II. '2r
vive émotion, le sombre regard qu'elle jeta sur lui, tout, jusqu'au long vêtement blanc dont elle était entourée, lui donnait je ne sais quoi de fantastique qui fit tressaillir Maurice à son entrée dans la chambre, comme s'il eût entrevu quelque étrange apparition.
— Monsieur! lui dit-elle avec précipitation et sans lui laisser le temps de se reconnaître, oa vous a donné ma main et ma fortune ; vous avez accepté Tune et l'autre sans vous soucier de savoir si le don de mon cœur devait suivre : je vous déclare donc que je ne me considère liée à vous qu'aux yeux du monde, et point à ceux de Dieu, attendu qu'un contrat, une cérén-onie profane et un acte sacrilège , n'ont pu me rendre votre femme! De plus, monsieur, il y a entre nous incompatibilité d'opinions et de seniimens, j'ajouterais même d'humeur, s'il était néces-
saîre d'ajouter quelque chose, je suis aristo« crate et royaliste! continua-t-elle, profitant de la stupeur où ces étranges paroles avaient jeté le jeune homme ; tandis que vous... oublieux du nom de votre père, mort pour une sainte cause, vous vous êtes rangé parmi les admirateurs de Tassassin du duc d'Enghien ! et vous n'avez pas craint d'enchaîner à votre sort la femme qui, vous ne l'ignorez pas, donnerait son sang et sa vie pour servir cette cause malheureuse et sacrée ! Cet indigne calcul, d'une basse cupidité, d'une pusillanimité peut-être plus lâche encore , vous assure tout mon mépris!... Oui, monsieur, mon mépris, et même ma haine, répéta-t-elle lentement, si vous tentiez d'abuser du pouvoir que vous ont donné sur moi la loi et la volonté de mon père, mais alors!... ajouta-t-elle avec un accent étrange et en s'avançant vers lui;
croyez, monsieur! croyez!... que je serais capable de tout!... pour conserver mon indépendance....
En prononçant ces paroles d'une voix étouffée, il y avait tant d'égarennent dans les yeux de la jeune femme, tant de menace et de désespoir dans son geste , que Maurice en fut épouvanté; il ne pouvait plus se faire illusion, il avait épousé une folle et une folle furieuse, A cette pensée terrible, la douleur, la honte, l'indignation, le repentir de sa faiblesse, mille sentiments violents, bouleversèrent son ame; et ses yeux, tout grands ouverts, demeuraient fixés , avec l'expression de l'horreur , sur la jeune mégère qui se tenait là, menaçante, devant lui... Dans un mouvement de fureur aveugle, il fut au moment de s'élancer sur elle et de l'écraser de toute sa force d'homme ; puis une autre sorte de désespoir le saisit.
Avec un rugissement douloureux et sauvage, il courut à la fenêtre, l'ouvrit, se pencha en dehors, et, s'élançant d'un bond rapide, il disparut aux yeux de la mariée.