne se souvient pas d'en avoir vu dans ce pays depu une quinzaines d'années, aient rendu les chemins presqt impraticables, les bandes, tant bulgares que grecque continuent à désoler le pays. Les attaques de villages r se comptent plus, et ce n'est pas sans de sincères appr hensions que l'on voit approcher le printemps.

Les financiers, intéressés dans les entreprises turques, suggèrent au Sultan une parade aux demandes anglaises : létat de siège en Macédoine, le rapatriement des réfugiés et Texécution des réformes grèvent lourdement le budget de l'Empire; la Porte propose de trouver des ressources dans une surtaxe douanière, dont les revenus ser>iraient aux besoins de la Macédoine. Reste à savoir s'ils ne ser\'iraient pas plutôt à la garantie kilométrique du Bagdad allemand, aux lignes françaises de Syrie ou aux commandes d'armes que les ambassadeurs de France et d'Allemagne extorquent en faveur de leurs nationaux ' : cest leur façon de faire payer au Turc leur connivence secrète ou publique. Note turque du 5 février :

Le manque d'élasticité qui caractérise nos revenus ;onstitue le plus sérieux obstacle à l'équilibre du budget, iais, en ce moment, le senrice financier devant être issuré dans les trois provinces de la Rouméiie, cet )bstacle devient de plus haute importance. Le budget spé- ;ial des vilayets accuse un déficit que le gouvernement st disposé à combler sur les revenus généraux de l'Empire. 1 se trouve dans l'impérieuse nécessité de chercher les essources requises dans la majoration des droits de louane, de 8 à 11 p. 100, en attendant la conclusion de nouveaux traités de commerce.

Vienne et Pétersbourg acceptent aussitôt cette ma-

oration, dont le commerce anglais fera les frais, car

'administration des douanes turques sait frapper les

1 nnemis du Maître et le commerce allemand a toutes

i es complaisances. Mais le Sultan oppose au projet

1. Voir là-dessas dans mon livre L'Affaire marocaine, le chapitre désaccord franco-allemand, p. 333 et suivantes.

austro-russe son projet particulier de réforme financière (7 mars), et comme le syndicat austro-russe une fois encore fait appel à la pression des autres puissances, Londres et Rome ne promettent leur appui que « si le contrôle, réservé aux deux contractants de Mûrzsteg, est étendu aux grandes puissances » (14 mars); Londres exige en outre — avec raison, dit M. Gonstans, — Tabolition d'un règlement que la Porte vient de faire sur les mines et qui rend pratiquement impossible aux étrangers toute exploitation minière.

Paris, servant d'intermédiaire entre le syndicat austro-russe et l'entente anglo-italienne, — l'enquête sur l'accident de HuU vient de se tenir à Paris, — trouve la formule de l'accord. Une note française indique le 23 mars les conditions que le syndicat doit imposer à la Turquie :

1° la mise en pratique en Macédoine d'un règlement financier donnant toute garantie tant pour la perception que pour l'administration des revenus;

2° l'affectation aux besoins de la Macédoine de l'excédent de recettes fourni par la surtaxe douanière ;

3° la revision préalable des règlements douaniers dans le sens des réclamations réitérées des Puissances;

4° l'abrogation de la loi de 1901 sur les mines.

La manœuvre des financiers va donc tourner au ' profit des réformes : sans que le Bagdad allemand y trouve son compte, l'excédent des recettes fournies par la surtaxe ira tout entier aux besoins de la Macédoine. C'est l'heure où la défaite de Moukden ruine le prestige des Russes au Levant, où Guillaume II s'embarque pour Tanger, l'heure aussi où M, Gonstans dispute à Krupp et à la Deutsche Bank les

emprunts turcs et les fournitures d'armes. J'ai depuis longtemps signalé le parallélisme de ces événements turcs et marocains * : tandis que Guillaume II prononce son discours de Tanger (31 mars), M. Constans s'irrite des lenteurs que la Porte oppose à ses exigences ; la brouille un instant paraît complète entre la Porte et l'ambassadeur qui bruyamment rentre en France, menace de fermer la Bourse de Paris aux emprunts turcs, et il se venge du Sultan en conciliant les réclamations anglaises et les prétentions austro- russes. Dépêche de M. Delcassé à notre ambassadeur en Russie :

Paris, le 23 mars 1905.

M. Paul Cambon me dit que le gouvernement britannique s'abstiendrait d'initiative concernant les réformes • n Macédoine si la Russie et l'Autriche consentaient à demander la remise de certains pouvoirs à une commission de contrôle nommée par les puissances. De son côté, 'tre ambassadeur à Constantinople m écrit que l'acceslon des quatre autres puissances au contrôle prévu par le projet austro-russe serait envisagée sans défaveur à Pétersbourg : le terme vague de « puissances intéressées », employé peut-être à dessein dans le texte, permettrait cette accession. M. Constans ajoute que l'on pourrait instituer pour chacune des quatre autres puissances un expert financier qui s'occuperait, au même titre que les agents civils, de l'élaboration et de iapplication du budget macédonien.

Pétersbourg et Vienne acceptent (5 avril) : des délégués des quatre autres puissances seront adjoints

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