‹ La richesse de la RoumanieChapitre 19 sur 34 · ENTRE · texte numérisé non relu

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La vitalité et la force d’expansion d’une nation peuvent se mesurer de différentes manières: d’après l’augmentation de la population, l’accroissement de la richesse publique, ou bien d’après l’éclat projeté par son élite intellectuelle. La petite Norvège a exercé, par ses écrivains et ses artistes, une plus grande influence sur l’âme contemporaine que l’Espagne, dix fois plus peuplée. La Belgique, par son activité merveilleuse dans toutes les branches de la vie contemporaine, a pesé davantage dans la balance de la civilisation que la Hongrie, dont le territoire est dix fois plus vaste et la population trois fois plus nombreuse.

Ceux qui parlent encore de la décadence française — à cause du ralentissement de la natalité — oublient que le nombre des habitants n’est pas le facteur essentiel qu’on doit prendre en considération lorsqu’il s’agit d’assigner à une grande nation son rang véritable.

La vitalité et la force d’expansion françaises ne se manifestent pas par une augmentation de la population, mais par un accroissement énorme de capitaux, fruit de l’esprit d’épargne et de tant d’autres qualités admirables de la race. Ce phénomène a pu compenser, en partie, par les ressources immenses qu’il procurait à l’Etat pour la défense nationale, le danger provenant de l’infériorité numérique. Il a eu, en outre, comme résultat, de constituer en France la source principale où s’alimentent les activités commerciales et industrielles du monde entier. C’est l’or français qui féconde les plaines de l’Argentine et du Brésil; c’est l’or français qui creuse les mines de l’Espagne; c’est l’or français qui vivifie les plateaux du Maroc; si les trains circulent à tra

vers les régions arides de l’Afrique, c’est que des paysans normands ont su, en travaillant dur dès l’aube jusqu’au soir, arracher à la terre ses trésors et accumuler les millions qui ont traversé les mers; si l’argent circule en abondance dans les banques italiennes, c’est que des ouvrières françaises ont, de leurs mains adroites, et guidées par un goût sûr, produit ces merveilles dont sont parées les femmes élégantes de Bucarest ou de New-York; si les cheminées d’innombrables usines obscurcissent le ciel aux environs de Lodz ou de Moscou, c’est que des ouvriers français ont fatigué leurs yeux sur des travaux d’orfèvrerie, ou que des artistes français ont fixé sur la toile ou dans le marbre l’empreinte de leur génie. C’est l’or français qui fait naître, vivre et se multiplier les habitants des contrées les plus éloignées, c’est l’épargne française, c’est-à-dire cette faculté merveilleuse de dominer ses besoins, ses passions, de patienter et de prévoir, qui supplée à l’imprévoyance, à l’ignorance ou à l’indolence d’autres peuples; c’est la pensée française au service de l’humanité. C’est à toutes ces sources de travail, de goût et de génie que le monde est redevable de ce fleuve d’or qui se déverse sur les peuples de la terre pour mettre en valeur les richesses enfouies et réveiller les énergies qui dorment.

La richesse française, produite surtout par l’épargne, manque un peu de fesprit d’initiative et de spéculation d’autres peuples dont la fortune, plus récente et plus rapide, les a rendus plus entreprenants, mais rien n’égale la solidité de sa . structure ; c’est pourquoi la France supporte, avec tant de sérénité, le fardeau écrasant des frais occasionnés par la guerre, tandis que ses ennemis sont aux prises avec des difficultés insurmontables.

Ce manque d’initiative a eu pour résultat que dans les pays d’Orient, en Roumanie surtout, la France a été supplantée, en grande partie, par l’ Autriche-Hongrie et par l’Allemagne. Les capitaux français, trop abondants, se sont dirigés quand même vers ces pays, mais, pour y arriver, ils ont pris la voie indirecte des banques et des entreprises austro-allemandes; les capitalistes français y trouvaient un placement rémunérateur, mais l’influence que procure la puissance économique ne revenait pas à leur pays. Les capitaux, enfants de l’épargne, doivent être généralement ac-

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compagnés de leurs parents; et c’est faire preuve d’une grande imprévoyance que de les confier à des gouvernantes étrangères.

La Roumanie est encore peu connue en France. On sait que nous sommes un peuple d’origine latine, que nous sommes très fiers de cette origine, que nous aimons la France d’un amour sincère et profond. Tous les Français qui ont visité notre pays se sont rendu compte, sans doute, de toute la force de cette sympathie ainsi que de l’influence énorme exercée par la grande sœur latine sur le développement du peuple roumain.

Nous avons rajeuni notre langue grâce au vocabulaire français; nous avons copié la plupart de nos institutions et de nos lois sur les institutions et les lois françaises — nous avons copié même les mauvaises — ; nous avons suivi les artistes et les maîtres français en art et en littérature, au détriment même de notre propre originalité. Nulle part, plus que chez nous, on n’admire ces fleurs merveilleuses qui poussent, éternellement jeunes et vivaces, dans le sol fécond de la France, et qui s’appellent la science française, l’art français, le génie français.

Voilà ce que l’on sait généralement de la Roumanie. Mais on connaît peu en France notre histoire, nos luttes et nos souffrances, nos aspirations vers la liberté et vers l’unité. On connait vaguement les pays roumains soumis à la domination étrangère, les persécutions endurées pendant des siècles par les Roumains de Transylvanie. On connait aussi très imparfaitement nos efforts pour créer un art et une littérature nationales, ainsi que pour assurer notre indépendance économique.

Cette ignorance de notre état social et politique, de nos ressources et de nos progrès, a eu pour résultat que d’autres peuples, plus au courant de notre situation, ont pris les devants, et ont occupé une place qui aurait dû revenir en grande partie à la France.

Nous examinerons dans cette étude la situation économique de la Roumanie, l’état actuel des relations commerciales entre notre pays et la France, ainsi que les moyens par lesquels ces relations pourraient être développées.

La Roumanie occupe un territoire de 139.690 kilomètres carrés (y compris les deux départements de Caliacra et de Durostor, incorporés au royaume par le traité de Bucarest) et une population de 8 millions d’habitants. Le dernier recensement, celui de 1912, accusait une population de 7.269.000 habitants, mais en y ajoutant les 300.000 habitants du Quadrilatère bulgare, ainsi que l'excédent des naissances sur les décès des années 1913, 1914 et 1915, et qui se chiffre par une moyenne de 120.000 âmes par an, on arrive pour Je 1-er Janvier 1916 à un minimum de 8 millions d’habitants. Par l’adjonction de la Transylvanie et de la Bucovine notre territoire comprendrait près de 240.000 kilomètres carrés et une population de 14 millions d’âmes.

Près des trois quarts de la population du royaume s’adonne à l’agriculture, qui constitue la principale source de richesse du pays.

La propriété terrienne est répartie, d’après les chiffres

du dernier recensement, de la façon suivante:

Hectares

Grande propriété (au dessus dé 100 hectares) . . 3.819.350

Propriété moyenne (50 à 100 hectares) . 166.847

Propriété paysanne (10 à 50 hectares) . 695.953

Petite propriété paysanne (jusqu’à 10 hectares) . . 3.319.6951)

En ce qui concerne le nombre des propriétaires nous avons :

Propriétaires jusqu’à 10 hectares . 1.015.302

» de 10 à 50 » 36.318

» de 50 à 100 » 2.405

» de 100 à 500 » 3.314

» delOOàl.OOO » 1.122

Propriétaires au-dessus de 1.000 hectares .... 949

Le morcellement de la propriété, le manque d’équilibre entre la grande et la petite propriété, l’absence d’une propriété moyenne plus répandue, ont été la cause de violents troubles agraires (en 1888 et en 1907) qui ont eu pour conséquence des réformes radicales, très discutées lorsqu’elles ont été proposées, mais dont on peut, après une application de plusieurs années, apprécier les bons et les mauvais côtés. Un des premiers effets, et des plus importants, de cette ré-

*) Mr. Mihai Serban évalue la surface possédée par les paysans de cette catégorie à 3.600.000 hectares, et le nombre des propriétaires à 1.120 000. (V. Problemele noastre agrare, 1914, p. 15)

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forme a été la diminution de la grande propriété au profit de la propriété paysanne.

Nous examinerons la situation agraire de la Roumanie, ainsi que le résultat des réformes, dans une autre étude. Pour le moment nous constaterons que, malgré un état permanent de malaise, à cause des rapports tendus entre la grande et la petite propriété, l’agriculture roumaine a fait de continuels progrès ; c’est grâce à l'extension des cultures, à un travail plus intense, à des méthodes d’exploitation plus rationnelles, à l’emploi des machines sur une plus grande échelle, que la Roumanie doit l’accroissement considérable de sa richesse.

Les surfaces cultivables du pays ont passé en vingt ans de 4 millions à G millions d’hectares; la production du blé, qui il y a vingt ans, n’était que de 13 millions d’hectolitres par an, atteint maintenant une moyenne de 30 millions d’hectolitres.

La valeur de la production totale de céréales du pays s’élève à une moyenne de 1 milliard et demi !). L’exportation des produits agricoles qui ne se chiffrait, il y a vingt ans, que par 1.800.000 tonnes, dépasse en 1913 quatre millions de tonnes.

Certes, l’industrie roumaine a fait, elle aussi, de très grands progrès — je les indiquerai tout à l’heure — mais l’agriculture demeure quand même la source principale de la prospérité publique. C’est elle qui alimente les revenus gros et petits, qui occupe le plus de bras, qui fait surgir le plus de fortunes — très rapides parfois— qui procure au pays les ressources grâce auxquelles il peut importer de grandes quantités de matières premières et d’objets fabriqués; c’est elle enfin qui fournit à l’Etat, directement ou indirectement, la plus grande partie des revenus publics.

La profession de l’agriculture, le fermage — plus de la moitié des terres des grands propriétaires sont affermées — procure très souvent des bénéfices considérables.

Dans les derniers temps — grâce surtout aux lois agraires — de nombreuses terres ont été prises à ferme par les associations paysannes ; d’un autre côté, la loi contre

*) Les prix exceptionnels obtenus en 1914 et 1915 pour nos pro? duits agricoles ne peuvent être pris en considération pour établir cette moyenne. Le wagon de blé qui se vendait avant la guerre entre 1.800 et, 2.000 fr., vaut maintenant 3.000 à 3.500 francs. A ce compte la valeur de la production atteint en 1916 plus de 2 milliards.

les trusts agricoles défend de prendre à ferme plusieurs terres lorsque leur superficie totale dépasse 4.000 hectares; la classe des grands fermiers est pourtant loin de disparaître.

Je me garderai bien de conseiller aux Français de s’adonner eux-mêmes aux entreprises agricoles en Roumanie. La profession de fermier, quoique n’exigeant pas des connaissances techniques très étendues, étant donné la manière encore primitive dont on cultive certaines terres et la simplicité des cultures, demande cependant chez nous une connaissance approfondie des circonstances locales, des gens et des choses du pays; un agriculteur français, d’aussi grande valeur fût-il comme spécialiste, risquerait de perdre rapidement ses capitaux, en s’adonnant dans notre pays à des exploitations agricoles sans un long apprentissage préalable. Mais les Français pourraient retirer de l’agriculture roumaine des profits indirects, en procurant aux propriétaires et aux fermiers les capitaux et les machines dont ils ont besoin. C’est ce que font, d’ailleurs, les Allemands, les Autrichiens, les Anglais. Très peu d’Allemands ou d’Autrichiens ont pris des terres à ferme, mais plusieurs grandes banques particulières qui donnent du crédit aux agriculteurs sont entre leurs mains.

Comme banques privées d’une certaine importance nous citerons à Bucarest:

Capital en francs.

La Banque Romaneasca . 26.250.000

» » Agricole . 18.500.000

» » d’Escompte . 10.000.000

» » Marmorosch Blank & Co. . 20.000.000

» » de Crédit Roumain .... 20.000.000

» » Générale Roumaine .... 15.000.000

» » The Bank of Rou mania Ltd. 1.500.000

La Banque Commerciale Roumaine . . 12.000.000

Il existe un grand nombre d’autres banques de moindre importance, dont le capital varie de 3.000.000 à 250.000 francs. En province il existe aussi beaucoup de banques locales, dont quelques-unes dépendent des grandes banques de Bucarest. La plus importante est la „Banca Comer^ului" de Craïova au capital de 7.831.500 francs.

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Mr. P. Sitescu, dans une étude sur les Banques roumaines1), les divise en trois catégories:

a) Banques fondées par l’initiative étrangère et à capital étranger (The Bank of Roumania, fondée en 1865, Banca Generala Romana, fondée en 1895, Banca de Crédit Roman 2), fondée en 1904, et Banca Comerciala Românà, fondée en 1907).

b) Banques fondées par l’initiative roumaine et à capital roumain (Banque Agricole, 1894, Banca de Scont, 1899, Banca Romaneasca, 1911, Banca Comer(ului de Craiova, 1898);

c) Banques fondées par l’initiative roumaine à capital étranger et en partie roumain (Banque Marmorosch Blank & Co. 3).

Voici, d’après le même auteur, la participation des capitaux étrangers dans ces banques:

La Banque Générale Roumaine est une émanation de la Diskontogesellschaft et de la maison S. Bleichrôder de Berlin. Dans la Banque de Crédit Roumain sont intéressées la K. K. Oesterreichische Lænderbank, la Niederœsterreichische Escompte-Gesellschaft de Vienne. La Banque Commerciale Roumaine a été créée par la Wiener Bankverein, la Anglo- Oesterreichische Bank de Vienne, le Crédit Anversois d’Anvers et la Banque de l’Union parisienne de Paris. La Bank of Roumania Ltd a été fondée par la Banque Impériale Ottomane de Londres et de Paris.

Dans la Banque Marmorosch Blank $ Co. sont intéressées la Pester Ungarische Commercial-Bank de Budapest, la Bank für Handel und Industrie, la Berliner Handelsgesellschaft de Berlin et la Banque de Paris et des Pays-Bas.

9 Consulter à ce sujet deux travaux intéressants: l’un de Mr. P. Sitescu, intitulé: Die Kreditbanken Rumaniens (Craiova 1915) et l’autre de Mr. Victor I. Slaoesco, docteur ès sciences économiques et financières, qui a pour titre: Marile Bànci comerciale din Romania (Bucarest. 1915), C’est à ces deux travaux que nous empruntons les chiffres relatifs à nos Banques.

a) A l’occasion d’une polémique de presse, le journal La Roumanie a fait ressortir le fait que de nombreuses actions de la Banque de Crédit sont possédées par des Roumains, et que le directeur de cette banque, M. W. Dickin, d’origine anglaise, s’est fait naturaliser roumain. Cette banque tend à devenir une institution financière roumaine.

3) M. le député A. Cuza ayant affirmé à la Chambre que cette banque était une institution étrangère, deux membres du conseil d’administration MM. M. Seulesco et M. De§liu, ont démontré que des 40.000 actions de la Banque 31.000 sont détenues par des Roumains et 9.000 par des étrangers (parmi lesquels des Français). Le personnel de la Banque est en très grande majorité roumain. Cette banque doit donc être classée parmi les banques roumaines.

De ce qui précède, il résulte que deux banques françaises seulement sont représentées dans cet ensemble de forces financières qui se disputent le marché roumain.

Les moyens d’exploitation appartenant en propre à ces banques doivent comprendre, en dehors du capital, leurs fonds de réserve. En additionnant aux capitaux versés ces fonds de réserve, nous arriverons aux totaux suivants :

Banque Romaneasca . . . 19.336.982 28.313.488 ;> Générale Roumaine 15.300.000 19.000.000

» de Crédit Roumain 13.500.000 28.985.000

» M. Blank&Co. . . 22.575.500 31.416.404

» Agricole . 17.379.112 27.687.720

» Commère. Roum. . 12.606.139 12.718.596

» d’Escompte .... 7.661.370 11.734.443

The Bank ofRoumaniaLd . 11.814.826 11.891.563

Total . . 120.173.929 171.747.214 176.583.010

Ces capitaux constituent une force financière considérable, mais les moyens d’action, et souvent les plus importants, de nos Banques ne proviennent pas de leurs propres fonds, mais des disponibilités, qui leur sont procurées soit par la Banque Nationale, soit par les grandes banques étrangères par les opérations de réescompte.

En ce qui concerne les dépôts à intérêt, M. Slavesco constate, en examinant les bilans de nos banques, que les institutions à capital étranger disposent de dépôts plus importants que les banques à capital exclusivement roumain, comme la Banque d’Escompte et la Banque Agricole. Il résulterait de ce fait que les banques étrangères procurent de gros bénéfices à leurs actionnaires, en employant, pour leurs opérations, l’argent provenant de l’épargne roumaine.

Il importe maintenant de connaître les sources d’où nos grandes banques tirent leurs moyens d’action par le réescompte.

Voici quelques données relatives au réescompte à la Banque Nationale:

Banque Romaneasca . . . 39.873.591 )> d’Escompte . . . 19.175.090

» Agricole . 19.431.947

» Marmorosch Blank 5.189.622 » de Crédit Roumain 356.622 Banque Commère. Roum. . 153.021

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De ce tableau il résulte que les Banques à capital roumain usent sur une grande échelle du réescompte à la Banque Nationale, tandis que les Banques à capital étranger ont peu recours à ce moyen de se procurer des fonds; celles-ci, étant en relations très étroites avec les institutions étrangères qui ont participé à leur création, se procurent les fonds à ces institutions en payant un intérêt inférieur au taux exigé par la Banque Nationale1). Grâce à ces relations, elles peuvent disposer de moyens d’action très puissants; il n’est pas inutile de rappeler, à cette occasion, que même les banques à capital étranger qui favorisent les importations allemandes ou austro-hongroises en Roumanie, travaillent souvent avec de l’argent français qu’elles obtiennent directement ou indirectement.

L’élément français participe avec ses capitaux à ces opérations, mais ceUe participation, qui lui assure certains bénéfices, ne lui permet pas d’exercer une influence sérieuse sur la direction des banques et, par conséquent sur le développement des relations commerciales des deux pays2). Une collaboration des capitaux français avec les capitaux roumains serait de nature à fortifier le mouvement qui s’est produit en Roumanie pour créer une vie économique plus indépendante. Les banques roumaines pourraient se procurer leurs moyens d’action de la même manière et dans les mêmes conditions de bon marché que les banques étrangères ; les capitaux français, à leur tour, retireraient les bénéfices qui vont alimenter actuellement les institutions financières austro-allemandes.

Depuis quelque temps des Roumains ont pris l’initiative de constituer des banques à capital national — la plus importante est la Banque Romaneasca — ce qui constitue un grand avantage pour le pays, mais aucune institution financière ne peut se soustraire à l’influence du milieu, et ce milieu, en Roumanie, est très influencé par la prépondérance économique des Empires du Centre. C’est pourquoi, je le répète, il serait d’un grand intérêt, pour notre pays, d’attirer davantage les capitaux français dans les entreprises financières, par une collaboration constante avec l’élément rou-

*) En temps de crise, les banques à capital étranger, quand elles ne peuvent plus compter sur les institutions qui les ont fondées, sont forcées, elles aussi, de s’adresser à notre Banque Nationale ; c’est ce qui est arrivé en 1914, au moment de la déclaration de guerre.

3) La Banque Commerciale roumaine est la seule, parmi les banques à capital étranger, qui ait confié un poste de directeur à un Français, Mr. Lucien Denizot.

main. Il s’établirait de la sorte sur le marché roumain un certain équilibre des forces en présence, ce qui contribuerait à assurer notre indépendance économique. Jusqu’à présent les capitaux français placés dans nos banques, quoique assez bien rémunérés, ont servi à consolider des influences qui ne profitent ni à la Roumanie ni à la France. Au point de vue de l'expansion économique en général, de la part d’influence qui s'attache à des institutions maniant des intérêts considérables et dont dépendent de nombreuses industries, le rôle de la France est très effacé. Nous le regrettons pour la France, mais nous le regrettons aussi pour nous-mêmes, car nous aurions tout à gagner du génie créateur français s’il s’exerçait chez nous d’une manière suivie et efficace1).

Il serait, certes, souhaitable que toutes nos entreprises et toutes nos institutions fussent fondées avec des capitaux roumains ; notre désir le plus vif est de voir la transformation de nos principales sociétés financières ou industrielles en sociétés roumaines, roumaines non seulement de nom ou par la présence de quelques personnalités éminentes du pays dans leurs conseils d’administration, mais roumaines de fait, ce qui suppose que la majorité des actions sera acquise par des Roumains. Ce phénomène ne peut se produire que lentement, par l’accumulation de l’épargne et par une meilleure éducation commerciale des nouvelles générations, qui ont plutôt une tendance à préférer les fonctions de l’Etat aux carrières indépendantes du commerce et de l’industrie. Pendant cette période de transition nous ne pouvons pas nous dispenser du concours des capitaux étrangers, si nous voulons mettre en valeur les richesses de notre pays. Or, ce concours, nous pouvons l’obtenir de deux manières : par des banques purement étrangères ou bien sous la forme préconisée par nous : une collaboration étroite entre les capitaux roumains et les capitaux français. Cette forme répond le mieux aux intérêts des deux pays.

Les banques érangères établies en Roumanie, travaillant sur place, ayant à leur disposition un personnel qui connaît admirablement les ressources du pays, ne bornent pas leur activité à procurer aux agriculteurs "les fonds dont ils ont besoin. Ces banques sont intéressées dans beaucoup

l) Généralement les grandes banques roumaines distribuent des dividendes de 10°/o. L’année 1915 a été exceptionnelle pour certaines institutions : La Banque de Crédit roumain a réalisé un bénéfice de 4.592.766 lei sur un capital de 20.000.000 lei; la Banque Marmorosch, Blank & Co., pour un capital identique, a réalisé 5.200.000 lei de bénéfice.

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d’industries qui ont été créées ou développées dans le pays, grâce à leur appui ou à leur initiative *). Le commerce d’importation de certains Etats est aussi favorisé par ces Banques où les grandes maisons de l’étranger trouvent un centre d’informations, et où les représentants permanents de ces maisons trouvent le crédit nécessaire à leurs opérations. Les commerçants et les industriels français ne profitent guère de cette organisation, et pour cause.

L’importation française en Roumanie s’en ressent naturellement. Ainsi les maisons qui importent chez nous des machines agricoles — l’importation de ces articles s’est élevée en 1913 aune valeur de 13.676.000 lei — introduisent en Roumanie des machines allemandes, autrichiennes, anglaises ou même américaines, mais elles n’ont introduit des machines françaises que pour une valeur de 137.169 lei.

Etant donné le grand essor de l’agriculture roumaine, ainsi que la transformation qui s’est opérée même dans l’exploitation agricole des paysans (surtout des associations paysannes), qui commencent à utiliser des systèmes plus perfectionnés, il est certain que l’importation des machines agricoles deviendra de plus en plus considérable. La France est exclue du marché roumain pour cet article.

En général, d’ailleurs la France est exclue du marché roumain pour un très grand nombre d’articles qu’elle exporte pourtant en grande quantité dans d’autres pays; et, pour les articles qu’elle réussit à introduire en Roumanie, elle ne tient d’habitude qu’un rang tout à fait secondaire.

Avant d’entrer dans les détails, nous indiquerons dans un tableau la marche des exportations françaises dans notre pays depuis vingt ans.

9 En dehors de leur participation aux emprunts de l’Etat et des communes, les grandes Banques de Bucarest ont créé, transformé ou développé bon nombre d’entreprises industrielles et commerciales. Ainsi la Banque Générale Roumaine est intéressée dans les entreprises pétro-~ lifêres Concordia, Vega et Crédit Pétrolifer, dans les entreprises forestières Arge^ul, Lessel. La Banque de Crédit Roumain a créé la société de la Loterie d’Etat, la société de forage la société pour l’industrie textile, la société Phoenix, Granit etc. La Banque Commerciale est intéressée dans la société des usines Lemaître, la société Sylva, les Usines Métallurgiques de Ploesti. La Banque Marmorosch Blank et Co. est intéressée dans les sociétés Brasserie Luther, fabrique de sucre Chitila, usines Vulcan, Société d’importation et d’exportation, etc.

La Banque Romaneasca a participé à la formation de la société de navigation maritime rjRomania“, de la Société de navigation fluviale, etc.

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