‹ La robe de chambre, ou, Les moeurs de ce temps làChapitre 9 sur 16 · LE DUC, LE COMTE, LA COMTESSE, LA MARQUISE · texte numérisé non relu

LE DUC, LE COMTE, LA COMTESSE, LA MARQUISE

LA COMTESSE, entrant.

Vous me pardonnez, n'est-il pas vrai? J'ai été absente plus long-temps que je ne l'aurais voulu.

LE DUC, qui s'est levé.

Nous gémissions sans vous accuser.

LA COMTESSE

Te voilà de retour, nion ami ?. Eh bien, M. de Saint-Florentin ?..

LE COMTE

A été charmant, et pour me témoigner toute sa reconnai'sance, il m'a donné de quoi te mettre à la raison «i tu te révoltais contre mon autorité.

LL COMTESSE

Que signifie cela ?

LE COMTE

Cela signifie que ce papier que tu vois, et celui que tit-ni Monsieur le Duc... (Au Duc.) A propos, continuez, 4ono c« que vous faisiez, ma f^'mme lu permet.

LE DUC

Madame la Comtesse serait assez bonne. ..

Le Duc se rassied près de la table.

LA COMTESSE

J'ignore ce dont il s'agit, mais ne vous dérangez pas, je vous en prie. Et toi, mon ami, achève; ces papiers. ..

LE COMTE

Sont les faveurs de Son Excellence.

LA. MABQCISE.

Des lettres de cachet.

LA COMTESSE

Comment?

LE COMTE

Au moyen desquelles on envoie son homme... ou sa femme, coucher en garni à la Bastille^ sans autre forme de procès.

LA COMTESSE

Oh!., voyons donc...

Elle s'approche du Dun, qui est assis à uhe table et a pris une pluuie pour remplir la lettre ; le Comte arrête sa femme.

LE COMTE

Pas d'indiscrétion, ma chère!.. Ne trouble pas le Duc. Je vais l'expliquer sur celle-ci, c'est la même chose* (// déroule la lettre de cachet^ et la montre à la Comtesse.) Vois-tu ? Voici la signature de M. de Saint-Florentin; on met ici la date. LE DUC, à part, écrivant.

Vingt février, mil sept cent soixante-trois. LE COMTE, continuant.

Et puis, à cette place que tu vois en blanc, on met les nom et prénoms du patient.

LA COMTESSE, riant.

De façon que je n'aurais qu'à écrire là : Le Comte d'Herbigny...

LE COMTE

Gustave-Anatole, entre parenthèses.

LE DUC, écrivant, à part.

Le Comte d'Herbigoy, Gustave-Anatole.

LA MABQTJISE.

Ensuite, la profession.

LA COMTESSE

Homme noble^ propriétaire.

LE DUC, écrivant, dpart.

Propriétaire.

LE COMTE

Enfin, ici, le signalement.

LA COMTESSE

Ah! ici?..

LU. COMTE

Oui, immédiatement après.

C'est cela... J'écrirais : Front haut, houche moyenne, yeux noirs, nez aquilin...

LE DTJC, à part, écrivant.

Bonne petite femme!.. C'est elle qui dicte.

iB COMTE, remettant la lettre dans sa poche. Et voilà comme on se débarrasse d'un homme qui gène la marche des affaires publiques ou particulières.

LE DUC

Yoilà!..

LA MARQUISE, qui l'a toujours suivi des yeuv, à paj't. L'impudent!

LA COMTESSE

Savez -vous bien que c'est une horreur qu'une pareille chose ?

LE DUC, à part.

Pauvre enfant!

LE COMTE

Eh mon Dieu, ma chère amie, il n'y a pas moyen de gouverner autrement. {Au Duc.) Ah ça, mon cher Duc, vous avez terminé?

LE DUC, se levant, et roulant la lettre.

Oui vraiment, tout est fini.

LE COMTE

Vous ne vous êtes pas trompé?... Nous vous avons troublé, peut-être?

LE DUC

Oh, pas du tout!., au contraire. Je vous demanderai seulement la liberlé de dire un mot à mon grison.

LE (OMTE.

Très-bien. (// sonne. Un domestique entre.) Le coureur de Monsieur le Duc.

Le domestique soit.

LE DUC

Mille pardons !

LE COMTE. ,, , ;

Du tout !.. En voilà un qui ne serait pas de aies amis, s'il savait que cela lui vient de moi !

Le coureur entre.

LE DUC

Allons donc... pour si peu de chose!., est-ce que vous seriez homme ù vous fâcher, vous, si cela vous arrivait?.. C'est une excellente plaisanterie !

LE COMTE, riant.

Au fait!..

LE DUC

Vous seriez le premier à en rire !..

LE COMTE, regardant le duc qui s'éloigne, et riant aux éclats. Ah!... ah! quelles mœurs parfaites! D'honneur, j'adoie ce pays-oi !...

LA COMTESSE, ù la Murquinc .

De quoi s'agit-il ?

LE MARQUISE

Vous l'apprendrez, ma chère.

LE DUC, dans le fond, d son coureur, lui remettant une lettre de cachet.

Tu m'entends?... au greffe, tout de suite, et qu'on ne mette pas de retard dans l'exécution. {Le coureur sort. — A la comtesse. ) Mon Dieu ! Madamci, que je vous dois d'excuses !

LA COMTESSE

A moi?... Pas du tout, je vous assure.... C'est là le coureur dont VOUS nous parliez tantôt?

m; duc.

Oui, Madame, c'est bien le plus adroit et le plus agile coquin qu'on puisse rencontrer. Il peut donner mille pas d'avance sur lui à la potence; je gage cent louis qu'il ne manquera pas de l'attraper.

LA MARQUISE

Ah çà ! voici la soirée qui s'avance ; il est temps de se retirer, M. le duc, puis-je compter sur votre maii; ?

LE duc.

Comment donc!... avec un vif plaisir. [Bas.) Jusqu'à votre voiture seulement.

LA MARQUISE

Ah!...

LA COMTESSE

Vous nous quittez, Madame ?

LA MARQUISE

Je vous reveriai bientôt.

LE duc, à demi-voix au comte.

Je la laisse à la porte de son hôtel; tâchez de vous esquiver.

LB COMTE, ademi-roix au duc. Ce ne sera pas long.

LA MABQXJISE-

Monsieur le conjte.... sans adieu.

LE Dtc , bas au Comte.

Heureux mortel ! (A part.) Les estafiers de Sartines le trouveront chez elle : toute la nuit m'appartient.

Air : TValscduMarl par intérim.

[A la Comtesse.)

Adieu, Madame, il faut que l'on vous quitte. Veuillez au moins prendre pitié de nous ; A vos côtés le temps passe si vite !.. 11 est si long quand on est loin de vous !

LA MABQOISE, « part.

Pour obtenir le prix de tant de peines. Monsieur le Duc compte sur mon secours ; Si je n'ai pu le garder dans mes chaînes. Je troublerai ses nouvelles amours.

LE DTic, à la Comtesse ; le comte, à la Marquise.

[Adieu, Madame, il faut que l'on vous quitte, [Veuillez au moins prendre pitié de nous ; [A vos côtés le temps passe si vite !.. ENSEMBLE. { Il est si long quand est loin de vous.

LA MARQUISE, à la Comtesse.

I Adieu, ma chère, il faut que je vous quitle. Peut-être, ici, bientôt, reviendrons-nous; J'aurais voulu prolonger ma visite, \Mais, croyez-moi, je vais penser à vous.

On S6 salue ; le Duc prend la main de la Marquise , et sort avec elle.

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