‹ La richesse de la RoumanieChapitre 20 sur 34 · oo · texte numérisé non relu

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C’est une vérité reconnue que pour juger de ia valeur des exportations d’un pays dans un autre pays, il ne faut pas prendre en considération les chiffres qui figurent à la sortie, mais ceux qui figurent à l’entrée des pays de destination. «Les valeurs cotées pour l’exportation, nous dit Mr. P. Leroy-Beaulieu, représentent, en général, les prix de fabrique grossis des frais jusqu’à l’arrivée dans le port d’embarquement; elles ne comprennent pas, d’ordinaire, le bénéfice des fabricants et des intermédiaires divers. Ces valeurs à l’exportation ne renferment pas non plus le coût du fret. Au contraire, les valeurs cotées pour les importations contiennent tous ces éléments» *)•

x) Traité d'économie politique. (VI, p. 176).

LES RELATIONS ÉCONOMIQUES

C’est donc d’après les données roumaines que nous devrons juger de l’importance et de la valeur reelle des exportations françaises en Roumanie. Dans celte statistique, les chiffres sont plus élevés que dans la statistique française, mais il n’en dénotent pas moins un recul considérable depuis 1893; cette diminution va en s’accentuant d’année en année; et si la situation paraît s’améliorer dans la dernière période, à partir de 1911, il suffit de comparer les chiffres des exportations françaises avec ceux des exportations de l’Allemagne ou de l’Autriche pour se rendre compte que la proportion n’a pas changé, et que la France occupe toujours une place secondaire sur le marché roumain.

Quelle est la cause de cet état de choses? Serait-ce le tarif roumain, tarif généralement protectionniste? Sous l’empire du même tarif, les exportations des autres principaux fournisseurs de notre pays ont cependant augmenté au lieu de diminuer. Les exportations d’Autriche-Hongrie en Roumanie ont passé en 20 ans de 86 à 136 millions, celles d’Allemagne de 80 à 240 millions; l’Angleterre se maintient avec une moyenne de 80 millions, les exportations d’Italie ont plus que doublé en passant de 6 à 37 millions en 1912, celles de la Suisse enfin ont monté de 472 à 10V2 millions en 1912.

La cause ne saurait non plus en être attribuée à la circonstance que d’autres pays jouissent des avantages des traités tarifaires, tandis que la France n’a pour elle que la clause de la nation la plus favorisée. L’Autriche-Hongrie est absolument dans le même cas, et ses exportations en Roumanie sont pourtant loin de diminuer.

Par la clause de la nation la plus favorisée, la France a profité de tous les avantages accordés à d’autres pays par des traités tarifaires. Certaines spécialités françaises qui n’intéressaient pas d’autres pays, et pour lesquelles ceux-ci n’ont pas demandé des réductions de droits d’entrée, sont restées, il est vrai, soumises au tarif général.

Il importe, néanmoins, de faire remarquer que précisément ces spécialités n’ont pas eu à souffrir du régime particulier qui leur était appliqué. Les vins mousseux, les médicaments composés dits ^spécialités", les eaux minérales naturelles, les dentelles fabriquées à la main, les tannins, la passementerie, la rubannerie, la bonneterie de soie, les tissus de velours de soie, les conserves de poissons, se sont non seulement maintenus au même niveau, mais ont même été

importés en Roumanie en quantités plus grandes que de tous les autres pays réunis.

C’est sur l’ensemble des exportations que la France a vu son commerce se ralentir; c’est par la diminution du nombre des articles exportés et par la tendance erronée de ses industriels de ne s’intéresser qu’à quelques articles seulement qu’elle s’est laissée distancer par d’autres pays.

Pour certains articles la France s’est presque retirée •du marché roumain, bien que son exportation des mêmes articles dans d’autres pays continue à se chiffrer par des sommes considérables.

Pour les articles de grande consommation comme les matières textiles végétales et leurs dérivés, la France qui exporte chez nous seulement pour 2 millionsde francs1), s’est laissé distancer non seulement par l’Angleterre, qui exporte pour 33.340.770 lei (1912), par l’Allemagne qui en exporte pour 15 millions, par l’ Autriche-Hongrie qui exporte à peu près pour la même somme mais même par l’Italie, dont l’exportation de matières textiles en Roumanie a atteint en 1912 le chiffre élevé de 22.866.922 lei.

Examinons plus en détail quelques articles des exportations françaises en Roumanie, en comparaison avec les autres pays.

En ce qui concerne les machines, la France occupe une place tout à fait secondaire. Voici les quantités et les valeurs pour les trois dernières années pour les quatre pays importateurs de cet article:

Quantités Tonnes

Allemagne .

Etats-Unis .

Autriche-Hongrie . .

Angleterre .

L’Allemagne importe des machines agricoles pour près de 2 Va millions, des machines mues à la vapeur pour près

9 En 1911 pour 2.200.629.

En 1912 * 2.188.358.

En 1913 „ 1.534.001.

LES RELATIONS ÉCONOMIQUES

de 5 V2 millions, des machines mues au pétrole et à ses dérivés pour 2 millions, des machines dynamo-électriques pour plus de 7 millions, des machines non dénommées pour près de 6 millions, des câbles pour transmission de courants électriques pour plus de 5 millions, des appareils électriques pour près de 2 millions, des machines-outils pour plus d’un million et demi.

L’Autriche-Hongrie importe des machines agricoles pour plus de 27a millions, des machines dynamo-électriques pour plus cl’un million, des machines non dénommées pour 1 1/2 million.

La France ne figure dans cette catégorie (année 1913) qu’avec des quantités et des valeurs insignifiantes; elle a importé chez nous quelques machines à vapeur de petite dimension — pesant au — dessous de 10.000 kilos, quelques moteurs à pétrole ou à gaz pesant moins de 10.000 kilos, quelques machines-outils (21 tonnes en tout), des pompes (19 tonnes), des machines à filer et à dévider (6 tonnes) des machines à apprêter les matières textiles (10 tonnes), des machines à imprimer (30 tonnes), des machines à coudre (1.542 kilos, l'Allemagne 372.682kilos), des batteuses (3.493 kilos, l’Allemagne 365.408), des trieurs (La France 2.292, l’Allemagne 36.213). Pour un seul article, les pressoirs à raisin ou à fruits, la France occupe une place supérieure à l’Allemagne (110 tonnes contre 63). Quant aux machines et aux appareils électriques, la France tient à peu près le dernier rang.

En ce qui concerne le bois et les industries dérivées, la France occupe le troisième rang avec 2.200.082 lei en 1913 après l’Autriche-Hongrie avec 13.149.288 et l’Allemagne avec 3.827.374. La France nous envoie surtout des tanins et extraits pour tannages, tandis que ses concurrentes nous envoient de l’ébénisterie prête, tapissée et sculptée, des bois de construction, etc.

Quant aux peaux et objets en peau, la France occupe le quatrième rang. Voici un tableau comparatif:

Quantités Tonnes

Allemagne .

Autriche-Hongrie

Angleterre .

France .

Italie .

Pour les confections, la France occupe le troisième rang, toujours après PAllemagne et FAu triche-Hongrie (2.857.428 lei en 1913 contre 8.418.365 et 5.197.112 pour ses deux concurrentes).

Même pour un article où la France devrait briller au premier rang, la soie et les ouvrages en soie, elle se voit distancée par l’Allemagne et serrée de près par FAutriche- Hongrie et la Suisse.

Voici un tableau instructif à cet égard :

Quantités Tonnes

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