LIVRE I, CHAPITRE VII
nous dit que c’est le moyen dont se servit la femme de Méléagre, pour l’exciter au combat : « Elle lui retrace tous les maux affreux qui menacent les citoyens, lorsqu'une ville est prise, les guerriers immolés , les murs que le feu réduit en cendres, et les soldats entraînant les enfants...» Réunir et accumuler, comme le fait Epicharme δ, produit le même effet que diviser, pour la même raison ; la synthèse montrant les objets plus en grand, et paraissant être le principe et la cause des grandes choses. Puisque ce qui est plus difficile et plus rare est aussi plus grand, il suit que les occasions, l’âge, les lieux, les temps et les moyens, peuvent rendre grandes certaines choses. En effet, si l’action que j'ai faite est supérieare à ma force, à mon âge, à ce qu'auraient pu faire mes égaux ; si elle a été faite de telle manière, ou dans tel lieu, ou dans tel temps, elle pourra avoir la grandeur des choses belles, bonnes et justes, ou de celles qui leur sont contraires. Voyez, par exemple, l’épigramme de l’athlète vainqueur à Olympie : « Autrefois j'avais un lourd crochet sur mes épaules, et je portais du poisson d’Argos à Tégée 7. » Iphicrate se louait lui-même, en disant : « Et tout cela, comment a-t-il commencé ! 8.» Ce qui vient de nature est au-dessus de ce qui est acquis, parce qu'il n’est pas si facile de se le procurer. Aussi le poëte ἃ dit : « Je π᾿ αἱ pas eu de maître®. » De toutes les parties d’une grande chose, la plus grande est la plus désirable; aussi Périclès, dit-il dans son Oraison funèbre, que la jeunesse a été enlevée à la République, comme si le printemps avait été retranché de l’année. Un bien est aussi plus grand quand il est utile dans une nécessité plus grande, comme dans la vieillesse et dans les maladies. De deux choses, il faut préférer celle qui est plus près de la fin qu'on se propose ; celle qui est utile à nous-même est préférable à celle qui est simplement utile; ce qui est possible à ce qui ne l’est pas; car c’est le possible qui nous est utile, et non l'impossible. Les choses qui énfreht dans la fin que se propose la vie humaine sont aussi préféfables, car cette fin se trouve plutôt dans les choses qui y tendent 19; Les chosés féelles sont préférables aux choses d'opi-
70 PHTOPIKH,
τοῦ βίου" τέλη γὰρ μᾶλλον ἡ τὰ πρὸς τῷ τέλει, Καὶ αἰ τὰ πρὸς ἀλήθειαν, τῶν πρὸς δόξαν" ὅρος δὲ τοῦ πρὸς δόξαν, ὃ λαν-θάνειν μέλλων οὐκ ἂν ἕλοιτο, Διὸ καὶ τὸ εὖ πάσχειν τοῦ εὖ ποιεῖν δόξειεν ἂν αἱρετώτερον εἶναι" τὸ μὲν γὰρ, χἂν λανθάνῃ, αἱρήσεται" ποιεῖν δ' εὖ λανθάνων οὐ Jouet ἂν ἑλέσθαι. Καὶ ὅσα εἶναι μᾶλλον ἣ δοχεῖν βούλονται" πρὸς ἀλήθειαν γὰρ μᾶλλον * διὸ καὶ τὴν δικαιοσύνην φασὶ μικρὸν εἶναι, ὅτι δοκεῖν ἡ εἶναι αἵρετώτερογ᾽ τὸ δὲ ὑγιαίνειν οὔ. Kai τὸ πρὸς πολλὰ χρησιμώτερον" οἷον, τὸ πρὸς τὸ ζῆν, καὶ εὖ ζῆν, καὶ τὴν ἡδονὴν, καὶ πράττειν τὰ χαλά" διὸ καὶ ὁ πλοῦτος, καὶ ἡ ὑγίεια, μέγιστα δοκεῖ εἶναι" ἅπαντα γὰρ ἔχει ταῦτα. Καὶ τὸ ἀλυπότερον, καὶ τὸ μεθ᾽ ἡδογῆς" πλείω γὰρ ἑνός" ὥστε ὑπάρχει καὶ ἡ ἡδονὴ ἀγαθὸν, καὶ ἡ ἀλυπία. Καὶ δυοῖν ὃ τῷ αὐτῷ προστιθέμενον, μεῖζον τὸ ὅλον ποιεῖ. Καὶ ἃ μὴ λανθάνει παρόντα, ἣ ἃ λανθάνει" πρὸς ἀλήθειαν γὰρ τείνει ταῦτα " διὸ τὸ πλουτεῖν φανείη ἀν μεῖζον ἀγαθὸν τοῦ do κεῖν. Καὶ τὸ ἀγαπητόν" καὶ τοῖς μὲν μόνον, τοῖς δὲ μετ᾽ ἄλλων" διὸ mai οὐκ ἴση ξημία, ἄν τις τὸν ἑτερόφθαλμον τυφλῴσῃ καὶ
τὸν δύ᾽ ἔχοντα" ἀγαπητὸν γὰρ ἀφήρηται. Ex τίνων μὲν οὖν δεῖ τὰς πίστεις φέρειν ἐν τῷ προτρέπειν καὶ ἀποτρέπειν » σχεδὸν
καὶ τὰ ἑκάστης EU, καὶ νόμιμα, χαὶ συμφέροντα διελεῖν. Πεύ-
LIVRE I, CHAPITRE VII. 71 nion ; j’appelle choses d'opinion celles qu'on laisserait de côté si elles devaient rester inconques, 1] semble donc qu'il vaudrait mieux recevoir qu'accorder un bienfait; en effet, on aimera à recevoir un bienfait, quoiqu'il doive rester inconnu; mais on n’aimerait pas à l’accorder, s’il devait rester caché. 1] faut préférer aussi les choses qu’on voudrait posséder plutôt en réalité qu'en apparence, parce qu'elles se rapprochent de la vérité. Aussi dit-on que la justice est une chose peu importante parce qu’on aime mieux paraître juste que l'être réellement ; ce qu'on ne saurait dire de la santé. Il en est de même des choses qui sont utiles à plusieurs fins, comme, par exemple, celle qui nous aident à la fois à vivre et à bien vivre, à goûter des plaisirs et à faire de grandes choses; aussi semble-t-il que la fortune et la santé soient les biens les plus grands, parce qu'elles renferment tous ces avantages. Une chose est plus désirable quand elle ne cause aucun chagrin et qu’elle est accompagnée de plaisir ; en effet, deux biens valent mieux qu'un, et on y trouve à la fois le plaisir et l'absence du chagrin. De deux choses, la plus grande est celle qui jointe à une troisième produit le plus grand tout. Les biens qu'on voit sont préférables à ceux qu’on ne voit pas, parce qu'ils semblent plus réels; être riche, par exemple, semble un bien plus grand que le paraître. Une chose qui nous est chère a plus de prix, lorsqu'elle est seule, que lorsqu'elle ne l'est pas ; c'est pourquoi on ne punit pas également celui qui a enlevé un œil à celui qui n’en avait qu'un, et celui quiena enlevé un à celui qui les avait tous les deux ; car on a enlevé au premier ce qu'il avait de plus cher. Voilà à peu près les lieux qui peuxent fournir des arguments pour conseiller et pour dissuader.