IMPORTATION
Quantités
Quantités
Y aleurs
Tonnes
Tonnes
Si l’on veut traduire ensuite les quantités en valeurs, on constate que les données de nos statistiques sont, en ce qui concerne l’exportation, au dessous de la réalité tandis que pour l’importation elles sont de beaucoup au dessus.
En tenant compte de tous les éléments qui faussent la balance du commerce telle qu’elle résulte des données statistiques, Mr. E. Costinesco arrive à la conclusion que pendant 23 années, allant de 1879 à 1902, il y a eu, en réalité, un excédent des exportations sur les importations, s’élevant à 1 milliard 561 millions au lieu que les données officielles accusaient un déficit de 1 milliard 391 millions de francs.
Ce chiffre, donné par Mr. E. Costinesco, est-il exact? Nous le croyons beaucoup au dessous de la réalité.
La balance du commerce, telle qu’elle résulte de données soigneusement examinées (et non pas seulement de la comparaison des valeurs à l’importation et à l’exportation) contient, comme nous le disions plus haut, une part indiscutable de vérité : un pays a intérêt à exporter plus qu’il n’importe surtout quand son commerce d’exportation lui procure ses principales ressources. Des pays comme l’Angleterre et la France qui tirent d’immenses bénéfices de leur marine marchande, des exportations dites „occultesa, effectuées par les nombreux étrangers riches qui viennent y faire des achats ou des capitaux placés à l’étranger, peuvent importer sans inconvénient plus qu’ils n’exportent; mais, pour un pays comme la Roumanie, la valeur réelle des importations ne doit pas dépasser l'exportation et doit même rester sensiblement inférieure.
Pour cette raison la balance du commerce doit être prise en sérieuse considération quand on examine la situation économique du pays à un moment donné.
Mais les économistes font une distinction entre la balance du commerce et la balance économique qui doit tenir compte de tous les éléments négligés par l’ancienne doctrine.
La balance économique se préoccupe non seulement des relations commerciales mais aussi des opérations financières de toutes sortes se rattachant au déplacement des capitaux et des personnes.
Les pays très riches comme la France, l’Angleterre, la Hollande ont placé des capitaux dans d’autres pays moins avancés, soit en rentes d’Etat soit dans des industries privées. Les rentes de c.es capitaux reviennent dans ces contrées soit sous la forme de numéraire soit sous la forme de marchandises.
LA BALANCE ÉCONOMIQUE
Pour ces pays, les importations représentent souvent, pour une bonne part, le bénéfice afférent au placement de ces capitaux.
De même, les déplacements des personnes constituent un nouvel élément de richesse qui permet l’augmentation du chiffre des importations sans provoquer aucune diminution du capital national.
Cherchons maintenant, ces principes une fois posés, à examiner la balance économique du pays; auparavant nous tâcherons de compléter le tableau de M. Costinesco jusqu’en 1913.
En le complétant nous arrivons malgré des années exceptionnelles, à un excédent de 900 millions à peine pour la période 1902 — 1903 ce qui aurait comblé, en partie, le déficit de la période précédente maïs n’aurait, en aucun cas. contribué à augmenter la richesse du pays.
Le pays n’aurait jamais pu, dans ce cas, faire face à ses engagements, étant donné qu’en dehors du prix des importations, nous avons à solder des dépenses considérables de différentes natures.
La Roumanie, est obligée chaque année, de faire d'énormes paiements à l’étranger; or, ces paiements elle ne peut les effectuer qu’en échange de l’exportation de ses récoltes.
Le capital nominal de notre dette publique s’élevait à la date du 1-er Avril 1916 à 1.718.386.499 lei1).
La plus grande partie de la dette publique est placée à l’étranger. L’annuité qui était, en 1913/14, de 85.648.067 lei a été payée de la manière suivante:
En Allemagne . . . Lei 46.335.402 „ France .... „ 37.791.095 „ Belgique .... „ 81.980
Total . . . Lei 84.208.477
L’annuité pour l’exercice 1916/17 est de 112.232.324 lei. Far suite des besoins de capitaux des pays belligérants, de nombreux capitalistes français et surtout allemands ont été obligés de vendre de la rente roumaine; des titres de rente pour près de 100 millions2) sont rentrés dans notre pays en 1915 et 1916. La proportion des paiements effectués à
0 Dans ce chiffre ne sont pas compris les emprunts effectués pour la défense nationale.
3) Mr. N. Teianu évalue, dans le Nationalul, le total de ces rentrées de rentes à 157.830.000 lei.
l’étranger a subi une modification, mais il est certain que la très grande majorité de nos rentes (près de 80 pour cent ) se trouve entre des mains étrangères. Les paiements effectués en Roumanie se chiffraient en 1905 par 8.994.109 lei1). Cette somme doit s’élever maintenant à plus du double.
Les emprunts contractés par les départements se chiffrent pari. 925.625 lei et les emprunts des villes du Royaume par 18.007.719 lei aux annuités. La ville de Bucarest figure dans ces annuités avec 8.263.563 lei. Le Crédit Rural de Bucarest a émis des lettres foncières du type 5°/0 d’une valeur de 441.445.397 lei et des lettres foncières du type 4% d’une valeur de 19.536.990 lei, soit un total de 460.983.387 lei 2).
L’intérêt cle ces capitaux s’élève annuellement à 22.853.745 lei.
Le Crédit Urbain de Bucarest a émis, de son côté, des lettres de gage type 5% d’une valeur de 175.580.900 3).
Ce capital exige un intérêt de 8.900.787 francs.
Le Crédit Urbain de Iassv a émis des lettres foncières d’une valeur de 34.820.200 ; celui de Craiova d’une valeur de 1.327.000. Le Crédit viticole a émis des obligations pour 8.286.100, la Caisse Rurale pour 101.194.000 et la société poulies habitations à bon marché, 8.333.000. Nous ne possédons pas d’informations précises sur les annuités payées par ces institutions à l’étranger. Il est probable qu’un dixième au moins de ces titres se trouvent entre les mains de personnes n’habitant pas la Roumanie.
Au chiffre de tous ces paiements il faut encore ajouter les dépenses effectuées chaque année par l’Etat sur les excédents budgétaires. Une partie de ces excédents est affectée à des travaux d’utilité publique, à des fournitures à l’armée qui nécessitent des commandes, faites jusqu’ici aux fabriques allemandes, autrichiennes ou belges. Ajoutons encore les subventions accordées aux écoles roumaines de Macédoine (600.000 francs par an). Nous ne devons pas oublier, non plus, les bénéfices réalisés par les grandes banques particulières, telles que la Banque Générale Roumaine, la Banque de Crédit Roumain, The Bank of Roumania L-ed, la Banque
x) Voyez Expunerea situatiunei financiare a tezaurului public la 30 Septembre 1905, p. XLIX.
2) En circulation au 31 Décembre 1915. Voir: Compte-rendu du Conseil d’administration , p. 5.
*) En circulation au 31 Décembre 1915. Voyez Compte-rendu du Conseil d’administration , p. 6.
LA BALANCE ÉCONOMIQUE
Commerciale Roumaine, la Loterie de l’Etat1) qui ont été fondées en grande partie avec des capitaux étrangers, bénéfices considérables qui vont grossir la somme de nos paiements à l’extérieur. Un certain nombre meme des actions de notre première institution de Crédit, la Banque Nationale, émises à 500 francs, dépassant maintenant 5.300 fr., se trouve entre les mains de porteurs étrangers. Les actions des sociétés d’assurances telles que la National a 2), la Dada , la Generala se trouvent, en partie, à Trieste, à Vienne, à Berlin.
Nous pouvons dire la même chose de la Compagnie du Gaz de Bucarest, des sociétés d’électricitp, de quelques sociétés de tramways ainsi que des sociétés étrangères qui exploitent nos forêts.
A ce total déjà imposant, ajoutons les intérêts de certaines créances hypothécaires qui sont détenues par des capitalistes de Trieste. et de Vienne, créances qu’on peut facilement évaluer à une dizaine de millions.
Mentionnons encore les revenus des grandes propriétés rurales appartenant à des propriétaires qui n’habitent pas le pays. D’après le Rapport sur le recensement fiscal de 1905 3) ces revenus s'élevaient à celte époque à 4.741:113 francs; ils sont aujourd’hui sensiblement les mêmes; le nombre de cette catégorie de propriétaires a diminué mais la valeur des terres ayant augmenté le revenu total s’est maintenu à peu près au même chiffre.
Nous ne pouvons pas négliger, dans cette énumération, les bénéfices réalisés par les entrepreneurs de constructions ou de travaux publics et qui, la pluspart, quittent le pays une fois fortune faite.
La liste est loin d’être close.
On sait qu’en Roumanie les propriétaires d’immeubles ruraux (à part les paysans) n’exploitent généralement pas eux mêmes leurs terres. Le dernier recensement nous apprend, qu’en ce qui concerne la grande propriété, 'les revenus des propriétés exploitées directement s'élevaient à 91.168.883 francs, tandis que les revenus des propriétés affermées s’éle-
p Avant la création de la Loterie d’Etat, 6 à 7 millions sortaient chaque année du pays. La nouvelle institution présente au moins cet avantage qu’elle retiendra chez nous une partie des sommes considérables qui alimentaient les loteries hongroise et allemande.
2) En 1915, sur un total de 15.000 coupons, la Nationala a acquitté 2.13S coupons à l’étranger.
J) Rapport présenté à Mr. le ministre des finances par N. R. Capitaneano, secrétaire général, p. XIII.
vaient à 75.727.585 fr. Or, parmi les fermiers il y a beaucoup d’étrangers, qui ont l’habitude d’envoyer le plus clair de leurs bénéfices dans leur pays. Elles sont nombreuses les fortunes faites sur le sol roumain, qui sont allées enricher des héritiers domiciliés à Athènes ou qui ont été léguées à des œuvres de bienfaisance ou des fondations culturelles hélleniques.
Nous pouvons en dire autant en ce qui concerne un certain nombre de commerçants étrangers. Le défunt banquier Evloghie Gheorghief a laissé plus de six millions à l’Etat bulgare.
Nous mentionnerons encore dans cette liste, suffisamment longue, les sommes assez importantes dépensées à l’étranger par les nombreux Roumains qui y résident pour leurs études ou qui voyagent pour leur agrément ou pour soigner leur santé x).
D’après les informations que nous avons recueillies près de 1.500 étudiants font leurs études aux universités et écoles spéciales françaises, allemandes, autrichiennes et belges. En prenant une moyenne de 4.500 francs par étudiant nous arrivons, pour ce chapitre, au chiffre de 6.750.000. Nous ne devons par oublier les 5 à 600 éleves de lycée et de pensionnats pour jeunes filles, pour lesquels nous devons compter encore 2.500.000 lei.
Le nombre des Roumains fréquentant, en été, les établissements balnéaires de l’étranger, peut être évalué à 5000; à raison de 3.000 lei chacun — chiffre au dessous de la réalité — nous arrivons à un total de 15.000.000.
Des sommes considérables sont représentées # par les dépenses faites à l’occasion de voyages d’agrément à Paris* 2), Nice, en Suisse, à Monte-Carlo, etc. On peut les estimer à 10.000.000.
Le total de toutes ces dépenses s’élève à 34.200.000 peutêtre à 40.000.000.
Enfin, pour terminer, signalons les sommes exportées
0 Mr Michel fluber, dans une étude sur Les Etrangers à Paris, (Bulletin de la Statistique générale de la France p. 380) donne le chiffre des Roumains présents dans cette ville en 1911: 5.856.
Paris comptait à cette époque 5.887 Espagnols, 2.682 Hollandais. 1.859 Hongrois, 11.765 Anglais. On peut juger, par comparaison, du grand nombre de Roumains séjournant dans la Capitale de la France.
2) Le nombre de passeports délivrés chaque année par la préfecture de police de Bucarest varie entre 5—6.000. Les préfectures de district doivent en délivrer au moins autant.
LA BALANCE ÉCONOMIQUE
par les ouvriers italiens, par les nombreux ouvriers bulgares1), serbes ou ruthènes de Galicie qui viennent chaque été, dans notre pays, pour être employés aux travaux agricoles ainsi que les économies réalisées par les domestiques roumains de Transylvanie et de Hongrie, au nombre de 30 à 40.000 environ et qui constituent la majeure partie de nos gens de service.
Nous ne comptons pas dans le chiffre de tous les paiements effectués à l'étranger, les bénéfices réalisés par les industriels qui ont créé dans notre pays des fabriques avec du capital étranger ou qui ont mis en exploitation des terrains pétrolifères. L’activité de ces industriels n’a pas eu pour résultat de faire émigrer des capitaux qui, sans eux, seraient restés dans le pays. Ils ont créé, à l’aide de leurs moyens de production, des richesses nouvelles; tout ce qui a été dépensé dans le pays comme résultat de leurs entreprises: paiement de la main d’œuvre et du personnel en général, frais de transport, impôts, frais généraux, achat de matières premières, constitue un réel bénéfice pour nous. Sans eux nous aurions continué à être tributaires de l’étranger pour la totalité de la valeur des produits qu’ils fabriquent; grâce à eux au moins une partie de cette valeur est représentée par du travail national ; grâce à leurs capitaux, en admettant même que la moitié des bénéfices aillent à l’étranger, le pays, loin de s'appauvrir s’enrichit en réalité. Des sommes importantes, payées auparavent à l’étranger restent, en effet, dans le pays* et le montant de ces sommes augmente chaque année.
Le total des paiements à effectuer à l’étranger et que nous avons énumérés s’élève chaque année, d’après les estimations les plus modérées à 200.000.000 francs. A ce chiffre il faut ajouter la valeur des importations moyennes des cinq dernières années.
Quelles sont maintenant les sources de richesse de la Roumanie ? Par quels moyens sommes-nous en état de remplir nos engagements, d'acquitter toutes nos dettes, de payer tous nos achats ?
0 D’après les calculs de Mr. Ulrich Scheidemann, ancien attaché pour les atïaires agricoles près la légation d’Allemagne à Bucarest, les jardiniers bulgares rapportent bon an mal an 15.000.000 dans la mère patrie.
Nous n’avons, pour solder nos importations et pour faire face à tous ces paiements, ni capitaux placés à l’étranger, ni une nombreuse marine marchande, ni ouvriers qui aillent chercher de l’ouvrage hors de nos frontières, ni étrangers qui viennent dépenser leur argent chez nous. Notre principale source de richesse est et restera encore longtemps l’agriculture. L’industrie nationale, quoique déjà florissante, suffit à peine à alimenter une partie des besoins de notre marché intérieur ; elle compte encore très peu — le pétrole excepté — pour ce qui a trait au commerce extérieur.
Notre commerce d’exportation comme nous l’avons démontré plus haut, constitue donc presque l’unique source d’où nous tirons les moyens qui nous permettent d’acquitter nos dettes envers l’étranger.
La conclusion à tirer de ces deux constatations c’est que la valeur de notre commerce d’exportation doit être beaucoup plus grande que celle qui nous est donnée par les statistiques officielles. L’excédent de valeur de nos exportations sur les importations doit dépasser de beaucoup la moyenne de 61.729.000 indiquée par les documents officiels pour la période 1901 — 1905 et la moyenne de 83.692.509 pour la période 1906—1913.
Nous croyons ne pas exagérer en l’évaluant à 250 ou 270 millions au moins par an.^
On ne s’expliquerait pas autrement l’accroissement constant de la richesse du pays.
Or cet accroissement est indéniable. Il s’accentue d’année en année.
Mais dans quelle mesure s’est produit cet enrichissement ?
L’AUGMENTATION DE LA RICHESSE
M. E. Costinesco, dans son exposé des motifs, si intéressant et si documenté, du tarif douanier de 1904, prend comme base de ses recherches sur l’augmentation de la richesse publique la puissance de consommation du pays, observée pendant une période de plus longue durée. *11 nous explique pourquoi il fonde ses observations sur cet élément. Il se peut, qu’à une certaine époque, la consommation d’une nation dépasse sa puissance de production, mais cette consommation excessive ne peut se maintenir longtemps; au bout de quelques années, si les forces de production n’ont pas augmenté, la consommation devra nécessairement diminuer et l’équilibre sera de nouveau rétabli. Une consommation excessive peut se maintenir pendant deux, trois ans, mais jamais pendant une période de 20 ans. Par conséquent, une consommation en croissance continue pendant 20 ans sera le signe le plus indubitable d’un accroissement des forces de production et, par suite, de la richesse publique. Pour illustrer par des chiffres cette affirmation, le ministre des finances montre que, dans la période de 1879 à 1902, — abstraction faite de certains excès de consommation, compensés par des baisses immédiates — la consommation des produits d’usage courant et qui ne sont pas fabriqués ou cultivés dans le pays, a été en augmentant. Ainsi, en 1879, nous importions 3.613.000 kgr. de riz; en 1902, la consommation s'élève à 9.552.000 kgr. La consommation du café passe, en 23 ans, de 804.000 à 2.212.000 kgr. celle des tissus de laine üne passe de 348.000 kgr. à 1.625.000 kgr.; celle des tissus de coton blanc ou de couleur de 1.610.000 à 2.414.000 kgr.; celle des tissus de coton imprimés (indiennes) de 953.000 à 6. 213.000 kgr. etc.
Il faut observer que pendant que la consommation des objets d‘un emploi courant a presque quadruplé , celle des objets de luxe est restée en grande partie stationnaire. Ce serait là une preuve que la richesse s*est lépandue surtout dans le peuple et non pas seulement dans les classes supérieures.
La conclusion à laquelle arrive M. E. Costinesco est que la consommation ayant quadruplé , la richesse publique à quadruplé , elle aussi, pendant les 20 années qu’ils a prises en considération.
Nous compléterons quelques chiffres de Mr. E. Costinesco en ce qui concerne la dernière période de dix ans. En 1913 la consommation de riz a élé de 12.731.097 kgr. (3 millions de plus qu’en 1902); celle du café de 3.589.302 kgr. (1.300.000 de plus qu’en 1902). La consommation du sucre indigène passe de 8.354.643 kgr. en 1900, à 27.460.046 en 1910 et à 37.507.881 en 1914. La proportion est la même pour les autres articles.
En tenant compte de ces dernières augmentations ont pourrait soutenir que la richesse publique a quintuplé en 30 ans.
Il est certain que les faits sur lesquels Mr. E. Costinesco a tablé son argumentation doivent être pris en sérieuse considération et qu’ils peuvent être regardés comme un élément important d’appréciation de raccroissement de la richesse du pays; mais cet élément seul ne peut nous donner une indication positive car le rapport entre la consommation et la production 'présente des perturbations bien plus importante que celles qu’a signalées l’éminent homme d’Etat.
En premier lieu il faut tenir compte de l’augmentation de la population. En 1879 la Roumanie avait 4.529.568 habitants; en 1902 le pays comprend 6.195.752 habitants, donc une augmentation de près de 36 °/0 ; en 1913 le chiffre de la population est de 7.352.855, donc par rapport à 1879 une augmentation de 63°/0 et par rapport à l’année 1902 de près de 20°/0.
Dans ces conditions la richesse du pays, dans la période de 1879 — 1902 n’a pu augmenter que dans la proportion de 1 à 2 V2 et dans la période de 1879 à 1913 de 1 à 372.
Mais cette proportion doit être encore réduite quand on observe que conjointement à l’accroissement de la consommation on observe chez nous une augmentation des charges qui grèvent la propriété en général; sur la grande propriété agricole pèsent (en dehors de l’impôt) les annuités du Crédit foncier rural, les intérêts des créances hypothécaires, les dettes contractées au Crédit agricole, aux ban-
L’AUGMENTATION DE LA RICHESSE
ques privées ou chez les particuliers. En 1881 la dette envers le Crédit rural s’élévait à 62.722.700 lei; en 1905 la dette était de 288.907.377 lei; elle avait donc plus que quadruplé. En 1915 cette dette était de 461.687.270 lei; elle était donc huit fois plus grande.
Les créances hypothécaires particulières s’élevaient en 1900 à 177.699.642 ; elles représentent aujourdhui plus du double.
Le revenu de la grande propriété rurale (audessus de 100 hectares) qui était en 1905 de 102.425.706 lei, était en 1908 de 166.560.164 lei (le revenu global des 1.260.886 propriétaires ruraux était de 251.076.813).
Si nous comptons toutes les charges (nous laissons de côté l’impôt foncier) qui pèsent sur le capital, représenté par le revenu ci-dessus, la conclusion à laquelle nous devons arriver est que si la richesse et la valeur de la propriété en général, de la propriété rurale en particulier, ont augmenté, il est certain que les charges, du moins pour certaines catégories de propriétés, ont augmenté dans une proportion un peu plus forte.
On peut dire la même chose de la propriété urbaine dont le revenu était en 1908 de 69.625.592. Les charges de cette propriété ont aussi augmenté ; ainsi la dette au Crédit Urbain a passé de 34.203.700 lei. en 1899, à 173.595.888 lei en 1915. Les dettes hypothécaires aux banques ou chez les particuliers ont augmenté dans la même proportion.
En ce qui concerne la propriété rurale, petite ou moyenne (jusqu’à 10 hectares) il est difficile de préciser à combien s’élèvent les charges qui la grèvent. Le revenu de ces propriétés, d’après le dernier recensement, est de 128.007.496 fr. pour la petite propriété jusqu’à 10 hectares et de 25.045.040 fr. pour la propriété moyenne de 10 à 100 hectares.
La petite propriété rurale, dans la grande majorité, ne pouvant être hypothéquée, il nous est naturellement impossible de parler des charges qui la touchent directement; nous devons donc nous borner à mentionner les charges qui pèsent sur les cultivateurs eux-mêmes et qui se traduisent par une diminution de leurs revenus qui proviennent en grande partie de l’exploitation de la terre. Les charges consistent en dettes envers le Crédit agricole, les Banques populaires et les particuliers. Les intérêts de ces dernières dettes sont, en général, excessifs.
La question est de savoir maintenant si ces charges pèsent moins sur les petits cultivateurs à l’heure actuelle qu’il y a 30 ans.
Nous ne pouvons avoir des chiffres exacts à cet égard, niais nous avons suffisamment d’éléments pour en tirer la conclusion que l'accroissement de la puissance de consommation des petits propriétaires de terres n’a pas toujours marché de pair avec l’accroissement des moyens de production — dans beaucoup de régions tout au moins.
La consommation1) a augmenté dans les villages, cela est incontestable, mais l’intensité du travail à accomplir pour subvenir à cette consommation a augmenté aussi ; cet accroissement de consommation a été payé non seulement par une augmentation de la production, mais encore, en partie, par une diminution de la force vitale de notre population rurale. Ce que le grand propriétaire a payé par une hypothèque sur sa terre, le petit cultivateur l’a souvent payé au prix de l’altération de sa santé.
Dans une pareille matière, à défaut de données positives établies par départements, nous devons nous garder cependant de considérer comme général un phénomène qui s’est produit dans des régions assez étendues, nous le reconnaissons. Mais il suffit qu’il ait atteint des couches nombreuses de notre population rurale pour que nous ayons le devoir de le signaler. L’accroissement de la richesse du pays ne pourra être considéré comme un phénomène généralement satisfaisant que lorsque nous pourrons constater, en même temps, une régénération de la population dans les localités où elle présente, à l’heure actuelle, des signes évidents de dépression physique.
Par l’extensfon de l'instruction à tous les degrés, par le contact de plus en plus grand entre la population des villages et celle des villes, grâce aux facilités de communication, des besoins nouveaux, des désirs nouveaux, des aspirations à une vie plus commode, se sont propagés dans la population. Cette tendance vers une existence meilleure et plus luxueuse se manifeste d’ailleurs, de plus en plus, dans les villages, comme dans les villes.
Nous avons donné pendant de longues années à notre enseignement de tous les degrés une direction si peu pratique, que, chaque année, une foule de gens ont été détournés des occupations productives et jetés dans des carrières
l) On observe dans certains départements une augmentation de la consommation d’objets qui étaient considérés auparavant par les paysans comme des objets de luxe (surtout en ce qui concerne les vêtements des femmes), mais on ne constate pas une augmentation dans la consommation des aliments.
L’AUGMENTATION DE LA RICHESSE 77
stériles, après avoir été initiés à une culture supérieure, au contact de laquelle leurs goûts se sont affinés et leurs besoins ont grandi. Les écoles de village, les gymnases, les lycées, les universités, n’ont eu, pendant une longue série d’années, d’autre effet que d’accroître les classes improductives et d’augmenter leur force de consommation.
Dans les classes supérieures, le phénomène a eu pour résultat une poussée plus forte et plus violente vers les fonctions publiques et les carrières dites libérales ; dans les classes inférieures, le phénomène s’est traduit par une insuffisance d’alimentation.
Les charges croissant, les besoins de luxe se multipliant, le travail dans ces classes est devenu plus intense, tandis que l’alimentation restait à peu près la même. Aussi observe-t-on dans beaucoup de régions une dégénérescence physique. Mr. le Dr. G. Marinescu nous montre qu’en 1888, il y a avait 10.626 personnes atteintes de la pellagre, et qu’en 1905 le nombre des pellagreux s’élèvait à près de 100.000.
Cette insuffisance d’alimentation ou cette mauvaise alimentation a eu pour conséquence une augmentation de l’alcoolisme. C’est, un fait prouvé que l’alcoolisme ne se développe que dans les pays ou dans les classes où le régime alimentaire laisse à désirer. Le meilleur moyen de combattre l’alcoolisme, c’est d’améliorer la nourriture. Il n’est pas moins vrai que l’élévation des droits sur l’alcool peut avoir aussi pour effet de restreindre l’alcoolisme.
Afin de nous rendre compte si l’alcoolisme a tendance à croître ou à décroître chez nous, nous comparerons entre elles seulement les périodes où les droits sont restés les mêmes. Ainsi, en 1887 — 88, avec le droit de 8 centimes par degré, et par décalitre d’alcool de céréales, la consommation a été de 8.780.637 litres; en 1888—89 avec les mêmes taxes elle a été de 8.682.801 litres.
Dans la période 1889—96, avec le droit réduit de 5 centimes par degré, la consommation s’est élevée à une moyenne annuelle de 21 millions de litres.
On est revenu, en 1896, au droit de 8 centimes par degré et la consommation, pour la période de 1896 à 1899, varie entre 14 et 31 millions de litres ; donc, avec le même droit, la consommation est en croissance.
En 1899, le droit est porté à 12 centimes, et, en 1901, il est réduit à 10 centimes. La consommation décroit rapi-
dement ; elle ne se relève un peu qu’à partir de 1911 1). Avec la nouvelle taxe de 15 centimes il est certain que la consommation diminuera de nouveau. L’élévation du droit est donc la seule cause de la décroissance de la consommation de l’alcool.
Eln Roumanie, nous dit M. L. Colesco, dans son étude sur la Statistique des boissons alcooliques , la quantité de boissons spiritueuses consommées pendant la période 1889 à 1893 a été de 7,3 litres par tète d’habitant, non compris la consommation de la tzouica (alcool de prunes). La consommation des boissons spiritueuses (non compris la tzouica) tombe, pendant la période 1899 — 1903 à 5 litres d’alcool absolu par tête.
Nous ne pouvons qu’approuver l’élévation des droits sur l’alcool et nous regrettons que ces droits ne soient pas plus forts. La loi qui a réglementé le nombre des cabarets, en fixant un maximum pour un nombre déterminé d’habitants, a contribué à restreindre l’alcoolisme2); leur nombre devrait être réduit devantage.
Quoiqu’il en soit, la restriction de la consommation des boissons spiritueuses provient d’une mesure prise par l’Etat et non du fait de l’amélioration de la nourriture des paysans, qui aurait eu également pour résultat, indépendamment de l’élévation des droits, une diminution de la consommation.
Une autre conséquence de la mauvaise alimentation est la grande mortalité infantile.
Si nous considérons la moyenne de la mortalité infantile (de 0— à 5 ans) pendant la période 1901—1905 nous trouvons les chiffres suivants:
Décédés au- dessous de 5 ans
% du total des naissances
9 1911 -1912 = 15 600.881 litres.
2) 11 n’y a maintenant en Roumanie que 15.848 cabarets.
En 1886 il y en avait 23.533 et en 1904 leur nombre était à 20.367.
L’AUGMENTATION DE LA RICHESSE
La situation ne s’est par améliorée depuis 1905. Nous avons en 1913 sur un total de 309.625 nés vivants 95.675 enfants décédés au dessous de 5 ans, ce qui fait 30.90°/o, et en 1914 sur 327.345 nés vivants 93.729 enfants décédés soit une proportion de 28.63°/0.
Cette mortalité est certainement due, en grande partie, au mauvais état hygiénique provenant d’une mauvaise alimentation; car la population, quelle que soit sa puissance de reproduction, a toujours une tendance organique à s’adapter aux moyens de subsistance, et ces moyens, chez nous, sont insuffisants. La prospérité d’une nation, comme le fait très bien observer l’éminent l’économiste italien Fr. S. Nitti, est d’autant plus grande que le nombre des enfants qui arrivent à l’âge adulte est plus considérable. La trop grande mortalité infantile et le trop petit nombre d'enfants qui arrivent à l’âge adulte est une preuve que le développement de nos forces réelles de production ne va pas aussi vite qu’on le croit généralement.
L’alimentation du paysan roumain est encore très insuffisante; le maïs constitue un aliment lourd, indigeste, provoquant, quand il n’est pas bien mûri, une des maladies les plus terribles, la pellagre; la viande est rarement consommée par la population" villageoise, le lait fait très souvent défaut dans l’alimentation des enfants1); le sucre, cet aliment si nécessaire à l’enfance est un objet de grand luxe à la campagne.
La consommation du sucre en Roumanie est de 5 kilogrames par tête d’habitant; elle est de 18 kgr en France, de 19 kgr en Allemagne de 29 en Suisse, de 39 en Angleterre et au Danemark.
Il est difficile, en examinant l’augmentation de la consommation de certains objets de première nécessité, d’établir une proportion entre ce qui revient sur cette augmentation aux communes rurales et ce qui doit être attribué aux communes urbaines. Etant donné l’essor qu’ont pris nos villes, où ont été fondées, dans les derniers temps, presque toutes les institutions financières, commerciales et industriels, étant donné le grand nombre de fonctions qui ont été inscrites au budget, depuis une dizaine d’annés, ainsi que la création de nombreuses unités militaires, dont la résidence est dans nos principales villes, il y a lieu de croire
9 La Roumanie ne possède que 135 vaches par 100 habitants ; le Danemarck en possède 41, la Suisse 223, l’Autriche 18.
que l’augmentation de la consommation a été infiniment plus grande dans les villes que dans les campagnes.
Nous ne devons pourtant pas nous laisser porter à des exagérations; ainsi la diminution de la consommation du maïs depuis 1876 D constatée par Cr. Serban, ne doit pas être entièrement attribuée à une alimentation de plus en plus insuffisante du paysan; on doit l’attribuer plutôt au fait que dans certaines régions les paysans ont commencé à consommer du pain.
Il n’en est pas moins vrai que l’alimentation du paysan est médiocre; cette alimentation n’a pas diminué comme quantité, mais le travail du paysan étant plus intense, la nourriture du travailleur des champs n'a pas suivi cette progression dans l’intensité de l'effort.
Dans notre essor vers le progrès, dans nos efforts pour élever le niveau du pays, dans nos aspirations vers une existence matérielle meilleure et vers une organisation sociale et politique plus parfaite, nous n’avons pas toujours choisi les moyens les plus propices pour atteindre notre but. Les avantages obtenus d’un côté ont été compensés par des pertes d’autre part.
Dans cette période d’adaptation à un nouvel état de choses, il était difficile pourtant que nous ne passions pas par ces inconvénients et ces souffrances.
C’est pourquoi nous sommes d’avis que l’accroissement de la consommation dans les 30 dernières années présente aussi un côté peu satisfaisant ; aussi, devons-nous tenir compte d’autres éléments §i nous voulons savoir dans quelle proportion exacte s’est accrue la richesse réelle du pays.
Nous croyons cependant que plusieurs des maux signalés disparaitront peu à peu.
Le progrès, à cet égard, dépend de plusieurs facteurs et non pas seulement de l’intervention de l’Etat; l’extension de l’esprit d’économie augmentera la richesse des paysans et par suite leur possibilité d’améliorer leur manière de vivre; nous attendons beaucoup du développement des Banques populaires, des sociétés coopératives paysannes et de
p Consommation moyenne par (ète d’habitant:
. . . 230 kgr.
L’AUGMENTATION DE LA RICHESSE
l’affermage en commun des domaines de l’Etat et des établis^ sements publics à des associations paysannes.
.11 y a d’autres signes plus satisfaisants que l’accroissement de la consommation qui nous indiquent avec plus de certitudele développement de la richesse du pays.
Nous noterons, tout d’abord, l’augmentation de l’exportation, et spécialement, l’augmentation de l’exportation des quantités et non des valeurs.
Nous avons publié plus haut le tableau indiquant la marche de notre commerce extérieur dans ces 30 dernières années :
Pendant celle période l’exportation a triplé , passant de 1.603.000 tonnes à une moyenne de 4.700.000 tonnes.
Malgré la circonspection avec laquelle on a opéré, dans ces derniers temps, la transformation des quantités en valeurs, nous croyons que les chiffres concernant la valeur de l’exportation ainsi que de l’excédent de cette exportation doivent être beaucoup plus élevés que ceux qui sont indiqués dans les données officielles. La moyenne de l’excédent, à notre avis, doit en réalité atteindre au moins 250 à 270 millions.
Malgré cette exportation considérable nous n’aurions évidemment pas pu effectuer tous ces paiements à l’étranger, et nous n’aurions pas atteint un état suffisamment prospère si l’importation avait augmenté dans les mêmes proportions.
Dans le tableau statistique que nous avons reproduit précédemment, on voit que cette importation, est, à l’exception des trois dernières années1) stationnaire. La cause de cette décroissance, c’est la création d’une industrie nationale.
Nous avons énuméré les principales branches industrielles dans le chapitre industrie nationale “ ainsi que dans l’étude sur „Les relations économiques entre la France et la Roumanie u où l’on trouve tous les détails relatifs au capital, aux bénéfices etc.
La conquête du marché intérieur a été obtenue très rapidement. En 1881, les minoteries de Budapest nous four-
l) Les chiffres élevés de l’importation pour les années 1911, 1912 et 1913 s’expliquent par les progrès de notre industrie Voici quelques articles :
Tubes en fer laminé, importation en 1913 .... 37.268.619
Fer laminé . 11.329.211
Tôles et plaques en fer . 10.596.935
En 1913 on a importé aussi der armes à feu pour . . 21.726.928
nissaient 7.595.928 kgr. de farine et nous recevions, en 1888, d’ Autriche-Hongrie, d’Allemagne et de France 17.000.000 kgr. de sucre et de glucose.
Aujourd’hui, l’industrie de l’alimentation est arrivée à une production qui représente une valeur de plusieurs dizaines de millions de lei et nous avons commencé même à exporter certains articles; nous produisons tout le sucre nécessaire à notre consommation et nos moulins exportent de la farine pour plus de trente millions de lei.
La création d’une industrie nationale et la suppression de l’importation, obtenue au moyen de l’élévation des droits de douane, a donné au pays, il y a déjà vingt ans, pour quelques articles seulement, un bénéfice de 52 millions par an.
Ainsi— pour donner quelques exemples:
Sur la farine, dont nous aurions importé 14.000.000 kgr. si nous n’avions pas une industrie indigène, nous gagnions en 1890 *) . 5.600.000 fr.
Sur le sucre . 7.800.000 »
» pétrole raffiné . 3.840.000 »
» l’huile minérale . 1.100.000 »
» l’industrie du pétrole en général . 14.118.000 »
» ciment . 1.836.000 »
Sur notre exportation de bois .... 8.000.000 »
Nous gagnons aujourdhui plus de 200 millions sur ces articles, étant donné que la consommation de la farine, du sucre etc. a triplé et même quadruplé. La production totale de l’industrie roumaine représente une valeur de 550 millions (Evaluation de Mr I. Gigurtu, inspecteur industriel).
Nous n’avons cité que quelques articles; nous aurions pu facilement allonger cette liste. Mais les faits sont trop connus pour que nous ayons besoin d’insister à ce sujet.
Le gain résultant d’industries pour lesquelles la consommation se partage entre la production étrangère et la production nationale est encore plus grand; et cette dernière, pour certains articles, est en accrroissement continu.
La création de ces industries a eu, en outre, pour résultat de procurer le moyen de gagner leur vie à un grand nombre de personnes en dehors de l’agriculture, du commerce ou des fonctions de l’Etat.
Un des grands avantages résultant de la création d’une
9 D’après les calculs établis par Mr E. Costinesco à cette époque.
L’AUGMENTATION DE LA RICHESSE
industrie nationale dans le pays consiste aussi dans le fait que les occupations et les professions sont plus différenciées, que beaucoup de Roumains ont embrassé des carrières inconnues à nos devanciers, en se spécialisant dans des branches scientifiques ce qui n’a pas peu contribué au progrès intellectuel de la nation.
Enfin, à côté de nos produits agricoles, nous avons commencé à exporter des produits industriels. Pour ne mentionner que le pétrole et ses dérivés dont l’exportation augmentera d’année en année, rappelons que la production du pétrole, qui n’était que de 269.000 tonnes il y a 15 ans a atteitn 1.800.000 tonnes en 1915.
Même en tenant compte des sommes qui représentent les bénéfices réalisés par les capitaux étrangers placés dans les industries, il est incontestable que leur création a contribué à l’enrichissement du pays.
Il y a encore d’autres indices de l’accroissement de la «
richesse du pays.
Nous n’en énumérerons que quelques uns:
La superficie des ensemencements a passé de 4.008.500 hectares en 1905 à 6.083.028 hectares en 1915, et la production du blé de 13.103.600 hectolitres à 36.412.747 hectolitres.
En 1886 les chemins de fer transportaient én petite vitesse 2.067.900 tonnes, en 1914 ils en ont transporté 8.931.562.
En 1904 ils transportaient 5.523.360 voyageurs; en 1914 plus du double: 10.626.680.
La correspondance intérieure a passé en 12 ans (1900— 1912) de 9.754.403 lettres à 19.490.964; le nombre des cartes postales a passé, dans le même intervalle, de 8.709.022 à 32.681.960 et le nombre des journaux de 19.739626 à 63.170.501.
La corespondance internationale, pendant la même période, a passé de 7.030.365 à 15.879.072 (présentée) et de 9.793.328 à 14.539.008 (reçue) de lettres.
Nous constatons la même progression pour les mandats postaux internes et externes, pour les journaux ainsi que pour la correspondance télégraphique et pour les téléphones.
Mais il est intéressant, au point de vue du développement de l’esprit d’économie, de consulter le tableau des dépôts effectués au compte de la Caisse des dépôts et consignations dans l’intervalle de 20 ans, du 1-er avril 1896 au 30 septembre 1906.
Années financières i-er avril 3.1 mars
Dépôts au cours de l’année
Total général à la fin de l’année
Dans l’espace de 10 ans seulement, de 1902 à 1912, le nombre des banques populaires a passé de 700 à 2862 et leur capital qui n’était que de 4.250.600 lei, en 1902, s’est élevé à 99.067.743 en 1912.
Voici quelques chiffres relatifs au développement pris par ces institutions:
Nombre Nombre Dépôts
des banques des membres Capital versé à fructifier
L’AUGMENTATION DE LA RICHESSE
En 1912 le portefeuille des banques populaires s’élevait à 138.652.563 lei et se composait de:
Emprunts sur crédit personnel et sur garantie . . . 49.411.112
Emprunts sur traites . 42.234.319
Emprunts sur gage . 47.007.132
La pluspart de ces emprunts étaient destinés à l’achat et l’affermage de terres ainsi qu’à l’achat de bétail et d’instruments agricoles.
Une institution tout aussi intéressante que les banques populaires et qui dénote les progrès économiques réalisés par nos populations rurales, est celle des syndicats villageois d’affermage. Les premiers syndicats ont été formés en 1903, au nombre de 8 et ils exploitaient des terres d’une étendue de 4940 hectares pour lesquelles ils payaient un fermage de 94.785 lei par an; en 1913 le nombre des syndicats s’élevait à 495; l’étendue des terres qu’ils avaient pris en ferme était de 374.891 hectares et le fermage annuel était de 13.497.681 lei.
Les syndicats paysans pour l’exploitation des forêts sont au nombre de 140; leur capital versé est de 926.118 lei.
Les syndicats de consommation sont au membre de 231 et leur capital versé est de 1.414.408 lei.
Voici leurs opérations:
Nombre
Nombre
Capital versé
Marchandises
des syndicats
des membres
vendues
Les syndicats de tempérance se sont constitués en 1908 au nombre de 57 avec un capital de 164.855; leur nombre est aujourdhui de 63.
Les opérations de la Banque Nationale de Roumanie peuvent aussi nous fournir de précieuses indications sur le mouvement économique du pays durant les dernières 25 ou 30 années; le tableau qui suit indique la marche de l’escompte, des prêts sur gage, des opérations de caisse et des billets de banque mis en circulation par notre première institution de crédit
Escompte
Emprunts garantis sur effets
Année
Lei
Lei
Opérations de Caisse
Billets en circulation
Il ressort,
sans conteste, de tous
ces éléments
richesse du pays croît d’une manière continue. En pesant avec précaution toutes les données, nous pouvons affirmer, sans crainte d’être taxés d’exagération, que la richesse de la Roumanie a certainement triplé dans les trente dernières années.
LA CHARGE DES IMPOTS
Quelle est la charge des impôts en Roumanie? Plusieurs hommes politiques se sont occupes de cette question. C'est ainsi que nous trouvons d’intéressants détails dans le rapport général sur le projet de budget de l’année 1900 — 1901, présenté par M. N. Filipesco, dans les calculs faits par M. E. Costtnescu, et dans l’exposé des motifs sur le projet de budget pour 1906—1907 élaboré par l’ancien ministre des Finances, Mr. Take Ionesco.
Selon M. Filipesco les revenus de l’Etat, des districts et des communes, provenant de l’impôt, s’élevaient, en 1900, au chiffre de 233.302.000 lei. Il ressort de ses calculs qu’en 1900 un Roumain payait à l’Etat un impôt de 31 lei; à l’Etat, aux districts et aux communes, en tout 42 lei. En Belgique la proportion était, à cette époque de 31 et de 48 lei, en Angleterre de 53 et 86, en France de 74 et 95. D’après le rapporteur de 1900, la charge des impôts en Roumanie était très lourde, étant donnée la différence de richesse entre notre pays et ceux auxquels nous sommes comparés.
Les calculs faits par M. N. Filipesco ont été vivement critiqués par M. E. Costinesco. Il imputa au rapporteur général une trop grande exagération des charges pesant sur le contribuable roumain, en comparaison des contribuables des autres pays. M. Costinesco releva que notre budget de recettes renferme une foule de chapitres ne se référant nullement aux impôts.
M. Filipesco ne comprit pas, en vérité, dans le total des revenus le chiffre des frais propres de l’Etat dans les monopoles, une partie des revenus des domaines, ceux de la Banque Nationale et du Crédit Agricole.
M. Costinesco élargit la catégorie de ces revenus. C’est ainsi qu’il cite les reliquats d’exercices clôturés, 4.300.000 lei,
puisqu’ils ne sont que des contributions directes encaissées en retard; les revenus de la vente de biens, 1.300.000 lei; les amendes judiciaires, 550.000 lei; le revenu de la vente de biens destinés au paiement des billets hipothécaires, 400.000 lei; l’excédent de la Caisse des Dépôts, 1.600.000 lei; l’annuité des biens vendus en conformité des lois de 1881, 1889 et 1896, s’élevant à 1.700.000 lei; les revenus imprévus, 2.000.000 lei, l’apport de la cote des faillites, 400.000 lei.
En défalquant ces chiffres des revenus, M. Costinesco trouvait que la charge incombant à titre d’impôts à chaque Roumain était de 24 lei tout au plus par an, et non de 31 lei comme l’établissait M. Filipesco.
D’après les calculs faits par le ministre des Finances Mr Tache Ionesco en 1906, les revenus totaux du fisc étant de 239.000.000 de lei et le chiffre minimum de la population à cette époque 6.400.000, la charge par tête d’habitant arrive à 37 lei.
Si nous comparons ce chiffre à celui auquel s’élèvait, à cette époque, la charge des impôts dans d’autres pays, nous trouvons que, la Roumanie arrivait en dernier lieu, excepté la Bulgarie:
En Angleterre . .
France . . .
Belgique . . .
Hongrie . . .
Italie ....
Autriche . .
Grèce ....
En
Roumanie . .
Les calculs de M. Take Ionesco avaient été établis sur des données plus récentes; et en comparant les différents chiffres l’on voit que la Roumanie ne pouvait être comprise parmi les pays les plus imposés, car nous n’avons aucune raison de croire que la Hongrie soit environ deux fois plus riche que la Roumanie.
Si au lieu de prendre pour terme de comparaison le chiffre total des revenus, nous prenons seulement celui des impôts, la proportion souffre quelques modifications; toutefois la Roumanie compte parmi les pays les moins imposés, si l’on s’en tient seulement à la charge par tête d’habitant sans la rapporter à la richesse du pays.
Les revenus des impôts— les calculs de M. Take Ionesco étaient basés sur l’élimination de tous les revenus qui n’ont pas un caractère de charge fiscale, — étaient en 1906 de
LA CHARGE DES IMPOTS
161.449.000 lei; donc une charge par tête d’habitant de 25 lei 22 cent.
Voici, à ce sujet, un tableau comparatif:
France . 85,50
Angleterre . . . .74,—
Autriche . 48,85
Italie . 44,80
Grèce . 42,—
Belgique . 37,55
Hongrie . 34,15
Roumanie . 25,22
Bien que la proportion établie ainsi soit plus défavorable pour nous que dans le cas où le calcul est basé sur tous les revenus de l’Etat, il n’en résulte pas moins que nous étions moins imposés que la Hongrie. Mais même par rapport à d’autres pays, bien qu’en apparence nous payions plus d’impôts — l’Angleterre et la France étant certainement non 3 ou 4 fois plus riches que nous, mais bien 4 ou 5 fois, — ce paiement est compensé, en réalité, par des avantages dont n’ont joui ni les Français ni les Anglais. Une partie importante des impôts payés par les Roumains est destinée au paiement de l’annuité* de certains emprunts qui, en grande majorité, ont été employés en travaux productifs, et ont contribué à accroître l’avoir public, et, conséquemment, le revenu de chacun. Ces paiements peuvent être considérés comme une contribution à l’établissement d’un capital national, comme une espèce de placement ou d’économie collectifs. Nous différons en ceci de quelques pays où la part contributive de chaque citoyen est, relativement peut-être, plus petite, mais où les annuités de la dette publique représentent un sacrifice qui n’est compensé par aucun avantage.
N’oublions pas, non plus, que dans les annuités de notre dette publique sont compris non-seulement les intérêts des capitaux empruntés, mais aussi l’amortissement, si bien qu’une partie des impôts servent au remboursement du capital même.
Depuis 1906 la situation a changé tant en Roumaine, que dans les pays auxquels nous avons emprunté les chiffres comparatifs.
Notre dernier budget, celui pour l’exercice 1916—1917 se présente avec 645.7 19.300 lei tant aux revenus qu’aux dépenses.
Ce budget représente, comparativement à celui de 1900 une augmentation apparente de près de 400 millions; en réalité cette augmentation est beaucoup moins importante
DO
car ce n’est qu’à partir de 1908 qu’on a englobé dans le budget général de l’Etat les revenus de différentes administrations qui avaient leur budget spécial1).
Voici comment se décompose le budget pour l’exercice en cours, en ce qui concerne les revenus ne revêtant pas le caractère d’impôts:
Les revenus des monopoles (vente du tabac, du papier à cigarettes, des allumettes, des cartes à jouer, des explosifs et du sel) sont évalués pour cet exercice à . 101.185.000 lei
Les revenus des postes, télégraphes et télé¬
phones . 19.050.000 „
Les revenus des chemins de fer . 124.000.000 „
Des ports maritimes . . . 1.420.000 „
Les revenus du service maritime . 1.000.000 .,
,, „ des ports danubiens . 450.000 „
„ „ du service fluvial . 4.000.000 .,
„ „ „ chantier naval . 800.000 „
„ „ des docks de Galatz et Brada . 1.960.000 „
„ ,, du domaine privé de l’Etat . . 33.550.000 „
Excédent de la Caisse des dépôts . 3.800.000 „
Revenus imprévus, frappe de monnaies, etc. 7.400.000 .,
Dividende de la Banque Nationale . 2.500.000 „
Débiteurs de l’Etat (Intérêts) . 600.000 „
Indemnité de la Banque Nationale . 100.000 „
Marquage des objets précieux . 35.400 „
Revenus de différents capitaux . 3.300.000 .,
Différents fonds de la Régie . 782.000 n
„Moniteur Officiel41 et Imprimerie de l’Etat . 1.400.000 „
Permis de chasse . 60.000 .,
Annuités des pâturages . 5.700.000 .,
Intérêts du fond des épizooties . 325.000 „
Taxes de vaccin . 124.000 *
Loterie de l’Etat . 640.000 „
Revenus du Ministère de l’Intérieur .... 200.000 „
Travail des détenus . 275.000 „
Prélèvement sur l’actif des faillites . 300.000 „
l) Exposé des motifs au projet de budget pour l’exercice 1908 — 1909. Pour rémédier à l’inconvénient que de nombreux revenus de l’Etat, éparpillés dans différentes Caisses spéciales, ne figuraient pas parmi les revenus généraux de l’Etat, on a unifié tous ces revenus et on les a englobé dans le budget. Le nouveau budget se présentait avec 410.957.035 aux revenus et aux dépenses, avec une différence, en partie apparente, de 158.461.579 lei, sur le budget précédent.
LA CHARGE DES IMPOTS
Revenus du Ministère des Affaires Etrangères . 100.000 lei
„ „ ,, „ Domaines . 3.378.000
,, ,, „ de la Guerre . 430.000
* „ „ des Travaux Publics . . 37.000
„ ,, ,, de l’Instruction Publique. 8.187.400