‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 116 sur 116 · TIS · texte numérisé non relu

TIS

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— Nous n'aimons guère les noisettes , M. ]e chevalier, répliqua Pantaléon avec effronterie ; mais nous allons prendre le sen* tier qui longe le ruisseau, et dans un quart d'heure nous serons au lieu convenu. Dame !

écoutez donc, le solitaire vous donnera bien du mal avant de débucher, et nous aurons tout le temps de nous ennuyer là-bas en dansant le branle du Poitou... Nous n'avons qu'une bouteille de vin et un jeu de dés à nous trois pour prendre patience...

— Eh bien ! marauds, dit le chevalier d'un ton de bonne humeur, n'aurez-vous pas la ressource de donner les relais aux passants, si quelque badaud se présente?

Saint-Julien et son page échangèrent un regard.

— Sans doute, M. le chevalier, reprit Pantaléon, si vous le permettez, nous tâcherons de passer agréablement le temps.

— Gomment, si je le permets?... N'est-ce pas Tancien droit de la chasse?... Allez, mes pendards, amusez-vous, si vous en trouvez

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l'oceasion; mais surtout riez tout bas ot tenez vous prêts, afin que ce soir on no sonne pas la retraite manquée.

Pantalëon rejoignit ses compagnons , et tous les trois, quittant le gros de la troupe, prirent un sentier latéral qui devait les conduire à leur destination.

Quelques instants après, le chevalier et les veneurs sous ses ordres frappaient aux brisées ; la meute d'attaque fut découplée , et presque aussitôt les clatissements des chiens, les fanfares des trompes annoncèrent que le solitaire était debout.

Il n'entre pas dans notre cadre de décrire en détail une chasse au sanglier ; il nous suffira de choisir parmi les faits ceux qui se rapportent aux projets de Saint-Julien contre son malencontreux rival.

A partir du moment où la chasse avait commencé, le vieux chevalier s'était fort peu occupé de Ghavigny. Sa passion favorite s'était réveillée et l'absorbait tout entier.

Sftînt-Julien, au contraire, accordait à l'hôte

de Laramiëre une attention de plus en plus marquée, et s'efforçait de capter ses bonnes grâces. Chavigny reçut d'abord assez mal ces avances qui avaient le tort de venir un peu tard ; mais il finit par se dérider, et une certaine intimité s'établit entre eux.

Soit hasard, soit calcul de Saint-Julien, ils se trouvèrent bientôt seuls au milieu d'une étroite vallée entre deux buissons. Le sanglier, avant de débucher, faisait tête aux chiens dans un fourré impénétrable, et le chevalier, accompagné de ses piqueurs, appuyait la meute de la trompe et de la voix. Ces mouvenients rapides, ces sons étranges sortant de la profondeur des forêts , étonnaient beaucoup le citadin, peu familier avec de pareils divertissements, et son étonnement semblait mêlé de quelque inquiétude. Saint -Julien l'observait du coin de l'œil. Tout à coup il eut l'air d'examiner le cheval de Chavigny avec beaucoup d'attention. Chavigny s'en aperçut :

— Ventrebleu ! monsieur, dit-il d'un ton

rogue, qu'a donc mon cheval pour vous occuper h ce point?

— Rien , rien , monsieur, répondit !c veneur avec unepolites se exagérée ; j'espère n'avoir rien fait pour vous offenser, vous et votre cheval... Je remarquais seulement...

— Eh bien ?

— Votre bête est d'un alezan si clair qu'elle pourrait servir d'enseigne à Veyrac & l'hôtellerie du Cheval rouge.

— Que fait cela ?

— Oh ! mon Dieu , rien ; seulement, dans le cas où vous vous trouveriez sur le chemin du sanglier, il vous attaquerait de préférence h tout autre.

— Vous voulez rire ! Quelle raison avezvous?...

— C'est science de veneur, mon gentilhomme ; le sanglier, comme le dindon, comme le bœuf, a en horreur tout ce qui est rouge ou tout ce qui approche de cette couleur...

Si la chasse venait de ce côté, votre cheval "erait indubitablement éventrc le premier,

d'autant plus qu'il ne me paraît pas très-exercé a la course h travers les brandes.

En dépit de ses efforts, le Chavigny commençait à manifester quelques craintes.

— Ah çà! mais, reprit-il, à votre avis, il serait donc dangereux d'assister à une chasse au sanglier, même en qualité de simple curieux, comme moi? M. de Laramière nie disait pourtant...

— Oh ! il n'y a pas de danger pour des veneurs comme lui, ou peut-être comme moi, qui passons notre vie dans les bois ; c'est sans doute ce qu'a voulu dire mon oncle. Mais un gentilhomme de la ville, tel que vous, ferait bien, quel que fût son courage, de prendre des précautions.

— Ces sangliers sont donc bien terribles?

— C'est un animal féroce, surtout quand il s'agit d'un vieux solitaire comme aujourd'hui... il court sus à tout ce qu'il voit, et ses coups de boutoir sont bien souvent mortels pour les hommes, les chiens ou les chevaux... Tenez, entendez-vous?

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Chavigny prêta l'oreille.

— J'entends des hurlements plaintifs...

sans doute le piqueur c(»rrige ses chiens.

— C'est quelque pauvre béte qui se sera fait découdre en voulant serrer de trop près le vieux brutal... £t maintenant entendezvous?

— On dirait des coups de hache contre les arbres.

— Ce sont les coups de boutoir du sanglier pour se frayer un passage à travers les cépées* . .

Machinalement , Ghavigny jeta un regard inquiet autour de lui, cherchant où il pourrait se réfugier en cas d'attaqiie ; le bruit se rapprochait.

— Je crois qu'il est temps d'aller voir si ce coquin se décidera à prendl^e parti, reprit Saint -Julien avec un grand calme.

Ah çà ! mon gentilhomme, je ne vous vois ni couteau de chasse ni carabine ; vous avez au moins une paire de pistolets dans vos '"Mtes?

— Mais Don, je n'ai rien du tout... Le chevalier ne m'avait pas dit...

— Par ma foi de gentilhomme ! s'ëeria Saint-Julien avec un accent d'admiration parfaitement joué, vous êtes brave, monsieur!... Venir à une chasse au sanglier sur un gros cheval rouge, sans armes, et se mettre ainsi hardiment sur le passage de la béte, c'est plus que je n'oserais faire !

— Ce... ce n'est pas tout à fait volontairement, balbutia le citadin en prêtant l'oreille aux bruits de la chasse qui réellement devenaient de plus en plus menaçants ; j'ignorais. . . on ne m'avait pas averti . . . Que diable ! le chevalier aurait dû me ^prévenir !

— Je vous conseille, reprit Saint- Julien d'un air d'obséquiosité, de regagner le château, à moins que vous ne vous procuriez un cheval d'une autre couleur et des armes...

mais comme mon oncle vous garderait peutêtre rancune si vous lui faussiez compagnie, il vaudrait mieux peut-être trouver moyen...

Quel malheur que je n'aie pas remarqué plus

tôt la fatale nuance de votre cheval ! je vous aurais donne un superbe étalon blanc que monte en ce moment mon page Pantaléon... Leblanc est la couleur pour laquelle le sanglier parait avoir une prédilection particulière... Malheureusement, Pantaléon et le cheval sont en relais là-bas h ce bouquet de bois que vous voyez d'ici en suivant le cours du ruisseau...

— Eh bien ! monsieur, dit vivement Ghavigny, ne pourrais-je pas aller demander de votre part...?

— Je vous offrirais bien mon cheval, interrompit Saint-Julien avec courtoisie , mais Pollux, c'est son nom, ne veut se laisser monter que par moi... Quant à mon couteau de chasse, le défaut d'habitude en ferait dans vos mains une arme assez inutile, et puis je pourrai en avoir besoin pour servir la béte. .

— Je me procurerai des pistolets, et...

En ce moment, le vacarme infernal retentit

tout près d'eux; un sanglier énorme, les

fuïîps hérissées, sortit du bois en faisant cla-

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quer ses défenses. Les chiens et les veneurs le suivaient en désordre. Quoique l'animal ne se dirigeât pas de son côté, Chavigny se mit à pâlir et à trembler.

— Je savais bien qu'il débucherait par là, disait Saint-Julien avec satisfaction ; tudieu ! quel bel animal!... Mais, de grâce, M. de Chavigny, prenez garde; ne vous tenez pas sur le chemin du sournois; s'il aperçoit votre cheval rouge , vous êtes sûr de l'avoir à vos trousses.

— Miséricorde ! s'écria le gentilhomme en tournant bride, je ne veux pas rester ici...

Au diable la chasse et les chasseurs !

— Non, non, n'allez pas de ce cdté, s'écria Saint-Julien en voyant son rival se diriger vers le bouquet de bois où se trouvait Pantaléon ; n'allez rien demander h ces coquins 1^-bas...

— Et pourquoi donc, monsieur?

— C'est qu'une ancienne coutume... On vous donnerait le relais, et...

Un mouvement suspect du sanglier rendit

LE RELAIS. !^jf

à CliHVigtiy toutes ses frayeurs ; sans écouter Saint-Julien, il enfonça ses éperons dans le ventre de son cheval, et partit au galop dans la direction du relais. Saint»Julien le regarda s'éloigner d'un air malin.

— Je l'ai prévenu, se dit-il, il n'aura pas de reproche à me faire ; tout va à merveille : il y a un Dieu pour les amants et pour les chasseurs ! Le sanglier lui-même a manœuvré comme s'il eût été dans la confidence... Voici mon cocardeaii de Ghavigny qui va conter des calembredaines là-bas à Pantaléon ;on le recevra comme il le mérite... Allons! ma vengeance est assurée ; maintenant ne songeons plus qu'à la chasse !

En même temps, il emboucha sa trompe et sonna un joyeux à vue; puis il rejoignit le chevalier qui galopait déjà derrière l'animal, fort disposé en apparence à leur faire voir du pays.

Ghavigny ne ralentit les allures de son cheval qu'au moment où le son dfis cors se fut perdu dans le lointain. Alors il essuya son

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front couvert de sueur , et il murmura :

— Les rustres ! les manants ! et ils appellent cela un divertissement !... Si on m'avait prévenu encore, je ne me serais pas compromis à pareille fête! Je devrais peut-être retourner au château ! Mais bah ! le vieux hobereau se moquerait de moi! il vaut mieux aller demander là-bas le cheval blanc et les pistolets... Ce M. de Saint- Julien a essayé de m'en dissuader; mais il est jaloux de moi!... Que voulait-il en m'annonçant qu'on me donnerait le relais? Je l'espère bien qu'on me le donnera, ce relais, et si ces croquants se montraient récalcitrants , je saurais bien les y forcer!...

Et il se dirigea fièrement vers le bouquet de bois d'où sortaient des éclats de rire de sinistre augure.

Il était nuit close lorsque les chasseurs rentrèrent au château de Laramière. Le vieux solitaire avait fait une belle résistance, et l'hallali n'avait eu lieu qu'après le coucher du

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soIeiK Au bruit des trompes, des chiens et des chevaux, Manette, suivie de quelques valets portant des torches , accourut dans la cour pour recevoir led arrivants. La jeune fille semblait radieuse; un charmant sourire animait son frais visage. Elle s^élança vers le vieux Lararoière qui descendait pesamment de cheval.

— Bonsoir, mon père, dit-elle en lui sautant au cou; votre chasse a fini bien tard aujourd'hui, je commençais à m'inquiéter pour vous!

— Et tu avais raison, mon enfant, répondit le chevalier en appliquant un gros baiser sur le front de sa fille, car j'ai été bien près de ne plus te revoir.

— Que dites-vous, mon père?

— Sans ce brave garçon, continua le vieux chasseur en désignant Saint-Julien qui venait de mettre pied à terre, peut-être ce soir n'aurais-je pas eu le bonheur de l'embrasser.

— Quoi! mon père... Saint-Julien! vous niA faites trembler !

— Mon oncle, dit le jeune veneur avec modestie, vous donnez trop de prix h une bagatelle... C'est un de ces services que les chasseurs se rendent frëqucnimcnt entre eux sans en être plus fiers...

- Je te dis que sans toi j'étais perdu... Je te prends pour juge, Manette : figure-toi qu'après sept heures consécutives de chasse, après avoir fatigué tous nos relais et arpenté plus de dix lieues, le sanglier était sur ses fins... il s'était acculé h un rocher et il faisait tête aux chiens... J'arrive au moment où il venait de découdre ce pauvre iVtiraut qui cherchait à le coiffer... Furieux, je mets pied à terre, mon couteau de chasse à la main, et je frappe le solitaire au défaut de l'épaule... Cent fois j'ai frappé de cette manière un sanglier aux abois, et toujours la bête est tombée morte à l'instant. Cette fois, soit que ma main devienne moins sûre, soit que mon œil devienne moins bon, j'ai manqué mon coup. Se sentant blessé, le sanglier s'est retourné, m'a renversé, et il allait m'éventrer, lorsqu'un

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couteau, tenu par une main plus ferme que la mienne, lui a Ira verse le cœur... Ce couteau, c'était celui de ton cousin.

— Mon oncle, s'écria Saint-Julien, vous oubliez une circonstance importante, c'est qu'au moment où vous avez frappe le sanglier, votre pied a glissé dans le sang de ce pauvre Miraut... Sans cela, vous n'eussiez pas manqué votre coup ! Jamais veneur n'a manié aussi adroitement un couteau de chasse que le chevalier de Laramière !

— Tu veux ménager Tamour-propre d'un vieillard, beau neveu ; mais je sais ce que je sais... Allons! je me résignerai désormais à chasser des alouettes, car décidément je me fais vieux !

— Combien je vous remercie, mon cousin, ditla jeune fille en cessant d'embrasser son père pour tendre la main à Saint-Julien ; et vous pouvez m'en croire, il n'est personne au monde pour qui j'éprouve plus volontiers de la reconnaissance...

^"âceà l'obscurité, le veneur put porter à

ses lèvres cette maîn qu'on lui tendait et la retenir assez longtemps. En ce moment, quatre hommes robustes entrèrent dans la cour chargés d'un brancard sur lequel se trouvait le sanglier, héros de la fête.

— Regarde, ma fille, dit le vieux chevalier en saisissant une torche et en l'élevant audessus du monstre couvert de boue et de sang que l'on venait de déposer à ses pieds; regarde ce brigand qui a été sur le point de te rendre orpheline !... Vois cet énorme bou • toir, ces soies rudes, ces défenses tranchantes comme un rasoir, et juge si un gaillard de cette sorte m'eût fait passer un mauvais quart d'heure !... Eh bien ! au lieu de cela, le malfaiteur figurera sur la table le jour de ta noce^ et je compte le saluer d'une belle fanfare quand on le dressera sur un plat, dans une bauge de laurier et de thym.

Ce mot de noce sembla rendre au chevalier le souvenir du fiancé.

— Ah ça ! mais, reprit-il, qu'est donc devenu M. de Ghavigny ?... Je ne l'ai pas aperçu

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une seule fois pendant la chasse... Maudite passion ! elle me fait oublier jusqu'aux devoirs de la plus simple politesse... Si j'ai pensé un seul instant k lui dans le cours de la journée, je yeux être pendu ! Holà ! quelqu'un de vous, ajoota4-il en s'adressant aux veneurs, a-t-il vu M. de Ghavigny ?

Personne ne répondit; mais des ricanements étouffés se firent entendre parmi les valets.

«- Eh bien ! Saint-Julien, et toi? je t'avais chargé de tenir compagnie h mon hôte, tu me dois compte de lui.

— Excusez-moi, mon oncle, répondit le jeune homme avec un grand sang-froid, mais si votre amour pour la chasse a pu vous faire oublier complètement votre gendre futur, le mien a bien pu me faire oublier un muguet dont je ne me souciais guère... Je n'ai pas vu M. de Chavigny depuis le moment de l'attaque.

— Alors il se sera égaré dans les bois^ dit ^evalier avec inquiétude ; il faut que le

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moins fatigué de nos gens monte à cheval surle-champ et aille à sa recherche...

— Mon père, dit Manette d'un petit air délibéré, ne dérangez personne... M. de Gha^ vigny est parti depuis longtemps, et il doit être loin d'ici à l'heure qu'il est...

— Parti! répéta le chevalier abasourdi.

— Oui, certainement... Il est revenu au château il y a plusieurs heures... Sa figure était toute décomposée... Sans rien dire à personne, il a appelé le laquais qui l'a accompagné ici; il lui a donné l'ordre de seller son cheval et de prendre ses bagages. •• Puis ils sont partis, et je les ni vus prendre la route de Poitiers.

— Hais il fallait le retenir, lui demander...

— Le retenir? je m'en serais bien gardée!

— Cette conduite est inconcevable ! reprit le chevalier d'un air pensif : qui peut avoir décidé ce jeune homme à une fugue si extradinaire, à moins...

Le page Pantaléon s'avança d'un air câlin.

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en traînant sa jambe et en tortillant sa toque entre ses doigts.

— Dame! M. le cheTalier, dit-il d'une voix mielleuse, ce gentilhomme aura peut-être mal pris une innocente plaisanterie que nous nous sommes permise au bois des Noisetiers...

— Une plaisanterie! Que veux-tu dire, drdle? Vous n*avez pas osé...

— Écoutez donc, M. le ahevalier, ce gentilhomme est venu nous parler de cheval rouge et de cheval blanc, de pistolets, de couteau de chasse, que sais-je? des bêtises enfin... Il avait l'air de se gausser de nous... Ma foi ! moi et les autres nous avons usé de notre droit en le traitant comme on traite ceux qui adressent des calembredaines aux chasseurs en relais... Nous lui avons cfonne le relais.,, en plein...

— Gomment, maraud! s'écria Laramière furieux en levant son fouet, vous vous êtes permis...

- Mon oncle, dit Saint -Julien en se hd-

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tant dlntervenir, ces pauvres gens vous ont obéi... Souvenez-vous que ce matin vous leur avez recommandé de se distraire en donnant le relais aux passants, suivant l'ancienne coutume... M. de Chavigny, il vous Ta dit luimême, ne comptait pas parmi les chasseurs ! • • . Je vous demande donc grâce pour Pantaléon et ses complices.

Le chevalier réfléchit un moment ; le page profita de sa distraction pour s'esquiver.

— Je n'ai rien h te refuser, neveu, un jour où tu m'as sauvé la vie, reprit le vieux chasseur, mais je perds Ik un parti pour ma fille comme j'en trouverai peu dans la province...

Chavjgny devait faire reconstruire mon pauvre château, il devait... Oh ! je comprends maintenant que ce jeune homme, si insolent et si fier, n'ait pas voulu rester une minute de plus après un pareil affront., • Peut-être même nous enverra-t-il demander raison de l'insolence de nos gens !

— Je le crois tjyp lâche pour cela, mon

us RBLàia. m

onde; mais s'il roBait, je réolameraif l'honneur d*étre son partenaire. Pantaléon, le principal coupable, est à mon serrice, et je dois répondre de lui. D'ailleurs...

— D'ailleurs, tu pourrais bien être toimême moins innocent que tu n'en as l'air, dit le chevalier d'un ton malicieux et bon* homme à la fois,

— Eh bien! mon oncle, dans ce cas... ce serait, j'imagine, un excellent tour de yeneur!

Laramière. regarda fixement son neveu et sa fille, qui se tenaient humbles et les yeux baissés devant lui ; tout à coup il partit d'un éclat de rire et il dit d'un ton joyeux :

— Bah ! au diable l'ambition!... Mon manoir tombera en ruine s'il le veut, mais j'aurai pour gendre un vrai chasseur. J'ai deviné depuis longtemps ton affection pour ma fille, beau neveu, et je crois que la friponne ne te déteste pas... Tu l'as doublement méritée aujourd'hui par ton adresse et par ton cou*

!... Embrasse ta femme, drêle... A

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moins que Manette n'ait quelque objection k faire...

— Je vous obéirai, mon père, répondit la jeune fille avec l'accent de la plus fausse modestie qui fût jamais.

— Si cela est, que saint Hubert vous bénisse... Et, mordieu ! je n'en aurai pas le démenti... notre sanglier sera de la noce.

Nous laissons i penser les remerciments des jeunes gens et les fanfares triomphales qui célébrèrent la joie universelle.

Seul, maitre Jérôme, le vieux valet de chiens, indifférent à tout le reste, disait d'un ton triste en comptant la meute à la rentrée au chenil :

— Je savais bien que ce pauvre Mirant se ferait faire une boutonnière, et que Rustaut serait dessolé ce soir !

Il est inutile de dire, pour l'intelligence de la mauvaise plaisanterie de Pantaléon et de ses complices à rencontre de ce bon M. de Chavigny, qu'en ancien terme de chasse, donner le relais, c'était fouetter jusqu'au sang

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les oisifs et les badauds qui adressaient des questions puériles aux veneurs placés en observation sur les refuites présumées de la béte.

Quel dommage que cette vieille coutume soit tombée en désuétude aujourd'hui! Ce serait, en chasse, un moyen si commode de se débarrasser des fâcheux !

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