LIVRE ΠῚ, CHAPITRE
distingue par son action. En eflet, les discours écrits valent moins par les pensées que par le style.
$ IV. Distinction du style oratoire et du style poétique.
Les poëtes furent donc les prémtiers à mêttre du mouvement dans le style, et c'était naturel ; car les mots sont des imitations, et de toutes les parties qui nous composent, il n’en est pas de plus propre à l’imitation que la voix. De là se sont formés l'art des rhapsodes, celui des eomédiens et d’autres encore. Et comme on Yoyait les poëtes, tout en disant des choses vides de sens, arriver par l'expression à cette gloire dont ils jouissent encore, les premiers écrivains, Gorgias, par exemple, employèrent l’élocutiou poétique. Aujourd’hui encore la plupart des ignorants pensent que c’est la plus belle manière de s'exprimer. Mais il n'en est rien. Le langage de la prose est autre que celui dé la poésie. Un fait le prouve. Ceux qui composent des trâgédies ne les écrivent plus de la même manière. Mais de mêmé qu'ils ont quitté le tétramètre pour l’iambique δ; celui de tous les vers qui se rapproche le plus de la prose7, de même ils ont abandonné les expressions qui sont en dehors de la conversation ordinaire, ces expressions dont se paraient les premiers poëtes, et qu’emploient encore ceax qui écrivent des vers hexamètres, 1l est donc ridicule d’imiter une manière d'écrire à laquelle les poëtes eux-mêmes ont renoncé. Il est évident par conséquent que nous n’avons pas à approfondir tout ce qu’on pourrait dire sur l’élocution, mais seulement ce qui se rapporte au style oratoire. Quant au style de la poésie, nous en avons parlé dans la Poéliques.