‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 12 sur 116 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

nière fête de la paroisse ? Nos convives pourraient trouver la plaisanterie fort peu récréative.

— Monseigneur. est en humeur de rire ce matin, dit l'intendant un peu confus, mais ne TOUS occupez pas de ces misères-là ; et excusezmoi encore un instant... J'ai quelques dispositions à prendre... puis je vous rejoindrai pour vous servir de suite, comme il convient à un homme de votre rang.

— De suite? et que diable ai-je besoin de suite? demanda Alfred.

— Eh ! si vous avez des ordres à donner...

et puis je porterai la clef de la grille... D'ailleurs, vous êtes si jeune, monseigneur 1 II vous faut près de vous une personne d'âge pour imposer à ces vilains , très-disposés à oublier la distance qui vous sépare d'eux...

— C'est-à-djr^ un mentor pour réparer les étoarderies que; tu me juges capable de dire ou de faire , répliqua Alfred en souriant ; et mons Conan s'est modestement attribué ce râle... Allons, fais ce que tu voudras, vieux

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grondeur; viens ou reste, suis-nous ou demeure, mais dépêche-toi, car voici notre monde.

En effet, un groupe assez nombreux commençait à déboucher à l'extrémité de l'avenue. Gonan s'empressa de sortir en grommelant pour s'assurer que ses aides de camp femelles n'avaient rien omis de ce qui pouvait donner aux étrangers une haute idée de la splendeur du château de Loch. Alfred, le front appuyé contre une des fenêtres aux petites losanges de plomb qui éclairaient le salon, examina les étrangers avec un vif intérêt.

Il y avait quinze ou vingt personnes. A leur tête, marchait comme guide ou cicérone de la bande un personnage en redingote noire, en perruque à boudins, que nous savons être M. Toussaint, le tabellion de Saint-Illec. C'était un grand homme sec , aux manières lourdes, au langage emphatique, au demeurant estimable et jouissant d'une grande considération dans le pays. 11 avait certaines

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prétentions à l'érudition historique ; les monuments de rile de Loch notamment étaient le sujet ordinaire de ses dissertations pedantesques, où le latin, le français et le bas breton hurlaient de se trouver accouplés ensemble.

De tous les visiteurs, il était le plus avancé dans l'intimité du jeune Kerdren ; il avait été chargé de la liquidation de la succession du vidame et de divers autres intérêts d'Alfred. D*ailleurs l'invitation avait été proposée aux assistants dans sa maison, et pour ainsi dire à son instigation ; aussi l'honnête tabellion prenait-il un air d'importance et se croyaitil en droit de faire les honneurs du lieu. On le voyait gesticuler avec gravité , désignant avec la pointe de son gros jonc à pomme d'argent, tantôt le château, tantôt les diverses parties de l'ile où se trouvaient les pierres druidiques. On ne pouvait entendre ce qu'il disait, mais à la contenance attentive de ses compagnons, on jugeait que sa science était fort prisée par eux , comme sans doute il la •^"îsait lui-même.

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Parmi ces auditeurs complaisants se trouvait d'abord son fils, grand niais efflanqué, dont les vêtements trop étroits faisaient ressortir encore les formes pointues ; puis sou clerc, M. Benoit, espèce dHncroyabk de village, au costume exagéré dans sa prétention k suivre les modes burlesques de l'époque.

M. Benoit passait pour un bel esprit ; tout en griiSbnnant des actes et des minutes dans l'étude enfumée du tabellion, il composait des chansons satiriques sur les frasques et les scandales arrivés dans le cercle restreint de ses connaissances. Ces chansons , pitoyables de facture et ajustées sur des airs de pontneuf, étaient pourtant très-goutées dans les coteries du voisinage. Sa figure de fouine avait une expression de malice et de causticité plutôt que d'esprit véritable; mais en ce moment où il était placé sous l'œil du patron, il affectait un air modeste, respectueux, et semblait plein d'admiration pour l'immense érudition de l'honnête Toussaint. Seulement un regard moqueur et rapide jeté de temps

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