‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 50 sur 116 · CAV · texte numérisé non relu

CAV

W% LA ROOBE^VftVMUNTE.

seuliB contre les ëtran{;es répugnances de 0>nan! Retournez à SainMUee, ou vos affaires vous réclament; moi je reste ici.

— A vos ordres, madame ; cependant si cet homme, dans son entêtement sUipide, rrfuse toujours de vous ouvrir la porte, que ferezvous? Voulez-vous qu'on vous prépare un appartement chez moi, en attendant que nous prenions des mesures sévères?...

— Non ; dans ce cas, j'irais m'établir pour cette nuit là-bas, i la ferme^ diez H. Bernard, qui m'est dévoué... Victor, ajoutât-elle en s'adressant au domei^ique, y portera mes effets sur-le-^champ.

Le domestique s'éloigna avec les paquets dans la direction de la ferme.

*— Maintenant, mon bon et respectable ami, reprit l'étrangère, retournez tranquillement chez vous, et n^ayez aucune inquiétude à mon sujet. Surtout ne songez à tirer aucune vengeance de l'injure qui vient de nous être faite, jusqu'à ce que nous nous soyons revus... Demain j'irai vous rejoindre

m SakiWIllee el nous nous coMerterons à ce sujet ; jusque-là soyez patieât ; me )e pro* mettez-vous?

— N'est-ce pas à vous de eémmatider ? dit le tabrtHon en baisant la main de k dame avee une galanterie sorannëe ; je ne sai^quel est tolre projet, mais il ne peut être que safipe et honorabkv. Je me conformerai h Y<l»Tolontës.

lia édiangèrent encore quelques pairoies ; puis k notaire salua, jeta un dernier regard et raiicuiie en càté du château, et s'éloigna rapidement.

Sitât qa'il eut dispara dans Faveaue, madame Gervais se rapprocha de la griSe et appels doucement; le vieillard s'avança vers elle: en reekiignant..

— Mon ami, dit«eUe avec chaleur, par tout ce qu'il y a de plus sacré, ne me caches pas la> vérité.... Il est de reteur au château, n'est-* il pas vrai ? Avouez -moi qu'tY est lei!

^laaiK laissa échapper un mouvemeDl de

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surprise; néanmoios il demanda avec un sang-froid affecté :

— De qui parlez- vous, madame? Je ne vous comprends pas.

— Oh ! vous me comprenez ! répliqua l'inconnue avec impatience. Je parle de celui que vous aimez tant, M. Gonan ; je parle de votre maître, de votre ami... de M. Alfred de Kerdren ! L'exilé, le proscrit est-il enfin revenu dans sa patrie, dans la maison de ses pères ? De grâce, ayez pitié de moi et ne me faites pas languir... Il est ici, j'en suis sur, je le sais !

— Madame, comment avez-vous pu apprendre?. ». qui vous a dit?

— Ohl ne vous défiez pas de moi, interrompit l'étrangère d'un ton suppliant ; je n'ai pas l'intention de nuire à votre maître... Je ne suis pas son ennemie... Non, le ciel m'est témoin que je ne suis pas l'ennemie d'Alired de Kerdren !

En même temps elle leva son voile et montra au vieillard des traits si angéliques

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et si purs, qu'il eo resta comme ébloui.

C'était une femme d'environ vingt-huit ans, dans tout l'éclat de sa beauté. Une indéfinissable expression de bonté était empreinte sur sa physionomie, tandis que ses yeux noirs, aux longs cils relevés, décelaient une âme ardente, passionnée dans ses dévouements.

Son port et ses manières avaient une distinction, une dignité qui commandaient le respect. Gonan se croyait sûr de n'avoir jamais vu cette dame, car, après l'avoir vue une fois, il était impossible de l'oublier.

Involontairement il se sentit intimidé.

— Madame, reprit-il en s'inclinant, du moment que vous êtes une personne de considération*. • une dame de qualité que monseigneur aura sans doute connue dans des temps plus heureux...

On ne répondit que par un geste équivoque et un sourire mélancolique.

— Du moment enfin, continua le vieillard, que vous êtes une amie de la famille, je ne ,r^ia i[|j|g pourquoi je vou&cacherais la chose. . .

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Mais on est indulgent pour les originaux de votre sorte : Beati pauperes spiritu, comme dit rÉvangile.

Conan se redressa.

— Tout cela est fort bien, dit-il avec sécheresse ; mais je n^ouvrirai pas...

La longue et maigre figure du notaire devint cramoisie.

— Ah çà ! bonhomme, cria-t-il en frappant du pied , pensez-vous donc être encore au temps où Tautorité des seigneurs de Kerdren assurait l'impunité à vos abus de pou-* voir et à vos insolences?... Une révolution s'est passée depuis ce temps-là, entendez-vous? et la féodalité n^existe plus, sachez-le bien ; et chacun est responsable de ses actes, voyezvous! Et apprenez, monsieur, que si vous refusez d'ouvrir, nous allons revenir avec des huissiers, monsieur, avec des gendarmes, monsieur, et force restera à la loi ; parce que la loi est aujourd'hui souveraine, monsieur, et il ne sera pas permis k un cerveau fêlé tel que TOUS...

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n s'interrompit pour toussa; l'indignation rëtranglait.

— Il y a dans tout ceci quelque chose d'extraordinaire ! dit la dame voilée qui avait été jusque-lli témoin muet de la discussion ; j'ai entendu parler de M. Gonan comme d'un homme honnête et raisonnable ; il doit avoir, pour nous refuser l'entrée de cette maison 9 de graves motifs que je ne pénètre pas*

Cette voix était douce et vibrante ; l'intendant ne put eonserver plus longtemps son masque d'impassibilité.

— Des motifs! répéla-t*il avt^c émotion ; j'en ai,^ effet, madame ; oui, j'en conviendrai avec vous, dont l'âme parait bonne, quoique votre présence ici puisse donner h penser...

Les motifs de ma conduite sont mon devoir, mes souvenirs, mon dévouement sans bornes à une famille dont j'ai mangé le pain. Le seigneur de Kerdren m'a laissé ici, comme un fidèle chien de garde, sur le seuil de son I îs ; si je ne puis défendre mon poste, f y

cru... soit! Il est riche, honoré, il a trouvé des amis puissants dans son exil ; que le ciel soit loué!... Mais, ajouta-t-elle, pourquoi parait-il mettre tant d'obstination à se cacher? Que craint-il désormais? Pourquoi s'enferme-t-il ainsi?

— Il ne se cache pas , madame, reprit Conan enchanté de pouvoir enfin concilier la vérité avec son désir de rehausser l'importance de son maître; mais s'il faut l'avouer, il souffre en ce moment d'une fièvre pernicieuse, et il conserve k peine quelque connaissance.

La jeune dame pâlit.

— Il est malade, en danger peut-être I s'écria-t-elle ; mon ami, conduisez-moi auprès de lui sur-le-champ ; puisqu'il est sans connaissance, il ne pourra... Conan, vous êtes seul avec Yvonne dans cette maison écartée ; vous avez besoin d'une personne expérimentée pour vous aider à soigner votre maître; prenez-moi... J'ai l'habitude des malades; longtemps à Nantes, où je de-

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