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Pour ces dépêches, voir le Pro Armenia d'avril-mai

Elle appelle la sérieuse attention des puissances sur les graves conséquences de cette situation financière.

Chacun voit revenir avec appréhension le moment où, après une interruption de quelques mois, renaîtra l'ancien état de choses.

Stf.eg.

Paris, délivré de la Conférence d'Algésiras, peut enfin reprendre son rôle d'intermédiaire : le 12 juin, nos ambassadeurs signalent aux Cabinets la « regrettable situation résultant pour la Macédoine du déficit qui se produit chaque jour ». Une entente s'établit entre Paris, Pétersbourg, Vienne et Londres; le 21 juin, la Porte commence de céder, mais sans donner les garanties ni remplir les conditions que réclament les puissances et en émettant les prétentions de lever la surtaxe à partir du 1" septembre. Londres, tranquille maintenant du côté de rÉgjpte, formule nettement ses exigences (10 juillet) :

1. — Exécution par la Porte de ses engagements en ce qui concerne la modification de la loi minière, amélioration des règlements douaniers et des bâtiments de douane, analyse chimique, emmagasinage du pétrole, etc.

2. — Garantie effective que l'augmentation des droits d'entrée sera consacrée exclusivement au budget des trois vilayets et versée à la Banque ottomane ; tout excédent de recettes sur les dépenses constituerait une réserve qui ne pourrait être utilisée sans le consentement des puissances.

3. — La surtaxe ne devrait être mise en vigueur que deux mois après la conclusion de l'accord.

4. — L'augmentation des droits est limitée à une période de sept ans.

5. — Il ne sera pas fait d'augmentation dans les dépenses militaires mises à la charge de la Macédoine; des représentations devraient être faites à la Porte sur l'opportunité de réduire le nombre excessif des troupes; tout au moins

236 LA REVOLITIOX TURQUE

leur di'pense ne doit plus être mise en entier à la charge du budget macédonien; l'entretien des troupes sur la frontière devrait être imputé au budget général de l'Empire.

6. — Les demandes, faites dans la Note collective du 5 mars relativement au droit d'intervention de la gendarmerie et aux autres mesures de police, doivent être accep tées sans condition par la Porte.

Le Sultan a essayé d'intimider Paris par des intrigues en Tripolitaine et par l'occupation de Djanet et de Bilma. Le résultat est que Paris décide Pétersbourg « à une démarche pressante, afin d'inviter la Porte à faire les versements convenus pour les besoins de la Macédoine » (10 juillet). Tout aussitôt la Porte signe un premier accord avec la Dette ottomane, qui désormais aura le droit de suivre les opérations douanières, de vérifier les livres et d'encaisser chaque quinzaine la surtaxe, dont les trois quarts iront à la Banque ottomane pour le budget macédonien; satisfaction est aussi donnée pour les opérations en douane; la durée de sept ans est acceptée comme limite de la surtaxe (2 août). Mais, durant deux mois, les ambassadeurs ont à discuter les autres conditions requises par Londres. La maladie du Sultan, que Ton croit mortelle, fait traîner plus encore que de coutume la négociation (aoûtseptembre). La Porte espère un instant que la Grèce et la Bulgarie en viendront à une guerre déclarée. En Bulgarie, non plus seulement en Macédoine, des villages et des bourgs grecs sont incendiés et massacrés; la petite ville grecque d'Anchialou est détruite; plusieurs milliers d'Hellènes, sujets bulgares, s'enfuient à Constantinople et en Grèce. On

EXTENTE AUSTRO-RISSE 237

annonce la mobilisation de l'armée turque et la coopération de la flotte grecque.

Enfin les ambassadeurs parviennent à rédiger une note collective où figurent presque toutes les conditions du Londres (1" octobre). Sans hâte, la Porte examine et débat. Elle a le temps pour elle : l'anarchie et les haines de races sont arrivées à un tel point en Macédoine que toute semaine gagnée se chiffre pour le Turc en une disparition de quatre ou cinq villages chrétiens; de ce train, les bandes se chargeront d'islamiser toute la province. Une guerre gréco-bulgare semble toujours à la veille déclater. La démission du comte Goluchowski, remplacé par l'ambassadeur autrichien à Pétersbourg, M. d'iEhrenihal, semble raffermir l'entente austro-russe pour le maintien du statu quo. L'arrivée du ministère Clémen^ ceau rend à M. Constans la pleine liberté de ses com- 1 binaisons financières; il appelle à Constantinople \ M. Etienne pour l'affaire d'Héraclée et il parle d'ap- j peler M. Rouvier, dont un projet concernant la Régie ' des Tabacs vaudrait au Sultan une avance de 60 ou 70 millions; les financiers de Paris et de Berlin négocient une entente pour la traversée de Taurus par les rails anatoliens; l'achat de la ligne Tarse- Mersina donne aux Allemands un débouché sur la mer de Chypre; le Sultan croit enfin politique de relâcher un peu de son hostilité aux intérêts britanniques et d'accorder un prolongement à la ligne anglaise Smyrne-Aïdin.

Rien ne peut lasser l'entêtement de Londres. Le 9 novembre 1906, la Porte consent à toutes les garanties et la réforme financière est enfin conquise. Mais Londres, cinq mois durant, va pro-

longer sa résistance et ne donnera son consentement (26 avril 1907) qu'après avoir arraché, morceau par morceau, quelques améliorations dans la police et dans les dépenses de la Macédoine.

Salonique, le 11 novembre 1906.

J'ai l'honneur de vous faire connaître que le Trésor impérial a fait le 13/26 octobre un versement de 25 000 livres turques au service de la tiésorerie des trois vilayets. Ce modique versement n'a pas permis de procéder au paiement des traitements et soldes du mois de septembre. Vu l'urgence à ce que les traitements de la gendarmerie et de la police soient acquittés dès les premiers jour du mois, la commission a renouvelé sa décision que toutes les ressources soient réservées à cet objet.

Abd-ul-Hamid espère obtenir le consentement de l'Angleterre en cédant un peu sur l'affaire de la gendarmerie :

Péra, le 22 décembre 1906.

Les officiers européens de la gendarmerie macédonienne viennent de tenir leurs réunions annuelles à Salonique, sous la présidence du général Degiorgis. Ils constatent avec regret l'opposition continuelle des fonctionnaires ottomans, tant civils que militaires, à l'autorité du général Degiorgis, à l'action des officiers étrangers et à l'exécution des réformes. Ils constatent aussi l'insuffisance du nombre des gendarmes dans les trois vilayets et la difficulté à obtenir de l'autorité ottomane un relèvement normal de ces effectifs; ils demandent que 250 à 300 hommes du 3° corps d'armée soient afi'ectés à la gendarmerie.

Au cours des audiences accordées le vendredi 7 décembre, les ambassadeurs d'Allemagne et d'Italie ont trouvé auprès de S. M. I. l'accueil le plus favorable : un iradé ordonne le versement de 300 soldats dans la gendarmerie; l'ordre impérial a été immédiatement exécuté.

Même bonne volonté apparente d'Abd-uI-Hamid pour le règlement du budget macédonien :

Salonique, le 2 février 1907.

Sur les vives instances de l'inspecteur-général, le Trésor a fait un nouveau versement de 30 000 livres turques, ajouté aux 50 000 livres turques versées dans les premiers jours de janvier.

Le paiement des soldes militaires reste en retard d'un mois et la dette vis-à-vis des fournisseurs de l'armée

iiieure considérable. L'insuflîsance des versements du

. tsor est heureusement compensée dans une certaine mesure par l'amélioration qui continue à se manifester dans la perception des impôts. Les rentrées de l'exercice courant par rapport à l'exercice précédent sont en plusvalue de 132 404 livres turques pour les 9 premiers mois, de 42 586 livres pour le seul mois de novembre, de 43 504 livres pour décembre, ce qui élève à 175 968 livres (4 millions de francs) l'accroissement des recettes pendant les dix premiers mois de l'année en cours.

Le général Degiorgis vient à Constantinople demander l'augmentation de la gendarmerie, que le Sultan concède aussitôt (8 février). Profitant de celte accalmie, Londres conseille aux puissances de mettre à l'étude la réforme judiciaire : Hilmi-pacha lui-même est d'avis que cette réforme des tribunaux est indispensable. Les relations entre la Porte et l'ambassade allemande sont troublées par une succession d'incidents. Les revues anglaises proposent de régler la question d'Orient par une neutralisation de Constantinople, et comme le syndicat austro-russe dresse, dit-on, un avant-projet de réforme judiciaire, le Balkan Commiltee exige que Londres n'abandonne pas cette question, Abd-ul-Hamid voit grandir en Europe l'influence anglaise; sa peur de l'avenir le

rejette vers les puissants du jour; il pense [acheter maintenant Tamitié de Londres, comme il achetait celle de Paris et de Berlin : les privilèges de la compagnie Lynch sur le Tigre sont étendus. Mais Londres reste intraitable et met en avant tous les prétextes de refuser la surtaxe, tant que la Porte n'a pas souscrit au mémorandum du général Degiorgis, accordé les facilités que les officiers européens jugent nécessaires au bon fonctionnement de la gendarmerie, et reconnu à la commission financière le droit de discuter le budget macédonien :

Péra, le 19 avril 1907.

La Porte vient d'aviser les représentants des puissances qu'elle a donné son assentiment aux cinq demandes formulées par le général réorganisateur de la gendarmerie de Macédoine et qu'avaient rappelées les communications des ambassades en date des 28 février et 11 avril dernier. Comme le fait observer la note, la dernière lacune mentionnée par la dépêche des ambassades, en date du H avril, relative à la majoration douanière, se trouve ainsi comblée.

Péra, le 26 avril 1907.

Le protocole relatif à la majoration douanière de 3 p. 100 a été signé hier par les représentants des six grandes puissances et par le ministre impérial des affaires étrangères.

Continuant ses avances à Londres, Abd-ul-Hamid refuse aux Allemands la garantie kilométrique pour la prolongation vers Bagdad des rails anatoliens : jusqu'en 1909, répond à M. de Marschall le prunier secrétaire du Palais (10 mai), on ne peut prévoir aucune garantie efTective. Mais Londres, sous la

pression des comités balkanique et arménien, poursuit sa campagne de réforme complète : c'est la réforme des tribunaux qui maintenant est proposée aux puissances, et l'intimité qui s'établit entre les gouvernements anglais et russe permet d'espérer un prompt accord.

Les rencontres entre Bulgares, Serbes et Grecs sont de plus en plus fréquentes. Mais les troupes turques mettent sur le compte des bandes ce qui souvent est leur propre travail. Les malheureuses troupes, sans solde depuis trois mois, se mutinent ou se débauchent : le trésor n'a plus rien à gager et les bachiboiizouks reparaissent dans toute la Macédoine. Des bandes proprement valaques apparaissent aussi pour la première fois. Les agents civils protestent contre l'ignoble et cruel régime des prisons... Le 9 juillet, sir Edward Grey promet à une députation du Balkan Committee, conduite par l'archevêque de Cantorbéry, que l'on va augmenter la gendarmerie et réformer la justice. L'Angleterre, pour la quatrième fois, prend en main l'affaire macédonienne. Et Londres signant avec Pétersbourg ses accords asiatiques (août-septembre 1907), c'est fini du monopole austro-russe.

LA REVOLUTION TOROUE.

I. — La réforme et l'Angleterre. — Les entrevues d'août 1907.

— Le contrôle judiciaire. — Les ambassadeurs financiers. — Concessions et commandes. — Londres, Pétersbourg et Vienne.

— Les bandes. — Anarchie macédonienne. — Note aux États balkaniques. — Valaques, Serbes, Bulgares et Grecs.

II. — Réforme judiciaire. — Discussions d'ambassadeurs. — La Porte et le contrôle. — Tribunaux et gendarmerie. — M. de Marschall. — La politique de M. de Schoen. — La politique de M. d'.\erenthal. — La conférence d'Algésiras et le droit de voisinage.

III. — Nécessités austro-hongroises. — Le Compromis de séparation. — Pénétration paciflque et développement industriel. — La finance et l'ambassadeur austro-hongrois. — Politique de chemins de fer. — La ligne du Sandjak. — Le Danube-.\driatique. — La Révolution.

L'entente austro-russe pesait depuis 1896 sur les États balkaniques, pour « la défense du statu quo et de la paix générale », — pour le maintien de la mangerie turque et du massacre hamidien. De 1896 à 1902, rien n'avait contrebalancé cette tyrannie : les puissances occidentales laissaient faire, divisées d'abord par leurs querelles africaines (Adoua, 1896;

244 l'A REVOLUTION TURQUE

Fachoda, 1898), puis unies quelques mois (1898) pour la délivrance de la Crète, séparées de nouveau et distraites du Levant par les affaires du Transvaal (1899-1902). Mais, de 1902 â 1907, tandis que les affaires d'Extrême-Orient distrayaient, à son tour, l'attention de la Russie, les puissances occidentales s'étant réconciliées, la réforme de la Macédoine devenait l'objet de leurs communs désirs. Avec l'appui de Paris et de Rome, Londres se chargeait d'obtenir les concessions nécessaires. De 1903 à 1907, profitant des relations amicales, qui sont de tradition entre les gouvernements autrichien et anglais, c'est à Vienne que le roi Edouard allait demander ces concessions. En octobre 1903, conséquence du premier voyage : le syndicat austro-russe consent à établir son programme de Mûrzsteg. Des deux maux dont souffre la Macédoine, il semble rationnel de porter remède d'abord au plus cruel, en supprimant le régime hamidien, le massacre : la réforme du régime turc viendra ensuite avec la suppression graduelle des Quatre Mangeries. Lord Lansdowne, pour que la Macédoine soit arrachée aux fantaisies d'Abd-ul- Hamid, propose l'alternative :

a) nomination d'un Gouverneur chrétien, sans attache avec la péninsule des Balkans ou avec les Puissances signataires du traité de Berlin, ou, b) maintien du Gouverneur musulman, assisté d'assesseurs européens. Nous nous contenterions de voir ces derniers choisis par les deux Puissances,

Le syndicat austro-russe refuse le gouverneur responsable et s'en tient à deux « agents civils », que l'on adjoint à Hilmi-pacha, avec mission de tout voir et consigne de ne rienTaire. Du moins, cette première

intervention d'Edouard VII installe des officiers européens pour la réforme de la gendarmerie.

En août 1905, à son second voyage, Edouard VII obtient que le syndicat austro-russe bride la première des mangeries turques, la mangerie des impôts; la Macédoine y gagne la réforme financière.

En août 1907, troisième voyage d'Edouard Vil : tandis qu'à La Haye les plénipotentiaires des trois mondes cherchent les moyens d'établir la paix perpétuelle, les souverains et ministres de l'Europe recourent au vieux procédé des entrevues pour régler quelques conflits menaçants, dans le tête-à-tête qui convient à ces marchandages. Guillaume II et Nicolas 11 à Swinemûnde (3 août-7 août) ; Guillaume II et Edouard VII à Wilhelmshôhe (14 août); Edouard VII et François-Joseph à Ischl (15 août); Edouard VII et M. Clemenceau à Marienbad (21 août); M. Tittoni et M. d'Aerenthalà Desio (13 juillet) et au Semmering (24 août): M. Jules Cambon et M. de Bulow à Norderney (24 août) : durant un mois, c'est un beau quadrille où chacun des ménages à deux ou trois, dont se compose aujourd'hui la famille européenne, Triplice, Duplice, Entente cordiale. Entente méditerranéenne, détache un cavalier pour aller faire visite et révérence.

Après la capture de sir H. Mac Lean par Raissouli (29 juin), pendant ou après les massacres de Casablanca (30 juillet-5 août), avec l'arrivée de lamiral Philibert sur les côtes marocaines, le débarquement du général Drude, les premières opérations contre les tribus (5 août-27 août) et la proclamation de Moulay Hafid à Marrakech (faite le 16 août, connue en Europe le 24), il était impossible que le Maroc ne

fût pas un sujet de ces conversations. Nicolas II à Swinemûnde et Edouard VII à Wilhelmshohe et à IschI exposent leur désir que liberté d'action soit laissée à la France et à TEspag^ne pour Texécution de lacté d'Algésiras. Grâce à l'influence alors dirigeante de M. de Tchirsky, l'action franco-espagnole trouve à Norderney des dispositions conciliantes. A Vienne, l'influence de M. d'Aerenthal s'emploie à une pareille conciliation : après l'entrevue d'Ischl, les officieux déclarent que « les entretiens ayant porté également sur les événements du Maroc, l'opinion de l'Autriche est conforme à celle de l'Angleterre et de l'Allemagne : s'abstenir de toute immixtion dans l'action franco-espagnole ».

Mais si les aff'aires du Maroc sont « également » discutées, un autre sujet remplit ces conférences d'Ischl :

Vienne, le 16 août.

On mande d'Ischl au Neues Tagblatt : « On annonce, de source autorisée, que la question macédonienne et les événements du Maroc ont fait surtout l'objet des conférences d'Ischl. Les entretiens auraient porté, en ce qui concerne la Macédoine, sur la réforme judiciaire. L'Autriche-Hongrie souhaiterait que cette réforme fût faite lentement, afin de ménager les susceptibilités du Sultan. L'Angleterre, au contraire, sous la pression de l'opinion anglaise, pousserait à l'accélération de la réforme. »

Edouard VII est accompagné du sous-secrétaire d'État permanent au Foreign Office, sir C. Hardinge, qui, plus vivement encore que le roi, expose les désirs du gouvernement anglais. Le ministère libéral a pris des engagements formels. Aux délégués du Balkan Committee, conduits par l'archevêque de

Canlorbéry, puis à la Chambre des Communes, sir Edward Grey a promis le 9 juillet que « dans le courant de Tété l'Autriche et la Russie feront des propositions nouvelles au sujet des réformes ». Il est probable que, dès l'entrevue de Desio (15 juillet), M. Tittoni a communiqué à M. d'Aerenthal ces désirs de l'Angleterre : Rome est toujours la fidèle correspondante de Londres sur le continent. De cette première entrevue, les deux ministres italien et austro-hongrois ont rapporté la conviction qu' « une amitié très cordiale » (je cite les termes de la note officieuse) s'ajoute à « l'alliance qui unit les deux gouvernements et les deux pays ».

Le 1" août, comme la Chambre des Communes reproche au ministère libéral de moins faire pour la Macédoine que les conservateurs, sir Edward Grey reconnaît que « l'honneur de l'Angleterre est engagé en cette question de Macédoine » et, mentionnant les futurs effets de la surtaxe douanière, il n'a pas besoin d'ajouter que l'intérêt de l'Angleterre aussi est en jeu. Après deux ans et demi de négociations (février 1905-juillet 1907), la Porte a obtenu cette surtaxe ; il importe surtout à l'Angleterre que la Porte applique les 75 p. 100 de cette augmentation à la Macédoine réellement, et non à telle ou telle entreprise d'Abd-ul-Hamid ou de ses amis, au chemin de fer sacré vers l'Arabie, aux menées panislamistes en Egypte, à la colonisation ' germanique en Asie Mineure, ou à la poussée turco-allemande vers le golfe Persique par la garantie kilométrique du « Bagdad allemand ». Juste en ces mois de juilletaoût 1907, pour répondre à l'agitation que les agents turcs subventionnent au Caire et pour contreba-

lancer les entreprises de TAllemagne dans les pays syro-arabes, une flotte anglaise promène le pavillon, d'échelle en échelle syrienne : par des visites répétées aux agents de la France, Tamiral montre aux indigènes rintime cordialité de l'entente franco-anglaise; en s'abstenant d'aller aux Lieux Saints, il signifie à tous les peuples ottomans que les chrétientés ne doivent pas être seules à escompter les services de Londres. En même temps, un délégué du Foreign Office enquête à Mossoul, puis à Bagdad et Bassorah, sur l'état des afTaires allemandes et britanniques.

Notre honneur a été préservé, — disait sir Edward Grey aux Communes le 1" août, — parce que nous pouvons penser qu'aucune nation n'a pris une part plus active que la nôtre, soit l'an dernier, soit les années précédentes, dans l'œuvre des réformes en Macédoine. Mais nous désirons agir avec les autres nations et je peux dire seulement que nous devons continuer à user le plus possible de notre influence sur les autres gouvernements afin de promouvoir les réformes.

Après les conférences d'Ischl, sir C. Hardinge et M. d'Aerenthal, dans leurs communiqués aux journaux, se félicitent du résultat : « amitié profonde entre les deux souverains », « amitié traditionnelle et de vieille date, mais toujours intacte entre la Grande-Bretagne et l'Autriche-Hongrie », regain de camaraderie entre sir G. Hardinge et M. d'Aerenthal, « son ancien collègue à Saint-Pétersbourg » ; avec de pareils sentiments, comment aurait pu ne pas tourner au tendre cet entretien « qui porta sur toutes les questions de politique actuelles? »

En particulier, sur la question macédonienne, les deux ministres ont reconnu que l'œuvre réformatrice, entre-

prise par l'Autriche-lIongrie et la Russie et soutenue par les autres puissances, était en complète harmonie avec les déclarations récentes du cabinet anglais. Ils ont constaté la même identité de vues au sujet des propositions à faire au gouvernement ottoman et au sujet de la façon d'apprécier et de traiter les bandes révolutionnaires macédoniennes.

Préparée à Desio, amorcée à Wilhelmshôhe, décidée à Ischl, cette politique de fermeté a des chances de succès : au concours effectif de TAutriche, à l'adhésion de ritalie et à la résignation de l'Allemagne, l'Angleterre peut ajouter la collaboration de la Double Alliance. La France — du moins le gouvernement de Paris, sinon son ambassadeur à Constantinople — met son honneur aussi à l'exécution des réformes, et la Russie, après dix années d'abstention, reprend son activité dans les affaires ottomanes. Elle a signé le 30 juillet avec le Japon la liquidation dernière des querelles mandchouriennes. Elle signe le 31 août avec l'Angleterre un accord asiatique, qui ne doit être publié que le 25 septembre, mais qu'à Swinemiinde, dès le commencement d'août, Nicolas II et M. Isvolski ont communiqué à Guillaume II et à M. de Bûlow. Ces deux règlements de comptes donnent à la Russie toute sécurité en Extrême-Orient et dans le Middle-East. Elle peut enfin revenir à ses affaires levantines.

En septembre, la visite de M. Isvolski à Vienne « renforce, — dit la note officieuse, — l'accord qui existait depuis une série d'années au sujet des Balkans »; dès cette rencontre, M. d'Aerenthal répète au ministre russe les propositions qu'il vient de faire au ministre italien. Les notes officieuses ajoutent que ces projets ont trouvé leur forme dernière

en décembre : M. de Marschall, passant à Vienne, encourage les ambitions de M. d'Aerenthal.

' Dans l'automne 1907, on va donc imposer au Sultan la réforme des tribunaux macédoniens. Cinq jours après l'entrevue d'Ischl, l'Autriche et la Russie communiquent aux ambassades un programme judiciaire, qu'elles ont rapidement établi. Il répond si peu aux exigences de la situation et aux désirs des puissances occidentales que Vienne y veut séduire le consentement particulier de l'Italie. De nouveau, M. d'Aerenthal et M. Tittoni se rencontrent à Semmering le 2-4 août. Note officieuse du 25 août :

Après leur conférence d'hier malin, les deux ministres Tittoni et d'Aehrenthal ont naturellement été interrogés par les journalistes de Vienne et d'Italie venus à Semmering. Les sujets qu'ils ont successivement examinés ont été en première ligne la question de la réforme judiciaire en Macédoine, la répression des bandes, l'accession de l'Italie à l'œuvre des réformes entreprises par l'Autriche et la Russie, l'identité de vues entre l'Autriche-Hongrie et l'Italie sur toutes les questions balkaniques.

Lors des précédentes rencontres du ministre italien avec le comte Goluchowski, on s'était entendu sur le maintien du statu quo dans l'Adriatique et en Macédoine, mais sans dire ce qui arriverait si. par une circonstance quelconque, le statu quo devenait impossible. Mais cette fois on a trouvé le moyen d'assurer, tout en améliorant la situation des Macédoniens, le maintien efficace du statu quo, et toutes les anciennes méfiances ont disparu.

Dès le 26 août, l'ambassade italienne à Constantinople annonce l'adhésion de son gouvernement au

TRENTK ANS APRES 251

programme austro-russe. Le même jour, on lit dans la Gazelle de Franc forl ' :

Constantinople, 25 août.

Aujourd'hui, sera signé avec la maison Ansaldo le contrat d'après lequel elle doit bâtir pour 330 000 livres sterling un croiseur de troisième classe. Cette commande indigne la diplomatie anglaise, qui reproche celte prodigalité à un moment oii les finances turques sont en si mauvais état.

Simple coïncidence peut-être; mais coïncidence notable parce que, d'août 1907 à février 1908, chaque fois que le Sultan refusera quelqu'une des demandes austro-russes ou des suggestions anglaises, il promettra ou concédera quelque affaire aux ambassades d'Italie, de France et d'Allemagne. La cupidité des trois ambassades « financières » est le premier atout dans le jeu d'Abd-ul-Hamid,

Depuis 1906, à l'exemple de ses collègues allemand et français, l'ambassadeur italien s'est mis à solliciter concessions et commandes pour ses nationaux; le Sultan n'a pas de meilleur ami :

Constantinople, 15 mars.

Une grande banque italienne vient d'être fondée ici. Cet établissement de crédit porte le titre de Société commerciale d'Orient, et l'initiative en a été prise par la Banque commerciale italienne, qui a déjà constitué récemment la Compagnie pour la construction du port d'Antivari.

Les commandes de matériel naval au Oeusot ont mis en espoir les chantiers Ansaldo, Odero, Orlando; l'Italie voudrait devenir pour la marine turque ce

1. Le Pro Armenia, l'admirable journal de Pierre Quillard, est le meilleur répertoire de ces dépèches.

qu'est r Allemagne pour Farmée; un personnel italien est engagé par Famirauté ottomane. Une autre considération, plus importante, met Rome sous la prise du Sultan : Fltalie est en train d'organiser son protectorat sur les catholiques qui renoncent à la protection française. Durant tout Fêté de 1907 et le début de 1908, Rome et Yildiz échangent les décorations. On lit dans le Figaro du 30 septembre :

Le Sultan vient de recevoir im envoyé spécial du roi Victor-Emmanuel, le général Trombi, qui était porteur de cadeaux, d'une lettre autographe pour Abd-ul-Hamid, et d'une photographie du roi d'Italie avec tous ses ordres ottomans, pour mieux marquer les rapports qui unissent les deux souverains et les deux pays. C'est la première fois qu'un souverain d'Europe pousse jusque-là les prévenances.

Conslanlinople, 10 octobre.

Une mission spéciale part aujourd'hui pour porter la décoration de l'Osmanié pour le roi d'Italie.

Constantinople, 26 janvier.

Sur l'intervention personnelle de l'ambassadeur d'Italie, le Sultan a renouvelé les contrats du personnel italien de l'amirauté.

Les ambassadeurs de France et d'Allemagne se piquent au jeu. Jamais la situation financière du Turc n'a été aussi critique. En Asie et en Europe, sauf dans le vilayet de Mossoul, les récoltes sont tellement mauvaises que, partout, les rentrées d'impôts sont presque nulles :

Constantinople, 17 septembre.

Le vilayet d'Andrinople est en déficit pour plus d'un million de livres turques (23 millions de francs), par suite

de l'augmentation des effectifs militaires et du renchérissement des vivres et fourrages. Le vilayet d'Erzeroum est en déûcit pour plus de huit cent mille livres turques. Le vilayet de Smyrne a perdu plus de 50 p. iOO des récoltes, à la suite des inondations. Les ressources linancières sont épuisées; les avances consenties par les Phares, la Deutsche Bank ou sous le couvert des Chemins de Fer d'Anatolie demandent à être consolidées. Il n'y a plus de gage pour un emprunt qui, dans l'état actuel des finances turques, ne peut être inférieur à cinquante millions de francs.

Les prêteurs à la petite semaine et les quémandeurs de concessions accourent. Depuis le début de 1907, la finance de Paris, pour lutter contre la Deutsche Bank, a fait appel au concours de la finance anglaise :

Constantinople, 1 5 mars.

Dans les cercles diplomatiques allemands, on se montre très inquiet au sujet de l'accord financier anglo-français, qui vient de réunir les groupes financiers de la Banque d'Angleterre, des Rothschild anglais et français et de la haute banque française de Paris et Constantinople. Ce puissant groupement financier s'intéressera à toutes les affaires de l'Orient et de l'Egypte.

Ce « puissant groupement financier » a le meilleur des avocats dans l'ambassadeur de France :

Constantinople, 11 mai.

Entre le grand-vizir et l'ambassadeur de France, M. Constans, ont eu lieu ces jours-ci des conférences très importantes concernant les finances de la Turquie.

Outre les Phares, les Quais et les lignes de Smyrne et de Syrie, l'ambassadeur de France veille aux charbonnages d'Héraclée, que lui réclame un viceprésident de la Chambre des députés. C'est grosse

254 LA REVOLUTION TURQUf:

partie; il faut jouer serré, en promettant et refusant à point les emprunts que mendie la Porte :

Constantinople, 20 juin.

Le Sultan a rendu un iradé développant la concession française du bassin houiller d'Héraclée au profit du groupe financier du comte Vitali. La nouvelle société française avancerait quatre cent mille livres turques au gouvernement ottoman.

Constantinople, 17 juillet.

Les négociations engagées par la Porte avec l'Administration des Phares de l'Empire ottoman, pour une avance de trois cent mille livres turques, gagée sur les redevances de cette institution, sont en bonne voie. On attendait la conclusion de cette opération de trésorerie aujourd'hui même.

Constantinople, 4 août.

L'ambassadeur de France, qui rentre ces jours-ci à Constantinople, sera porteur du projet d'emprunt pour lequel il aurait été prié par le Sultan.

Constantinople, 25 août.

La Banque ottomane a avancé cinquante mille livres turques au ministère des Finances, pour les besoins de la Macédoine. Les ressources financières faisant défaut à la veille de l'anniversaire du Sultan, on paie aux fonctionnaires, en monnaie de billon, une semaine d'appointements. Le 24 août, après le sélamlik, le Sultan a reçu en audience prolongée M. Constans. L'ambassadeur de France lui a présenté M. André Fallières, qui a reçu la deuxième classe du Medjidié.

Constantinople, 11 octobre.

La Banque ottomane, qui poursuit des négociations avec le gouvernement pour la conversion de l'emprunt de 5 p. lOU 1896, vient de faire une avance de deux cent

cinquante mille livres turques garantie par Texcédent des dîmes.

Constantinople, 18 janvier.

M. Constans, ambassadeur de France, a été reçu en audience privée par le Sultan. Le Sultan a montré une particulière bienveillance à M. Constans qu'il tient en grande estime. L'emprunt ottoman en prévision serait de deux millions cinq cent mille livres turques; mais les négociations ne seront engagées qu'après le règlement des différentes questions, entre autres de l'affaire d'Héraclée.

Quand l'ambassadeur français croit enfin tenir sa concession d'Héraclée, Abd-ul-Hamid échappe : les Allemands lui font des conditions meilleures. Outre le Konïah-Bagdad^, dont on cherche la garantie kilométrique, trois affaires occupent l'ambassade d'Allemagne, — le pont de la Corne d'Or, le dessèchement de la plaine de Koniah et la réfection des chemins de fer d'Anatolie :

Constantinople, 23 aoùU

Malgré les nouvelles contradictoires, ce seraient toujours les maisons métallurgiques de Nuremberg et d'Augsbourg qui seraient chargées de la construction du pont de Karakeuy, reliant Stamboul à Galata.

Constantinople. 27 août.

Un iradé accorde à la société des Chemins de fer d'Anatolie la construction d'une double voie entre ia tète de ligne Haïdar-Pacha et le village de Pendik : 25 kilomètres, coûtant quatre millions.

Constantinople, 16 septembre.

Le Sultan vient de rendre un iradé définitif pour le dessèchement et la mise en valeur des marais de Koniah

1. Voir mon livre Le Sultan, V Islam et les Puissances, Librairie Armand Colin, 1907.

dont les Chemins de fer d'Anatolie, c'est-à-dire la Deutsche Bank de Berlin, auront l'entreprise. La Deutsche Bank est en négociation avec le gouvernement ottoman pour une avance de cinq à six cent mille livres turques. Il serait également question d'un fort emprunt par son intermédiaire.

Constantinople, 19 septembre.

La construction du pont de Karakeuy, reliant Galata et Stamboul, avait été accordée à deux maisons de Nuremberg et d'Augsbourg, par iradé. Mais des vices de forme ayant été relevés par le grand-vizir, Tirade a été rapporté

Constantinople, 22 septembre.

La question du pont de Karakeuy est de nouveau réglée au profit des maisons d'Augsbourg et de Nuremberg, à la suite d'un accord avec la Deutsche Bank de Berlin. Cette banque avancera deux cent mille livres turques au gouvernement ottoman pour couvrir les frais de construction; le péage du pont serait donné en garantie.

Un instant, les Allemands ont été trop exigeants; Abd-ul-Hamid a appelé les Italiens à l'aide :

Constantinople, 24 novembre.

Le ministre de la marine continue à faire opposition à la construction du pont de Karakeuy par les maisons de Nuremberg et d'Augsbourg. Il désire confier cette construction à la maison Ansaldo, de Gênes, qui est en négociations pour achever l'arsenal de la Corne d'Or.

Les Allemands reviennent à des sentiments meilleurs :

Constantinople, 27 novembre.

L'iradé , accordant définitivement la concession de l'irrigation des plaines de Koniah à la société des Chemins de fer d'Anatolie, a paru. Le coût des travaux sera de

TRENTE ANS APHES 257

dix-neuf millions et demi de francs, remboursables dans l'espace de trente-cinq ans à partir de l'achèvement des travaux, qui devront durer au maximum cinq ans.

Gracieuseté allemande :

Constaatinople, 3 janvier.

M. Huguenin, directeur général des Chemins de fer d'Anatolie, vient de consentir au gouvernement turc une avance de deux cent mille livres (environ quatre millions et demi de francs), pour les fêtes prochaines du Courban Bairam. Cet emprunt permettra de payer un mois d'appointements aux fonctionnaires.

Voici le bakchich : un iradé autorise les Allemands à doubler le capital de leurs Chemins de fer d'Anatolie; le capital de 63 millions de francs est porté à 133 millions, avec garantie d'intérêt. De cette augmentation, 32 millions seulement ont leur emploi spécifié : 4 millions pour le doublement du tronçon Haïdar-Pendik ; 8 millions pour l'aménagement de la ligne entière Haïdar-Koniah à la circulation des trains rapides; 20 millions pour lasséchement et l'irrigation des plaines de Koniah. Restent 38 millions que les Allemands emploieront à leur gré.

Constantiaople, 20 janvier.

Les financiers français n'ont pas été satisfaits de l'aide prêtée par la Deutsche Bank au trésor impérial. Aussi, pour amener à résipiscence le gouvernement dans l'affaire d'Héraclée. la Banque ottomane a refusé les petits emprunts et les menues avances. Abd-ul-Hamid avait donné à l'ambassadeur italien un chèque de quarante mille francs pour les victimes du tremblement de terre en Calabre; quand on se présenta pour toucher, la Banque ottomane refusa, disant que le compte de la Liste civile était déjà en déficit.

LA RÉVOLCTIOS TURQUE. 17

Abd-ul-Hamid peut négliger cette mauvaise humeur des Français :

Francfort, 8 février.

La Gazette de Francfort reçoit de Constantinople la nouvelle que le ministre des Finances a obtenu de la Deutsche Orient Bank une avance de soixante-cinq millions de livres turques, garantie par les excédents de recettes de la Dette.

Si M. Constans pense à quelque tour de sa façon, on va lui mettre un concurrent dans son affaire d'Héraclée. On écrit au Figaro, de Constantinople, le 10 février :

La Banque commerciale italienne d'Orient a consenti une avance de 60000 livres turques (1 million 380 000 francs) au gouvernement turc. Pour un établissement au capital de 3 millions de lires seulement, c'est une opération considérable. Les motifs de cette opération sont politi(}ues, beaucoup plus que financiers : les Français et les Allemands refusaient de faire cette avance. La Banque ottomane, qui représente ici les principaux intérêts financiers de la France, se trouve à découvert de cinquante-cinq millions de francs vis-à-vis du gouvernement: elle a fort justement refusé d'augmenter celte dette.

Mais l'Italie poursuit actuellement des instances très vives pour une intervention dans les mines d'Héraclée et contrarie de son mieux les efforts de notre diplomatie en faveur de cette affaire exclusivement française jusqu'ici. L'avance consentie hier est considérée ici comme une nouvelle démonstration du marquis Imperiali vis-à-vis des groupes français et de notre diplomatie.

Constantinople, 15 février.

Un iradé a sanctionné l'avance de quatre-vingt mille livres faite au Trésor ottoman par la Deustche Orient Bank. Les négociations avec la Banque commerciale italienne pour une avance de cent mille livres sont rompues à cause d'un

désaccord sur les garanties. Hier, après le sélamlik, le sultan a reçu l'ambassadeur d'Italie. La gendarmerie en Macédoine et les difflcultés soulevées contre les travaux des Italiens dans le bassin d'Héraclée auraient fait l'objet de l'entretien.

Par renlremise des Phares, les Français rentrent en grâce :

Constantinople, 15 février.

Le Sultan vient de se montrer particulièrement gracieux pour un journaliste français, M. de Nalèche, directeur du Journal des Débats, qu'il a décoré d'un de ses grands cordons, invité à sa table et reçu en audience privée, avec son beau-frère, M. le comte Pierre de Vauréal, administrateur général des Phai'es ottomans.

Le Journal des Débats du 7 septembre avait publié la lettre d'un docteur Syméonidès' (de Samson), dont voici le début et la fin :

Étant de passage, depuis quelque temps, à Paris, ce centre de la liberté et de la civilisation, je saisis cette occasion pour faire connaître au monde européen les sentiments de respect et de reconnaissance que nous autres, Grecs du Pont, nous nourrissons à l'égard de la personne auguste de S. M. le Sultan Abd-ul-Hamid II, pour le bienêtre et la liberté dont nous jouissons sous son règne...

Aussi, nous autres Grecs du Pont, rendons grâces à Dieu de vivre sous le sceptre et l'égide de notre auguste empereur, le Sultan, sous le règne duquel nous jouissons d'une liberté et d'un bien-être dont nos frères de la Bulgarie sont tout à fait privés.

D'août 1907 à février 1908, les trois ambassades de France, d'Allemagne et d'Italie étant ainsi occupées.

il ne reste en face du syndicat austro-russe que l'Angleterre.

Pétersbourg et Londres viennent de signer leur accord asiatique, et leur entente est fortifiée par les dangers que font courir à la Perse les empiétements militaires du Sultan et les entreprises financières do Berlin : les troupes turques ont envahi certains territoires contestés; la Deutsche Orient Bank veut fonder à Téhéran une Banque allemande de Perse '.

En Tabsence de l'ambassadeur d'Allemagne, M. de Marschall, retenu au Congrès de la Haye, M. Zinovief est le doyen du corps diplomatique : si Vienne partageait l'empressement de Londres et de Pétersbourg, on pourrait encore espérer une solution. Mais au lendemain d'Ischl, les officieux ont déclaré que « l'Autriche-Hongrie souhaiterait que la réforme judiciaire fût faite lentement, afin de ménager la susceptibilité du Sultan ». La Porte a reçu le programme austro-russe (30 août). Elle ne peut nier que l'anarchie macédonienne soit à son comble :

Sofia, 14 août.

Voici le résumé d'une statistique reçue ici de l'inspecteur général de Macédoine Hilmi-pacha sur les combats qui ont

1. Constantinople, 29 août. — L'ambassade d'Angleterre commence à faire entendre à la Porte un langage énergique concernant les agissements des Turcs contre la Perse. Sur l'ordre du Sultan, le commandant des troupes à la frontière devra user de tous les moyens conciliants afin de faciliter la tâche de la Commission d'enquête de la délimitation.

Constantinople, 31 août. — M. Zinovief, ambassadeur de Russie, a insisté énergiquement hier, pendant l'audience qu'il a eue avec le Sultan, pour que la Porte ne s'en tienne pas aux promesses qui ont été faites au sujet du retrait des troupes turques, mais que ces troupes soient décidément rappelées sur territoire turc, sans attendre le travail des commissions ottomanes.

été livrés à des bandes par les troupes turques en Macédoine au cours des quinze derniers mois. De mars 1906 à juin 1907, il y a eu 74 conllits avec des bandes bulgares et 291 morts; 46 conflits avec des bandes grecques et 218 morts; enfin, 13 conflits avec des bandes serbes et 39 morts.

Au total, 133 rencontres, et, dans cette statistique, l'inspecteur général n'a relevé que les « combats » entre bandes révolutionnaires et troupes gouvernementales. Le tableau des meurtres individuels, vols, incendies, attaques de fermes ou de villages, de combats entre bandes et bandes, est difficile à dresser : chaque jour, dans chaque canton macédonien, Patriarchistes et Exarchistes, Grecs et Valaques, Grecs et Bulgares, Bulgares et Serbes, Albanais et Serbes se massacrent à qui mieux mieux. Voici le journal grec, rHellénisme :

Le 10/23 juillet, une nombreuse bande bulgare pénétra dans le village de Mandil et mit le feu à la maison d'un vieillard, Thomas Constantinou, qui périt dans les flammes ainsi que sa femme. Les bandits blessèrent les paysans Euthymios Georgiou, Angelos Markou et une femme, Angeliki Constantinou; enfin, ils tuèrent un autre Grec, Apostolos Deliou.

Le 14/27 juillet, une bande bulgare a massacré aux abords du village de Selino deux Hellènes, les nommés Antoine et Stavro. Les victimes ont été atrocement défigurées. Le lendemain, la même bande ayant pu enlever un autre Hellène, le nommé Nicolaou, elle l'a mis à mort après un long supplice. La victime a été d'abord scalpée vivante, puis a eu les yeux arrachés et la langue coupée ; enfin, elle a été coupée en morceaux.

Le 2 août, six Grecs, dont un originaire de Negovani et les cinq autres natifs de Neveska, ont été attaqués par une bande bulgare sur la route de Florina, à proximité de

Kotouri. Les victimes portaient des traces de strangulation et de nombreuses blessures.

Athanasios Constantinou, pâtre grec originaire de Gradobor, a été assassiné dans la nuit du 3 au 4 août par le comitadji bulgare Christo Athanas. Stéphanos Koli, de Kato-Spanitsa, a été mis à mort par les Bulgares dans son champ. Traïos Frangou, son beau-frère et un autre paysan de Gorgope ont été massacrés.

Ce catalogue d'un mois se poursuit en deux longues colonnes de journal. Et voici le bulgare Courrier de Sofia :

Salonique, 5 août.

On écrit de Monastir qu'une bande turque, commandée par Patcho-bey, a tué plusieurs Bulgares des villages de Gourbinovo et de Raïtza. Cette bande est entretenue par le comité turc de Presba et a pour but spécial de tuer les villageois bulgares. Ce comité a envoyé un ordre écrit à tous les Turcs du kaza de Presba, leur défendant d'accompagner les Bulgares sous aucun prétexte. Cela fait prévoir l'intention de continuer les assassinats.

Salonique, 9 août.

De Monastir, on signale que, le 7 courant, on a posté des policiers devant l'Agence commerciale bulgare et les Consulats de Grèce et de Serbie, avec ordre de ne laisser entrer personne sauf les fonctionnaires consulaires. Le même jour, deux attentats ont eu lieu, l'un contre un grécomane, l'autre contre un bulgare; le premier, grièvement blessé, est un des personnages actifs du Comité grec ; le second est un employé, qui n'a pas été blessé.

Constantinople, 23 août.

Sur vingt-cinq évêques métropolitains et cinq évêques grecs en Macédoine, dix sont inculpés de connivence avec l'action des bandes grecques ou d'incitations contre les Bulgares et les Koutzovalaques et ont encouru une puni-

TRENTE ANS APRÈS â63

tien. Ce sont ceux de Serrés, Monastir, Karaferia, Drama, Kastoria, Stroumitza, Grébéna, Florina, Elassone et Kitros.

CoDstantinopIe, 20 août.

Le 21 août, vers quatre heures du soir, le Bulgare Pétro Christoff, âgé de soixante ans, président de ïe$naf des débitants en vins, a été assassiné à Monastir en plein marché par un affilié du comité grec.

Salonique, 11 septembre.

Lundi soir, une bande grecque, composée de cinquante ^ soixante antartes, a attaqué les tuileries situées à quatre kilomètres environ au nord-ouest de la ville et où travaillent continuellement trois cents ouvriers bulgares. Sur neuf ouvriers surpris dans la première cabane, huit ont été tués, l'autre a pu s'enfuir. Les cadavres, parmi lesquels se trouvent ceux de deux enfants de treize à quatorze ans, ont été horriblement mutilés à coups de baïonnettes.

En pleine ville de Serrés, chaque jour, des Bulgares sont assassinés dans la rue qui sépare du consulat grec l'évêché patriarchiste... Et voici le journal roumain, le Courrier des Balkans :

Le tribunal de Salonique vient d'acquitter le Roumain Démètre Palicaria, de Caraféria, injustement détenu en prison depuis quelques mois pour avoir usé du droit de défense, lors dune attaque dont il avait été l'objet, lui et son cavass, en pleine ville de Caraféria, de la part de terroristes grecs, au cours de laquelle son cavass est tombé mort. S. Exe. Hilmi-pacha a fait arrêter et reléguer dans le district de Drama deux Grecs de Caraféria, les nommés Tousha et Anastase Manolaki, qui étaient les chefs du comité grec et les instigateurs principaux de la propagande par le fait.

Une bande grecque très nombreuse, conduite par le nommé Caravida, originaire de Crète, a essayé dernièrement d'attaquer et d'incendier le village roumain de

Papadia, dans la région de Maurihovo. Les Roumains de cette localité, bien que pris à l'improviste, se sont vaillamment défendus et ont repoussé les bandits grecs, qui ont toutefois incendié cinq ou six: maisons et des écuries.

' Les Serbes fourniraient un compte aussi long d'attentats bulgares et albanais. Il est regrettable qu'un Livre Jaune ne nous ait pas donné les statistiques mensuelles que dressent les officiers européens de la gendarmerie. Par une correspondance du journal le Temps, on connaîtra la seule statistique de novembre 1907; on peut la prendre comme moyenne d'un mois macédonien :

Salonique, décembre 1907.

Le colonel Vérand a bien voulu me donner quelques renseignements sur les résultats obtenus dans la réorganisation de la gendarmerie macédonienne. Voici le résumé de ses déclarations :

Nous assistons, impuissants, mes collègues et moi, à cette lutte fratricide qui existe entre orthodoxes patriarchistes et orthodoxes exarchistes. Dans notre impartialité, nous tâchons de faire entendre, mais en vain, de sages conseils. A l'heure actuelle, c'est la vendetta générale : un crime appelle un autre crime, un pillage un autre pillage, un incendie un autre incendie. Sur mon instigation, nous avons commencé à échanger entre secteurs, mensuellement, la liste des assassinats commis. Je puis vous la communiquer; cela vous donnera, sans plus amples explications, une idée de ces luttes religieuses. Mois de novembre : dans le secteur austro-hongrois (vilayet d'Uskub), 64 assassinats commis, dont 52 sur les Bulgares, 5 sur les Serbes et 7 sur les Turcs; dans le secteur italien (vilayet de Monastir), 56 assassinats dont 34 sur les Bulgares, 7 sur les Grecs, 3 sur les Serbes et 12 sur les Turcs; dans le secteur russe (vilayet de Salonique), 45 assassinats, dont 36

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sur les Bulgares, 4 sur les Grecs et 5 sur les Turcs; dans le secteur français vilayet de Salonique), 46 assassinais, dont 20 sur les Bulgares, 9 sur les Grecs et 17 sur les Turcs. Au "total : 211 meurtres politiques ou religieux commis dans un mois, dont 142 sur les Bulgares, 41 sur les Turcs, 20 sur les Grecs et 8 sur les Serbes.

Le Sultan pense néanmoins que de belles promesses seront encore acceptées par l'Autriche. Dès ce moment, il semble que M. d'Aerenthal, dont la suite va révéler les projets sur la haute Albanie, soit entré en négociations directes avec le grand-vizir albanais Férid-pacha. Pour éviter le contrôle judiciaire, la Porte annonce qu'elle réforme elle-même sa police et ses tribunaux de Macédoine '.

Le 17 septembre, M. Zinovief a transmis à ses collègues ce projet turc. Les ambassadeurs, qui ne veu-

1. Saloniqae, 2 septembre. — La Porte ayant donné son approbation aux réformes proposées par Hilmi-pacha, le service de la police en Macédoine sera probablement confié à l'officier de police belge Bureau-pacha, qui sert depuis quelque temps dans la police turque. Les élèves recevront une instruction spéciale, et le nombre des places de fonctionnaires sera augmenté afin d'encourager les entrées à l'école.

Constaniinople, 15 septembre. — Afin de manifester sa ferme volonté de réformer la justice en Macédoine et se basant sur le rapport de la mission judiciaire actuellement en tournée en Macédoine, la Porte a préparé une circulaire informant les puissances que les réformes sont ordonnées et appliquées déjà dans les trois vilayets. Elles comprennent notamment la nomination d'inspecteurs auprès des tribunaux et la création à Salonique d'une école de droit. La Porte déclare être décidée à apporter dans le domaine judiciaire toutes les améliorations nécessaires.

Cette circulaire, qui a dû être remise hier, confirme hautement l'espoir que la Porte prévienne ainsi le contrôle des puissances qui indisposerait le Sultan comme pouvant porter atteinte à ses droits souverains.

lent pas accepter pareille duperie, déclarent en référer à leurs gouvernements K

C'est alors que M. Isvolski vient conférer avec M. d'Aerenthal : il trouve à Vienne le duc de Connaug-ht et le roi de Roumanie (25 septembre). Note officieuse du 27 septembre :

Les journaux attribuent la plus haute importance à l'entrevue de M. d'Aerenthal avec M. Isvolski. Il y sera établi un véritable protocole sur le développement du programme de Mûrzsteg et fixé dans tous les détails l'action de la réforme judiciaire telle que l'entendent la Russie et FAutriche-Hongrie avec l'assentiment maintenant obtenu de toutes les puissances d'Europe.

« Comme résultat pratique des conférences de M. Isvolski avec M. d'Aerenthal », le Journal officiel de Vienne (30 septembre) publie les instructions que le syndicat austro-russe adresse à ses agents diplomatiques dans les Balkans et qu'il communique aux autres puissances. On espère gagner la Porte à un arrangement; mais on veut d'abord écarter « cer-

1. Constantinople, 25 septembre. — Dans leur réunion de samedi, les ambassadeurs ont examiné le projet et la circulaire de la Porte relativement aux réformes judiciaires en Macédoine. Us sont d'avis que, outre certaines améliorations, modifications et additions dont le projet est susceptible, il serait indispensable de soumettre Texécution des réfomes à une surveillance ou à un contrôle de la commission internationale siégeant déjà à Salonique; sinon ces mesures seraient sans valeur. Les ambassadeurs ont décidé de demander des instructions à leurs gouvernements avant de répondre à la Porte. Le gouvernement ottoman est absolument intransigeant sur le contrôle. Le grand-vizir a catégoriquement déclaré aux ambassadeurs que le gouvernement ferait une forte opposition et que lui-môme serait, cette fois, le premier à conseiller au Sultan la résistance.

taines inteqjrétations erronées du programme de Mûrzsteg ». Les deux « puissances intéressées » confessent enfin que Tarticle III de ce programme a causé depuis quatre ans des maux incalculables :

L'action des comités réTolutionnaires et des bandes tant bulgares que serbes et grecques en Macédoine, leurs rencontres à main armée, les conversions forcées auxquelles elles contraignent telle ou telle partie de la population des vilayets sont causées par une interprétation erronée, mais malheureusement très répandue, de l'article III du programme de Mûrzsteg qui dit : « Aussitôt qu'un apaisement du pays sera constaté, on demandera au gouvernement ottoman une modiflcation dans la délimitation territoriale des unités administratives en vue d'un groupement plus régulier des différentes nationalités ». Les comités révolutionnaires, en abandonnant la lutte contre le gouvernement ottoman et en lui substituant des rivalités nationales, agissent apparemment ainsi pour élargir chacun la sphère territoriale de sa nationalité, dans l'espoir que cette extension, bien que factice et due plutôt à la force qu'au libre choix des habitants, pourrait servir de base à la délimitation future sur la base de cette augmentation déclarée de l'élément ou bulgare, ou serbe, ou grec.

Il semblerait qu'une proclamation diît suivre un tel aveu. L'intégrité de l'empire ottoman est un dogme que se transmettent les diplomates. Mais c'est aussi la condition première de toute politique honnête en Macédoine : pour le présent, du moins, et pour un long avenir, on ne conçoit pas que les races, religions et églises, qui se disputent cette province, puissent vivre autrement que sous la neutralité du drapeau turc. Le joug de libérateurs chrétiens, quels quils soient, serait intolérable aux musulmans, néfaste aux autres chrétientés. Parler de délimita-

tien intérieure, de zones définies et de groupes différenciés, de « sphères » grecque, serbe, albanaise, bulgare, c'est vouloir ignorer qu'il n'est pas un canton où toutes les races ne soient pas représentées et la force humaine est incapable de trier ce chaos de peuples que les siècles, les conditions naturelles et les révolutions historiques ont brassé et mélangé.

L'intégrité territoriale de l'empire ottoman, proclamée intangible et solennellement garantie par les six puissances, leur donnerait le droit d'imposer les réformes comme paiement de cette garantie. Mais Vienne pour la Turquie d'Europe et Pétersbourg pour la Turquie d'Asie, le syndicat austro-russe est-il partisan de l'intégrité?...

Au lieu de biffer l'article III du programme de Murzsteg, on tente de l'expliquer et l'on permet aux compétiteurs de garder leurs espoirs en un partage de la Macédoine*. Mais, par une note aux gouver-

1. Note aux cabinets : « Aux tentatives de nationalisation forcée qu'exercent les bandes, les deux cabinets de Vienne et de Saint- Pétersbourg opposent les principes suivants :

« l°Des modifications dans la délimitation territoriale des unités nationales en Macédoine ne pourront être conseillées à la Sublime Porte, d'après le texte même de l'article III du programme de Murzsteg, qu'après constatation de l'apaisement complet du pays et la disparition complète et définitive des bandes.

« 2° L'article 111 en (luestion serait faussement interprété si on croyait que les deux puissances ont l'intention de recommander une division de la Macédoine en sphères nationales. L'Autriche- Hongrie et la Russie n'ont jamais eu une telle intention. Elles ne recommanderont, le moment venu, à la Porte que des modifications secondaires dans la délimitation du pays, en vue d'en rendre l'administration plus facile et plus efficace.

« 3° La délimitation que les deux puissances ont en vue, quels que soient son caractère ou son étendue éventuels, ne pourra en aucun cas tenir compte des soi-disant changements nationaux que l'action terroriste des bandes aurait provoqués. •

nements de Belgrade, de Sofia et d'Athènes (1" octobre), Vienne et Pétersbourg-, menacent de leurs foudres quiconque voudra hâter ou seulement préparer ce futur règlement macédonien : les compétiteurs doivent s'en rapporter à la sagesse et à la générosité austro-russes.

D'avance, le roi de Roumanie, présent à la rencontre de MM. Isvolski et d'Aerenthal, a déclaré que «jamais les Roumains n'ont usé de moyens violents en faveur des Koutzo-Valaques » et qu'il en serait toujours de même, si les puissances obtenaient, non du Turc, mais du Patriarcat, la liberté religieuse et scolaire pour ces populations valaques qu'opprime l'hellénisme *,

Belgrade adhère aussi au programme austro-russe, pourvu que l'on étende les réformes au nord de la Macédoine, à ce vilayet de Kossovo que les Serbes appellent Vieille Serbie et que le Sultan a refusé jusqu'ici d'interdire aux joyeuses farces de ses Albanais. La malheureuse Serbie est pieds et poings liés, à la merci du syndicat. Vienne la tient par le traité de commerce que l'on discute depuis un mois et d'où dépend, avec l'exportation du bétail, la vie du paysan serbe. Les Russes tiennent le roi Pierre, comme

1. Vienne, le 27 septembre. — Le roi Charles de Roumanie, dans ses entrevues avec M. Isvolski et le baron ;d'Aerenthal, s'est déclaré en parfaite harmonie avec les tendances des deux puissances en Macédoine; mais on assure qu'il a aussi déclaré que la Roumanie ne consentirait en aucun cas à retirer son appui aux Koutzo-Valaques de cette province dans la revendication de leurs droits nationaux et religieux contre le patriarcat œcuménique et le gouvernement d'Athènes, qui, par sa résistance, a empêché jusqu'à présent les relations entre la Grèce et la Houmanie de redevenir normales, malgré la modération montrée par la Roumanie.

jadis le roi Alexandre et la reine Draga, par la négociation du voyage à Pétersbourg, toujours promis, toujours différé : depuis qu'un régicide a mis sur le trône Pierre Karageorgevitch (juin 1903), les puissances n'ont pas encore voulu le recevoir; il vient de se brouiller avec son terrible beau-père, le prince Nicolas de Monténégro qui l'accuse de lui envoyer des bombes ; il sait que les vengeances du Vieux de la Montagne Noire sont audacieuses et que le prince monténégrin, Mirko, époux d'une Obrénovitch, a toujours espéré le trône de Serbie... Belgrade promet d'être sage *.

En Bulgarie, depuis un an, la Double Alliance a perdu de son pouvoir : le prince Ferdinand se dit mal payé de son ancienne déférence aux conseils francorusses ; il attribue à l'entourage phanariote de M. Clemenceau une influence sur la politique française, qu'il accuse de favoriser le Grec, tandis que les Grecs accusent nos fonctionnaires en Macédoine de favoriser le Bulgare. La présence du grand-duc Wladimir et les délégations d'officiers russes à l'inauguration du monument de Plevna (12 septembre) le calment un peu. Le grand-duc témoigne par ses larmes, de son dévouement à la cause macédonienne^ :

1. Belgrade, 6 octobre. — La presse entière, en publiant la note austro-russe concernant la question des réformes en Macédoine, accueille favorablement les conseils qui y sont donnés et dont le but est d'amener l'apaisement des populations rivales. Elle exprime sa confiance dans l'esprit de justice des puissances.

Toute la presse serbe se réjouit de voir celles-ci s'intéresser à la Macédoine et à la Vieille Serbie. Le gouvernement royal, ditelle, donnera loyalement son ferme appui à l'action de réforme.

2. Sofia, 15 septembre. — L'émigration macédonienne a organisé un cortège de deuil avec drapeaux noirs et a déposé des cou-

Avant de quitter Sofia, le grand-duc a reçu encore une députation macédonienne, qui lui a remis une adresse pour le tsar, rédigée en termes si poignants que le grandduc a éclaté en sanglots en la lisant. Tout en assurant les membres de la députation macédonienne de l'intérêt particulier qu'il porte à leur cause, il a recommandé aux délégués de mettre leurs compatriotes en garde contre des actes imprudents et prématurés.

Les journaux allemands prétendent même que le grand-duc Wladimir a signé une convention secrète, qui met la diplomatie et Tarmée bulgares dans la main de Pétersbourg. Même sans cette convention, les leaders des partis en Bulgarie et les chefs du mouvement en Macédoine semblent décidés à une politique de patience : ils auraient moins de bénéfice à des « actes imprudents et prématurés » qu'à une attente pacifique ; la seule force des choses travaille pour leur avenir plus puissamment que toutes les énergies des hommes.

Pays côtier de Thinterland bulgare, la Macédoine réformée et mise en valeur sera la meilleure colonie de la principauté. Plaine maritime au pied de la montagne slave, la Macédoine appelle la descente des « Auvergnats » : on a vu quelquefois les gens des plaines conquérir les monts par la force ; en paix, on voit toujours les gens des monts conquérir les plaines par le travail et l'endurance. La Bulgarie aurait tout à perdre dun bouleversement soudain,

ronnes devant le monament du tsar libérateur avec l'exergue : « Au grand libérateur qui a fixé les frontières naturelles de la patrie bulgare ». Ils défilèrent devant la légation russe, devant les hôtels où étaient descendus des généraux russes et devant le palais où ils acclamèrent le grand-duc Wladimir. Celui-ci a consenti à recevoir une députation de ces émigrés macédoniens.

qui partagerait la Macédoine entre plusieurs compétiteurs ; elle a tout à espérer d'une lente et pacifique évolution, qui donnera le premier rang aux plus sobres, aux plus économes, aux plus tenaces : « Le Bulgare, dit le proverbe turc, chasse le lièvre en araba (grosse charrette de ferme à roues pleines) et finit par le forcer ».

Les Grecs, depuis dix ans, sentent cette irrésistible poussée du Slave macédonien. Leurs défaites de 1897 leur ont enlevé la confiance du raia. Ils ont en 1903 espéré que leurs flatteries au Sultan et même une alliance avec la Porte mettraient le pouvoir turc à leur service ou, du moins, leur vaudraient ce chemin de fer Salonique-Larissa qui placerait la Macédoine occidentale dans la clientèle de leur royaume; joignant les rails grecs aux rails macédoniens, serbes, hongrois, autrichiens et allemands, cette ligne ferait du Pirée l'aboutissement d'un Transcontinental entre Hambourg et Athènes, d'une Malle des Indes vers Alexandrie et le Canal... La Porte s'est jouée des Grecs et le Sultan a accordé sa faveur aux Koutzo-Valaques.

L'émigration achève de ruiner l'hellénisme en Macédoine. Depuis que les Amériques ont épuisé les réserves d'Irlande, d'Allemagne et d'Italie, les émigrants levantins de toutes races et de toutes religions sont recrutés par les Compagnies de transport; l'appât des gros salaires et la misère des peuples ottomans font embarquer, par dizaines de milliers, Macédoniens, Syriens, Arabes, Turcs même. La Macédoine, au lieu de recevoir comme autrefois des immigrants des îles et du continent grecs, perd des Hellènes et des Valaques hellénisés, qu'une fortune

rapidement acquise fixe bientôt dans quelque capitale anglo-saxonne ou qui reviennent, mais en Grèce, pour grossir à Athènes la trop nombreuse cohorte des « Homogènes ». Le Slave macédonien émigré aussi; mais il revient en Macédoine sitôt qu'un pécule amassé lui permet l'acquisition d'un coin de terre ou d'une boutique au bazar.

Descente bulgare, schisme valaque, émigration grecque : triple danger, dont l'hellénisme mesure la grandeur et l'imminence *.

Toute prolongation du statu quo augmente les pertes grecques; les gens d'Athènes ne voient de salut que dans un prompt règlement qui ferait à chaque nationalité sa part et garantirait à tout jamais l'avenir; ils veulent que l'on s'en tienne au programme de Miirzsteg et que l'on partage tout de suite la Macédoine en « sphères » religieuses ou nationales. La note austro-russe est donc mal accueillie d'eux : les bandes vont continuer leurs exploits; de tout son pouvoir, le Sultan, contre la gendarmerie européenne les favorisera; après la finance, l'anarchie est le meilleur atout dans le jeu d'Abd-ul-Hamid.

1. Voir là-dessus le chapitre v du livre de M. R. Pinon : l'Europe et l'Empire ottoman, p. 222-231.

LA BKVOLCTIOS TURQUE.

En même temps que leur Noie aux États balkaniques, Vienne et Pétersbourg ont rédigé leur nouveau projet de réforme judiciaire et Font communiqué aux ambassades de Constantinople.

Premier incident : ce projet, qui devait demeurer secret jusqu'à l'entente des ambassadeurs, est livré à la Porte, et les ambassades s'accusent l'une l'autre ^ Puis certains ambassadeurs refusent do « prendre une telle responsabilité ». Alors que les financiers français rentrent en faveur auprès d'Abdul-Hamid, l'ambassade française, — simple coïncidence, une fois encore, — éprouve le besoin de consulter son gouvernement, qui vient de recevoir la visite de M. Isvolski et de donner son adhésion à toutes les réformes...

Enfin, au bout de deux semaines, on engage la

1. 8 octobre. — La Gazette de Cologne publie un télégramme de Berlin ainsi conçu : « L'assertion qui a paru dans la presse italienne et d'après laquelle l'Allemagne aurait communiqué, sous main, à la Porte, le projet de réforme judiciaire en Macédoine élaboré par les puissances de l'entente, afin que la Porte put préparer un contre-projet mieux établi et plus étendu, est une assertion purement tendancieuse. L'Allemagne n'a fait aucune communication au gouvernement turc ».

TRENTE AXS APRÈS 275

conversation et l'on constate l'accord unanime des puissances*. Mais on constate aussi que Londres et Pétersbourg, seules, ont le ferme dessein d'aboutir. Vienne, obstinée à ses espoirs secrets de statu quo, ne désire pas qu'une Macédoine pacifiée et prospère cesse, comme pis-aller, d'appeler le libérateur autrichien. Un nouvel ambassadeur austro-hongrois, le marquis Pallavicini, a depuis un an (novembre 1906) remplacé à Constantinople le baron de Calice, qui durant vingt-six ans de « nonciature » (1880-1906', avait maintenu l'ancienne tradition de la diplomatie politique et non pas seulement financière. Le marquis Pallavicini, dès son arrivée, s'est occupé de chemins de fer :

Constantinople, 17 janvier i907.

L'ambassade d'Autriche a présenté à la Porte une note mettant le gouvernement ottoman en demeure de terminer le différend existant entre lui et la Compagnie des Chemins de fer Orientaux. Depuis 1901, la compagnie demande à recourir à des arbitres et éventuellement à un surarbitre.

En mars, premier succès :

Constantinople, 24 mars.

Le Sultan a décidé d'accorder à la Compagnie des Chemins de fer Orientaux la concession d'une ligne ferrée allant de Rodosto à Mouratli. Une autre ligne ferrée sera construite d'un point avoisinant Dédéagatch et aboutissant à Serres, en raccordement avec la ligne Salonique-Jonction-Constantinople.

{.Constantinople, 19 octobre. — Tous les ambassadeurs ayant reçu les instructions de leurs gouvernements relativement au projet de réformes judiciaires en Macédoine se réuniront prochainement pour arrêter la rédaction flnale d'une note collective à la Porte. Le Sultan et le gouvernement ottoman maintiennent toujours la

En octobre, juste au moment où la note austrorusse est remise au Sultan, le litige qui traînait depuis dix ans — nouvelle coïncidence — est réglé :

Constantinople, 10 octobre.

L'empereur d'Allemagne, sur l'invitation du Sultan, vient de désigner, comme arbitre dans le différend avec les Chemins de fer Orientaux, M. Moret, ancien président du Conseil des ministres d'Espagne. Une commission, composée du conseiller juriste Hakki bey et des avocats Thaban effendi et Bonnet, vient de partir pour Paris, afin d'y rencontrer M. Moret.

Les autres ambassades sont au plus fort de leur rivalité financière. Elles échangent à nouveau des accusations de duplicité, et le colérique, mais loyal ambassadeur anglais a des mots sévères pour son collègue de France. Abd-ul-Hamid peut donc maintenir ses refus. Et voici une occasion de tout remettre en cause, en jetant la meute européenne sur une autre piste. La réunion annuelle des officiers européens vient d'être tenue à Salonique ; tous se plaignent des fonctionnaires turcs et de l'inspecteur général :

Salonique, 15 octobre.

Les officiers ont eu, dans leurs séances, à examiner de volumineux dossiers, permettant de constater les nom-

mème attitude d'opposition. — Constantinople, 21 octobre. — Les délibérations des ambassadeurs, réunis samedi chez leur collègue de Russie, M. Zinovief, ont porté sur la rédaction des divers articles devant composer le projet des réformes judiciaires en Macédoine. 11 est déjà acquis que toutes les puissances sont d'accord sur la nécessité de nommer des inspecteurs judiciaires, mais la fixation des détails de la mission dont ils seraient investis demandera encore de longues délibérations. Actuellement l'accord parfait règne entre les deux ambassadeurs, contrairement à l'espoir de la Porte qui comptait fortifier son opposition par le désaccord des puissances.

breuses entraves apportées au fonctionnement de la gendarmerie. Ils considèrent que la réorganisation, qui était en bonne voie, est d'autant plus combattue que les résultats obtenus s'annoncent comme meilleurs. Depuis quelques mois, on s'attache ù ruiner ce qui a été si péniblement édifié. On constate de nouvelles exactions de la part des troupes.

Les gendarmes eux-mêmes sont paifois battus. Par ces procédés, les réformes sont retardées; elles traînent en longueur; les autorités cherchent à démontrer que tout ce qu'ont fait les étrangers n'a donné aucun résultat. II faudra demander aux gouvernements européens l'application de nouvelles mesures plus énergiques. Ces demandes auront surtout pour but de soustraire la gendarmerie à l'action directe de l'inspecteur-général, qui, avec une grande ténacité, ne cesse de s'opposer à l'action réorganisatrice étrangère.

Dès que les ambassades transmettent à la Porte ces réclamations, le Sultan ne veut plus parler que de gendarmerie et, lâchant les Kurdes sur la Mésopotamie, reprenant en Arménie la politique des complots découverts et des petits massacres, continuant de faire avancer des troupes en territoire persan, c'est vers l'Asie Mineure qu'il essaie de détourner l'attention de Pétersbourg et de Londres.

Constantinople, 13 novembre.

Les ambassades d'Italie et d'Allemagne ont discrètement appelé l'attention de la Porte sur l'urgence qu'il y a d'introduire des réformes dans les six vilayets arméniens et d'y rétablir l'ordre pour prévenir une intervention des Puissances, qui ne peut manquer de se produire prochainement si la situation conservait la gravité qu'elle a actuellement.

Réponse de la Porte le môme jour :

Les ambassades ont reçu copie de la circulaire de la Porte, attirant encore l'attention des Puissances sur la recrudescence des crimes commis par les bandes bulgares en Macédoine, qui finiront par provoquer les représailles de la population musulmane et forceront le gouvernement à sévir rigoureusement, ce qui probablement attirera sur lui l'accusation de massacres. La Porte prie les puissances d'intervenir énergiquement auprès du gouvernement bulgare pour empêcher la formation des bandes.

En Macédoine, les bandes n"ont jamais été plus libres : du 14 octobre au 14 novembre, 208 meurtres et 48 coups et blessures.

Constantinople, 25 octobre.

L'opinion prévaut ici dans certains cercles diplomatiques que les diflicultés suscitées par le gouvernement dans l'oeuvre de la gendarmerie en Macédoine auraient pour objet de détourner des réformes judiciaires l'attention des puissances. Les puissances seraient toutefois décidées à prendre des mesures énergiques, afin de prévenir la démission du général Degiorgis, qui serait découragé.

Abd-ul-Hamid a délégué en Europe un porteur de décorations, son confident Selim Melhamé, qui tour à tour va implorer la générosité de Vienne et de Rome. Le roi de Grèce, de son côté, se met en route (fin d'octobre) : un achat de canons français, une mission d'officiers français pour la réorganisation de la marine grecque, l'annonce d'un programme naval qu'exécuteront les usines françaises au moyen d'un emprunt français, le mariage français du prince Georges, des sourires à nos ministres, des honneurs

TRENTE AXS APUES 279

et le yacht royal à leurs filles, — Athènes est tout à la France pourvu qu'on livre à la parenté grecque notre consulat de Salonique et que Ton rappelle de Macédoine ceux de nos ofGciers qui sont trop actifs contre les « héros ».

Tout le mois de novembre, la question de la gendarmerie et des bandes fait oublier la réforme judiciaire. Pourtant un nouveau contre-projet turc vient d'être présenté : gravement, les ambassades discutent ce contre-projet. V^iennent aussi les réponses des États balkaniques à la note austro-russe; Sofia, Belgrade et Athènes rejettent tous les crimes sur le compétiteur : gravement, les Cabinets discutent ces réponses. Du voyage de Guillaume II à Londres (11 novembre-14 décembre), les puissances attendent quelque fait nouveau : une négociation « triangulaire » Maroc-Bagdad-Macédoine changerait tout le débat. Quand il est évident que l'Empereur reviendra de Londres les mains vides, M. de Biilow déclare au Reichsiag (30 novembre) qu'Abd-ul- Hamid peut toujours compter sur l'intervention allemande : « Nous avons été heureux, dit le Chancelier, de constater que le Sultan reconnaît l'urgence des réformes judiciaires; un contre-projet turc a été élaboré qui correspond sur de nouveaux points aux désirs des puissances... Il reste encore, et je crois qu'avec de la patience on y arrivera, à concilier la souveraineté du Sultan avec les besoins de la Macédoine. »

La conférence de La Haye est enfin close et les changements, que l'on avait annoncés dans les ambassades allemandes, n'ont pas eu lieu : M. de Marschall, reposé de sa victorieuse campagne contre

le pacifisme, va rentrer à Constantinople, redevenir le doyen du corps diplomatique. Si la réforme et le contrôle n'ont pas été imposés pendant le décanat de M. Zinovief, que vont-ils devenir sous le décanat de M. de Marschall? En passant, [M. de Marschall s'arrête à Vienne :

Vienne, 16 décembre.

M. de Marschall, arrivé ici depuis deux jours, a conféi'é avec M. d'Aehrenlhal au sujet de la réforme judiciaire en Macédoine. Les ambassadeurs de toutes les puissances étant d'accord sur le projet, il s'agit maintenant de fixer quelques démarches qui seront à faire dans le cas fort probable où la Porte s'entêterait dans son refus.

Vienne, 17 décembre.

D'après une information de la Nouvelle Presse libre, la visite de Marschall aurait eu pour but d'obtenir des concessions en faveur du Sultan dans la question du contrôle de la justice. M. de Marschall aurait voulu amener un compromis entre les puissances et le Sultan, qui compte toujours sur l'appui du gouvernement allemand.

Avant même l'arrivée de M. de Marschall à Constantinople, le Sultan reçoit d'un autre ami — de l'ambassadeur italien, dit-on — un secours inespéré. Juste quand les puissances vont remettre leur note collective sur la réforme judiciaire, cet ambassadeur a des scrupules de méthode. C'est pour un temps seulement que la Porte a reconnu le contrôle des agents civils sur l'administration, des officiers et des commissaires européens sur la gendarmerie et les finances; l'engagement finit en mars 1908; ne serait-il pas expédient de le faire renouveler tout de suite? Cette proposition l'emporte dans le conseil

des ambassadeurs; les Cabinets occidentaux ont la faiblesse ou la naïveté de concéder ce nouvel atermoiement; si Ton eût imposé dabord la réforme judiciaire, il est trop évident que les autres ne pouvaient plus être remises en question. Mais Paris est tout aux affaires marocaines, et les démarches du roi de Grèce concourent aux combinaisons de M. Constans.

Budapest, 10 décembre.

La prochaine intervention des puissances à Constantinople consistera en une démarche collective auprès de la Porte en vue de proroger les mandats des fonctionnaires ottomans et européens, chargés des réformes en Macédoine. Ces fonctionnaires sont l'inspecteur général Hilmi pacha, les agents civils autrichien et russe, les officiers de gendarmerie et les membres de la commission des finances des diverses nationalités. Les ambassadeurs des puissances ont reçu des pouvoirs à cet efTet.

La Porte a sa réponse prête :

CoQStantiaople, 18 décembre.

La Porte propose de prendre aux frais du Trésor ottoman les honoraires des agents civils et des fonctionnaires financiers en Macédoine, espérant que ces agents et fonctionnaires seront ainsi mieux en situation de remplir leur mission. Dans les milieux diplomatiques, on considère que les mandataires de l'Europe, assimilés à des fonctionnaires turcs, ne pourraient plus contrôler efficacement l'administration ottomane : les puissances ne sauraient accepter l'offre de la Porte.

Rentré à Constantinople, M. de Marschall peut donc négliger la réforme judiciaire et, de sa plus grosse voix, n'exiger que le renouvellement du contrôle sur l'administration, la gendarmerie et les

finances. Berlin sait que les puissances seront intraitables là-dessus ; et la Porte elle-même a tout intérêt au renouvellement. Mais, trois mois durant, le Sultan va refuser; trois mois de gagnés pour la réforme judiciaire. Il ne cédera que le 14 mars 1908 :

Constantinople, 14 mars.

La Porte a envoyé à l'ambassadeur d'Allemagne une réponse acceptant le renouvellement pour une période de sept ans, soit jusqu'en 1914, du mandat des agents étrangers en Macédoine,

Du 16 décembre 1907 au 14 mars 1908, sous la direction de M. de Marschall, la comédie a deux actes, le discours de M. d'Aerenthal le 27 janvier faisant la péripétie.

Premier acte, du 16 décembre au 27 janvier. Notes des ambassades et contre-notes de la Porte au sujet du renouvellement. M. de Marschall transmet les désirs de ses collègues; la Porte réplique par les termes mêmes de M. Bûlow « sur la nécessité de sauvegarder le prestige du Sultan en Macédoine ». On échange ainsi huit papiers — quatre de chaque bord — sans résultats '.

1. Constantinople, 22 décembre. — Dans leur réunion de samedi, les ambassadeurs se sont mis d'accord sur la note à adresser à la Porte pour insister sur la prorogation du mandat des fonctionnaires chargés des réformes en Macédoine. — 2S décembre : La Porte a envoyé de nouveau à M. de Marschall, doyen du corps diplomatique, une note insistant, malgré l'opposition des puissances, sur les propositions faites par la note du 15 décembre. La Porte croit que ces propositions, notamment celle de prendre les appointements de ces fonctionnaires à la charge du Trésor ottoman, sauvegardent son prestige en Macédoine. Mais elles n'ont pour ainsi dire aucune chance d'être acceptées par les puissances, qui n'y voient qu'un moyen dilatoire pour empêcher la

Le retour de M. de Marschall ayant assuré la victoire de la finance allemande, les autres ambassades financières — nouvelle coïncidence — appuient vigoureusement les réclamations austro-russes. L'ambassadeur de France propose que Ton « réponde désormais par un refus de recevoir, à des communications aussi extravagantes ». On approche de la crise...

Le 22 janvier, lofficieuse Suddeulsche Reichscorrespondenz avoue qu'à Berlin la politique de M. de Schoen est abandonnée. La Triplice va changer de méthodes. En octobre 1907, M. de Schoen remplaçait à l'office impérial des Affaires étrangères M. de Tchirsky que l'on accusait de faiblesse à l'égard de Paris, de maladresse à l'égard de Pétersbourg et que l'on rendait responsable de la réconciliation anglorusse, de l'isolement de l'Allemagne. M. de Schoen avait, disait-on, son grand projet : relâcher, sinon briser la Double Alliance et l'entente anglo-russe.

Ambassadeur d'Allemagne à Pétersbourg, juste au moment où l'ambassadeur français y perdait tout

réforme judiciaire. — Constantinople 29 décembre : Les ambassadeurs ont présenté à la Porte une nouvelle note en réponse à la note de la Porte du 26 décembre. Ils regrettent de devoir communiquer qu'il leur est impossible d'accepter cette solution qui ne peut se justifier par aucune nouvelle considération. — /(janvier : La diplomatie considère comme absolument inutile la nouvelle tentative de la Porte qui, par circulaire lancée hier à ses représentants à l'étranger, les engage à persuader les grandes puissances d'accepter la proposition relative au payement par le Trésor ottoman des agents réformateurs en Macédoine. Une pareille mesure constituerait un danger pour la Turquie ellemême, puisque la population de Macédoine se croirait abandonnée par l'Europe. — 12 janvier : Réunis chez le baron de Marschall, les ambassadeurs se sont mis d'accord; une note collective immédiatement remise à la Porte, déclare en termes brefs et énergiques que les puissances persistent dans leur demande concernant la prorogation des mandats.

crédit, M, de Schoen avait gagné Tamitié du Tsar et la confiance entière de M. Isvolslti. Il parlait d'unir les puissances du Nord pour la fermeture de la Baltique. Puisque la France, sans rompre avec son alliée, avait pu conclure des amitiés particulières autour de sa Méditerranée, pourquoi la Russie n'aurait-elle pas le même droit autour de sa Méditerranée baltique? Le Tsar, à l'entrevue de Swinemiinde (août 1907), avait accepté les premières offres; M. de Schoen comptait sur l'adhésion des puissances secondaires. Suède et Danemark; un traité public montrerait au monde que Berlin gardait encore des amis.

Mais en cours de route les difficultés surgirent. Signataires du traité de 1856 qui avait installé le présent état de choses dans la Baltique, la France et l'Angleterre réclamaient le droit de donner leur avis ; si l'influence française à Pétersbourg était en décadence, par contre l'ambassadeur anglais y défendait ses positions. Au projet baltique, Londres opposait une négociation plus étendue, englobant la Baltique et la mer du Nord et faisant appel aux signatures d'une moitié de l'Europe, — troublant le tête à tête russo-allemand dans lequel M. de Schoen n'admettait, en confidence, que le Danemark et la Suède. Enfin, ce projet baltique devenait impossible : la Russie réclamait la liberté de fortifier ses îles d'Aland et la Suède opposait une invincible résistance à l'octroi de cette permission, contraire au traité de 1856...

Le 22 janvier, l'officieuse Smldeiitsche Reichscorrespondenz avoue l'échec de M. de Schoen : Berlin doit accepter le projet anglais... Le 25 janvier, la Porte tente un dernier effort contre le bloc anglorusse :

\ oyant l'impossibilité de faire accepter son projet relatif aux agents civils en Macédoine, le conseil des ministres a soumis au Sultan une proposition tendant à demander aux puissances d'adhérer à son projet à titre d'essai. Cette combinaison ferait le jeu de la Turquie et retarderait d'autiint l'époque de l'ouverture des négociations du projet de réforme judiciaire.

Le 27 janvier, M. d'Aerenlhal expose à la Délégation hongroise la nouvelle politique de la Triplice. Les officieux confessent en effet que cette politique autrichienne est aussi l'œuvre de Berlin; elle a été discutée et arrêtée dans les entretiens du baron de Marschall avec M. d'Aerenthal. Si quelques mécontentements surgissent à Saint-Pétersbourg et à Rome, les officieux déclarent que les relations avec TAutriche doivent surtout préoccuper l'Allemagne.

Le 21 octobre 1906, le baron A. Lexa d'Aerenthal avait succédé au comte de Goluchowo-Goluchowski comme ministre des Affaires étrangères et président du conseil commun des ministres de la double monarchie. M. de Goluchowski avait gouverné onze ans (mai 189o-octobre 1906). L'entente austrorusse avait été sa règle dans les affaires balkaniques, la fidélité à la Triplice et surtout à l'amitié allemande restant sa règle dans les affaires européennes.

Cette politique semblait avoir eu l'adhésion la plus sincère de François-Joseph et des << vieilles gens » : avant M. de Goluchowski, ce n'est pas sans résistance ni mécontentement qu'ils avaient, quatorze années durant (1881-189o), subi la politique russophobe du

comte de Kalnoky, ses intrigues antirusses au Levant, ses excitations aux Bulgares contre le Tsar libérateur et ses menaces de guerre déclarée. Malgré les défiances de ses Hongrois, François-Joseph gardait toujours le souvenir de cette union des Trois Empereurs, dont avait tiré si grand bénéfice son chancelier Andrassy (1871-1879), — le seul de ses ministres qui, durant un long règne de défaites et de provinces , perdues, lui eût donné la consolation d'une victoire diplomatique et de la Bosnie-Herzégovine occupée.

Statu qiio et paix générale, la politique de M. de Goluchowski se serait, d'ailleurs, imposée d'ellemême, tant les difficultés intérieures de la double monarchie durant ces onze années 1895-1906 rendaient impossible une entreprise au dehors. Dans les deux royaumes austro-hongrois, on ne gouvernait que par un indéfinissable mélange de lois constitutionnelles, de marchandages parlementaires, de coups d'État et de décrets illégaux.

Une guerre ou une révolution balkanique, loin d'être une diversion, eût exaspéré les haines mutuelles des sujets slaves, roumains, allemands, hongrois, italiens de Sa Majesté impériale et royale.... La maison de Habsbourg, depuis cinquante ans, avait fait en Italie et en Allemagne les frais de toutes les guerres émancipatrices.

Quelques « jeunes gens » autour de l'archiduc héritier François-Ferdinand ne voulaient pas se contenter de l'empire amoindri : par delà Bismarck, ils regardaient vers Metternich, plus loin encore vers Marie-Thérèse et le prince Eugène. Mais à ces constructeurs d'une plus grande Autriche, le statu quo et la paix générale semblaient encore les sûrs moyens

de réserver et même d'ouvrir le chemin de Salonique. Car statu qiio signifiait, avant tout, maintien en Macédoine du régime turc et du massacre hamidien, rébellions albanaises et insurrections chrétiennes, mangeries ottomanes et brigandages grecs, bulgares et serbes, bref, épuisement de l'islam et abattement des chrétientés. Quand tous les sujets d'Abd-ul- Hamid seraient harassés de cette « paix générale », qui n'était faite que de combats quotidiens, quand cet enfer du statu quo aurait réduit la puissance militaire du Turc, la fidélité des musulmans au Khalife et les résistances nationalistes des chrétiens, alors viendrait l'heure du Habsbourg...

A partir de 1902, la jeune influence de l'Archiduc héritier s'ajoutait donc aux préférences du vieil Empereur. L'entente austro-russe, que les pourparlers du prince de Lobanoff et du comte de Goluchowski avaient préparée en août 1896, avait été signée lors du voyage de François-Joseph à Pétersbourg en avril 1897. Cinq ans plus tard, elle était renouvelée et, semble-t-il, resserrée lors du voyage de François-Ferdinand (février 1902).

Les entreprises des Russes en Asie (septembre 1896) lavaient rendue possible : l'occupation de Port- Arthur en avait été la première conséquence (décembre 1897). En janvier 1902. l'alliance anglo-japonaise et les menaces de guerre en Extrême-Orient rendaient cette entente indispensable à la continuation de l'avancée mandchourienne. Dès février 1902, les inquiétudes de Pétersbourg donnaient à Vienne la suprématie dans les affaires balkaniques. De 1902 à 1905, les préparatifs, puis les opérations de la guerre russo-japonaise et les désastres de la Russie sur terre

et sur mer eussent rendu cette suprématie omnipotente, si les puissances occidentales n'eussent enfin résolu de mettre un terme aux cruautés du statu qiio.

En 1902, TAngleterre, délivrée de la guerre sudafricaine, l'Italie et la France, réconciliées et soucieuses d'une politique plus humaine, unissaient leurs efforts pour obtenir « les réformes nécessaires que les populations attendent depuis trop longtemps » (dépêche de M. Delcassé du 20 octobre 1902).

De 1902 à 1906, les puissances occidentales s'efforçaient de conquérir, une par une, ces garanties de la paix locale et ces améliorations du statu quo. Par une logique répartition du travail, Paris fournissait le plan général et les combinaisons de détail; et Londres envoyait son roi demander à Vienne la mise en œuvre de ces projets.

Une prudente évaluation des résistances à vaincre avait réparti la tâche sur plusieurs années. Gendarmerie européenne en 1903 ; réforme financière en 1905, judiciaire en 1907, routière en 1909, militaire en 1911 : on avait prévu huit ou dix années jusqu'à l'achèvement complet de cette œuvre désintéressée, dont les puissances occidentales attendaient l'affermissement.

Aux conseils de Paris, Pétersbourg opposait d'abord la résistance la plus nette ; le comte de Lamsdorf mettait en doute ou à l'écart chaque affirmation ou suggestion de nos agents; l'entêtement de M. Delcassé finissait par triompher, quand les risques, puis les revers de la guerre japonaise donnaient à la Russie un plus grand besoin de la fidélité française et quand l'incident de Hull honorablement réglé (octobre 1904mars 1905) rapprochait les cabinets de Londres et de Pétersbourg.

Aux demandes du roi Edouard, les objections de Vienne se faisaient plus têtues, à mesure que Pétersbourg cédait : quand les défaites et la révolution inclinaient la Russie aux volontés de ses allié et ami de rOccident, Vienne endossait le poids de la lutte et, coûte que coûte, se donnait tout entière au mainlien du statu quo.

Alors apparaissait à tous les yeux pourquoi ce maintien du statu quo, — l'anarchie en Macédoine, — était dans les désirs de Vienne : l'amélioration du régime turc, la seule atténuation du régime hamidien eût amené entre chrétiens et musulmans une paix apparente qui rendrait pour longtemps impossible l'intervention du gendarme autrichien.

Donc « paix générale et statu quo », afin d'aboutir à quelque crise et à une descente autrichienne, ou « paix locale et réformes », afin d'épargner le maximum de vies humaines et de maintenir l'intégrité ottomane : tels étaient à partir de 1902 les deux systèmes en présence, et la lutte diplomatique s'engageait entre l'Occident, demandeur du second, et les gens de Vienne, défenseurs de l'autre.

Le syndicat austro-russe espéra d'abord payer de mots les puissances occidentales : le « programme de Vienne », que les comtes de Lamsdorf et de Goluchowski établirent dans leur entrevue de décembre 1902, enregistra purement et simplement les belles promesses qu'Abd-ul-Hamid venait de faire aux Macédoniens : le seul résultat de ce programme de Vienne fut l'insurrection de la Macédoine slave durant toute l'année 1904.

En octobre 1903, les puissances occidentales cru-

L\ RÉVOLUTIOS TUnOUE. 49

rent obtenir satisfaction par le « programme de Mûrzsteg », que les mêmes comtes de Lamsdorf et de Goluchowski dressèrent, sur les suggestions de lord Lansdowne. Mais Vienne entendait bien que le syndicat austro-russe, — pratiquement la décision autrichienne, — gardât son monopole dans la conduite des affaires balkaniques et que, ne changeant rien aux causes profondes du statu quo, on en palliât seulement quelques résultats trop offensants.

L'insuffisance et même la nuisance de ce programme de Mûrzsteg éclatent presque aussitôt : les guerres nationalistes et religieuses jettent la Macédoine dans une situation atroce. Personne à Vienne n'avait-il escompté ces résultats?... Il semble que, la guerre russo-japonaise ayant commencé (février 1904), le parti des « jeunes gens » entrevoit l'occasion d'écumer enfin ou de renverser l'infernale marmite. Notre ambassadeur à Vienne écrit, le 23 février 1904, — deux semaines après le début des hostilités en Extrême-Orient :

Les bruits de préparatifs militaires en vue d'une mobilisation de l'armée austro-hongroise persistent, en dépit des déclarations de désintéressement et des démentis contenus dans les discours aux Délégations du ministre des AfTaires étrangères et du président du Conseil de Hongrie. Le comte Goluchowski^ avec lequel j'ai eu l'occasion d'en parler, a vivement protesté contre ces nouvelles tendancieuses, qui ne reposent sur aucun fondement et qui dénaturent ses intentions. Il nie formellement les prétendues concentrations de troupes sur la frontière balkanique; il tient à ce que le gouvernement français soit bien convaincu que l'Autriche-Hongrie n'a aucune pensée d'intervenir dans les affaires des Balkans autrement que par une action pacifique et concertée avec la Russie, et pour le seul maintien du statu quo.

Quand une nouvelle intervention des puissances occidentales force le syndicat à installer les officiers européens et la gendarmerie, Vienne se hâte de mettre les siens à Uskub, au confluent des deux voies ferrées qui descendent de Serbie et d'Albanie sur le Vardar, — Uskub, où le prince Eugène poussa jadis ses avantgardes. Une détente, une espérance de pacification en sortiraient, si quelque main secrète ne lançait dans une compétition plus active les comités de l'intérieur et de l'extérieur, surtout les comités et le gouvernement d'Athènes qui ont noué avec Vienne les plus cordiales relations. Notre ambassadeur confesse que « le mal primordial, qui réside dans le désordre financier, n'a pas été attaqué ».

Londres, afin d'obtenir le moins, réclame le maximum : lord Lansdowne ne veut plus se contenter du programme de Mùrzsteg; réforme financière, réforme judiciaire, retrait ou limitation des forces turques, sa note du 20 décembre 1904 remet tout en question; même il menace de ne plus reconnaître aux deux puissances qui se disent « plus particulièrement intéressées » la direction qu'elles se sont arrogée. Afin d'éviter le pire, une note austro-russe concède ou feint de concéder la réforme financière (17 janvier 1905).

Mais pour qu'à Vienne on fût résolu sincèrement, irrévocablement, à obtenir, à installer, à surveiller et à maintenir cette réforme, il faudrait ou qu'un élan de générosité, une crise de vertu presque surhumaine balayât soudain les ambitions des gouvernants ou qu'une coalition de toutes les volontés hostiles et de toutes les circonstances défavorables leur imposât l'abdication.

Car cette réforme financière est non seulement le redressement fondamental du stahi quo, mais la mesure décisive qui entraînera toutes les autres. Réalisée, cette réforme serait la fin du régime hamidien; le conoaisseur quest M. Constans ne s'y est i pas trompé : « Le mal primordial réside dans le ^ désordre financier : il en résulte que les fonctionnaires, irrég-ulièrement ou pas du tout payés, continuent à suivre leurs anciens errements, que la justice demeure vénale, que Tindiscipline travaille les officiers et la troupe et que les agitateurs ont beau jeu pour entretenir les animosités de la population contre le gouvernement* »...

Or ni les ambitions de Vienne ne semblent amorties, ni les circonstances ne leur sont défavorables, — tout au contraire. Les « vieilles gens » continuent de gouverner ; mais l'Archiduc héritier prend une part de plus en plus grande aux affaires et FEmpereur, lui marchande de moins en moins la responsabilité des décisions. L'accord des puissances occidentales continue d'être intime et leur entente avec Pétersbourg se resserre; mais voici venir la crise marocaine. De mars 1905 à la fin d'avril 1906, c'est au Maroc, non plus à la Turquie, que les puissances occidentales doivent consacrer le principal de leur attention.

Abd-ul-Hamid a d'ailleurs trouvé, si d'autres n'ont pas trouvé pour lui, une réponse topique : à peine formulée la demande de réforme financière (17 janvier 1905), la Porte déclare ne pouvoir combler le déficit que par une surtaxe douanière (15 février 1905). Il

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