ACTE II, SCÈNE IX. 4t
Mais j'apporte à vos pieds , je vous offre l'hommage D'un cœur déjà soumis et plein de votre image.
nOR TENSE.
J'admire avec quel art , et comme, sans efforts , De votre piège adroit vous tendez les ressoris. Savez-vous Lien, Monsieur , qu'on s'y laisserait prendre, Si vous-même n'aviez pris soin de m'en défendre ?
SAINT-PHAR
Comment! Qu'entendez -vous ?
H ORTCNSE.
Mais que , pour mon repos , La renommée ici vous précède a propos.
SAINT-PHAU.
D'aujourd'hui seulement je revois ma patrie : Ma réputation n'y peut être ternie ; Et d'ailleurs, hautement j'oserais défier Quiconque près de vous m'ose calomnier.
Nonmiez-moi....
HORTENSE , l'examinant.
Le hasard a trahi ce mystère.
Je veux croire avec vous-même qu'on exagère ; Mais on parle beaucoup , depuis un certain temps , D'une innocente fille. On dit qu'à dix-sept ans , Elle aima fu^séduite , et fut abandonnée.
Séduite ! quelle horreur ! plaignez l'infortunée; Mais respectez du moins sa vertu.
Je vous croi 3
Mais le monde n'est pas si crédule que moi : Peut-être il flétrira cette pauvre Sophie.
SAINT-PHAR
C'en est trop. Quel accent !
HORTENSE, cherchant à se remettre.
Etait-elle jolie?
SAINT-PHAR
Ma réponse du moins va vous faire juger Si l'excès de mon trouble a dû vous outrager. Elle avait ce regard enchanteur que j'adore; Lorsque je vous entends , je crois l'entendre encore. Dusse- je la flatter, oui, parmi tant d'appas, Je cherche vainement celui qu'elle n'eut pas : Cette bouche, ces traits, cette grâce accomplie, Tout cela , belle Hortense , appartint h Sophie. Ah ! daignez adoucir vos yeux et votre voix ; Empruntez 4in moment l'air un peu villageois, Un embarras timide au lieu de cette aisance. Un peu plus de tendresse, un peu moins d'assurance j Cette parure enfin qui peut-être vous nuit , Echangez-la du moins pour son modeste habit, Et je retrouve ma Sophie.
HORTENSE
Et, pour elle, Que feriez-vous alors? Lui seriez-vous fideîle?
SAINT-PHAR
Apprenez qu'aujourd'hui je dépose à ses pieds Ma fortune.
HORTENSE
Est-ce tout?