‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 2 sur 116 · I.B flSMlMBVB CHATBLAlir · texte numérisé non relu

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Il y a quelque part sur la côte delà Bretagne, à une portée de canon du rivage, un ilôt isole, d*une lieue de circonférence tout au plus ; on rappelle l'île de Locb.

Nous pourrions peut-être donner exactement au lecteur la latitude et la longitude de ce coin de terre peu connu ; mais ce détail n'étant pas d'une absolue nécessité pour l'in-

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telligence de cette histoire, nous nous bornerons h dire qu'il est une petite dépendance maritime delà vieille Ârmorique, dont, selon toute apparence, il a été séparé par un cataclysme à une époque reculée.

L'aspect en est pauvre et stérile. La partie du nord , mal défendue par des falaises en ruine , incessamment battue par les vents du large , ne présente à l'œil que des bruyères et des landes. Le centre est couvert de bois épais et de chéneis centenaires qui végètent lentement sur ce sol rocailleux ; au midi seulement quelques champs maigres produisent tardivement du sarrasin et des céréales.

Aussi les habitants sont-ils peu fortunés et peu nombreux. Un chétif hameau d'une vingtaine de maisons, pressées au bord d'une anse exiguë qui sert de port à File de Loch, les contient tous. Une église d'un style gothique, avec un de ces élégants clochers à jour si communs même dans les plus hideuses bourgades de la Bretagne^ rappelle seule un village français et chrétien au milieu de ces

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masures basses, croulantes, malsaines , qui ressemblent à des haltes de sauvages. La plage en face du hameau est presque toujours déserte^ excepté à Theure du départ ou de la rentrée de quatre ou cinq bateaux de pèthe qu'on tire sur le sable au moyen d'un vieux cabestan implanté dans le sol. Le reste du temps, le port est abandonné aux enfants en guenilles qui jouent sur la grève et aux oiseaux de mer qui sautillent en poussant des cris aigus devant les lames courtes et brisées du chenal.

Cependant ce lieu, si triste et si solitaire aujourd'hui, semble avoir été d'une grande importance à ces temps éloignés qui précédèrent la conquête des Gaules par les Romains. On ne peut faire un pas dans ses landes arides sans rencontrer quelques vestiges grossiers du culte druidique, et tout prouve que Loch a été jadis particulièrement affecté aux mystères religieux desCuriosoliteset des Vénètes. Là ce sont des tumuli recouverts de gazon qui """arment les os de vaillants guerriers

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celtes ; plus loin se dressent des rangées de blocs granitiques, semblables à ceux de Rarnac et de Camaret^des dolmens et demi-dolmens, des cromlechs ou cercles druidiques , et un autre monument plus curieux encore dont nous parlerons bientôt. Partout on retrouve les souvenirs de cette période barbare dont la sombre poésie convient si bien à ces lieux sauvages. Là sans doute les vierges de Sayne, les Vellédas à la faucille d'or venaient récolter la verveine pour s'en former des couronnes, ou le sélago pour servir aux enchantements.

Sur ces chênes touffus, les Eubages, vêtus de blanc, recueillaient le gui sacré, le jour de la nouvelle année. Cet arbre mort, au tronc noirci par la foudre, était peut-être consacré au terrible Irminsul, et cette gouttière, creusée dans la table de pierre, était destinée à recevoir le sang de victimes humaines. De nombreuses traditions sur ces restes frustes d'un autre âge se sont perpétuées parmi les superstitieux Bretons, paysans et pêcheurs, qui fréquentent File de Loch. Les saints et

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