‹ La roche sanglanteChapitre 7 sur 14 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

iMh gardittus du la eoiue^sM IHaufi

Il nous faut maintenant retourner do quelques pas en arrière.

Raoul était sorti de chez Aïssa lesprit frappé d'une terreur qui, pendant quelques instants, le rendit incapable de réu-

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nir deux idées. Une fois dehors, il se mit a marcher droit devant lui d'un pas rapide et sous l'empire d'une seule pensée, celle de s'éloigner au plus vite de la demeure où venait de lui apparaître l'image de son frère, de son frère tué par lui et dont le corpSj ressuscité par un inexplicable miraclCj ne conservait aucune trace de la blessure mortelle qu'il avait reçue.

Quand il eut marché ainsi une heure durant, sans but, sans direction, poussé en avant par la voix fatale qu'il croyait toujours entendre résonner à ses oreilles, Raoul s'arrêta enfin et chercha à remettre

un peu (l'ordre dans ses pensées. Alors le souvenir de Diane lui revint aussitôt a l'esprit, et après s'être orienté, non sans quelque peine, il ga^na les quais et se dirigea vers ThcMel de Tresmes, situé, on s'en souvient, sur la place de Grève.

Délivré momentanéraent de la contrainte qu'avait fait peser sur lui le service de Charles de Navarre, il se réjouissait a la pensée de se trouver enfin seul avec Diane et se promettait d'employer tous les moyens en son pouvoir pour la résoudre a le traiter en époux, bien décidé a user même de la violence si la persuasion était impuissante h fléchir le cœur de

la jeune fille. C'est dans ces sentiments et avec cette résolution bien arrêtée qu'il arriva au seuil de l'hôtel, où il frappa deux coups avec une précipitation qui trahissait la main du maître.

Cependant, a son grand étonnement, et malgré l'impatience que devait annoncer à ceux de l'intérieur cette façon de heurter, la porte resta close ; personne ne vint ouvrir.

Après une assez longue attente, le caractère violent de Raoul s'irrita tout à coup et ce fut avec une espèce de frénésie

DE NOlLUANbliJ;

qu'il se jela sur le marteau el se nHlli frapper sept a huit fois de suite avec une force qui fit retentir la maison comme si elle eût été battue par quelque machine de guerre.

Cependant cette nouvelle tentative demeura, comme l'autre, sans résultat. Alors seulement Raoul remarqua une autre porte, moins grande que celle oii il venait de frapper et par laquelle on entrait également dans l'hôtel de Tresmes. Chose étrange... si l'autre porte était restée inerte sous ses coups redoublés, celle-ci ne lui offrit aucune résislance; elle n'é-

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tait pas même fermée. Il put donc enfin pénétrer dans la maison, non sans se sentir l'esprit agité des plus sinistres pressentiments.

Son inquiétude s'accrut tout a coup lorsqu'il vit le long corridor où auraient dû se tenir Gertrude et les femmes de service, silencieux et désert comme la voûte d'un château en ruines. Il appela l'une après l'autre ces femmes par leur nom et personne ne lui répondit. Il appela ensuite les quatre hommes d'armes qui devaient être Ta pour veiller sur Diane, et pas une voix ne se fit entendre.

— Personne! personne! murmura Raoul en passant la main sur son liont ruisselant de sueur; que se passe-l-il donc, grand Dieu! et quel malheur dois-je redouter!

Il poursuivit tout bas, comme s'il ne pouvait se résoudre a laisser échapper de son àme la crainte dont il était asrité :

— Et Diane! Diane!

Il demeura quelques instants immobile, tremblant, en proie a la plus horrible anxiété, entrevoyant quelqu'épouvantable

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catastrophe, et reculant devant la seule pensée de s'en assurer. Enfin, après une hésitation, il prit tout à coup son parti, s'élança d'un bond vers l'escalier, dont la rampe massive s'ejiroulait vaguement a l'extrémité de la sombre galerie, et se mit a en gravir les degrés avec une merveilleuse rapidité. Parvenu au premier étaj^^e, il courut a une porte basse et cintrée qui faisait face a l'escalier, et, la trouvant entr'ouverte , la poussa brusquement.

Celle chambre était celle de Diane, et elle était vide.

Raoul se laissa tomber sur un siège, pâle, anéanti, foudroyé.

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— Allons, clil-il oiifin après un long silence, je m' inquiète à tort, elle est id, elle ne peut avoir quill(i la maison ; elle n'aurait osé sortir, s'aventurer seule dans Paris, où elle ne connaît personne. Oui, oui, c'est cela, elle m'a entendu entrer, la frayeur Ta saisie peut-être, et elle s'est enfuie de sa chambre. Mais en cherchant partout, je vais la trouver.

El Raoul se mit a fouiller la maison eu tous sens, commençant par les chambres du premier éta^e, oii il pensait que pouvait s'être réfuiiiée Diane, mais qu'il trouva toutes désertes. Alors, k peu près

sûr du malheur dont il venait de rejeter la pensée, confirmé dans celte idée par la timidité extrême de Diane et son état de complet isolement dans Paris, il descendit encourani Tescalier et ouvrit violemment Tune après Taulre toutes les portes des nombreuses salles basses qui donnaient sur le vestibule. Lk, comme au premier étage, tout était vide, et Raoul n'entendait d'autre bruit que l'écho sinistre qui répétait le fracas des portes heurtant brutalement quelque meuble. Il arriva ainsi jusqu'à la grande salle dans laquelle il avait laissé la veille les quatre routiers qui lui avaient promis de faire ^i bonne garde. Il l'ouvrit avec la convie-

lion que le résultai serait le même la que parloul où il avait passé. Mais quelle fut sa slupéfaelion lorsqu'il aperçut les quatre con^pa^nons assis autour Je la table, en face des verres et des éructions, tels qu'il les avait laissés à son départ. Seulement, au lieu de les retrouver animés de cette joie bruyante et expausive pour laquelle il les avait gourmandes ce jour-la, il fut tout stupéfait de les voir aussi immobiles, aussi raidis et aussi pâles que s'ils eussent été pétrifiés.

- Après la première surprise que lui avait causé ce spectacle inattendu, Raoul s'ap-

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procha des routiers et donnant un coup de poing sur la table :

— Eh bien, s'écria-t-il, est-ce que vous ne me voyez pas? Êtes- vous morts on endormis?

Ce coup de poing produisit sur les quatre routiers relTet d'une baguette magique.

Ils tournèrent tous ensemble leurs regards vers Raoul et leur physionomie quitta aussitôt l'expression de terreur qui la contractait.

Ah ! ça, parlerez-vous, enlin! reprit

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llaoul avec fureur; me direz-vous ce que signifie ce silence et celle iuiuiohilité où je vous vois plongés tous les quatre quand je vous ai laissés plus fous et plus bavards que des pies-griècUcs.

— Pardon, pardon, inessire Raoul, répondit Guiscard, mais nous avons cru que c'était encore lui.

— Lui? Et qui donc?

— Lui, monseigneur, lui le revenant.

—-Le revenant? étes-vous fous ou ivres ?

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— Hélas! monseigneur, dit a son tour Mâchefer, plût a Dieu que nous puissions allribuer a l'ivresse ce que nous avons vu, mais c'est impossible, c'était bien le revenant, nous n'avons pu nous y tromper; et tout a l'heure encore quand nous avons entendu heurter si violemment a la porte, nous avons cru reconnaître la force surnaturelle d'un bras qui n'avait rien d'humain; quand vous avez pénétré dans le vestibule, c'était tout son pas, son pas de statue de marbre se posant sur les dalles sonores avec un bruit lourd et cadensé; et enfin quand toutes les portes de celte maison se sont ouvertes coup sur coup avec autant de fracas que si elles eussent

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été enfoncres par une léf^non de démons, comment ne pas voir dans ce signe la puissance d'un esprit mystérieux et terril)le? C'est pour toutes ces raisons, monseigneur, que nous sommes restés immobiles et tremblants dans cette salle au lieu d'accourir a votre voix qui nous appelait.

Tandis que ^Fâchefer parlait, Raoul Técoulait avec une terreur toujours croissante, mais fondée sur des motifs qui n'ayaienî rien de surnaturel. Ce qui ressortait clairement pour lui de la prétendue apparition qui avait altéré les routiers.

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c'est qu'un homme était parvenu à s'introduire chez lui a l'aide d'une ruse dont ces intelligences grossières avaient été dupes, et la disparition de Diane, de Diane qu'il croyait entourée d'une surveillance si active^ ne lui laissait pas le moindre doute sur le hut de cette infernale comédie.

— Voyons, dit-il a Mâchefer, expliquetoi clairement et aide-moi au moi à pénétrer cette aventure diabolique; c'est le seul moyen qui te reste, a toi et aux autres, de te soustraire au châtiment que vous avez si bien mérité tous pour avoir

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indignement trompé la confiance que j'avais mise en vous. Et d'abord, comment cet homme est-il entré ici? Car, de revenants , il n'en exista jamais ailleurs que dans des cerveaux fêlés comme les vôtres.

— Ah! pour cela, monseif^neur, s'écria Guiscard, je vous jure que vous-même, si vous eussiez été k notre place...

— Assez ! cria Raoul en frappant du pied avec fureur.

Puis, s'adressant de nouveau à Mâchefer :

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—Je te demande, lui dit-il, comment cet homme est entré ici ; ce ne peut être que par le fait de votre négligence à tous ; vous aurez laissé la porte ouverte, au lieu de toujours la tenir soigneusement close, comme je vous l'avais tant recommandé, et le misérable ravisseur, profitant d'un hasard quMl devait a votre ivresse, a votre trahison peut-être!... Oh! si je pouvais le croire!... Mais parlez, parlez donc! ditesmoi donc ce qu'est devenue Diane, Diane ma femme, que j'aimais plus que ma vie, que vous m'avez laissé enlever par cet infâme?

— Madame Diane! enlevée par le rêve-

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