CHAPITRE IILITIii.ME
En quittant Raoul, la comtesse fit demander Pérez.
— Mon bon Pérez, lui dit-elle, j'ai consulté le médecin sur l'étal de Raoul et bUr
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les moyens a employer pour arriver a une guérison ; son opinion a ce sujet est telle que je l'avais prévue, et me décide enfin à accomplir le sacrifice dont je t'ai parlé.
Pérez pâlit a ces paroles.
— Ma détermination est irrévocable, tu le sais ; apprèle-toi donc k me suivre dans une heure, puisque tu veux m'accompagne r.
— Sitôt! murunna Pérez d'une voix allérée pai' la douleur.
— Chaque minulede retard aggrave ie mal de Raoul el rend sa guérison plus dilïidle.
Dès que Pérez fut sorti, Inès se mil a écrire les quatre lettres suivantes :
« Mon cher enfant,
» Je connais le secret qui te tue, l'origine de ton mal date de la première promenade en mer que nous fîmes à ïancarvilJe. De ce jour, tout eu continuant h me
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donner le.litre de mère, lu cessas d'avoir pour moi la sainte et paisible aU'eclion d'un fils; une passion coupable se développa tout h coup dans Ion sein, et elle te dévorerait si, pour te sauver, je n'étais résolue au plus douloureux sacrifice, une séparation! Nous nous reverrons plus tard, Raoul, quand les plaies de ton cœur seront cicatrisées; car, a ton âge, les passions ne sont pas mortelles, on en guérit ; au mien, on en meurt. La décision que je prends aujourd'hui te paraîtra cruelle; hélas! il n'y a que ce parti qui puisse te sauver. Cette lettre te brisera le cœur, mon pauvre enfant, mais ta douleur n'égalera jamais celle que j'éprouve en l'écri-
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vaut; les larmes ne seront jamais aussi amères que celles dont elle est déjà trempée.
> J'ai pénétré dans ton àme, tu n'as pas lu dans la mienne!... Adieu, et soigne ta chère santé, car dès que tu seras guéri tu reverras la mère.
» Inès dk Tancarvillk.
» Tous les ans Pérez te remettra une lettre de moi, mais tu ignoreras toujours
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le lien de ma retraite; sache seulement que j'aurai (juilté la France. »
Elle plia cette lettre eHa déposa sur le marbre de son secrétaire, après l'avoir scellée de son cachet.
Les trois lettres qu'elle écrivit après celle-ci portaient : la première, la date de septembre 1650; la seconde, celle de juillet 1651, et la troisième enfin, celle de juillet 1652. Elle les emporta avec elle après les avoir écrites. Elles étaient ainsi conçues :
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I e lopfeiiilxc \Ch)0
« Mon eiifaul.
a J'apprends avec un vil" plaisir que, la sanlé s'améliore de jour eu jour ; j'allends avec iuipalience Ion entier rélablissemenl pour aller presser sur mon sein l'enfant chéri que je pleure sans cesse. A bientôt.
» Ta mère,
l>Ès DK Tança uviLLii.
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Le juillet 16&1.
« ïii es eiifin ^uéri, mon cher enfant, j'en remercie le ciel du fond de mon cœur; mais avant de retourner près de toi, il me faut la preuve que ta guérison est complète sous tous les rapports, et cette preuve, c'est en te mariant que tu me la donneras. C'est à cette seule condition que tu peux espérer de revoir
» Ta mère dévouée,
i) Inès dk Tancauvillk. »
Le juillet 1 1)6*2.
« Mon cher enfant^
» La grâce m'a touchée, et c'est du fond d'un cloître que je t'écris ces lignes. Une barrière infranchissable me sépare du monde; pense donc désormais a ta mère comme a une ombre chérie. Adieu, nous nous reverrons dans un autre monde ; fais ton devoir dans celui-ci, et songe quelquefois a celle dont la voix s'élèvera toujours au ciel pour appeler ses bénédictions sur toi et les tiens.
to Inès diî Tancakvillk. >
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Il 6i'M pivs (le minuit lorsqu'Inès sortit du château avec Pérez, qui la suivait de loin en étouffant ses sanglots; le ciel était couvert d'étoiles, et le croissant de la lune, jetant dans les larges rue§ d'Eu sa clarté bleuâtre, coupée ça et Ta d'ombres vigoureuses, répandait partout une vague et mystérieuse poésie.
Inès traversa toute la ville, gagna le Tréport, et se mit à gravir cette côte escarpée que ses pieds avaient si souvent parcourue depuis la première promenade qu'elle y avait faite deux: ans auparavant avec mademoiselle de Montpensier. Arri-
IHC .NoiniANhIlî
Nrc ;m soimiii'l, die s'agenouilla ciicoro une fois sous le porche goliiiquc, ely resta plus de lieux heures, [lorsqu'elle eut cessé de prier, elle appela son fidèle domesii(|ue qui se tenait immobile a vin^t pas d'elle, et, lui remettant les trois lettres qu'elle avait écrites au château :
— Pérez, lui dit-elle, en rentrant au château tu trouveras sur nion secrétaire une lettre que tu porteras de suite a R.aoul. Quanta celles-ci, tu lui en remettras une chaque année, suivant l'ordre de sa date, et après l'avoir scellée de mon cachet que voici. J'ai calculé que dans deux ans il
serait guéri. Dieu me pardonnera le moyen dont je me sers pour cela.
Elle s'en fui ensuite au bord de la falaise et y resta longtemps immobile, tantôt absorbée dans sa conlemplation des magnificences du ciel et de la mer, tantôt oubliant ce grand spectacle, dont elle comprenait mieux que jamais la sublime harmonie, pour regardcren elle même et se plonger lout entière dans les orages de son âme.
Enfin elle appela Pérez, et les traits
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pâles, le sein palpilanl, elle lui donna sa main a baiser.
Pérez inonda de larmes celle main qui tremblait sous ses lèvres.
— Maintenant, lui dit Inès, détournetoi.
Pérez tomba a genoux sur le rocher, cachant son visage dans ses deux mains et pleurant eu silence. Alors il entendit derrière lui comme un frôlement de robe; il se retourna tout à coup, il était seul sur la falaise !
Trois ans après, llaoul rendu a la vie
V lî)
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par le sublime mensonge d'Juès, épousait l'héritière d'un des plus grands noms de France, mais il avait perdu pour toujours son enjouement d'autrefois; son caractère resta grave et mélancolique jusqu'à sa mort, qu'il trouva sur le champ de bataille avant d'avoir atteint sa trentième année.
Pérez l'avait suivi à l'armée, étant passé a son service pour obéir aux dernières intentions de sa maîtresse; on trouva son cadavre étendu a côté de celui du dernier comte de Tancarville.
FIN DU CI>Qi:iÈMK ET DERNIER VOLUME.