‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 11 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mariëe, comme pour lui rendre hommage.

Un monument de cette importance ne pouvait pas être laissé à la disposition des passants ; aussi un des anciens maîtres de File de Loch avait-il fait entourer la roche d'une muraille et d'une grille de fer pour en défendre l'approche. La clef de cette grille était présentée solennellement au seigneur, le jour où il prenait possession du fief, et il ne devait jamais la confier à personne. A une époque plus éclairée, on justifia cette séquestration par la nécessité de couper court aux pratiques superstitieuses des gens du pays , sans songer que les nohles propriétaires, en prétendant seuls au monopole d'une pareille superstition, la rehaussaient encore aux yeux du peuple . Plus tard on avait continué à entretenir la clôture, en apparence dans l'unique but d'empêcher les rôdeurs de dégrader un morceau d'antiquité si précieux, car depuis que la famille de Kerdren avait commencé à décliner, il avait été rarement en usage.

/ ' * le vieux vidame qui venait de mourir,

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et Alfred lui même, par respect pour ce rocher auquel se rattachaient les souvenirs de leurs ancêtres , avaient toujours veillé à sa conservation et s'étaient montrés particulièrement jaloux de le soustraire aux profanations du vulgaire.

Or c'était précisément pour voir de près cette merveille et pour tenter la célèbre expérience que la bourgeoisie de Saint-Illee avait pris au mot Alfred de Kerdren en venant ainsi visiter son domaine. Aucun de ceux qui avaient pu se croire compris dans l'invitation collective n'avait manqué au rendez-vous, car même en 1789, au moment de la réaction populaire contre la noblesse et la monarchie, une pareille faveur , de la part du dernier représentant d'une race illustre, ne pouvait que flatter considérablement les petits propriétaires et les modestes fonctionnaires du voisinage.

Alfred mit une telle activité à sa toilette, que la compagnie n'avait pas encore paru sous l'étroite et sombre avenue de chênes qui

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conduisait au manoir quand il fut habillé et équipé pour la recevoir. Il portait maintenant un habit de velours dont une gentille épée d'acier ciselé relevait galamment la basque, une veste de satin sur laquelle flottait un jabot de dentelles, et des culottes de soie noire. Un œil de poudre avait rendu à sa coiffure toute sa fraîcheur, et son chapeau galonné d'or était rejeté sous son bras. Dans cet élégant costume , le jeune seigneur de File de Loch ressemblait au plus délicieux petit marquis que FOpéra-Comique ait jamais lancé sur ses planches , depuis le temps de Favart.

Gomme il descendait au salon, il rencontra Conan qui allait et venait d'un air affairé ; le vieillard ne parut pas approuver cet excès de recherche et d'élégance.

— Ah ! monseigneur, dit-il d'un ton grondeur, vous allez^ gonfler d'orgueil tous ces gens là en leur montrant de pareils égards... Votre habit neuf et vos manchettes de mali- •*'*'■ "'est trop I . . . Vous trouviez tout à l'heure

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que votre habit de chasse était assez bon pour eux!

— Mais les dames, Conan ! Ignores^tu donc que les gentilshommes de ma famille n'ont jamais cru déroger en manifestant aux dames de toutes conditions les plus grands respects, surtout quand elles sont jolies?

— Bien, bien, répliqua le bonhomme désarmé par cette allusion à la galanterie traditionnelle des Kerdren ; il faut laisser les jeunes gens agir à leur fantaisie... Mais un mot encore avant que les bourgeois n'arrivent , hommes et dames. N'ayez aucune inquiétude, monseigneur ; Yvonne et moi, nous avons pourvu à tout ; on servira quand vous voudrez une collation qui fera honneur à la maison, je vous le promets.

— Bravo, Conan ! vive mon glorieux sénéchal pour être homme de ressources ! s'écria gaiement Alh*ed. Ah çà ! mon vieil ami , tu ne comptes pourtant pas présenter sur la table les pâtés de carton et les fruits de cire que tu voulais à toute force servir à la der-

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