‹ La rivalité anglo-germaniqueChapitre 16 sur 27 · ANNÉES «T SON HINTERLANO DANS LE PACIFIQUE · texte numérisé non relu

ANNÉES «T SON HINTERLANO DANS LE PACIFIQUE

Au moment de leur prise de possession par l'Allemagne, aucun de ces territoires n'avait de lien télégraphique avec le réseau universel (I). L'Administration impériale sentit bien la nécessité d'en établir un :

elle crut cependant pouvoir attendre l'exécution récemment annoncée d'un vaste projet américain, qui consistait à unir les États-Unis à l'Asie par une ligne sousmaiine posée à travers l'Océan Pacifique et à laquelle, pensa-t-elle, se raccorderaient les lignes venant des nouvelles possessions allemandes. Mais un événement inattendu contraignit l'Administration im-

(i) Hormis le Kiao-Tcheou, qui communiquait avec le très défectueux réseau terrestre de la Chine.

périale à commencer l'exécution de ses desseins longtemps avant que les Américains eussent réalisé les leurs.

En effet, quand l'insurrection des Boxers éclata, dans le nord de la Chine ^ au printemps de 1900, les Allemands n'avaient naturellement pas encore établi de jonction sous-marine entre le Kiao-Tcheou et le réseau télégraphique universel : de leur côté, les Russes installés à Port-Arthur (J) et les Anglais qui venaient d'occuper Weï- Haï-Weï (2) n'avaient pas été plus prudents : les uns et les autres ne se trouvaient en relations avec leurs possessions dans le Céleste Empire que grâce aux lignes terrestres chinoises, qui étaient en médiocre état et que les insurgés coupèrent aisément. Les communications entre le Petchili et le sud de la Chine étaient si mal assurées que

(1) En vertu d'un bail de vingt-cinq ans, consenti par la Chine le 17 mars 1898..,

(2) Le drapeau britannique fut déployé à Weï-Haï-Weï le 24 mai 1898.

les forces que les Puissances européennes envoyèrent au secours de leurs légations se trouvèrent, pendant plusieurs semaines, sans relations télégraphiques avec le reste du monde.

Par bonne fortune, la Compagnie danoise des Jélégraplies du Nord et la Compagnie anglaise Eastern Extension Australasia and China Jelegrap/i avaient, à ce moment, une assez grande longueur de câbles de rechange, la première, dans son dépôt de Woosung, près de Shanghai, la seconde, dans son dépôt de Singapore.

Elles offrirent aux Puissances d'immerger en toute hâte des câbles qui assureraient la communication entre leurs possessions chinoises et le grand centre télégraphique de Shanghaï ; l'Allemagne, la Grande- Bretagne, la Russie et la Cliiiie elle-même, qui avait le ])lus grand intérêt à avoir une ligne sous-mariae entre le golfe du Petchili et Shanghaï, acceptèrent avec empresse-

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ment 1 ). Le 22 aoiit, un cable de 390 kilomètres entre Takou, au fond du golfe du Petchili, et Cbefoo, à l'entrée, commença à fonctionner; le 17 septembre, la prolongation de ce conducteur (952 kilomètres) jusqu'à Shangbaï était un fait accompli :

(1) Quant à la France, qui avait ses intérêts politiques au sud de la Chine, c'est-à-dire en Indo-Chine, elle fit poser par la Société industrielle des téléphones un câble de 1 717 kilomètres qui, partant de Tourane, sur la côte d'Annani, atterrit à Amoy (juin 1901). Le choix d'Amoy était fâcheux, au point de vue français, puisque seule y était installée la Grande Compagnie des Télégraphes du Nord qui^ ayant des liens avec les rivaux de la France, ne pouvait être pour celle-ci qu'un correspondant bien médiocre. I^a Compagnie elle-même a senti ce qu'il y avait de faux dans sa situation à Amoy. On lit, en effet, dans le rapport présenté à l'Assemblée de ses actionnaires, tenue à Copenhague, le 30 avril 1902 : « Nous avo)is assisté^ autant que nous le permettent nos intérêts^ nos devoirs envers les autres Gouvernements et AdministrationSy à l'atterrissage, près d'Amoy, d'un câble appartenant au Gouvernement français et destiné à relier cette ville de rindo-Chine (Tourane). »

I^e Gouvernement français, voulant réparer son erreur^ a, depuis, demandé à la Chine l'autorisation de prolonger jusqu'à Shanghaï le câble qui aboutit à Amoy. Mais le Gouvernement chinois^ décidé à écarter du Céleste Empire tout câble d'État étranger^ a refusé : la faute commise en 1900 est donc irréparable.

ces deux câbles étaientposés pour le compte de la Chine. En même temps, on raccordait à cette ligne, le 3 septembre, un câble de 154 kilomètres entre Chefoo et Port- Arthur; le 5 septembre, un câble de 78 kilomètres entre Chefoo et Weï-Haï- Wei ; et le 4 octobre enfin-, un câble de 458 kilomètres entre Chefoo et le port allemand de Tsingtau (Kiao-Tcheou) . De ces trois dernières communications, la première était établie pour le compte des Russes; la seconde, pour le compte des Anglais; la dernière, pour le compte des Allemands.

Ceux-ci ne se contentèrent pas d'avoir un tronçon soudé à la ligne chinoise Takou-Chefoo-8hanghai ; ils tinrent à être reliés directement au grand centre de Shanghaï : au mois de décembre, la pose d'un câble allemand de 702 kilomètres entre Tsingtau et Shanghaï réalisa leur désir.

Dès cette époque, les relations télégraphiques du Kiao-Tcheou sont matériellement assurées : en effet, les dépêches de la colonie peuvent être dirigées vers l'Allemagne, soit par son cable du nord Tsingtau-Chefoo et les réseaux terrestres de Chine, de Sibérie et de Russie d'Europe, soit par son câble du sud Tsingtau-Shanghaï et les lignes sous-marines de l Eastern.

Telles sont les circonstances tout à fait exceptionnelles qui obligèrent l'Allemagne à continuer dans l'Océan Pacifique l'exécution du réseau national, qu'elle venait de commencer dans l'Océan Atlantique. Les moyens habituels furent délaissés : les concessions furent accordées par la Chine à l'Empire allemand, et non à une maison privée, telle que la maison Felten et Guilleaume; les câbles furent posés par des étrangers et non par des Compagnies aile-

mandes ; enfin, ils furent et sont encore exploités, non par une société, ayant comme les quatre autres sociétés télégraphiques allemandes son siège à Cologne, mais par l'Administration impériale ellemême.

Mais ce petit réseau allemand des côtes de Chine ne satisfait point l'impérialisme germanique. En effet, apprécié du point de vue des relations télégraphiques entre la métropole et ses possessions chinoises et polynésiennes, il n'est utilisable que pour le Kiao-Tcheou ; en outre, les dépêches qu'il transmet ou reçoit sont contrôlées, soit par l'Administration russe, si elles passent par Ghefoo et les lignes terrestres de la Compagnie des Télégraphes du Nord , soit par les agents britanniques de V Eastern Extension, si elles passent par Shanghai et la voie sous-marine du sud. Il faut donc, d'une part, compléter le réseau des câbles allemands dans l'Océan Pacifique,

afin que toutes les colonies soient en communication avec la métropole, et, d'autre part, affranchir la politique allemande de la surveillance des Russes et des Anglais.

Réunir entre elles toutes les colonies de l'Allemagne dans l'Océan Pacifique est une entreprise coûteuse, mais nullement difficile. Mais, qu'elle soit terminée, comment relier à la patrie allemande ce groupement si lointain? C'est à peu près impossible :

la voie du nord est fermée, puisqu'elle appartient aux Russes ; les Anglais sont maîtres delà voie du sud. Reste la voie de l'est qu'aucun câble sous-marin n'a encore parcourue et dont les États-Unis paraissent décidés à s'emparer depuis qu'ils ont, dans l'Océan Pacifique, des territoires à coloniser : les iles Hawaï qu'ils viennent d'annexer, l'île de Guam (Mari an nés) et les Philippines qu'ils viennent d'acheter 100 millions de francs à l'Espagne (traité de Paris du 10 décembre 1898). Ne pour-

rait-on pas s'entendre avec eux? Précisément, vers cette époque, le Président Mac-Kiniey insiste, dans ses messages annuels au Congrès (5 décembre 1899 et 3 décembre 1900), sur la nécessité pour les États-Unis de posséder une communication américaine non seulement avec les possessions nouvelles des États-Unis, mais encore avec l'Asie. « Je renouvelle, dit-il, la recommandation faite dans mon message spécial du. 10 février 1899, toucbant la nécessité de poser un cable entre les États-Unis et les îles Hawai, se prolongeant jusqu'à Manille. Depuis lors, certains événements ont démontré d'une manière frappante ce besoin. Des sondages ont prouvé la possibilité d'établir une chaîne de câbles dont tous les atterri ssements seront en territoire américain, de sorte que la communication sera sous notre entier contrôle. Notre ligne télégraphique parvenue à Manille, un raccorde-

ment avec celles de la côte asiatique permettra d'avoir des communications sous-marines entre nos ports et l'Oiient beaucoup plus directes que celles qui nous sont offertes par les voies transatlantiques, continentales et transasiatiques. J'appelle d'une manière pressante votre attention sur cet important sujet (1) . »

Le Président réitère ses recommandations au Congrès en décembre 1901 ; enfin une compagnie concessionnaire passe à l'exécution. En 1902, la ComnierciaL Pacific Cable Co pose la première section du transpacifique : celle de San- Francisco à Honolulu (4223 kilomètres). Les trois autres sont immergées dans le premier semestre de l'année suivante : d' Honolulu à l'île Midway (2471 kilomètres); de l'île Midway à l'île de Guam (4836 kilomètres) ; de l'île de Guam à Manille (3 027 kilo-

(1) Message du 3 décembre 1900. {Foreign relations of the United States, 1900, page xliii).

mètres). Le 25 juillet 1903, la jonction télé(];iaphique entre les États-Unis et les Philippines est établie ; toutes les stations sont en territoire américain.

Ultérieurement, la Commercial Pacific Cable Co a complété son système de communications, en détachant de la station de l'île de Guam un cfd)le de 1 ()G8 kilomètres qui se raccorde, dans l'île de Peel, aux câbles de l'Administration impériale du Japon, et en prolon^^eant de Manille jusqu'à Shanghaï sa grande artère télégraphique (1). Depuis la pose de ces deux câbles, en 190G, les Etats-Unis sont reliés à la Chine et au Japon par des voies exclusivement américaines.

Les Allemands pouvaient imiter les Américains, et constituer une compagnie qui aurait posé un câble qui, partant de Shanghaï, où atterrissait le câble Tenant de Tsingtau, aurait atteint un point quel-

(1) La seclion Manille-Shanghaï a 2 345 kilomètres.

conque des côtes américaines, après avoir desservi toutes les possessions alleriandes de la Polynésie. Mais les intérêts politiques, commerciaux et moraux de l'Empire étaient-ils assez grands pour justifier les dépenses considérables qu'aurait entraînées l'exécution d'un tel projet? I^es x\méricains n'auraient-ils pas vu avec déplaisir l'immersion d'une ligne allemande parallèle à la leur, et quelque peu concurrente? Ce qui est certain, c'est que les Allemands, qui étaient à ce moment en coquetterie réglée a\ec les Américains, estimèrent qu'il était singulièrement plus économique et presque aussi profitable pour eux de se servir du transpacifique de leurs amis que d'en poser un eux-mêmes.

Us attendirent donc que la ligne fût établie pour y raccorder des câbles venant de leurs colonies.

Mais une ligne unique ne suffit point, une rupture, longue et difficile à faire dis-

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paraître, pouvant toujours se produire.

Aussi, en élaborant leur plan, les Allemands se préoccupèrent-ils d'organiser une deuxième grande voie télégraphique, à laquelle ils recourraient en cas d'interruption sur le transpacifique américain.

Cette seconde ligne n'était pas commode à établir. Ne disposant pas de points d'atterrissement convenables, il fallait (\ue les Allemands trouvassent dans le voisinage des alliés mieux pourvus et ayant les mêmes besoins qu'eux; or, hormis l'Angleterre et la Russie, qui s'étaient donné de bons moyens de communication avec l'Extrême-Orient, et l'Allemagne, qui en cherchait, deux peuples européens seulement avaient de grands intérêts politiques et commerciaux dans l'Océan Pacifique :

les Hollandais, possesseurs des Indes néerlandaises (Java, Bornéo, Sumatra, etc. ..) , et les Français, possesseurs de l' Indo- Chine. L'Allemagne, ayant conquis les

bonnes f>râces des uns et des autres, résolut de créer, avec leur concours, la seconde voie télégraphique qui, dans son esprit, devait servir de route alternative, comme disent les Anglais, à celle qu'allait établir la Commercial Pacific Cable Co. C'est ainsi que se iioun, dans l'Océan Pacifique, une entente télégraphique franco - germano hollandaise. F'ondée snr la nécessité, inégalement pressante ponr les trois pays, de s'affranchir du monopole britannique, elle avait pour but, en premier lieu, la jonction de leurs possessions respectives au transpacifique américain; en second lieu, l'établissement d'une commune voie de secours.

Rattacher leurs possessions asiatiques au transpacifique n'était difficile pour aucune des trois nations. L'Allemagne possédait, en effet, parmi les îles Carolines, la petite île de Jap qui n'était qu'à I OOU kilomètres environ de la station que

les promoteurs de la j^^jrande voie américaine projetaient d'établir dans l'île de Guam (États-Unis) ; un câble sous-marin relierait facilement l'une à l'autre. D'autre part, comme il existait, depuis l'insurrection chinoise de 1900, une ligne sousmarine directe entre le Kiao-Tcheou et Shanghaï, il suffisait de la prolonger] usqu 'à Jap pour que la possession des Allemands en Chine fût rattachée aussi au transpacifique par une communication nationale.

Quant aux autres colonies de l'Allemagne dans le Pacifique, elles étaient assez proches les unes des autres et aussi de la future grande ligne américaine pour êtie reliées aisément à celle-ci, si toutefois l'on jugeait que la dépense de raccordement fût justifiée par les intérêts politiques et commerciaux en jeu. — Les Indes néerlandaises, étant unies télégraphiquement entre elles, la jonction de l'une d'elles au transpacifique assurerait la communica-

tion de toutes avec cette voie. Celle-ci devant avoir une station à Manille, il était tout naturel que les Pays-Bas prissent contact avec elle, là, dans ces îles Philippines dont le maître avait au moins cette qualité de n'être pas un voisin d'Europe.

— Quant à la France, l'économie et la prudence lui conseillaient, comme aux Pays-Bas, de rattacher l' Indo-Chine à la station américaine de Manille. — Ce plan exécuté, r Indo-Chine française, les Indes néerlandaises, le territoirede Kiao-Tcheou, l'île de Jap (Mariannes) et aussi, quand on le voudrait, les autres colonies allemandes, communiqueraient avec leurs métropoles respectives par la ligne sous-marine du transpacifîque, le réseau terrestre des Etats-Unis, puis l'un des câbles américains, français ou allemands, qui relient l'Europe à la côte orientale d'Amérique, c'est-à-dire par des voies soustraites à la censure britannique.

A la différence du raccordement des colonies allemandes, hollandaises et françaises au transpacifique, le tracé de la voie de secours était singulièrement malaisé à établir. Ne voulant pas immerger entre l'Asie et l'Amérique un second câble, parallèle au premier, on cbercha du côté de l'Océan Indien. Là, le point d'atterrissage non anglais le moins éloigné des Indes néerlandaises, considérées comme point de départ, était l'île de la Réunion, assez procbe de Madagascar (8()() kilomètres).

En supposant qu'un câble, passant piir la Réunion, reliât Java ou Sumatra à Madagascar, comment de cette dernière île établir une communication avec l'Europe occidentale sans toucher un territoire britannique? Chose étrange, la réponse à cette question que se posaient en uicme temps Allemands, Français et Hollandais venait d'être explicitement donnée dans un rapport adressé à la Chambre française

des députés (19 juin 1900), au nom de sa Commission des colonies, laquelle avait eu à examiner le projet d'extension du réseau des câbles sous-maiins, déposé par le Gouvernement le 17 janvier précédent.

D'après ce rapport, auquel on a attaché beaucoup plus d'importance en Allemagne qu'en France, la question ne comporte que deux réponses : ou bien établir un câble qui, partant de la pointe méridionale de Madafjascar (Fort-Dauphin, par exemple), contournerait le cap de Bonne- Espérance et atterrirait à Angra-Pequena, dans l'Afrique allemande du Sud- Ouest, toucherait à Mossamédès, dans l'Afrique occidentale portugaise, et remonterait vers le nord en desservant les colonies françaises et allemandes de la côte africaine; — ou bien établir une ligne transafricaine entre Madagascar et la côte ouest du Congo, cette ligne se composant ainsi : câble sous-marin de Majunga à

Mozambique, fonctionnant dcjà depuis 1895; puis, de Mozambique, lignes terrestres dans l'Afrique orientale portugaise, dans Tx^frique orientale allemande, jusqu'à Udjidji, sur le lac Tanganyka, enfin les lignes terrestres du Congo belge et du Congo français, la jonction avec l'Europe occidentale étant opérée au moyen de câbles le long de la côte d'Afrique comme dans la première combinaison; une Aariante partielle de ce tracé aurait consisté à relier directement l'Afrique orientale allemande et Madagascar par un câble de Bagamojo à Diégo-Suarez.

L'une et l'autre de ces combinaisons tendaient à atteindre le but que je viens d'indiquer, c'est-à-dire l'organisation d'une voie de secours, dans le cas où les lignes sous-marines de l'Océan Pacifique seraient interrompues; toutes deux en remplissaient un autre, qui était le rattacliement à leurs métropoles respectives,

par des lignes non anglaises, des colonies allemandes et françaises de l'Afrique. Ce second but n'était pas moins désiré que le premier, attendu qu'à cette époque il n'y avait pas, en terre africaine, une seule possession de la France ou de l'Allemagne qui ne fût limitrophe d'une colonie britannique et qui, pour ses communications télégraphiques, ne fût sous la dépendance des Compagnies anglaises (1).

(1) Exception doit être faite pour l'Algérie et la Tunisie ; mais mon affirmation s'étend aux îles africaines de Madagascar et de la Réunion.

Ces plans ébauchés, on se mit à l'œuvre.

La première partie, c'est-à-dire le rattachement des colonies allemandes, hollandaises et françaises au transpacifique américain, fut exécutée assez vite.

Le 24 juillet 1901, les plénipotentiaires de l'Allemagne et des Pays-Bas signèrent, à Berlin, une convention par laquelle, « en vue du raccordement de leurs possessions au futur câble américain de l'Océan Pacifique, le Gouvernement impérial allemand et le Gouvernement royal néerlandais s'engageaient à faire de communs efforts pour obtenir l'établissement par une entreprise germano-néerlandaise, dont l'administration sera placée sous le contrôle des deux

pays contractants, d'un câble entre Menado et les îles Palau, l'ile de Jap, l'ile de Guam ou un autre point rapproché du câble américain de l'Océan Pacifique, ainsi que d'un autre câble entre les îles Palau et Shanghaï (1). » Les deux États s'eng^ageaicjit à accorder à la future compagnie germano - néerlandaise des droits d'atterrissement d'une validité de quarante ans ; les tarifs seraient soumis à leur approbation préalable. D'autre part, la compagnie concessionnaire devait recevoir, pendant vingt ans, une subvention annuelle de 1400 000 marks, l'Allemagne y contribuant pour 1025 000 marks et les Pays- Bas pour 375 000 marks; les deux Etats étaient d'ailleurs autorisés à prélever à leur profit 90 p. 100 du produit brut des taxes télégrapbiffues (art. 4). La convention prévoyait f extension du réseau à L'ouest des Indes néerlandaises .

(1) Convention du 24 juillet 1901 (art %).

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Ce pacte conclu, il fallut naturellement attendre que les Américains eussent amené leur cable dans l'île de Guani pour établir une communication télé^jraphique entre celle-ci et les possessions liolliuidaises.

Mais le nouveau conducteur ayant atterri à l'île de Guam au commencement de 1903, il n'y eut plus de raisons de différer l'exécution du plan projeté dans la convention du 24 juillet 11)01. Le 13 octobre 1003, la maison Fclten et Guilienume obtint du Gouvernement de Washington un droit d'atteriisssement dans l'île de Guam; le 1() juillet 1904, elle obtenait la même faveur du Gouvernement allemand pour l'atterrissement dans l'île de Jap et, le surlendemain, du Gouvernement des Pays-Bas pour l'atterrissement à Menado, dans l'île des Célèbes. Ces concessions accordées, la jonction des Indes néerlandaises et de l'île allemande de Jap au transpacifique put être rapidement opérée.

Le 2 août suivant, se fondait, à Cologne, en exécution de la convention du 24 juillet 1901, une société télé(jraphique {^evmano-néerlandaise , die Deutscli-Niederlandisclie Telegraphengesellscliaft. Les initiateurs de l'entreprise étaient, du côté allemand, la maison Felten et Guilleaume et, du côté hollandais, le commandant J.-J. Le Roy, représentant un groupe de financiers d'Amsterdam et de Rotterdam.

La Compagnie, de composition mixte, a un directeur allemand (1) et un directeur hollandais, agréés par leurs gouvernements respectifs. Les deux tiers des membres du conseil d'administration sont, statutairement, de nationalité allemande ou hollandaise. Un délégué du Gouvernement des Pays-Bas et un délégué de l'Empire d'Allemagne ont le droit d'assister à

(1) Le directeur allemand fut, dès l'origine, le Postrat V.-H. Pfitzner, qui devint, lors de sa fondation, directeur de la Deutsch-Siidamerikanische Telegraphengesellscliaft.

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toutes les séances du conseil d'administration et aux assemblées générales d'actionnaires. L'établissement des tarifs, les traités avec d'auties compagnies relativement à la tarification ou à l'aclieininement des télégrammes, toutes conventions avec des États étrangers sont soumis à l'approbation des deux Administrations. Les chefs de station sont de nationalité allemande ou hollandaise.

La Société se constitua avec un capitalactions de 7 000000 de marks, représenté par 7 000 actions de 1 000 marks, et émit un emprunt de 7 :250 000 marks en obligations 4 p. 100 amortissables en vingt ans. Les sommes nécessaires au paiement des intérêts et à l'amortissement des obligations sont imputées sur la subvention impériale par l'Administration allemande et consignées par celle-ci au Seehandlung s- Institut.

Pour la fabrication et la pose des câbles,

la Deutscli-Niederlàndisclie traita avec les Norddeiitsclie Seekahebverke moyennant un prix ferme de 12 220 000 marks (marché du 22 octobre 1904) (1). Ce prix ne s'applifjuait pas seulement aux deux cables .lap-Menado et .Tap-île de Guam, mais encore au câble Jap-8han[jliaï, qui devait amener de TEmpire chinois et de la colonie de Kiao-Tcheou les messages télégraphiques allemands (2) ; mais, au moment où fut signé le marché du 22 octobre 1904, le Gouvernement chinois n'avait pas encore permis à la Compagnie de conduire à Shanghaï un câble venant de Jap ; l'autorisation ne fut, en effet, accordée que le G avril 1905, au moment même où le câblier Steplian des Norddeulsclie Seekabel-

(1) H. TiiunN, Die Seehabel, page 162.

(2) T^a longueur tics trois câbles est de 6 336 kilomètres, le prix (le revient est donc de 1 930 marks par kilomètre.

La longueur du câble Jap-Mcnado est de 1995 kilom.

— Jap-Guani de 1 044- —

— Jap-Shanghaï de 3 296 —

iverke achevait d'immerger les câbles Menado-Jap-Guam. Le câble Jap-Shanghaï fut posé le 26 octobre suivant.

La Compagnie a droit, pendant vingt ans, aux svibventions gouvernementales prévues dans le traité germano-bollandais du 24 juillet 1901, soit 1025 000 marks de la part de l'Empire allemand et 375 000 marks de la part des Pays-Bas. En outre, dans une convention additionnelle des 17 et 19 juillet 1904, l'Empire a promis une subvention complémentaire de 500000 marks si la Compagnie exploite avec le système Kecorder fsimpLexJ ; dans le cas où l'Administration allemande estimerait que le système duplex dût être employé, la subvention complémentaire serait élevée à 575 000 marks. L'Administration allemande a prescrit l'usage du système siniplex et depuis le 1*"^ décembre 1905 la Compagnie a droit à une subvention totale de 1 900000 marks.

Grâce précisément à cette subvention, l'affaire a été bonne pour les actionnaires (J). Pour 1906, première année normale d'exploitation, la Compagnie a distribué un dividende de 6 p. 100; pour chacune des années suivantes, le dividende a été de 6 1/2.

Les Allemands ne s'en sont pas tenus là : ils ont complété par une organisation de télégraphie sans fil leur réseau sous -marin qu'il eût été trop coûteux d'étendre jusqu'à leurs autres possessions de l'Océan Pacifique. Deux stations de télégraphie sans fil y ont été récemment installées : l'une à Jap (Ma-

(1) D'après le compte de profits et pertes de la Compagnie, les recettes de toute nature, hormis l'intérêt des fonds placés, se sont élevées à :

marks

en 1905.

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riannes) où convergent les trois câbles qui viennent de Shanghaï, de Menado et de l'île de Guani ; l'autre à Rabaul (Nouvelle-Guinée); deux nouvelles vont être ouvertes à Mauru (îles Marshall) et à Apia (îles Samoa). J3cmain, toutes les colonies allemandes du Pacifique seront à la fois reliées entre elles et à la métropole, sans emprunter aucune voie anglaise (1) .

La concession de ces quatre stations a été accordée par l' Empire à hi Deutscli- Niederiàndische et à une compagnie de télégraphie sans fil de Berlin, la Gese lise liaft fiïr drahtlose Télégraphie, agissant en commun. Les deux Compagnies ont rétrocédé la concession à une société qu'elles ont fondée à Berlin, le 2 août 1912, au capital de 1 300000 marks, et dont la raison sociale est die Deu tselie Sudseegesel Iscliaftfii r

(1) De Jap à Rabaul, il y a 2 200 kilomètres. De Jap à Mauru, — 3 400 —

De Rabaul à Mauru, — 1 700 — De Mauru à Apia, — 2 700 —

drahtlose Télégraphie (1). Pour faire face aux dépenses d'installation, cette société a contracté un emprunt de 800000 marks au taux de 4 1/2 p. 100. Elle jouit d'une subvention impériale qui permet d'attribuer aux actions un dividende de G p. 100 ; rÉtat contrôle sa gestion.

C'est ainsi que l'Allemagne et les Pays- Bas ont raccordé leurs possessions asiatiques avec le transpacifique américain, réalisant leur premier dessein qvii était d'échapper au contrôle britannique. L'Allemagne reçoit, depuis cette époque, de Chine, du Japon, de ses colonies de Kiao- Tcheou, de Jap et de la Nouvelle-Guinée et recevra incessamment de ses autres possessions du Pacifique des nouvelles connues seulement de la neutre compagnie américaine qui exploite le transpacifique.

(i) Société allemande de la mer du Sud pour la télégraphie sans Hl.

Quant aux Pays-Bas, ils peuvent, eux aussi, s'affranchir de la tutelle britannique, mais c'est en tombant, à Jap, sous le contrôle de la Deutscli-Niederlàndisclie, société internationale, où il y a sans doute des éléments hollandais, mais juridiquement de nationalité allemande, ayant son siège social à Cologne, et manifestement dans le sillage de la politique impériale.

C'est ici que ressort l'imprudence qu'ont commise les Hollandais en entrant dans la combinaison allemande, alors qu'il leur eût été si facile de rattacher directement leurs possessions indiennes au transpacifique par un câble national aboutissant à Manille.

Qu'a fait, de son côté, la France pour utiliser le transpacifîque?

Le rapporteur de la Commission des colonies de la Chambre des députés avait prudemment indiqué, dès 1900, qu'un câble partant de la côte d'Annam devrait

prendre contact à Manille avec le transpacifique, afin d'éviter les voies anglaises et les lignes de la Compagnie des Télégraphes du Nord : « En ce qui concerne les relations (de rindo-Chine) avec la métropole, écrivait-il, on peut, heureusement, et l'on doit envisager d'autres solutions que celles du câble d'Amoy. La pose d'un cable de San-Francisco à Manille — le premier transpacifique — dans un avenir plus ou moins rapproché, fournirait à l'Indo-Chine une excellente a oie américaine vers l'Rurope. immersion d nn câble de Saigon ou de Hué à Manille nous donnerait l accès de cette voie. . . En résumé, s'il est impossible d'atteindre l'Indo-Chine par une ligne exclusivement française, la multiplicité des lignes empruntant le territoire de puissances amies serait une sérieuse garantie de sécurité pour les communications de notre grande possession asiatique. »

Au lieu de suivre ce sa^^e conseil, l'Administration française décida de poser un câble entre Saigon et Pontianak, dans le Bornéo néerlandais ; comme le Bornéo est relié par des lignes sous-marines à Menado, où aboutit le réseau de la Deutsch- Niederiàndisclie y l' Indo-Chine devait se trouver raccordée au transpacifique américain, grâce à ce réseau et grâce à ce câble. C'était une voie bien indirecte et qui, au point de vue de la France, avait l'inconvénient de mettre ses communications avec r Indo-Chine par le transpacifique, sous le contrôle absolu de l'Allemagne et de la Hollande.

L'Administration française fut si pressée de réaliser sa médiocre conception qu'elle mit en adjudication la pose du câble Saïgon-Pontianak dès le 21 octobre 1902 (en même temps que celle des câbles Brest-Dakar et Tamatave- Béunion) ; la maison Grammont fut déclarée adjudica-

taire moyennant le prix de 4935 000 fr.

Cependant, le droit de faire atterrii* le cable dans la colonie hollandaise ne fut accordé que dans une convention si(jnée à la Haye le G avril 1904, et ratifiée seulement le 2G janvier 1905 (I). Conformément à cette convention, la totalité de la dépense est restée à la charge du Gouvernement français.

La France peut donc utiliser maintenant le transpacifique américain pour communiquer avec l' Indo-Chine ; mais si, suivant son dessein primitif, elle se refusait à employer les lignes de la Compagnie anglaise Eastern Extension Australia and China Telegraph, et celles de la Compagnie danoise des Télégraphes du Nord, elle serait obligée de confier les secrets de sa politique et de son commerce

(1) Le câble devait être posé dans un délai de quinze mois, courant de la date des ratifications. Ce délai fut prolongé jusqu'au i*"" janvier 1907. (Convention additionnelle du 21 février 190(i.)

à la Deiilscli-Niedariaiulisclie, qui est de nationalité allem ande .

De l'entente télégraphique franco -germano-néerlandaise, c'est l'Allemagne et, après elle, la Hollande qui ont tiré le parti le plus avantageux. La France n'a, au point de vue de sa politique télégraphique, à peu près rien récolté.

Quant à la seconde partie du plan, c'està-dire l'organisation d'une ligne de secours, nécessaire en cas d'interruption sur le transpacifique, l'établissement en fut prévu, mais d'une manière discrète, dans la convention germano-hollandaise du 24 juillet lî)OI : les Pays-Bas s'y engagèrent, en effet, à concéder à la future compagnie, c'est-à-dire à celle qui fut fondée quelques années plus tard sous le nom de Deiitsch-Niederiandische Telegraphengesellschaft, les droits d'atterrissement dont elle aurait besoin, si elle voulait « établir des communications télégraphiques entre les Indes néerlandaises et des destinations situées à l'ouest de ces

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