‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 113 sur 116 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

dans ce moment, détournait la tête avec effroi.

— Je suis Fauteur des Lettres d'un Solitaire, madame.

La pauvre femme, toute honteuse, balbutia des paroles inintelligibles.

— Pardonnez-moi, madame, reprit-il, d'avoir détruit vos belles illusions sur l'homme dont vous chérissez l'ouvrage • Vous le voyez, il est encore plus malheureux que vous ne pensiez !

Quelques personnes, revenues de leur première impression, lui adressèrent des compliments froids et banals. André les écouta avec politesse, mais il ne pouvait s'abuser sur reffet qu'il produisait. Les femmes surtout n'osaient le regarder en face.

— Frère, murmura-t-il à l'oreille de Philippe, je te l'avais bien dit !

En ce moment il aperçut le petit Alfred qui le regardait avec de grands yeux étonnés. Il se pencha vers lui et dit d'un ton affec- X :

— Alfired, tu ne reconnais donc pas ton ami?

L'enfant se couvrit les yeux avec horreur.

Cette fois la résignation d'André fut vaiocue.

— Et lui aussi, reprit-il avec émotion ; de tous les coups, voilà le plus cruel !

Il fit un salut et allait sortir, quand le vieil officier général lui prit la main et lui dit en lâchant tout bas un juron militaire :

— Je l'ai dit et je le répète, malgré tout, vous êtes un brave homme, M. André.

L'infortuné le remercia du geste, et la porte secrète se referma sur lui. On s'aperçut alors que la comtesse et Philippe avaient les yeux pleins de larmes.

La nouvelle de cet incident se répandit bientôt parmi les invités. De petits groupes se formèrent, et on commença à chuchoter à voix basse; les danses languissaient, les tables de bouillotte étaient presque abandonnées. Le comte et la comtesse, dissimulant leur émotion avec la facilité ordinaire des gens du monde, reparurent le visage riant,

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et cherchèrent h ranimer la gaieté. Ilsy étaient déjà parvenus en partie quand des cris sinistres retentirent dans ThAtel. En même temps la foule commença à s'agiter en donnant des signes de terreur. Philippe, étonné de ce tumulte inattendu, en demanda la cause ; personne ne lui répondit. Il courut à un salon éloigné vers lequel se portaient les regards; il n'eut pas besoin d'explication.

Une bougie avait enflammé une draperie, et le salon était déjà tout en feu .

Alors ce fut un désordre, un fracas, une terreur inexprimables. On se précipitait vers Fescalier, on se heurtait, on s'écrasait. Des plaintes, des gémissements se faisaient entendre ; on s'appelait les uns les autres au milied de la fumée épaisse qui remplissait Tappartement. Le feu gagnait avec une rapidité inconcevable les ornements et les tentures. Philippe lui-même sentit qu'il fallait fuir. Sa femme s'était évanouie dès la première alerte ; il la prit dans ses bras et l'emporta dans la cour, une nouvelle scène de trouble et de

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desohtion soJfrit à ses yeux. L espace ëliil encombté de cberaux, de Toitans, de laquai^ cbacon demandait son éqnijMge pour fuir an plus rite le théâtre de Hncendie. Uéemsm personnel et l'égoîsnie de fanullc se mootraient dans tonte leur nudité. Chacun ne songeait qu à soi et aux siens, oubliant le malheureux propriétaire dont la magnifique demeure devenait la proie des flammes. Au bout d'un quart dheure, tous les appartements étaient envahis par l'incendie.

En ce moment la comtesse revint à elle ; elle vit ce tableau funèbre, ces gens qui fuyaient, celte lueur terrible des flammes, son mari pâle et éperdu à ses côtés. Son premier cri fut le cri d'une mère :

— Où est Alfred ? où est mon enfant?

Personne ne put lui répondre; le comte,

tout occupé d'elle, avait oublié son fils. La mère voulait aller le chercher au milieu des flammes ; Philippe la retint :

- Mon enfant ! qui me rendra mon enfant? s'écria la pauvre femme.

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