‹ La rivalité anglo-germaniqueChapitre 15 sur 27 · LES CABLES DE L'OCÉAN PA( IFIQUE · texte numérisé non relu

LES CABLES DE L'OCÉAN PA( IFIQUE

lointaines, où elle ne possédait que la terre de l'Empereur-Guillauine et l'archipel Bismarck. Mais l'Empereur joua , en 1895, dans les négociations du traité de Simonosaki, aux côtés de la Russie et de la France, un rôle qui affermit ses ambitions croissantes et il décida que, comme l'avait fait rAngleterre à Hong-Kong, la France au Tonkin, la Russie le long des rives de l'Amour, il prendrait en Chine, lui aussi, un morceau à sa convenance. L'assassinat de deux pauvres missionnaires allemands lui offrit, à la fin de 1807, le prétexte que sa convoitise cherc fiait. Le meurtre fut commis le 1" novembre ; le 14, les troupes de l'escadre allemande débarquèrent sous la direction du vice- amiral von Diederichs, et le 6 mars 1898, la Chine affermait à l'Allemagne pour quatre-vingtdix-neuf ans le port de Tsingtau et la baie de Kiao-Tcheou avec ses îles (soit 551 kilomètres carrés) ; elle acceptait, en outie.

que le territoire donné à bail fpachtgebietj ffit enveloppé par uno zone neutre, large de 50 kilomètres, où elle ne prendrait aucune mesure sans l'assentiment de l'Empire allemand.

Le prince de Biilow a, comme secrétaire d'État à l'Office impérial des Affaires étrangères, justifié par des raisons très générales la conduite de son gouvernement dans l'affaire de Tsingtau :

« Nous étions depuis longtemps convaincus, dit-il au Keicbstag le 9 février 1898, que nous avions besoin en Extrême- Orient d'une base territoriale. Sans cette base, nous serions restés là-bas en l'air, au point de vue économique, maritime et à celui aussi de la politique générale.

a EconomiqueDieiit , nous avions besoin d'une porte d'accès sur le marché chinois, comme la France en a une au Tonkin, l'Angleterre une à Hong-Kong, la Russie au Nord . . .

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« Au point de vue maritime, Tacquisition d'une station navale était une nécessité pour notre flotte. La grandeur et l'extension de nos intérêts en Extrême- Orient nous y rendent indispensable la présence permanente d'une escadre. Mais cette escadre a besoin d'un port, où, sans dépendre du bon ou du mauvais vouloir de Gouvernements et d'Administrations étrangers, elle puisse s'approvisionner et se réparer. Le prestige et la capacité combattante de notre flotte sont doublés, si au lien d'errer de-ci de-là, comme un voyageur sans foyer, elle possède un port d'attache, une racle où elle soit chez elle.

« Enfin, nu point de vue de la politique générale, il me suffira de rappeler que la France est solidement établie au Tonkin, que l'Angleterre est à Hong-Kong, que la Russie est installée sur les rives de l'Amour, que l'Espagne même, le Portugal et la

Hollande possèdent depuis longtemps en Extrême-Orient des établissements teiritoriaiix. Alors que toutes ces Puissances, à leur avantage évident, ont su acquérir en Extrême-Orient des points d'appui, nous devions faire comme elles, sous peine de rester dans cette partie du monde une puissance de second ou même de troisième ordre (I) ».

Tels étant les motifs de l'occupation du Kiao-Tcheou, il devenait certain que l'Allemagne saisirait désormais toutes les occasions d'agrandir et de fortifier sa situation dans l'Océan Pacifique. La prennère s'offrit presque immédiatement. En effet, aussitôt aprèsla guerre hispano-américaine, elle put acheter à l'Espagne affaiblie, moyennant 25 millions de pesetas, les îles

(1) Je reproduis ici la traduction française donnée par M. André ïardieu (Le Prince de Bûloiv, p. 44-46, Paris, 1910).

Garolines, les îles Palau et les îlesMariannes, à l'exception de l'île de Gnam ( I ) . Le prince de Biilow dénxontra aisément la nécessité de cette acquisition nouvelle : « Le territoire de notre protectorat dans l'Océan Pacifique formait, dit-il au Reiclistag le 21 juin 1899, jusqu'ici, un demi-cercle, une ligne d'une longue étendue et sans cohérence. Par les Garolines et les Mariannes, le cercle est fermé définitivement. Les Palau, les Garolines au nord, les Marshall au centre, la terre de F Empereur-Guillaume et l'archipel Bismarck au sud, forment désormais un tout cohérent. Si ces îles étaient venues au pouvoir d'une autre puissance que l'Allemagne, notre protec-

(1) Traité signé à Madrid le 30 juin 1899, en vigueur le lendemain.

La cession des îles est faite en toute propriété; l'Espagne s'est seulement réservé, dans l'article 3, le droit d'établir, en temps de paix et de guerre, trois dépôts de charbon pour sa flotte de commerce et pour sa marine de guerre, l'un dans l'archipel des Garolines, l'autre dans celui des iles l'alau, et un troisième dans celui des Mariannes.

toitit aurait été violemment disjoint, gêné dans son développement, déprécié dans sa valeur. . .

« Au point de vue du développement de notre politique générale dans le Pacifique, l'extension désormais assurée de notre splière d'action est utile et nécessaire. Tja situation des îles récemment acquises est particulièrement favorable. Nous espérons que, grâce à notre nouvelle possession, notre ancien domaine progressera, deviendra plus capable de développement et de production. . .

« Ce n'est point ma manière, dans les questions politiques et économiques, de faire de la fantaisie. Je ne produirai pas ici de projets chimériques, je ne tracerai pas de tableaux imaginaires. Mais le traité avec la Chine relatif au Kiao-Tcheou, le traité avec l'Espagne sont les anneaux d'une même chaîne. »

Le souverain des îles Samoa, Malietoa, étant décédé quelcjues semaines après la transaction avec l'Espagne (22 août J 899), l'AUemagne s'aperçut tout de suite qu'il manquait encore un anneau à la chaîne, ou plutôt qu'il était nécessaire d'étendre cette chaîne jusqu'aux possessions troublées du petit royaume polynésien.

On sait qu'à cette époque, en vertu d'iui traité si(jné à Beilin, le 14 juin 1889, l'Allemagne, l'Angleterre et les États-Unis exerçaient, en commun, une sorte de tutelle ou de protectorat sur les îles. Profitant de la mort de Malietoa et des troubles qui la suivirent, l'Allemagne voulut y asseoir une domination sans partage. Elle écarta d'abord l'Angleterre, qui, moyennant quelques avantages dans l'Afrique Occidentale, aux îles Salomon. Tonga, etc. . . , renonça définitivement à ses prérogatives (1). Débarrassée de ce partenaire,

(1) Convention de Londres du 14 novembre 1899.

l'Allemagne s'entendit ensuite avec les États-Unis povir se partager les domaines de feu Malietoa : l'Allemagne prit les îles à l'ouest de Tutuila, c'est-à-dire Sawai, Upolu, etc.; les États-Unis eurent le reste. Le traité de partage fut signé (I) à Washington le 2 décembre 1899.

Lorsque, quelques semaines plus tard, le dix -neuvième siècle finit, les possessions allemandes dans l'Océan Pacifique formaient approximativement une ellipse très allongée, sur le contour de laquelle se trouv aient le Kiao-Tclieou, les îles Palau,

la terre de T Empereur-Guillaume, l'archipel Bismarck, les îles Samoa et les îles Marshall; les îles Carolines et Mariannes occupaient le milieu.

L'Allemagne n'a rien ajouté depuis à ce

(1) Ce traité porte la signature des trois ancienne» puissances protectrices. J^es ratifications furent échangées ^ Londres, Berlin et Washington le 16 février 1900.

domaine colonial, dont le développement commercial, pris dans son ensemble, est digne de remarque (1).

(1) Durant les dix années 1903-1912, le commerce total (exportations et importations réunies) a atteint les chiffres suivants (en milliers de marks).

KIAO-TCHKOU AUTRES POSSIiSSIO.NS

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