‹ La Révolution TurqueChapitre 28 sur 29 · Livre Jaune, Macédoine, 1903-1905, p · texte numérisé non relu

Livre Jaune, Macédoine, 1903-1905, p

TRENTE AiNS APRES 293

faut voir l'empressement de Vienne (20 février) à consentir cette surtaxe, dont on sait bien que l'Angleterre ne pourra pas l'accepter sans gêne pour son commerce, sans crainte pour sa sécurité en Egypte, sans discussions sur la durée du nouveau tarif, le contrôle et l'attribution des revenus! Et cette question de la surtaxe fournit en effet, durant des mois (février 1905-avril 1907), le meilleur rempart diplomatique aux défenseurs du stalu quo.

Môme quand les assaillants recourent à la force ouverte et, gagnant le consentement de la Russie à leurs énergiques desseins, organisent une démonstration navale dont Vienne est obligée de prendre le commandement pour ne pas le laisser à l'ennemi (décembre 1905); même quand l'occupation de Mételinetde Lemnos obligent le Sultan à reconnaître les commissaires financiers que l'Occident installe d'autorité en Macédoine; même quand ces empêcheurs de pilleries et de complots officiels se mettent à l'ouvrage et secouent linertie des agents civils; même alors la question de la surtaxe continue de prolonger le statu quo.

Vienne sent néanmoins la fragilité de ce dernier obstacle. Sa position est tournée. Le monopole austro-russe est entamé : aux deux agents civils du syndicat, il a fallu adjoindre les quatre commissaires des autres puissances. Dans ce qui reste de ce monopole, la suprématie de Vienne croule aussi, depuis que la paix japonaise (août 1905) a rendu à Pétersbourg quelque souci de son prestige et de sa clientèle balkaniques... Et la conférence d'Algésiras (janvier-avril 1906) vient exciter chez les « jeunes gens » un regain de convoitises, en leur donnant le

modèle d'une politique d'intervention et l'espoir d'ententes nouvelles.

En cette conférence d'Algésiras, où Vienne derrière son allié de Berlin tient la place de « brillant second », ses diplomates tâchent de prendre le rôle de modérateurs; quand la Conférence finit par ne plus disputer à la France et à l'Espagne leurs privilèges de voisinage, ni à la France surtout — voisine terrestre — son droit de pénétration pacifique, les puissances occidentales proclament que la médiation autrichienne a eu sa grande part en ce résultat. L'historien français de la Conférence, M. André Tardieu, résume l'opinion que les envoyés de Paris ont emportée de cette rencontre avec les envoyés de Vienne * :

L'Autriche-Hongrie, durant les six premières semaines, ne fut que l'alliée docile de l'Allemagne. Mais, pas plus que les autres puissances, elle ne fut sourde à la leçon des événements et, comme elles, comprit que, pour arriver à l'entente, on ne pouvait demander à la France toutes les concessions. En élaborant le projet qui fut déposé par le comte de Welsersheimb à la séance du 8 mars, elle remit en marche, par un argument décisif, la négociation arrêtée par le refus de M. de Radowitz. En chargeant le comte de Khevenhueller de reprendre cette négociation avec M. Léon Bourgeois, elle prépara la concession nécessaire à l'égard de Casablanca. Et les conseils qu'elle donna à Berlin furent beaucoup dans l'évolution de l'Allemagne. A aucun moment, d'ailleurs, le gouvernement autrichien ne fut l'instrument du bluff allemand. A aucun moment, il n'usa contre nous de pression ni d'intimidation. A aucun moment, il ne nous dit autre chose que la vérité, et cette diplomatie loyale fut apaisante.

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