‹ La robe de chambre, ou, Les moeurs de ce temps làChapitre 8 sur 16 · LA MARQUISE, LE COMTE, LE DUC · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, LE COMTE, LE DUC

LE DUC

Ah, c'est vous enfin, mon cher Comte ?

Madnme la Marquise, combien je vous rends gt-ûces!.. Où doic est ma femme?

LE Dl'C.

Quelques détails de ménage nous l'ont enlevée un instant.

LA MARQUISE

Avez-vousélé content de votre réception?

LE COMTE

Oh, très-content! .

LA MAKQUISE,

Et avec quelles dignités nous revenez-vous ?

LE COMTE

Des dignités!., ah, grand Dieu ! Le Ciel m'en préserve !.. Je les laisse à de plus robustes.

LE DUC

Vous êtes trop modeste.

LE COMTE

J'ai trouvé mieux que cela ; uu grand seigneur qui se souvient d'im service. J'avoue qu'il m'a fait bien rire dans l'exercice de ses fonctions.

LA MAROrilSB.

Ce n'est pourtant pas là l'effet qu'il produit ordinairement.

LE COMTE

Je le conçois. Au moment où je suis entré, il signait des lettres de cachet à incarcérer la n)oilié d'une province, et cela avec le'sang-froid le plus imperturbable.

LE DOC

Je le crois bien.... la grande habitude !

LE COMTE

Et savez-vnuî ce qu'il m'a dit ! « Pardieu , mon cher d'Herbigny, il faut que je fasse pour vous ce que j'ai fait bien rarement dans ma vie administrative ! »

Lk MARQUISE.

Ahî... quest-ce que c'est?

LE COMTE

Vous imaginez sans doute qu'il s'agit de quelque emploi, de quelque charge à la cour? Du tout!... Là-dessus le voilà qui me doDoe deux lettres de cachet en blanc signées de lui.

lE DtC.

Diable!...

LE COMTE

Que veut-il que je fasse de ses lettres de cachet?

lE BCC.

Hein?... que dites-vous là, mon cher comte?... Vous ne savez donc pas que c'est un trésor que vous possédez ? un véritable talisnàan sans lequel, à votre place, je ne sortirais plus.

LE COMTE

Pardieu, oui, voilà une belle affaire!

LE DTJC.

Invention admirable!

Air : J'en guette un petit de mon âge.

Ces lettres-là, merveilleux spécifique,

Aux créanciers servait d'argent comptant ; £t

C'est un argument sans réplique Pour l'écrivain frondeur et mécontent ; L'amant, enfin, qu'un sot mari dérange.

Lorsque peut-être au bouheuril touchait.

Pour une lettre de cacliet Donnerait vingt lettres de change.

LA MARQUISE

Devrait-on livrer ainsi de semblables papiers ! (Jvec gaîtê.) Quand je pense que M. le comte pourrait, avec cela, m'cnvoyer à la Bastille, si tel était son bon plaisir.

LE COMTE

Il y aurait chance à ce que cette envie-là me vînt, 'si vous me permettiez de m'y envoyer aussi.

LE Dtjc , à part.

■ A la BastiUe!... Oh ! quelle idée! {Haut.) Diable! vous faites le dédaigneux, mon cher comte; je donnerais bien quelque chose, moi, pour en posséder une pareille.

LE COMTE , lui en ojfrant une.

Eh bien ! mais, voulez-vous ?

LE DUC

Oh! je me reprocherais de vous en priver.

LE COMTE

Sobgez donc que je n'aurai jamais une meilleure occasion de la placer.

ss

LE DOC

Non , non !...

LE COMTB.

I Allons , je vous en prie !. ..

LE DUC

Vous le désirez?...

LE COMTE

Absolument!

Le duc prend la lettre.

LE Dcc , d part.

Il j met une ^râce !...

, LE COMTE, d ta Marquise.

Je gage qu'il s'agit de quelque pauvre mari k duper.

LA MARQCISB.

C'est probable.

LE COMTE

Oui, je suis sûr que je commets là une mauvaise action I. . . Mais, ma foi, la morale n'a qu'à s'en prendre à M. de Saint- Florentin : moi, je m'en lave les mains.

LE Drc, tirant le Comte à part.

Dites-moi donc, mon cher, service pour service.

LE COMTE, d demi-voix.

Comment ?

LE DCC

Sans doute. En votre absence, j'ai arrangé vos affaires : il a été question de vous.

{\y LE COMTE.

fy-JE-a YÔrité ?

LE DCC

Tout va bien. Demandez le rendez-vous pour ce soir, vous l'obtiendrez.

LE COMTE

Jist-il possible ?

LE DUC

'-'Quand je dis une chose, mon ami, on peut s'eo rapporter à ïnoi : brusquez l'affaire et je réponds de tout.

LE COMTE

Que vous êtes bon!

LE DCC

l£h mon Dieu, à charge de revanche.

LA MARQUISE, à part.

De Marsay médite quelque noirceur : ne le perdons pas de vue. (Haut, au Comte, qui se rapproche d'tlle.) Que veut donc faire Mon.^ieur le Duc de cette lettre de cachet ?

LE COMTE

Oh!., ne le lui demandons pas... C'est quelque horreur... Mais voyez, Madame, comme on écrit l'hisioire, et combieu il faut se tenir en garde contre les propos! Voilà le cher Duc qui m'exciJe à parler de mes senlimens à une femme qu'on prétendait aimée de lui.

LA MABQVISË.

Oui-dà?

Vraiment le monde est d'un ni.iis, d'un ridicule!... C'est à se fermer les yeux, à se boucher les oreilles et à ne rien croire !..

lE DUC, qui s'est assis près de la table, la lettre de cachet à la

main.

Vous permettez, n'est-ce pas, Comte, que j'étudie un peu la rédaction ?

LE COMTE

Faites, faites!.. {A la Marquise.) Vous ne voulez pas m'envoyor à la Bastille?

Il lui montre l'autre lettre de cachet.

lA MARQUISE, à part.

Je crois qn'on s'en charge !.. mais il n'y est pas encore.

LE COMTE

Qu'avez-vous donc?.. Vous ne me répondez pas.

LA MARQUISE

Ah, pardon!..

LE DUC, à part, en les regardant.

Très-bien !.. Il donne dans le piège.

LE COMTE

Là, du moins, si j'étais près de vous, des importuns ne gêneraient pas l'expression de mes sentimens ; tous mes instants seraient consacrés à vous répéter qu'un regard, un mot de vous peuvent embellir ma vie!. . . J'ai tant de choses à vous dire!..

LA MARQUISE, souriant.

Mais, pour cela, une prison est-elle indispensable ?

Oh! non, sans doute, et si vouliez que chez vous...

LA MARQUISE

Chez moi!..

Ce soir...

Y ptoser-vous ?

LE COMTE

LA MARQUISE

LE COMTE

Je ne pense qu'à cela. Oh, je vous en conjure, ne me refusez pas un moment d'entretien, ce soir.

Vous .. l'exigez?..

LE COMTE

Je n'exige pas !. . Je supplie.

LA. MARQVISE.

Eh bien, j'y consens.

LE COMTE

Que je suis heureux!..

LE Dtjc, à part.

A merveilles !.. Tout me paraît arrangé.

LA MARQUISE, à part.

De Marsay triomphe. . . Mais patience !. .

LE COMTE, bas au Duc.

C'est convenu, j'irai chez elle.

LE DUC

Ce soir ?

LE COMTE

Oui.

LE DUC

Bon!

SGEJVE VIII.

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