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LA BALANCE ÉCONOMIQUE
Malgré tous les inconvénients signalés dans le premier chapitre de cet ouvrage, l'agriculture constitue, nous le répétons, la base de notre prospérité économique.
C’est grâce à notre exportation agricole que la Balance économique s’est soldée presque régulièrement en notre faveur.
L’ancienne doctrine de la balance du commerce, c’està-dire de l’utilité de l’excédent des exportations sur les importations, repose — comme le remarque Mr. Paul Leroy Beaulieu *) — sur une interprétation incomplète des faits. Des pays très riches, comme la France et l’Angleterre, importent régulièrement beaucoup plus de marchandises qu’ils n’en exportent et pourtant la richesse de ces pays ne fait qu’augmenter. Ainsi l’excédent des importations sur les exportations s’est élevé en Angleterre, pour l’année 1912, à 145.679.501 livr. st. En France cet excédent s’est chiffré, à la même époque, par 1.310 millions.
La doctrine de la balance du commerce, réfutée ainsi par des faits indiscutables, n’en contient pas moins une part de vérité; elle est erronée surtout parce qu’elle omet certains éléments importants. «D’abord, nous dit Mr. Leroy-Beaulieu, les calculs douaniers sont sujets à erreur, puisqu’ils reposent sur les simples déclarations des commerçants, lesquelles sont vérifiées sur beaucoup d’articles à l’entrée, à cause des droits de douane et ne le sont nullement à la sortie. En outre, les valeurs cotées pour les exportations représentent, en général, les prix de fabrique grossis de frais jusqu’à l’arrivée dans le port d’embarquement; elles ne comprennent pas, d’ordinaire, le bénéfice du fabricant et des intermédiaires divers.
9 Traité théorique et pratique d'économie politique, IV, p. 176.
Ces valeurs, à l’exportation, ne renferment pas non plus le coût du fret. Au contraire, les valeurs cotées pour les importations contiennent tous ces éléments. Du fait de ces circonstances, l’écart réel entre les importations et les exportations se trouve singulièrement réduit en réalité».
Dans son exposé de motifs du projet du tarif général douanier, élaboré en 1904, le ministre des finances, Mr. Emile Costinesco, cherche à établir une balance commerciale plus précise en ce qui concerne la Roumanie; en tenant compte de tous les éléments indiqués par l’économiste français, il évite autant que possible de prendre en considération les valeurs importées et exportées et fonde ses calculs en se basant principalement sur les quantités .
De cette manière on arrive à connaître d’une manière beaucoup plus exacte la situation de notre commerce extérieur.
A ne considérer que les valeurs et en négligeant les quantités, le déficit total du pays, résultant de son commerce général de 1877 — 1901, aurait été de un milliard 391 millions. En ajoutant à ce déficit le paiement des annuités de notre dette publique, les sommes considérables qui sortent du pays, emportées par les entrepreneurs, ouvriers, maisons de banque et de commission étrangères, etc., ainsi que les autres dépenses — nous les énumérons plus loin — effectuées par les Roumains à l’étranger, nous arrivons à un chiffre qui dépasse, certainement, deux milliards et demi. Si ces chiffres étaient exacts, le pays devrait être complètement ruiné. La vérité est, au contraire, qu’il a réalisé de très grands progrès non seulement sur le terrain économique mais dans toutes les directions, ce qui ne s’expliquerait pas sans une augmentation de la richesse.
Si, au lieu d’examiner les valeurs, nous considérons les quantités, nous constatons qu’à part l’année 1899, une année désastreuse pour notre agriculture, le commerce d’exportation de notre pays présente une hausse constante et progressive tandis que le commerce d’importation est plutôt stationnaire et accuse même, pendant une longue période, une certaine diminution.
Par l’examen des quantités nous arrivons beaucoup plus facilement à nous expliquer l’état prospère du pays.
Le tableau suivant concernant les importations et les exportations de la Roumanie depuis 1880 jusqu’en 1913, nous fera mieux saisir la différence entre les valeurs et les quantités.
LA BALANCE ÉCONOMIQUE